‹ Siècle de Louis XIVChapitre 187 sur 266 · CHAPITRE XXIII 2G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII 2G

que pour la calamilé; et l'on s'attendait à plus de désastres que l'on n'avait vu auparavant de grandeur et de gloire.

(11 juin 1712.) Précisément dans ce temps-là, mourut en Espagne le duc de Vendôme. L'esprit de découragement, généralement répandu en France, et que je me souviens d'avoir vu, faisait encore redouter qne l'Espagne, soutenue par le duc de Vendôme, ne retombât par sa perte.

Landrccies ne pouvait pas tenir longtemps. Il fut agité dans Versailles si le roi se retirerait à Chambord , sur la Loire. Il dit au maréchal d'Harcourt qu'en cas d'un nouveau malheur, il convoquerait toute la noblesse de son royaume, qu'il la conduirait à l'ennemi malgré son âge de soixante et quatorze ans, et qu'il périrait à la tête*.

Une faute que fît le prince Eugène délivra le roi et la France de tant d'inquiétudes. On prétend que ses lignes étaient trop étendues ; que le dépôt de ses magasins dans IMarchicnnes était trop éloigné; que le général Albemarle, posté à Denain, entre Marchiennes et le camp du prince, n'était pas à portée d'être secouru assez tôt s'il était attaqué.

Ceux qui savent qu'un curé, et un conseiller de Douai, nommé le Fèvre d'Orval, se promenant ensemble vers ces quartiers, imaginèrent les premiers qu'on pouvait aisément attaquer Denain et Marchiennes , serviront à prouver par quels secrets et faibles ressorts les grandes affaires de ce monde sont souvent dirigées. Le Fèvre donna son avis à l'intendant de la province, celui-ci au maréchal de Montesquiou, qui commandait sous le maréchal de Villars : le général l'approuva et l'exécuta. Cette action fut en effet le salut de la France, plus encore que la paix avec l'Angleterre. Le maréchal de Villars donna le change au prince Eugène. Un corps de dragons s'avança à la vue du camp ennemi, comme si l'on se préparait à l'attaquer; et tandis que ces dragons se retirent ensuite vers Guise, le maréchal marche à Denain, avec son armée, sur cinq colonnes. — (24 juillet 1712.) On force les retranchements du général Albemarle, défendus par dix-sept bataillons ; tout est tué ou pris. Le général se rend prison-

1. Villars a raconté dans ses Mé- être contraire... Alors je compterais

moires la scène touchante qui se aller à Péronne ou à Saint-Quentin,

passa à Marly quand il quitta le roi y ramasser tout ce que j'aurais de

pour repartir à rarmée. « Je vous re- troupes, faire un dernier ellbrt avec

mets, lui dit le roi, les forces et le vous, et périr ensemble, ou sauver

salut de l'Etat. La fortune peut vous l'État. »

nier avec deux princes de Nassau, un prince de Holstein, un prince d'Anhalt, et tous les officiers. lie prince Eugène arrive à la hâte, mais à la fin de l'action, avec ce qu'il peut amener de troupes; il veut attaquer un pont qui conduisait à Dcnain, et dont les Français étaient maîtres; il y perd du monde, et retourne à son camp après avoir été témoin de cette défaite.

Tous les postes vers Marchiennes, le long de la Scarpe, sont emportés l'un après l'autre avec rapidité. — (30 juillet 1712.) On pousse à Marchiennes, défendue par quatre mille hommes; on en presse le siège avec tant de vivacité, qu'au bout de trois jours on les fait prisonniers, et qu'on se rend maître de toutes les munitions de guerre et de bouche amassées par les ennemis pour la campagne. Alors toute la supériorité est du côté du maréchal de Yillars. — (Septembre et octobre 1712.) L'ennemi déconcerté lève le siège de Landrecies, et voit reprendre Douai, le Quesnoi, Bouchain. Les frontières sont en sûreté. L'armée du prince Eugène se retire, diminuée de près de cinquante bataillons, dont quarante furent pris depuis le combat de Denain jusqu'à la fin de la campagne. La victoire la plus signalée n'aurait pas produit de plus grands avantages.

Si le maréchal de Yillars avait eu cette faveur populaire qu'ont eue quelques autres généraux, on l'eût appelé à haute voix le restaurateur de la France ; mais on avouait à peine les obligations qu'on lui avait, et, dans la joie publique d'un succès inespéré, l'envie prédominait encore*.

Chaque progrès du maréchal de Yillars hâtait la paix d'Utrecht. Le ministère de la reine Anne, responsable à sa

1. Le maréchal de Villars eut à Ver- courtisans que le roi est content.

sailles une partie de l'appartement Cette anecdote défigurée est de l'an-

qu'avait occupé Monseigneur, et le née 1711. Le roi lui avait ordonné de

roi vint ly voir. L'auteur des Mè- ne point attaquer le duc de Marlbo-

moires de Maintcnon, qui confond rough. Les Anglais prirent Bouchain.

tous les temps, dit, t. Y, p. 119 de ces On murmurait contre le maréchal de

Mémoires, que le maréchal de Yillars Yillars. Ce fut après cotte campagne

arriva dans les jardins de Marly, et de 1711 que le roi lui dit qu'il était

que, le roi ayant dit qu'ii était très content; et c'est alors qu'il pouvait

content de lui, le maréchal, se retour- convenir à un général d'imposer si-

nant vers les courtisans, leur dit : lence aux reproches des courtisans.

Messieurs, au moins i'ous l'entendez, en leur disant que son souverain était

Ce conte, rapporté dans cette occa- satisfait de sa conduite, quoique mal-

sion, ferait tort à un homme qui ve- heureuse.

nait de rendre de si grands services. Ce fait est très peu important : mais

Ce n'est pas dans ces moments de il faut de la vérité dans les plus pc-

gloire qu'on fait ainsi remarquer aux tites choses, [v.]

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