‹ Siècle de Louis XIVChapitre 253 sur 266 · En Angleterre et à Florence. » de Dieu de Fcnelon · texte numérisé non relu

En Angleterre et à Florence. » de Dieu de Fcnelon

bien en latin, comme un président De Thou, un chancelier de l'Hospital, n'étaient plus les mêmes quand ils maniaient leur propre langage, rebelle entre leurs mains. Les Français n'étaient encore recommandables que par une certaine naïveté, qui avait fait le seul mérite de Joinville, d'Amyot, de Marot, de Montaigne, de Régnier, de la Satire Ménippée. Cette naïveté tenait beaucoup à l'irrégularité, à la grossièreté.

Jean de Lingendes, évéque de Màcon, aujourd'hui inconnu parce qu'il ne Ht point imprimer ses ouvrages, fut le premier orateur qui parla dans le grand goût. Ses sermons et ses oraisons funèbres, quoique mêlés encore de la rouille de son temps, furent le modèle des orateurs qui l'imitèrent et le surpassèrent. L'oraison funèbre de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, surnommé le Grand, dans son pays, prononcée par Lingendes en 16301, était pleine de si grands traits d'éloquence, que Fléchier, longtemps après, en prit Texorde tout entier, aussi bien que le texte et plusieurs passages considérables, pour en orner sa fameuse oraison funèbre du vicomte de Turenne.

Balzac en ce temps-là donnait du nombre et de l'harmonie à la prose. Il est vrai que ses lettres étaient des harangues amjDOulées ; il écrivit au premier cardinal de Retz : « Vous venez de prendre le sceptre des rois et la livrée des roses. » Il écrivait de Rome à Bois-Robert, en parlant des eaux de senteur : « Je me sauve à la nage dans ma chambre, au milieu des parfums. » Avec tous ces défauts, il charmait l'oreille. L'éloquence a tant de pouvoir sur les hommes, qu'on admira Balzac dans son temps, pour avoir trouvé cette petite partie de l'art ignorée et nécessaire, qui consiste dans le choix harmonieux des paroles, et même pour l'avoir employée souvent hors de sa place.

Voilure donna quelque idée des grâces légères de ce style épistolaire, qui n'est pas le meilleur puisqu'il ne consiste que dans la plaisanterie. C'est un badinage, que deux tomes de lettres dans lesquelles il n'y en a pas une seule instructive, une seule qui parte du cœur, qui peigne les mœurs du temps €t les caractères des hommes ; c'est plutôt un abus quuu usage de l'esprit-.

1. L'oraison funèbre de Victor- exagère l'étendue et l'iinportance.

Amédéc, mort en 1637, et non de 2. « Je ne sais, dit la Bruyère, si

Charles-Emmanuel, a fourni à Fié- l'on pourra jamais mettre dans des

chicr des passages dont Voltaire lettres plus d'esprit, plus de soin,

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