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CHAPITRE XXI

Dès que les Français s'avancèrent pour s'opposer à l'invostissement de Mons, les alliés vinrent les attaquer près des bois de Blangies et du village de Malplaquet^.

L'armée des alliés était d'environ quatre-vingt mille combattants, et celle du maréchal de Yillars d'environ soixante et dix mille. Les Français traînaient avec eux quatre-vingts pièces de canon; les alliée, cent quarante. Le duc de Marlborough commandait l'aile droite, où étaient les Anglais et les troupes allemandes à la solde d'Angleterre. Le prince Eugène était au centre; Tilli et un comte de Nassau à la gauche avec les Hollandais.

(il septembre 1709.) Le maréchal de Yillars prit pour lui la gauche, et laissa la droite au maréchal de Boufllers. Il avait retranché sou armée à la hâte, manœuvre probablement convenable à des troupes inférieures en nombre, longtemps malheureuses, dont la moitié était composée de nouvelles recrues ^ et convenable encore à la situation de la France, qu'une défaite entière eût mise aux derniers abois. Quelques historiens ont blâmé le général dans sa disposition : // devait, disaient-ils, passer une large trouée, au lieu delà laisser devant lui. Ceux qui de leur cabinet jugent ainsi ce qui se passe sur un champ de bataille ne sont-ils pas trop habiles ?

Tout ce que je sais, c'est que le maréchal dit lui-même que les soldats, qui, ayant manqué de pain un jour entier, venaient de le recevoir, en jetèrent une partie, pour courir plus légèrement au combat. Il y a eu, depuis plusieurs siècles, peu de batailles plus disputées et plus longues, aucune plus meurtrière. Je ne dirai autre chose de cette bataille que ce qui fut avoué de tout le monde. La gauche des ennemis, où combattaient les Hollandais; fut presque toute détruite, et même poursuivie la baïonnette au bout du fusil. Marlborough, à la droite, faisait et soutenait les plus grands efforts. Le maré-

mes d'une vertu 1res austère. Le ma- entouré que d'hommes irréprocha-

réchal de Villeroi joignit des mœurs blés ; c'est une observation très vraie

plus douces à une probité non moins et très importante dans une histoire

incorruptible. Le marquis de Torci a où les mœurs ont tant de part, été un des plus honnêtes hommes de

l'Europe, dans une place où la poli- ^ • ^^alplaquet est un petit village du

tique permet le relâchement dans la '^''^^^^'^ ^« ^^^'^^ ' ^«^^ l'arrondisse-

morale. Les contrôleurs généraux le ^^""^^ d'Avesnes.

Pelletier et Chamillart passèrent pour 2. Villars a donné lui-même dans

être moins habiles que vertueux. ses Mihnoires de curieux détails sur

Il faut avouer que Louis XIV, dans l'esprit et la composition de sou ar-

cette guerre malheureuse, ne fut guèiHj mée.

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chai de Yillars dégarnit un peu son centre pour s'opposer à Marlborough, et alors même ce centre fut attaqué. Les retranchements qui le couvraient furent emportés. Le régiment des gardes, qui les défendait, ne put résister. Le maréchal, en accourant de sa gauche à son centre, fut blessé, et la bataille fut perdue. Le champ était jonché de près de trente mille morts ou mourants.

On marchait sur les cadavres entassés, surtout au quartier des Hollandais. La France ne perdit guère que huit mille hommes dans cette journée. Ses ennemis en laissèrent environ vingt et un mille tués ou blessés; mais le centre étant forcé, les deux ailes coupées, ceux qui avaient fait le plus grand carnage furent les vaincus.

Le maréchal de Boufflers fit la retraite en bon ordre, aidé du prince de Tingri-Montmorenci, depuis maréchal de Luxembourg, héritier du courage de ses pères. L'armée se retira entre le Quesnoi et Valenciennes, emportant plusieurs drapeaux et étendards pris sur les ennemis. Ces dépouilles consolèrent Louis XIY ; et on compta pour une victoire l'honneur de l'a voir disputée si longtemps, et de n'avoir perdu que le champ de bataille. Le maréchal de Yillars, en revenant à la cour, assura le roi que sans sa blessure^ il aurait remporté la victoire. J'en ai vu ce général persuadé; mais j'ai vu peu de personnes qui le crussent.

On peut s'étonner qu'une armée qui avait tué aux ennemis deux tiers plus de monde qu'elle n'en avait perdu n'essayât pas d'empêcher que ceux qui n'avaient eu d'autre avantage que celui de coucher au milieu de leurs morts allassent faire le siège de Mons. Les Hollandais craignirent pour cette entreprise : ils hésitèrent. Mais le nom de bataille perdue impose aux vaincus et les décourage. Les hommes ne font jamais ce qu'ils peuvent faire ; et le soldat à qui on dit qu'il a été battu craint de l'être encore. Ainsi Mons fut assiégé et pris (20 octobre 1709), et toujours pour les Hollandais, qui le gardèrent, ainsi que Tournai et Lille.

1. Villars ue giuTit de sa blessure du prince de Conti, et la cour entière qu'après une opération cruelk'. Le roi alla le visiter pendant sa couvaleslui donna à Versailles l'appartement cence.

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