‹ Siècle de Louis XIVChapitre 176 sur 266 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

mais nne trêve; et pendant cette trêve une satisfaction entière pour tous leurs alliés, et aucune pour les alliés du roi; à condition que le roi se joindrait à ses ennemis pour chasser d'Espagne son propre petit-fils dans l'espace de deux mois, et que pour sûreté il commencerait par céder à jamais dix Tilles aux Hollandais dans la Flandre, par rendre Strasbourg et Brisach, et par renoncer à la souveraineté de l'Alsace*. Louis XIY ne s'était pas attendu, quand il refusait autrefois un régiment au prince Eugène, quand Churchill n'était pas encore colonel en Angleterre, et qu'à peine le nom de Heinsius lui était connu, qu'un jour ces trois hommes lui imposeraient de pareilles lois. En vain Torci voulut tenter Marlfcorough par l'offre de quatre millions : le duc, qui aimait autant la gloire que l'argent, et qui, par ses gains immenses produits par des victoires, était au-dessus de quatre millions, laissa au ministre de France la douleur d'une proposition honteuse et inutile. Torci rapporta au roi les ordres de ses ennemis. Louis XIY fit alors ce qu'il n'avait jamais fait avec ses sujets : il se justifia devant eux; il adressa aux gou- Terneurs des provinces, aux communautés des villes, une lettre circulaire par laquelle, en rendant compte à ses peuples du fardeau qu'il était obligé de leur faire encore soutenir, il •excitait leur indignation, leur honneur, et même leur pitié. Les politiques dirent que Torci n'était allé s'humilier à la Haye que pour mettre les ennemis dans leur tort, pour justifier Louis XIY aux yeux de l'Europe, et pour animer les Français par le ressentiment de l'outrage fait en sa personne à la nation; mais il n'y^était allé réellement que pour demander la paix. On laissa même encore quelques jours le président Rouillé à la Haye, pour tâcher d'obtenir des conditions moins accablantes : et pour toute réponse, les Etats ordonnèrent à Rouillé de partir dans les vingt-quatre heures.

Louis XIY, à qui l'on rapporta des réponses si dures, dit en plein conseil : Puisqu'il faut faire la guerre, j'aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes enfants'^. Il se prépara donc à tenter encore la fortune en Flandre^. La famine, qui déso-

1. Les conditions étaient encore plus 2. C'est Tannée suivante, après la

duresetplus humiliantes : «Les alliés, conférence de Gertruydenberg, que

•dit Saint-Simon, sejouaient de la ruine Louis XIV prononça ces paroles.

du roi et cachaient à peine que leur 3. « Les ell'orts de Louis XIV et les

dessein tendait à une destruction gé- sacriûces qu'il otlrit de faire en vue

lîérale de la France. » d'obtenir la paix lui avaient attaché

lait les campagnes, fut une ressource pour la guerre*. Ceux qui manquaient de pain se firent soldats. Beaucoup de terresrestèrent en friche; mais on eut une armée. Le maréchal de Yillars, qu'on avait envoyé commander l'année précédenteen Savoie quelques troupes dont il avait réveillé l'ardeur, et qui avait eu quelques petits succès, fut rappelé en Flandre^ comme celui en qui l'État mettait son espérance.

Déjà Marlborough avait pris Tournai (29 juillet 1709), dont Eugène avait couvert le siège. Déjà ces deux généraux marchaient pour investir Mous. Le maréchal de Yillars s'avança pour les en empêcher. Il avait avec lui le maréchal de Boufflers, son ancien, qui avait demandé à servir sous lui. Boufflers aimait véritablement le roi et la patrie. Il prouva, en cette occasion (malgré la maxime d'un homme de beaucoup d'esprit), que dans un Etat monarchique, et surtout sous un bou maître, il y a des vertus. Il y en a, sans doute, tout autant que dans les républiques, avec moins d'enthousiasme peutêtre, mais avec plus de ce qu'on appelle honneur-.

son peuple plus que jamais, et s'il avait résolu de ne pas passer 1 "offre quil avait faite à Gertruydenberg dabandouner son petit-fils, la nation française ne l'aurait pas abandonné. »

(BoLiXGBROKE, lettre II.)

1. Dans ce temps-là, les armées ne se recrutaient presque que par des enrôlements volontaires,

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