CHAPITRE XXV
<|uc la nature les distinguait jusqu'à écrire leur destinée dans les astres. Le duc de Savoie, Victor-Aniédée, père de la duchesse de Bourgogne, eut un astrologue auprès de lui, même après son abdication. Molière osa attaquer cette illusion dans les Amants magnifiques, joués dans une autre fête en 1670.
On y voit aussi un fou de cour, ainsi que dans la Princesse d'Élide. Ces misérables étaient encore fort à la mode. C'était un reste de barbarie, qui a duré plus longtemps en Allemagne qu'ailleurs. Le besoin des amusements, Timpuissance de s'en procurer d'agréables et d'honnêtes dans les temps d'ignorance et de mauvais goût, avaient fait imaginer ce triste plaisir qui dégrade l'esprit humain. Le fou qui était alors après de Louis XIV avait appartenu au prince de Condé : il s\ippelait l'Angéli. Le comte de Gramont disait que de tous les fous qui avaient suivi Monsieur le Prince, il n'y avait que l'Angéli qui eût fait fortune. Ce bouffon ne manquait pas <i'esprit. C'est lui qui dit qu'il n'allait pas au sermon, parce qu il n'aimait pas le brailler, et qu'il n'entendait pas le raisonner.
(1664.) La farce du Mariage forcé fut aussi jouée à cette fête. Mais ce qu'il y eut de véritablement admirable, ce fut la première représentation des trois premiers actes du Tartufe^. Le roi voulut voir ce chef-d'œuvre avant même qu'il fût achevé.
La plupart de ces solennités brillantes ne sont souvent que pour les yeux et les oreilles. Ce qui n'est que pompe et magnificence passe en un jour ; mais quand des chefs-d'œuvre de l'art, comme le Tartufe, font l'ornement de ces fêtes, elles laissent après elles une éternelle mémoire.
On se souvient encore de plusieurs traits de ces allégories de Benserade, qui ornaient les ballets de ce temps-là. Je ne citerai que ces vers pour le roi représentant le Soleil :
Je doute qu'on le prenne avec vous sur le ton
De Daphné ni de Phaéton, Lui trop ambitieux, elle trop inhumaine. Il n est point là de piège où vous puissiez donner :
Le moyen de s'imaginer Qu'une femme vous fuie et qu'un homme vous mène?
1. Tartufe fut d'abord composé et Molière que pour avoir un cléuouefait en trois actes (12 mai 1664). Les meut en l'honneur de Louis XIV. actes suivants ne furent ajoutés par
La principale gloire de ces amusements , qui perfectionnaient en France le goût, la politesse et les talents, venait de ce qu'ils ne dérobaient rien aux travaux continuels du monarque. Sans ces travaux il n'aurait su que tenir une cour, il n'aurait pas su régner ; et si les plaisirs magnifiques de cette cour avaient insulté à la misère du peuple, ils n'eussent été qu'odieux; mais le même homme qui avait donné ces fêtes avait donné du pain au peuple dans la disette de 1662. Il avait fait venir des grains, que les riches achetèrent à vil prix, et dont il lit des dons aux pauvres familles à la porte du Louvre ; il avait remis au peuple trois millions de tailles*; nulle partie de l'administration intérieure n'était négligée ; son gouvernement était respecté au dehors. Le roi d'Espagne, obligé de lui céder la préséance ; le pape, forcé de lui faire satisfaction; Duukerque ajouté à la France par un marché glorieux à l'acquéreur et honteux pour le vendeur ; enfin toutes ses démarches, depuis qu'il tenait les rênes, avaient été ou nobles ou utiles : il était beau, après cela, de donner des fêtes.
(1664.) Le légat alatere, Chigi, neveu du pape Alexandre YIL venant, au milieu de toutes les réjouissances de Versailles, faire satisfaction au roi de l'attentat des gardes du pape, étal» à la cour un spectacle nouveau. Ces grandes cérémonies sont des fêtes pour le public. Les honneurs qu'on lui fit rendaient la satisfaction plus éclatante. Il reçut sous un dais les respects des cours supérieures, du corps de ville, du clergé. Il entra dans Paris au bruit du canon, ayant le grand Coudé à sa droite et le fils de ce prince à sa gauche, et vint dans cet appareil s'humilier devant un roi qui n'avait pas encore tiré l'épée. Il dina avec Louis XIV après l'audience ; et on ne fut occupé que de le traiter avec magnificence, et de lui procurer des plaisirs. On traita depuis le doge de Gênes avec moins d'honneurs, mais avec ce même empressement de phiire, que le roi concilia toujours avec ses démarches altièrcs.
Tout cela donnait à la cour de Louis XIV un air de grandeur qui effaçait toutes les autres cours de l'Europe. Il voulait que cet éclat, attaché à sa personne, rejaillît sur tout ce qui l'environnait; quêtons les grands fussent honorés, et qu'aucun ne fût puissant, à commencer par son frère et par Monsieur le Prince-. C'est dans cette vue qu'il jugea en faveur des pairs
1. Ces trois millions portaient sur 2. « Il m'importait, dit Louis XIV l'arriéré, qu'il eût été presque inipos- dans ses Mémoires, que mes ministres sible de réclamer. no couçusseut pas d'eux-mêmes de