‹ Siècle de Louis XIVChapitre 207 sur 266 · CHAPITRE XXYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYI

mier pour qui le roi avait crée la charge de colonel général des dragons.

Mademoiselle donnait tous ses biens, estimés vingt millions, un comte de Lauzun , quatre duchés, la souveraineté de Bombes, le comté d'Eu, le palais d'Orléans qu'on nomme le Luxembourg.— (1669.) Elle ne se réservait rien, abandonnée tout entière à l'idée flatteuse de faire à ce qu'elle aimait une plus grande fortune qu'aucun roi n'en a fait à aucun sujet. Le contrat était dressé : Lauzun fut un jour duc de Montpensier. Il ne manquait plus que la signature. Tout était prêt, lorsque le roi, assailli par les représentations des princes, des ministres , des ennemis d'un homme trop heureux, retira sa parole et défendit cette alliance. Il avait écrit aux cours étrangères pour annoncer le mariage : il écrivit la rupture. On le blâma de l'avoir permis, on le blâma de l'avoir défendu. Il pleura de rendre Mademoiselle malheureuse. Mais ce même prince, qai s'était attendri en lui manquant de parole, fit enfermer Lauzun, en novembre 1670, au château de Pignerol, pour avoir épousé en secret la princesse qu'il lui avait permis, quelques mois auparavant, d'épouser en public. Il fut enfermé dix années entières. H y a plus d'un royaume où un monarque n'a pas cette puissance : ceux qui l'ont sont plus chéris quand ils n'en font pas d'usage. Le citoyen qui n'offense point les lois de l'Etat doit-il être puni si sévèrement par •celui qui représente l'Etat? N'y a-t-il pas une très grande différence entre déplaire à son souverain et trahir son souverain? Un roi doit-il traiter un homme plus durement que la loi ne le traiterait?

Ceux qui ont écrit^ que madame de Montespan, après avoir empêché le mariage, irritée contre le comte de Lauzun, qui éclatait en reproches violents, exigea de Louis XIY cette vengeance, ont fait bien plus de tort à ce monarque. Il y aurait eu de la tyrannie et de la pusillanimité à sacrifier à la colère d'une femme un brave homme, un favori qui, privé par lui de la plus grande fortune, n'aurait fait d'autre faute que de s'être trop plaint de madame de Montespan. Qu'on pardonne

pertuisanc dont le fer ressemblait au vient du Scgraisiana.Cost un recueil

bec d'un corbeau. Elles étaient pré- posthume de quelques conversations

posées à la garde du roi, et furent ius- de Segrais, presque toutes falsifiées,

tituées par Louis XI, en 1478. Il est plein de contradictions, et l'on

1. L'origine de cette imputation, sait qu'aucun de ces a«a ne mérite de

<Iu'on trouve dans tant d'historiens, croyance, [v.]

ces réflexions : les droits de l'humanité les arrachent. Mais en même temps l'équité veut que Louis XIV n'ayant fait dans tout son règne aucune action de cette nature, on ne l'accuse pas d'une injustice si cruelle. C'est bien assez qu'il ait puni avec tant de sévérité un mariage clandestin, une liaison inno^ cente, qu'il eût mieux fait d'ignorer. Retirer sa faveur était très juste ; la prison était trop dure.

Ceux qui ont douté de ce mariage secret n'ont qu'à lire attentivement les Mémoires de Mademoiselle. Ces Mémoires apprennent ce qu'elle ne dit pas. On voit que cette même princesse, qui s'était plainte si amèrement au roi de la rupture de son mariage, n'osa se plaindre de la prison de son mari. Elle avoue qu'on la croyait mariée; elle ne dit point qu'elle ne l'était pas; et quand il n'y aurait que ces paroles : Je ne peux ni ne dois changer pour lui. elles seraient décisives.

Lauzun et Fouquet furent étonnés de se rencontrer dans la même prison; mais Fouquet surtout, qui dans sa gloire et dans sa puissance avait vu de loin Péguilin dans la foule > comme un gentilhomme de province sans fortune , le crut fou, quand celui-ci lui conta qu'il avait été le favori du roi, et qu'il avait eu la permission d'épouser la petite-fille de Henri IV, avec tous les biens et les titres de la maison de Montpensier.

Après avoir langui dix ans en prison, il en sortit enfin; mais ce ne fut qu'après que madame de Montespan eut engagé Mademoiselle à donner la souveraineté de Dombes et le comté d'Eu au duc du Maine encore enfant, qui les posséda après la mort de cette princesse. Elle ne fit cette donation que dans l'espérance que M. de Lauzun serait reconnu pour son époux ; elle se trompa : le roi lui permit seulement de donner à ce mari secret et infortuné les terres de Saint-Fargeau et de Thiers, avec d'autres revenus considérables que Lauzun ne trouva pas suffisants. Elle fut réduite à être secrètement sa femme et à n'en être pas bien traitée en public. Malheureuse à la cour, malheureuse chez elle^, ordinaire effet des passions, elle mourut en 1693.

Pour le comte de Lauzun, il passa en Angleterre en 1688. Toujours destiné aux aventures extraordinaires, il conduisit

1. « Il se liissa clVtro battu, dit l'un do l'autre, ils se brouillircnt Saint-Simon, ot à son tour battit Ma- une bonne fois et ue se revirent plus demoiselle, tant qu'à la lin, lassés jamais.»

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