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CHAPITRE XXV

Sa taille déjà majestueuse, la noblesse de ses traits, le ton et l'air de maître dont il parla, imposèrent plus que l'autorité (le son rang, qu'on avait jusqu'alors peu respectée. Mais ces prémices de sa grandeur semblèrent se perdre 1 e moment d'après; et les fruits n'en parurent qu'après la mort du cardinal*.

La cour, depuis le retour triomphant de Mazarin, s'occupait de jeu, de ballets, de la comédie, qui, à peine née en France, n'était pas encore un art, et de la tragédie, qui était devenue un art sublime entre les mains de Pierre Corneille.

Les jansénistes, que les cardinaux de Richelieu et de Mazarin voulurent réprimer, s'en vengèrent contre les plaisirs que ces deux ministres procuraient à la nation. Les luthériens et les calvinistes en avaient usé ainsi du temps du pape Léon X. Il suffit d'ailleurs d'être novateur pour être austère. Les mêmes esprits qui bouleverseraient un Etat pour établir une opinion souvent absurde, anathématisent les plaisirs innocents nécessaires à une grande ville, et des arts qui contribuent à la splendeur d'une nation. Louis XIV excellait dans les danses graves, qui convenaient à la majesté de sa figure, et qui ne blessaient pas celle de son rang. Les courses de bagues, qu'on faisait quelquefois, et où l'on étalait déjà une grande magnificence, faisaient paraître avec éclat son adresse à tous les exercices. Tout respirait les plaisirs et la magnificence qu'on connaissait alors. C'était peu de chose en comparaison de ce qu'on vit quand le roi régna par lui-même ; mais c'était de quoi étonner, après les horreurs d'une guerre civile, et après la tristesse de la vie sombre et retirée de Louis XIII. Ce prince malade et chagrin n'avait été ni servi, ni logé, ni meublé en roi. Il n'y avait pas pour cent mille écus de pierreries appartenantes à la couronne. Le cardinal Mazarin n'en

propres paroles ? II ne fut ni plus ni l'ouvrage commencé par Richelieu, il

moins beau : il fut tel qu'on le rap- avait les leçons de l'un et l'exemple

porte, [v.] de tous les doux pour s'instruire ; il

1. « L'éducation de Louis XIV avait avait acquis l'habitude du secret et

été aussi mauvaise que celle des au- de la méthode dans les atl'aires, de la

très princes à tous égards, à l'excep- réserve et de la discrétion, de la dé-

tion d'un seul... Mazarin l'avait initié cence et de la dignité dans le main-

de bonne heure aux mystères de sa tien; s'il n'a pas été le plus grand roi,

politique: il avait vu poser une bonne on peut dire au moins que jamais

partie des fondements sur lesquels personne n'a représenté sur le trône

devait être élevé l'édifice de sa gran- avec plus de majesté. » 'Bolingbroke,

deur future ; et comme Mazarin finit Lettres.)

laissa que pour douze cent mille; et aujourd'hui il y en a pour environ vingt millions de livres.

(1660.) Tout prit au mariage de Louis XIY un caractère plus grand de magnificence et de goût, qui augmenta toujours depuis. Quand il fit son entrée avec la reine son épouse, Paris vit avec une admiration respectueuse et tendre cette jeune reine, qui avait de la beauté, portée dans un char superbe d'une invention nouvelle; le roi à cheval, à côté d'elle, paré de tout ce que l'art avait pu ajouter à sa beauté mâle* et héroïque, qui arrêtait tous les regards.

Ou prépara au bout des allées de Yincennes un arc de triomphe dont la base était de pierre ; mais le temps qui pressait ne permit pas qu'on l'achevât d'une manière durable : il ne fut élevé qu'en plâtre; et il a été depuis totalement démoli. Claude Perrault en avait donné le dessin. La porte Saint- Antoine fut rebâtie pour la même cérémonie ; monument d'un goût moins noble, mais orné d'assez beaux morceaux de sculpture. Tous ceux qui avaient vu, le jour de la bataille de Saint- Antoine, rapporter à Paris, par cette porte alors garnie d'une herse, les corps morts ou mourants de tant de citoyens, et qui voyaient cette entrée, si différente, bénissaient le Ciel, et rendaient grâces d'un si heureux changement.

Le cardinal Mazarin, pour solenniser ce mariage, fit représenter au Louvre l'opéra italien intitulé : Ercole amante. Il ne plut pas aux Français. Ils n'y virent avec plaisir que le roi et la reine, qui y dansèrent. Le cardinal voulut se signaler par un spectacle plus au goût de la nation. Le secrétaire d'État de Lionne se chargea de faire composer une espèce de tragédie allégorique, dans le goût de celle de VEurope, à laquelle le cardinal de Richelieu avait travaillé. Ce fut un bonheur pour le grand Corneille qu'il ne fût pas choisi pour remplir ce mauvais canevas. Le sujet était Lisis et Hespérie. Lisis signifiait la France, et Hespérie l'Espagne. Quinault fut chargé d'y travailler 2. Il venait de se faire une grande réputation par la pièce du Faux Tibérinus, qui, quoique mauvaise, avait eu un prodigieux succès. Il n'en fut pas de même de Lisis. On l'exécuta au Louvre. Il n'y eut de beau que les machines. Le marquis de Sourdeac, du nom de Rieux, à qui

1. Le roi, dit .Saint-Simon, excellait admirable à cheval. Il ny avait pas h. tous les exercices du corps, à la de plus beau prince que lui. ■danse, au mail, à la paume, et était 2. Voir plus loin au chapitre xxxil.

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