CHAPITRE XXYII
sent avec flatterie Eslher dans madame de Maintenon , et avec malignité Yasthi dans madame de Montespan, Aman dans M. de Louvois. Mais, malgré le vice du sujet, trente vers d'Est/ier * valent mieux que beaucoup de tragédies qui ont eu de grands succès.
Ces amusements ingénieux recommencèrent pour l'éducation d'Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, amenée en France à l'âge de onze ans.
C'est une des contradictions de nos mœurs, que d'un côté on ait laissé un reste d'infamie attaché aux spectacles publics, et que de l'autre on ait regardé ces représentations comme l'exercice le plus noble et le plus digne des personnes royales. On éleva un petit théâtre dans l'appartement de madame de Maintenon. La duchesse de Bourgogne, le duc d'Orléans, y jouaient avec les personnes de la cour qui avaient le plus de talents. Le fameux acteur Baron leur donnait des leçons, «t jouait avec eux. La plupart des tragédies de Duché, valet <le chambre du roi, furent composées pour ce théâtre; et l'abbé Gencst, aumônier de la duchesse d'Orléans, en faisait pour la duchesse du Maine, que cette princesse et sa cour représentaient.
Ces occupations formaient l'esprit et animaient la société 2.
1. Il est dit dans les Mémoires de Maintenon que'Racine, voyant le mau- Aais succès d'Esther dans le public, «'écria : Pourquoi m'y suis-je exposé?
^pourquoi ni'a-t-on détourné de me faire chartreux? Mille louis le consolèrent.
1° Il est faux qviEsther fût alors mal reçue.
2" Il est faux et impossible que Racine ait dit qu'on l'avait empêché alors de se faire chartreux, puisque sa femme vivait. L'auteur, qui a tout écrit au hasard et tout confondu, devait consulter les Mémoires sur la vie de Jean Racine, par Louis Racine, sou fils; il y aurait vu que Jean Racine voulait se faire chartreux avant son mariage.
3° Il est faux que le roi lui eût donné ^lors mille louis. Cette fausseté est encore prouvée par les mêmes Mémoires. Le roi lui fit jjrésent d'une
charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre en 1690, après la représentation d'Athalie à Versailles. Ces minuties acquièrent, quelque importance quand il s'agit d'un aussi grand homme que Racine. Les fausses anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau siècle de Louis XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal instruits prennent ces contes pour des vérités, qu'on ne peut trop les prémunir contre tous ces mensonges. Et si l'on dénient souvent l'auteur des Mémoires de Maintenon, c'est quejamais auteur n'a plus menti que lui. [v.]
2. Comment le marquis de la Faro peut-il dire dans ses Mémoires que, depuis la mort de Madame, ce ne fut que jeu, confusion et impolitesse? On.
jouait beaucoup dans les voyages de Marly et de Fontainebleau, maisja-
Aucun de ceux qui ont trop censuré Louis XIY ne peut disconvenir qu'il ne fût, jusqu'à la journée d'Hochstedt, le seul puissant, le seul maguiiique, le seul grand presque en tout genre. Car, quoiqu'il y eût des héros, comme Jean Sobieski, et des rois de Suède, qui effaçassent en lui le guerrier, personne n'effaça le monarque. Il faut avouer encore qu'il soutint ses malheurs, et qu'il les répara. Il a eu des défauts, il a fait de grandes fautes; mais ceux qui le condamnent 1 auraienl-ils égalé s'ils avaient été à sa place ?
La duchesse de Bourgogne croissait en grâces et en mérites. Les éloges qu'on donnait à sa sœur en Espagne lui inspirèrent une émulation qui redoubla en elle le talent de plaire. Ce n'était pas une beauté parfaite ; mais elle avait le regard tel que son fils, un grand air, une taille noble. Ces avantages étaient embellis par son esprit, et plus encore par l'envie extrême de mériter les suffrages de tout le monde. Elle était, comme Henriette d'Angleterre, l'idole et le modèle de la cour, avec un plus haut rang : elle touchait au trône : la France attendait du duc de Bourgogne un gouvernement tel que les sages de l'antiquité en imaginèrent, mais dont l'austérité serait tempérée par les grâces de cette princesse, plus faites encore pour être senties que la philosophie de son époux. Le monde sait comme toutes ces espérances furent trompées^. Ce fut le sort de Louis XIY de voir périr en France toute sa famille par des morts prématurées : sa femme à quarantecinq ans, son fils unique à cinquante ; et un au après que nous eûmes perdu son fils, nous vîmes son petit-fils le Dauphin, duc de Bourgogne, la Dauphiuc sa femme, leur fils aîné le
mais chez madame de Maintenon ; et 1. La mort du la duchesse de Bour-
la cour fut en tout temps le modèle gogue causa au roi la plus vive dou-
(le la plus parfaite politesse. La du- leur, qui fut — dit Saiut-Simon, peu
ohesse d'Orléans . alors duchesse de bienveillant en général pour le graud
Chartres, la princesse de Conti. ma- roi, — la seule véritable quil eut ja-
dame la Duchesse, démentaient bien mais de sa vie.
ce que le marquis delà Fare avance. Duclos raconte dans ses Mémoires
Cet homme, qui daus le commerce sur le rlgnc de Louis XIV et la régence,
était de la plus grande indulgence, quaprès la mort de la duchesse le rui
n'a presque écrit qu'une satire. Il était et madajue de Maintenon, visitant ses
mécontent du gouvernement : il pas- lettres, trouvèrent des preuves qu'elle
sait sa vie dans une société qui se mandait au duc de Savoie, son père,
faisait uumérite de condamner la cour, tous les secrets de la cour de France,
et cette société fit dun homme très et que le roi ne put^s'emijècher des'»'--
aimable un historien quelquefois in- crier: « La petite coquine nous trom-
juste. [v.J pait. »