CHAPITRE XXYI
voulut joindre les douceurs de ramitié ; mais il est difficile à un roi de faire des choix heureux. De deux hommes auxquels il marqua le plus de confiance, l'un le trahit indij^nement, Tau- Ire abusa de sa faveur. Le premier était le marquis de Tardes^ , confident du goût du roi pour madame de la Vallière. On sait que des intrigues de cour le firent chercher à perdre madame de la Vallière, qui par sa place devait avoir des jalouses, et qui par son caractère ne devait point avoir d'ennemis. On sai qu'il osa, de concert avec le comte de Guiche^ et la comtesset de Soissons, écrire à la reine régnante une lettre contrefaite, au nom du roi d'Espagne, son père. Il ajouta à cette perfidie la méchanceté de faire tomber les soupçons sur les plus honnêtes gens de la cour, le duc et la duchesse de Navailles. — (1665.) Ces deux personnes innocentes furent saciùfiées au ressentiment du monarque trompé. L'atrocité de la conduite de Vardes fut trop tard connue ; et Yardes, tout criminel qu'il était, ne fut guère plus puni que les innocents qu'il avait accusés, et qui furent obligés de se défaire de leurs charges et de quitter la cour.
L'autre favori était le comte, depuis duc, de Lauzun^, si connu depuis par ce mariage qu'il voulut contracter trop publiquement avec Mademoiselle, et qu'il fit ensuite secrètement, malgré sa parole donnée à son maître.
Le roi, trompé dans ses choix, dit qu'il avait cherché des amis, et qu'il n'avait trouvé que des intrigants. Celte connaissance malheureuse des hommes, qu'on acquiert trop tard, lui faisait dire aussi : « Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat. »
Xi les plaisirs, ni les embellissements des maisons royales et de Paris, ni les soins de la police du royaume, ne discontinuèrent pendant la guerre de 1666.
Le roi dansa dans les ballets jusqu'en 1670. Il avait alors trente-deux ans. On joua devant lui à Saint-Germain la tragédie de Britannicus ', il fut frappé de ces vers :
Pour toute ambition, pour vertu singulière. 11 excelle à conduire un char dans la carrière,
1. Fils de la comtesse de Moret, 2. Armand de Gramont, comte do
raestro de camp dès 1C4G, renommé Giiiche, fils du maréchal et neveu du
pour sa bravoure et sa galanterie, lo- célèbre marquis de Gramont.
I iginal peut-être du jDo/i jMa/i de Mo- 3. Nompar, comte de Caumont ,
lière. comte de Lau/un.
A disputer des prix indignes de ses mains,
A se donner lui-même en spectacle aux Romains.
Dès lors il ne dansa plus en public, et le poète réforma le monarque.
(1675.) Madame de la A'allière embrassa la ressource des âmes tendres, auxquelles il faut des sentiments vifs et profonds qui les subjuguent. Sa conversion fut aussi célèbre que sa tendresse. Elle se fit carmélite à Paris, et persévéra^. Se couvrir d'un cilice, marcher pieds nus, jeûner rigoureusement, chanter, la nuit, au chœur, dans une langue inconnue, tout cela ne rebuta point la délicatesse d'une femme accoutumée îi tant de gloire, de mollesse et de plaisirs. Elle vécut dans ces austérités depuis 1675 jusqu'en 1710, sous le nom seul de sœur Louise de la Miséricorde. Un roi qui punirait ainsi une femme coupable serait un tyran; et c'est ainsi que tant de femmes se sont punies d'avoir aimé.
On sait que quand on annonça à sœur Louise de la Miséri corde la mort du duc de Yermandois^ qu'elle avait eu du roi, elle dit : « Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort. » Il lui resta une fille, qui fut de tous les enfants du ro i la plus ressemblante à son père, et qui épousa le prince Armand de Conti, neveu du grand Condé^.
Cependant la marquise de Montespan jouissait de sa faveur -avec autant d'éclat et d'empire que madame de la Yallière avait eu de modestie.
Tandis que madame de la Yallière et madame de Montespan se disputaient la première place dans le cœur du roi, toute la cour était occupée d'intrigues. Mademoiselle*, après avoir refusé tant de souverains, après avoir eu l'espérance d'épouser Louis XIY, voulut faire à quarante-quatre ans la fortune d'un gentilhomme. Elle obtint la permission d'épouser Péguilin, du nom de Caumont, comte de Lauzun, le dernier qui fut capitaine d'une des deux compagnies des cent gentilshommes au bec-de-corbin^, qui ne subsistent plus, et le pre-
1. Elle fit cette action, dit madame mée mademoiselle de Blois, née vu de Sévigné, comme toutes les autres 1G66.
de sa vie, d'une manière noble et 4. Anne-Marie-Louise dOrléaus, ducharmante. chesse de Montpensier, fille de Gas-