CHAPITRE XXIV
cl celle qui semblait y avoir le plus de di'oit n'y conserva pus une métairie. La Sardaigne^, inutile à l'Empereur, lui resta pour un temps. II jouit quelques années de Naples, ce grand fief de Rome, qu'on s'est arraché si souvent et si aisément.
La vanité de la politique parut encore plus après la paix d'Utrecht que pendant la guerre. Il est indubitable que le nouveau ministère de la reine Anne voulait préparer en secret le rétablissement du fils de Jacques II sur le trùne. La reine Anne elle-même commençait à écouter la voix de la nature par celle de ses ministres; et elle était dans le dessein de laisser sa succession à ce frère dont elle avait mis la tète à prix malgré elle.
Attendrie parles discours de madame Masham, sa favorite, intimidée par les représentations des prélats torys qui l'environnaient, elle se reprochait cette proscription dénaturée. J'ai vu la duchesse de Marlborough persuadée que la reine avait fait vmir son frère en secret, qu'elle l'avait embrassé et que, s'il avait voulu renoncera la religion romaine, elle l'aurait fait désigner pour son successeur. Son aversion pour la maison de Hanovre augmentait encore son inclination pour le sang des Stuarts. On a prétendu que la veille de sa mort elle s'écria plusieurs fois : « Ah ! mon frère ! mon cher frère ! » Elle mourut d'apoplexie, à 1 âge de quarante -neuf ans, le 12 août 1714.
Ses partisans et ses ennemis convenaient que c'était une femme fort médiocre. Cependant, depuis les Edouard III et les Henri Y, il n'y eut point de règne si glorieux: jamais de plus grands capitaines ni sur terre ni sur mer; jamais plus de ministres supérieurs, ni de parlements plus instruits, ni d'orateurs plus éloquents.
Sa mort prévint tous ses desseins. La maison de Hanovre, qu'elle regardait comme étrangère, et qu'elle n'aimait pas, lui succéda; ses ministres furent persécutés.
Le vicomte de Bolingbroke, qui était venu donner la paix à Louis XIV avec une grandeur égale à celle de ce monarque, fut obligé de venir chercher un asile en France et d'y reparaître en suppliant. Le duc d'Ormond, l'àme du parti du prétendant, choisit le même refuge. Harlay, comte d'Oxford,
1. La Sardaigne ne resta à l'Empereur que jusqu'en 1718. II la céda alors au duc de Savoie, contre la Sicile.
eut plus de courage. C'était à lui qu'on en voulait; il resta fièrement dans sa patrie ; il y brava la prison où il fut renfermé, et la mort dont on le menaçait. C'était une âme sereine, inaccessible à l'envie, à l'amour des richesses et à la crainte du supplice. Son courage même le sauva, et ses ennemis dans le parlement l'estimèrent trop pour prononcer son arrêt.
Louis XIV touchait alors à sa fin. Il est difficile de croire qu'à son âge de soixante et dix-sept ans, dans la détresse où était son royaume, il osât s'exposer à une nouvelle guerre contre l'Angleterre en faveur du prétendant, reconnu par lui pour roi, et qu'on appelait alors le chevalier de Saint-George; cependant le fait est très certain. Il faut avouer que Louis eut toujours dans lame une élévation qui le portait aux grandes choses en tout genre. Le comte de Stair, ambassadeur d'Angleterre, l'avait bravé. Il avait été forcé de renvoyer de France Jacques III, comme dans sa jeunesse on avait chassé Charles II et son frère. Ce prince était caché en Lorraine, à Commerci. Le duc d'Ormond et vicomte de Bolingbroke intéressèrent la gloire du roi de France; ils le flattèrent d'un soulèvement en Angleterre, et surtout en Ecosse, contre George I^*'. Le prétendant n'avait qu'à paraître; on ne demandait qu'un vaisseau, quelques officiers et un peu d'argent. Le vaisseau et les officiers furent accordés sans délibérer; ce ne pouvait être un vaisseau de guerre, les traités ne le permettaient pas. L'Épine d'Anican, célèbre armateur, fournit le navire de transport, du canon et des armes. A l'égard de l'argent, le roi n'en avait point. On ne demandait que quatre cent mille écus, et ils ne se trouvèrent pas. Louis XIV écrivit de sa main au roi d'Espagne Philippe V, son petit-fils, qui les prêta. Ce fut avec ce secours que le prétendant passa secrètement en Ecosse. Il y trouva en effet un parti considérable; mais il venait d'être défait par l'armée anglaise du roi George.
Louis était déjà mort : le prétendant revint cacher dans Commerci la destinée qui le poursuivit toute sa vie, pendant que le sang de ses partisans coulait en Angleterre sur les échafauds,
La puissance de la Russie s'affermissait chaque jour dans le Nord*; et cette création d'un nouveau peuple et d'un nou-
1. Le czar Pierre le Grand venait Charles XII , sorti de Turquie, n'avait •de transporter sa capitale à Moscou, pu cmpèch'jrla prise de btralsund.