CHAPITRE XXVIII
rieuses, il ne fut pas aussi rcorctté qu'il le méritait. L'amour <le la nouveauté, l'approche dun temps de minorité, où chacun se figurait une fortune, la querelle de la Constitution qui aigrissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que Findifférence. Nous avons vu ce même peuple qui, en 1686, avait demandé au Ciel avec larmes la guérison de son roi malade, suivre son convoi funèbre avec des démonstrations bien différentes. On prétend que la reine sa mère lui avait dit un jour, dans sa grande jeunesse : « Mon fils, ressemblez à votre grand-père, et non pas à votre père. » Le roi ayant demandé la raison : « C'est, ditelle, qu'à la mort de Henri lY on pleurait, et qu'on a ri à celle de Louis XIII*. »
Quoiqu'on lui ait reproché des petitesses, des duretés dans son zèle contre le jansénisme, trop de hauteur avec les étrangers dans ses succès, de trop grandes sévérités dans des choses personnelles, des guerres légèrement entreprises, Tembrasement du Palalinat , les persécutions contre les réformés , cependant ses grandes qualités et ses actions, mises enfin dans la balance, Tout emporté sur ses fautes. Le temps, qui mûrit les opinions des hommes, a mis le sceau à sa réputation; et malgré tout ce qu'on a écrit contre lui, on ne prononcera pas son nom sans respect et sans concevoir à ce nom l'idée d'un siècle éternellement mémorable. Si Ton considère ce prince dans sa vie privée, on le voit à la vérité trop plein de sa grandeur, mais affable ; ne donnant point à sa mère de part au gouvernement, mais remplissant avec elle tous les devoirs d'un fils, et observant avec son épouse tous les dehors de la bienséance; bon père, bon maître, toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires, pensant juste, parlant bien, et aimable avec dignité.
J'ai déjà remarqué ailleurs qu'il ne prononça jamais les paroles qu'on lui fait dire, lorsque le premier gentilhomme de la chambre et le grand maître de la garde-robe se disputaient l'honneur de le servir : « Qu'importe lequel de mes valets me serve ? » Un discours aussi grossier ne pouvait partir d'un homme aussi poli et aussi attentif qu'il l'était, et ne s'accordait guère avec ce qu'il dit un jour au duc de la
1. « J'ai vil, dit Voltaire, de petites riait. Les sentiments des citoyens de tentes dressées sur le chemin de Salut- Paris avaient liasse jusqu'à la popu- Denis. Ou v buvait, on v chantait, on lace. »
Rochefoucauld au sujet de ses dettes : « Que ne parlez-vous à vos amis ? » mot bien différent, qui par lui-même valait beaucoup, et qui fut accompagné d'un don de cinquante mille écus*.
Il n'est pas même vrai qu'il ait écrit au duc de la Rochefoucauld : « Je vous fais mon compliment, comme votre ami, sur la charge de grand maître de la garde-robe, que je vous donne comme votre roi. » Les historiens lui font honneur de cette lettre. C'est ne pas sentir combien il est peu délicat, combien même il est dur de dire à celui dont on est le maître qu'on est son maître. Cela serait à sa place, si on écrivait à un sujet qui aurait été rebelle : c'est ce que Henri IV aurait pu dire au duc de Mayenne avant l'entière réconciliation. Le secrétaire du cabinet, Rose, écrivit cette lettre ; et le roi avait trop de bon goût pour l'envoyer. C'est ce bon goût qui lui fit supprimer les inscriptions fastueuses dont Charpentier, de l'Académie française, avait chargé les tableaux de le Brun, dans la galerie de Versailles : L'incroyable passage du Rhin, la merveilleuse prise de Valenciennes, etc. Le roi sentit que la prise de Valenciennes, le passage du Rhin, disaient davantage. Charpentier avait eu raison d'orner d'inscriptions en notre langue les monuments de sa patrie ; la flatterie seule avait nui à l'exécution.
On a recueilli quelques réponses, quelques mots de ce prince, qui se réduisent à très peu de chose. On prétend que quand il résolut d'abolir en France le calvinisme, il dit : « Mon grand-père aimait les huguenots, et ne les craignait pas ; mon père ne les aimait point, et les craignit ; moi, je ne les aime ni ne les crains. »
Ayant donné en 1658 la place de premier président du parlement de Paris à M. de Lamoignon, alors maître des requêtes, il lui dit : « Si j'avais connu un plus homme de bien et un plus digne sujet, je l'aurais choisi. » Il usa à peu près des: mêmes termes avec le cardinal de Xoailles, lorsqu'il lui donna l'archevêché de Paris. Ce qui fait le mérite de ces paroles, c'est qu'elles étaient vraies et qu'elles inspiraient la vertu.
On prétend qu'un prédicateur indiscret le désigna un jour à Versailles, témérité qui n'est pas permise envers un particulier, encore moins envers un roi. On assure aue Louis XIV
1. Napoléon l" dit dans ses Me- qu'on puisse comparer à Louis XIV moires : « Quel est le roi de France sous toutes ses faces ? »