‹ Siècle de Louis XIVChapitre 213 sur 266 · SUITE DES PARTICULARITÉS ET ANECDOTES · texte numérisé non relu

SUITE DES PARTICULARITÉS ET ANECDOTES

La jeunesse, la beauté de mademoiselle de Fontanges^ le titre de duchesse dont elle fut décorée, écartaient madame de Mainlenon de la première place, qu'elle n'osait espérer et qu'elle eut depuis; mais la duchesse de Fontanges mourut en 1681.

La marquise de Montespan, n'ayant plus de rivale déclarée,

1. Mario -Augéliqiie de. Scoraillc , duchesse de Fontanges, née en 16G1, morte eu 1C81, a vingt ans.

n'en posséda pas plus un cœur fatigue d'elle et de ses murmures. La nouvelle favorite, madame de Maintenon, qui sentait le pouvoir secret qu'elle acquérait tous les jours, se conduisait avec cet art qui est si naturel aux femmes, et qui ne déplaît pas aux hommes. Elle écrivit un jour à madame de Frontenac, sa cousine, en qui elle avait une entière confiance : « Je le renvoie toujours affligé, et jamais désespéré. » Dans ce temps où sa faveur croissait, oij madame de Montespan touchait à sa chute, ces deux rivales se voyaient tous les jours, tantôt avec une aigreur secrète, tantôt avec une confiance passagère, que la nécessité de se parler et la lassitude de la contrainte mettaient quelquefois dans leurs entretiens*. Elles convinrent de faire, chacune de leur côté, des Mémoires de tout ce qui se passait à la cour. L'ouvrage ne fut pas poussé fort loin. Madame de Montespan se plaisait à lire quelque chose de ces Mémoires à ses amis, dans les dernières années de sa vie. Cette situation embarrassante subsista jusqu'en 1685, année mémorable par la révocation de l'édit de Nantes. On voyait -alors des scènes bien différentes : d'un côté le désespoir et la fuite d'une partie de la nation, de l'autre de nouvelles fêtes à Versailles ; Trianon et Marly bâtis ; la nature forcée dans tous ces lieux de délices, et des jardins où l'art était épuisé. Le mariage du petit-fils du grand Condé avec mademoiselle de Xantes, fille du roi et de madame de Montespan, fut le dernier triomphe de cette maîtresse, qui commençait à se retirer de la cour.

Le roi maria depuis deux enfants qu'il avait eus d'elle : mademoiselle de Blois avec le duc de Chartres, que nous avons vu depuis régent du royaume ; et le duc du Maine à Louise- Bénédicte de Bourbon, petite-fille du grand Condé et sœur de Monsieur le Duc, princesse célèbre par son esprit et par le goût des arts. Ceux qui ont seulement approché du Palais-Royal

1. Lfs Mémoires donnés sous le nom rannée 1C24. Le cardinal lui demanda

de madame de Maintenon rapportent s'il n'y avait rien de nouveau. Non,

<iu't'lle dit à madame de Montespan, lui dit le duc. sinon que vous montez,

€n parlant de ses rêves : J'at rtfe <7Hc et je descends. Ce conte est gâté eu

nous étions sur le grand escalier de ajoutant que d'un escalier on s'éleva

Versailles ; je montais, vous descen- jusqu'aux nues. Il faut remarquer que

dicz : je m'élevais jusqu'aux nues, vous dans presque tous les livres d'anec-

allâtes à Fontevrault. Ce conte est re- dotes, dans les ana, on attribue pres-

nouvelé d'après le fameux duc dEper- que toujours à ceux qu'on fait parler

non, qui rencontra le cardinal de des choses dites un siècle, et même

Richelieu sur l'cst-alier du Louvre, plusieurs siècles auparavant, [v.]

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