CHAPITRE XXYII
et de Sceaux savent combien sont faux tous les bruits populaires recueillis dans tant d'histoires concernant ces mariages *.
(1685.) Avant la célébration du mariage de Monsieur le Duc avec mademoiselle de Nantes, le marquis de Seignelai, à cette occasion, donna au roi une fête digne de ce monarque, dans les jardins de Sceaux, plantés par le Nostre avec autant de goût que ceux de Versailles. On y exécuta Tidylle de la Paix, composée par Racine. Il y eut dans Versailles un nouveau carrousel; et après le mariage le roi étala une magnificence singulière, dont le cardinal Mazarin avait donné la première idée en 1656. On établit dans le salon de Marly quatre boutiques, remplies de ce que l'industrie des ouvriers de Paris avait produit de plus riche et de plus recherché. Ces quatre boutiques étaient autant de décorations superbes, qui représentaient les quatre saisons de l'année. Madame de Montespan en tenait une avec Monseigneur. Sa rivale, madame de Maintenon, en tenait une autre avec le duc du Maine. Les deux nouveaux mariés avaient chacun la leur; Monsieur le Duc avec madame de Thianges ; et madame la Duchesse, à qui la bienséance ne permettait pas d'en tenir avec un homme, à cause de sa grande jeunesse, était avec la duchesse de Chevreuse. Les dames et les hommes nommés du voyage tiraient au sort les bijoux dont ces boutiques étaient garnies. Ainsi le roi fit des présents à toute la cour, d'une manière digne d'un roi. La loterie du cardinal Mazarin fut moins ingénieuse et moins brillante. Ces loteries avaient été mises en usage autrefois par les empereurs romains; mais aucun d'eux n'en releva la magnificence par tant de galanterie.
Après le mariage de sa fille, madame de Montespan ne reparut plus à la cour. Elle vécut à Paris avec beaucoup de dignité. Elle avait un grand revenu, mais viager; et le roi lui fit payer toujours une pension de mille louis d'or par mois. Elle allait prendre tous les ans les eaux à Bourbon, et y ma-
1. Il y a plus de vingt volumes servi de l'abbé Dubois, sous-précep-
dans lesquels vous verrez que la mai- teur du duc de Chartres, pour faire
son d'Orléans et la maison de Condé réussir lu négociation, cet abbé n'en
s'indignèrent de ces propositions ; vint à bout qu'avec peine , et qu'il
vous lirez que la princesse, mère du demanda pour récompense le cha-
duc de Chartres, menaça son fils ; peau de cardinal. Tout ce qui regarde
vous lirez même qu'elle le frappa. Les la cour est écrit ainsi dans beaucoup
Anecdotes de la Constitution rappor- d'histoires, [v.] .tent sérieusement que, le roi s'étaut
lùait des filles du voisinage, qu'elle dotait. Elle mourut àBourbou en 1707.
Un au après le mariage de mademoiselle de Nantes avec ^lonsieur le Duc, mourut à Fontainebleau le prince de Condé, à l'âge de soixante-six ans^, d'une maladie qui empira par l'eflort qu'il lit daller voir madame la Duchesse, qui avait la petite vérole. On peut juger, par cet empressement qui lui coûta la vie, s'il avait eu de la répugnance au mariage de son petit-fils avec cette fille du roi et de madame de Montespan, comme l'ont écrit tous ces gazetiers de mensonges dont la Hollande était alors infectée^. On trouve encore dans une Histoire du prince de Condé, sortie de ces mêmes bureaux d'ignorance et d'imposture, que le roi se plaisait en toute occasion à mortifier ce prince, et qu'au mariage de la princesse de Conti, fille de madame de la Vallière, le secrétaire d'État lui refusa le titre de haut et puissant seigneur, comme si ce titre était celui qu on donne aux princes du sang. L'écrivain^ qui a composé l'Histoire de Louis XIV, dans Avignon, en partie sur ces malheureux Mémoires, pouvait-il assez ignorer le monde et les usages de notre cour, pour rapporter desfaussetés pareilles ?
Cependant, après le mariage de madame la Duchesse, aprèsl'éclipse totale de la mère, madame de Maintenon, victorieuse,, prit un tel ascendant, et inspira à Louis XIY tant de tendresse et de scrupule, que le roi, par le conseil du P. la Chaise, l'épousa secrètement, au mois de janvier 1686*, dans une petite chapelle qui était au bout de l'appartement occupé depuis par le duc de Bourgogne. Il n'y eut aucun contrat, aucune stipulation. L'archevêque de Paris, Harlai de Chanvalon, leur donna la bénédiction; le confesseur y assista; Montchevreuil et Bontemps , premier valet de chambre , y furent comme témoins. Il n'est plus permis de supprimer ce fait, rapporté dans tous les auteurs, qui d'ailleurs se sont trompés sur les noms, sur le lieu et sur les dates. Louis XIV était alors dans sa quarante-huitième année, et la personne qu'il épousait dans sa cinquante-deuxième. Ce prince, comblé de gloire, voulait mêler aux fatigues du gouvernement les douceurs innocentes d'une vie privée : ce mariage ne l'engageait
1. Il mourut à C5 ans, le 11 dûccm- de Caylus, sur l'intcriour do la cour, bre 108C. :i. C'est Ileboulcl dout il s'agit.
2. Voir les Mémoires de madame 4. Peut-être plus tôt, eu 1C84.