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CHAPITRE XXV

leur ancienne querelle avec les présidents du parlement. Ceuxci prétendaient devoir opiner avant les pairs, et s'étaient mis en possession de ce droit. Il régla dans un conseil extraordinaire que les pairs opineraient aux lits de justice, en présence du roi, avant les présidents, comme s'ils ne devaient cette prérogative qu'à sa présence; et il laissa subsister l'ancien usage dans les assemblées qui ne sont pas des lits de justice. Pour distinguer ses principaux courtisans, il avait inventé des casaques bleues, brodées d'or et d'argent. La permission de les porter était une grande grâce pour des hommes que la vanité mène^. On les demandait presque comme le collier de l'ordre^. On peut remarquer, puisqu'il est ici question de petits détails, qu'on portait alors des casaques par-dessus un pourpoint orné de rubans ; et sur cette casaque passait un baudrier, auquel pendait l'épée. On avait une espèce de rabat à dentelles, et un chapeau orné de deux rangs déplumes. Cette mode, qui dura jusqu'à l'année 1684 , devint celle de l'Europe, excepté de l'Espagne et de la Pologne. On se piquait déjà presque partout d'imiter la cour de Louis XIV.

Il établit dans sa maison un ordre qui dure encore, régla les rangs et les fonctions, créa des charges nouvelles auprès de sa personne^, comme celle de grand maître de sa garde-robe. Il rétablit les tables instituées par François l^^, et les augmenta. II y en eut douze pour les officiers commensaux, servies avec autant de propreté et de profusion que celles de beaucoup de souverains : il voulait que les étrangers y fussent tous invités : cette attention dura pendant tout son règne. Il en eut une autre plus recherchée et plus polie encore. Lorsqu'il eut fait bâtir les pavillons de Marly en 1679, toutes les dames trouvaient dans leur appartement une toilette complète ; rien de ce qui appartient à un luxe commode n'était oublié : quiconque était

plus hautes espérances que celles la cour, ni d'autre place de sûreté que qu'il me plairait de leur donner, ce le cœur de leur aîné ». qui est difficile aux gens d'une grande 1. On nommait ces casaques /môjf naissance. » — Monsieur ayant de- oujtistaucorps à brevet. Elles ctnicnt mandé au roi le gouvernement du de moire bleue, brodées dor et d'ar- Languedoc comme place de sûreté, le gent ; on avait droit de les porter en roi refusa, « étant persuadé que c'é- vertu d'un brevet spécial du roi. tait manquer absolument de pré- 2. L'ordre du Saint-Esprit, fondé voyance et de raison que de mettre par Henri III en 1.578. C'était un colles gouvernements des provinces en- lier formé de fleurs de lis d'or, auquel tre les mains des lils de Franco, les- pendait une ci-oix à luiit points au quels, pour le bien de l'Elat, ne doi- milieu de laquelle était une colombe, vent jamais avoir d'autre retraite que 3. Voir, sur les charges des cours

du voyage pouvait donner des repas dans son appartement : on y était servi avec la môme délicatesse que le maître. Ces petites choses n'acquièrent du prix que quand elles sont soutenues par les grandes. Dans tout ce qu'il faisait on voyait de la splendeur et de la générosité. Il faisait présent de deux cent mille francs aux filles de ses ministres, à leur mariage.

Ce qui lui donna dans l'Europe le plus d'éclat, ce fut une libéralité qui n'avait point d'exemple. L'idée lui en vint d'un discours du duc de Saint-Aignan*, qui lui conta que le cardinal de Richelieu avait envoyé des présents à quelques savants étrangers, qui avaient fait son éloge. Le roi n'attendit pas quïl fût loué; mais, sûr de mériter de Fétre, il recommanda à ses ministres Lionne et Colbert de choisir un nombre de Français et d'étrangers distingués dans la littérature, auxquels il donnerait des marques de sa générosité. Lionne ayant écrit dans les pays étrangers, et s'étant fait instruire autant qu'on le peut dans cette matière si délicate, où il s'agit de donner des préférences aux contemporains, on fit d'abord une liste de soixante personnes : les unes eurent des présents, les autres des pensions, selon leur rang, leurs besoins et leur mérite. — (1663.) Le bibliothécaire du Vatican, Allacci; le comte Graziani, secrétaire d'Etat du duc de Modène ; le célèbre Yiviani, mathématicien du grand-duc de Florence ; Vossius, l'historiographe des Provinces-Unies; l'illustre mathématicien Huyghens ; un résident hollandais en Suède; enfin jusqu'à des professeurs d'Altorf et de Ilclmstadt, villes presque inconnues des Français, furent étonnés de recevoir des lettres de M. Colbert, par lesquelles il leur mandait que si le roi n'était pas leur souverain, il les priait d'agréer qu'il fut leur bienfaiteur. Les expressions de ces lettres étaient mesurées sur la dignité des personnes; et toutes étaient accompagnées ou de gratifications considérables ou de pensions^.

Parmi les Français, on sut distinguer Racine, Quinault, Fléchier, depuis évoque de Nîmes, encore fort jeunes : ils eurent des présents. Il est vrai que Chapelain et Cotin eurent des pensions ; mais c'était principalement Chapelain que le ministre Colbert avait consulté. Ces deux hommes, d'ailleurs

et 8ur l'étiquette de Versailles, Saint- 2. Il y avait un peu de forfanterie

Simon et Dangoau. dans ci-lte gdnérosité, car les pen-

1. Bcauvilliors de Saint -Aignan sions données ainsi par Louis XIV

(1607-1687), protecteur des gens de la furent très mal payées, et souvent

cour, fut de l'Académie française. pas du tout payées.

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