‹ Siècle de Louis XIVChapitre 234 sur 266 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

pour son voyage. Il fut conduit à Paris on homme qui venait honorer la France. Il reçut, outre cinq louis par jour pendant huit mois qu'il y resta, un présent de cinquante mille écus, avec une pension de deux mille, et une de cin([ cents pour son fils. Cette générosité de Louis XIV envers le Bernin fut encore plus grande que la magnificence de François I^r pour Raphaël. Le Bernin, par reconnaissance, fit depuis à Rome la statue équestre du roi, qu'on voit à Versailles. Mais quand il arriva à Paris avec tant d'appareil, comme le seul homme digne de travailler pour Louis XIV, il fut bien surpris de voir le dessin de la façade du Louvre, du côté de Saint- Germain - l'Auxerrois, qui devint bientôt après dans l'exécution un des plus augustes monuments d'architecture qui soient au monde *. Claude Perrault avait donné ce dessin, exécuté par Louis le Vau et Dorbai. Il inventa les machines avec lesquelles on transporta des pierres de cinquante-deux pieds de 'ong. qui forment le fronton de ce majestueux édifice. On va chercher quelquefois bien loin ce qu'on a chez soi. Aucun palais de Rome n'a une entrée comparable à celle du Louvre, dont on est redevable à ce Perrault que Boileau osa vouloir rendre ridicule. Ces vignes si renommées sont, de l'aveu des voyageurs, très inférieures au seul château de Maisons, qu'avait bâti François Mansard à si peu de frais. Bernini fut magnifiquement récompensé, et ne mérita pas ses récompenses : il donna seulement des dessins qui ne furent pas exécutés.

Le roi, en faisant bâtir ce Louvre dont l'achèvement est tant désiré 2, en faisant une ville à Versailles près de ce chà-

1. Le récit de Voltaire est inexact, mécontenté tout le monde : il avait Le Bernin vint en France; il présenta fort maltraité particulièrement Man- .1 Colbert et au roi un dessin qui fut sard et Perrault. Il fit un buste de accepté, et qu'on peut voir sur le re- Louis XIV qu'on peut voir à Versailvcrs d'une médaille du cabinet de la les, où l'on trouve les défauts et les Bibliothèque nationale. Mais à peine qualités de sa manière. Quant à la le Bernin eut-il quitté Paris qu'on statue équestre dont Voltaire parle abandonna l'exécution d'un pi-ojet plus haut, et qu'il envoya de Piome à dont on reconnut les défauts. Les tra- grands frais, elle fut d'une exécution vaux commencés furent interrompus si mauvaise que le roi ordonna qu'on et plus tard détruits. La colonnade du changeât la téte,'et qu'on mit celle de Louvre, d'après les plans de Charles quelque personnage romain. Perrault, que le roi adopta avec empressement, fut élevée sur de nouvel- 2. La gloire d'avoir terminé ce maies fondations. — Pendant son séjour gnifique palais estdueàNapoléon III; a Paris, le Bernin, par son insolence un décret du 18 mars 1852 a ordonné <-t son excessive présomption, avait l'achèvement du Louvre, et en 1856

teau qui a coûté tant de millions, en bâtissant Trianou, Marly, et en faisant embellir tant dautres édifices, fit élever l'Observatoire, commencé en 1666, dès le temps qu'il établit l'Académie des sciences. Mais le monument le plus glorieux par son utilité, par sa grandeur et par ses difficultés, fut ce canal du Languedoc qui joint les deux mers, et qui tombe dans le port de Cette, construit pour recevoir ses eaux. Tout ce travail fut commencé dès 1664, et on le continua sans interruption jusqu'en 1681. La fondation des Invalides et la chapelle de ce bâtiment, la plus belle de Paris, rétablissement de Saint-Cyr, le dernier de tant d'ouvrages construits par ce monarque, suffiraient seuls pour faire bénir sa mémoire^. Quatre mille soldats et un grand nombre d'officiers, qui trouvent dans Fun de ces grands asiles une consolation dans leur vieillesse, et des secours pour leurs blessures et pour leurs besoins ; deux cent cinquante filles nobles qui reçoivent dans l'autre une éducation digne d'elles, sont autant de voix qui célèbrent Louis XIV. L'établissement de Saint-Cyr sera surpassé par celui que Louis XY vient de former pour élever cinq cents gentilshommes 2; mais, loin de faire oublier Saint- Cyr, il en fait souvenir : c'est l'art de faire du bien qui s'est perfectionné.

Louis XIY voulut en même temps faire des choses plus grandes et d^une utilité plus générale, mais d'une exécution plus difficile : c'était de réformer les lois. Il y fit travailler le chancelier Séguier, les Lamoignon, les Talon, les Bignon, et surtout le conseiller d'État Pussort. Il assistait quelquefois à leurs assemblées. L'année 1667 fut à la fois l'époque de ses premières lois et de ses conquêtes. L'ordonnance civile parut d'abord, ensuite le code des eaux et forêts, puis des statuts pour toutes les manufactures; l'ordonnance criminelle; le code du commerce, celui de la marine 3; tout cela se suivit presque d'année en année. Il y eut même une jurisprudence nouvelle, établie en faveur des nègres de nos colonies, espèce d'hommes qui n'avait pas encore joui des droits de l'humanité.

lous les grands travaux de maçonne- 3. Lordonnance de la marine cons-

rie et de sculpture étaient achevés. tituc un des titres de gloire de Col-

1. L'abbé de Saint-Pierre critique bert. Ce code, auquel la France dut la cet établissement, que presque toutes prospérité de sa marine tant que vêles nations ont imité, [v.] eut le grand ministre, est plein de

2. L'Ecole militaire, élevée en 1751, sages dispositions que les étrangers à l'extrémité sud du Champ-de-Mars, lui ont plus tard empruntées

à Paris.

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