CHAPITRE XXI
■.luî devaient être battues par un nombre supérieur, furent victorieuses. L'armée du duc de Bourgogne, qui pouvait atlaiiuer les retranchements de l'armée ennemie imparfaits, ne les attaqua pas. — (23 octobre 1708.) Lille fut prise, au grand t'tonnement de toute lEurope, qui croyait le duc de Bourgoirne plus en état d'assiéger Eugène et Marlborough, que ces i'néraux en état d'assiéger Lille. Le maréchal de Boufflers a défendit pendant près de quatre mois.
Les habitants s'accoutumèrent tellement au fracas du canon et à toutes les horreurs qui suivent un siège, qu'on donnait dans la ville des spectacles aussi fréquentés qu'en temps de paix, et qu'une bombe qui tomba près de la salle de la comédie n'interrompit point le spectacle.
Le maréchal de Boufflers avait mis si bon ordre à tout, que les habitants de cette grande ville étaient tranquilles sur la foi de ses fatigues. Sa défense lui mérita l'estime des ennemis, les cœurs des citoyens et les récompenses du roi. Les historiens, ou plutôt les écrivains de Hollande, qui ont affecté ■de le blâmer, auraient dû se souvenir que, quand on contredit la voix publique, il faut avoir été témoin, et témoin éclairé, ou prouver ce qu'on avance*.
Cependant l'armée qui avait regardé faire le siège de Lille se fondait peu à peu ; elle laissa prendre ensuite Gand, Bruges et tous les postes l'un après l'autre. Peu de campagnes furent aussi fatales. Les officiers attachés au duc de Vendôme a*eprochaient toutes ces fautes au conseil du duc de Bourgogne ; et ce conseil rejetait tout sur le duc de Vendôme. Les •esprits s'aigrissaient par le malheur. Les succès rapides des alliés enflaient le cœur de l'empereur Joseph. Despotique dans lEmpire, maître de Landau, il voyait le chemin de Paris pres-
2. Telle est Ihistoire qu'un libraire, ra, ajoute-t-il, que Louis, dans la fer-
nommé Van Duren, fit écrire par le je- veur du plaisir que lui donnait la cer'
suite la Motte, réfugié en Hollande titude d'une victoire inattendue, offrit
sous le nom de la Hode, continuée ou promit le trône à madame de Main-
par la Martiniére : le tout sur les pré- tenon. Comment, dans la ferveur de
tendus Mémoires d'un comte de"*, se- limpertinence, peut-on mettre sur le
crétaire dEtat. Les Mémoires de ma- papier ces nouvelles et ces discours
dame de Maintenon, encore plus rem- des halles ? Comment cet insensé a-
plis de mensonges, disent (t. IV, p. t-ilpupousserl'eirronteriejusquàdire
119) que les assiégeants jetaient dans que le duc de Bourgogne trahit le roi
la ville des billets conçus en ces ter- son grand-père, et fit prendre Lille
mes : Rassurez - vous , Français, la par le prince Eugène, de peur que
Maintenon ne sera pas votre reine; madame de Maintenon ne fût déclarée
nous ne lèverons pas le siège. On croi- reine ? [v.j
que ouvert par la prise de Lille. Déjà même un parti hollandais avait eu la hardiesse de pénétrer de Courtrai jusqu'auprès de Versailles, et avait enlevé sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, croyant se saisir de la personne dn Dauphin, père du duc de Bourgogne i. La terreur était dans Paris.
L'Empereur avait autant d'espérance au moins d'établir son frère Charles en Espagne, que Louis XIV d'y conserver son petit-fils. Déjà cette succession, que les Espagnols avaient voulu rendre indivisible, était partagée entre trois têtes. L'Empereur avait pris pour lui la Lombardie et le royaume de iS'aples. Charles son frère avait encore la Catalogne et une partie de l'Aragon. Le pape Clément XI avait toujours reconnu Philippe V, à l'exemple de son prédécesseur; et il était attaché à la maison de Bourbon. L'Empereur l'en punit, en déclarant dépendants de l'Empire beaucoup de fiefs qui relevaient jusqu'alors des papes, et surtout Parme et Plaisance, en ravageant quelques terres ecclésiastiques, en se saisissant de la ville de Comacchio.
(Août 1708.) Restait à la monarchie espagnole, au delà du continent, 1 île de Sardaigne avec celle de Sicile. Une flotte anglaise donna la Sardaigne à l'empereur Joseph ; car les Anglais voulaient que l'archiduc son frère n'eût que l'Espagne. Leurs armes faisaient alors les traités de partage. Ils réservèrent la conquête de la Sicile pour un autre temps, et aimèrent mieux employer leurs vaisseaux à chercher sur les mers les galions de l'Amérique, dont ils prirent quelques-uns, qu'à donner à l'Empereur de nouvelles terres.
La France était aussi humiliée que Rome, et plus en danger : les ressources s'épuisaient, le crédit était anéanti ; les peuples, qui avaient idolâtré leur roi dans ses prospérités, murmuraient contre Louis XIV malheureux.
Des partisans-, à qui le ministère avait vendu la nation pour quelque argent comptant dans ces besoins pressants, s'en-
1. « On ne doit pas attribuer à l'ex- (L'abbé Provart, Vie du duc de Boiir^
trèmo confiance des alliés et à la prise gogne.)
de Lille, qui n'était pas encore assié- 2. « Partisan », fermier public, ce—
gée, ua fait qui prouve seulement la lui qui prenait à ferme les impôts
témérité d'un aventurier, un certain indirects, tels que la gabelle, par
Quintcm. Encore l'audace de ce Quin- exemple, dont il rendait au roi ua
tem ne réussit qu'à moitié, puisqu'il prix (ixé par un traité qu'on appelait
peu de distimce il fut fait prisonnier. » parti.