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CHAPITRE XXVIII

communément Yillicrs-Yendùmo. Cet homme condamnait hautement tous les goûts de Louis XIV, en musique, en peinture, en architecture, en jardins. Le roi planlait-il un bosquet, meublait-il un appartement, construisait-il une fontaine, Yilliers trouvait tout mal entendu, et s'exprimait en termes peu mesurés. « Il est étrange, disait le roi, que Yillicrs ait choisi ma maison pour venir s'y moquer de tout ce que je fais. » L'ayant rencontré un jour dans les jardins : « lié bien! lui ditil en lui montrant un de ses nouveaux ouvrages, cela n'a donc pas le bonheur de vous plaire ? — Non, répondit Yilliers. — Cependant, reprit le roi, il y a bien des gens qui n'en sont pas si mécontents. — Cela peut être, repartit Yilliers; chacun a son avis. » Le roi, en riant, répondit : « On ne peut pas plaire à tout le monde. »

Un jour Louis XIV jouant au trictrac, il y eut un coup douteux. On disputait; les courtisans demeuraient dans le silence. Le comte de Gramont arrive. « Jugez-nous, lui dit le roi. — Sire, c'est vous qui avez tort, dit le comte. — Et comment pouvez-vous me donner le tort avant de savoir ce dont il s'agit ? — Eh ! sire, ne voyez-vous pas que, pour peu que la chose eût été seulement douteuse, tous ces messieurs vous auraient donné gain de cause ? »

Le duc d'Antini se distingua dans ce siècle par un art singulier, non pas de dire des choses flatteuses, mais d'en faire. Le roi va coucher à Petit-Bourg; il y critique une grande allée d'arbres qui cachait la vue de la rivière. Le duc d'Antin la fait abattre pendant la nuit. Le roi, à son réveil, est étonnéde ne plus voir ces arbres qu'il avait condamnés. C'est parce que Votre Majesté les a condamnés quelle ne les voit plus, répond le duc.

Nous avons aussi rapporté ailleurs que le même hommeayant remarqué qu'un bois assez grand, au bout du canal de Fontainebleau, déplaisait au roi, prit le moment d'une promenade; et, tout étant préparé, il se fit donner un ordre de couper ce bois, et on le vit dans l'instant abattu tout entier. Ces traits sont d'un courtisan ingénieux, et non pas d'un flatteur.

On a accusé Louis XIY d'un orgueil insupportable, parce que la base de sa statue, à la place des Victoires, est entourée d'esclaves enchaînés. Mais ce n'est point lui qui fit ériger

1. Louis-Antoino do Pardaillnn de d'Antin, fds de M. et de madame de- Gontrin, connu sous le nom de duc MoBtespan.

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cette statue, ni celle qu'on voit à la place de Vendôme. Celle de la place des Victoires est le monument de la grandeur <ràme et de la reconnaissance du premier maréchal de la Feuillade pour son souveraine II y dépensa cinq cent mille livres, qui font près d'un million aujourd'hui ; et la ville en tijouta autant pour rendre la place régulière. Il paraît qu'on a eu également tort d'imputer à Louis XIV le faste de celtestatue, et de ne voir que de la vanité et de la flatterie dans la magnanimité du maréchal.

On ne parlait que de ces quatre esclaves ; mais ils figurent ■des vices domptés, aussi bien que des nations vaincues ; le duel aboli, l'hérésie détruite : les inscriptions le témoignent assez. Elles célèbrent aussi la jonction des mers, la paix de Ximègue ; elles parlent de bienfaits plus que d'exploits guerriers. D'ailleurs c'est un ancien usage des sculpteurs, démettre des esclaves aux pieds des statues des rois : il vaudrait mieux y représenter des citoyens libres et heureux. Mais enfin on voit des esclaves aux pieds du clément Henri IV et de Louis XIII, à Pai'is ; on en voit à Livourne sous la statue do Ferdinand de ^Médicis , qui n'enchaîna assurément aucune nation ; on en voit à Berlin sous la statue d'un électeur qui repoussa les Suédois, mais qui ne fit point de conquêtes.

Les voisins de la France, et les Français eux-mêmes, ont rendu très injustement Louis XIV responsable de cet usage. L'inscription Vù'O immortali, A l'homme immortel, a été traitée d'idolâtrie ; comme si ce mot signifiait autre chose que l'immortalité de sa gloire. L'inscription de Viviani, à sa maison de Florence, .^des a deo datœ. Maison donnée par un dieu, serait bien plus idolâtre : elle n'est pourtant qu'une allusion au surnom de Dieu-donné^ et au vers de Virgile, deus nobis luec otia fecit [KcL, I, v. 6|.

A l'égard de la statue de la place de Vendôme, c'est la ville qui l'a érigée. Les inscriptions latines qui remplissent les quatre faces de la base sont des flatteries plus grossières que celles de la place des Victoires. On y lit que Louis XIV ne prit jamais les armes que malgré lui. Il démentit bien solennellement cette adulation, au lit de la mort, par des paroles dont on se souviendra plus longtemps que de ces inscrip-

1. La statue que l'on voit aujourd'hui dant la Révolution, ainsi que la statue est due au sculpteur liosio et date du de la place Vendôme, et on a trausrégnc de Louis XVIII. Celle qu'avait porté les esclaves enchaînés aux Inélevée la Feuillade a été détruite peu- valides.

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