CHAPITRE III
il avait chassé les Espagnols de Trêves, et rétabli lélecteur.
(Novembre 16't7 .} Il gagna avec les Suédois la bataille de Lavingen, celle de Sommershausen, et contraignit le duc de Bavière à sortir de ses Etats à l'âge de près de quatre-vingts ans (1645)*. Le comte d'Harcourt prit Balaguier, et battit les Espagnols ^. Ils perdirent en Italie Portolongone. — (1646.) Vingt vaisseaux et vingt galères de France, qui composaient presque toute la marine rétablie par Richelieu , battirent la flotte espagnole sur la côte d'Italie^.
Ce n'était pas tout ; les armes françaises avaient encore envahi la Lorraine sur le duc Charles IV, prince guerrier, mais inconstant, imprudent et malheureux, qui se vit à la fois dépouillé de son Etat par la France, et retenu prisonnier par les Espagnols '^ Les alliés de la France pressaient la puissance autrichienne au midi et au nord. Le duc d'Albuquerque, général des Portugais, gagna (mai 1644) contre l'Espagne la bataille do Badajoz. Torstenson défit les Impériaux près de Tabor (mars 1645), et remporta une victoire complète. Le prince d'Orange, à la tète des Hollandais, pénétra jusque dans le Brabant.
Le roi d'Espagne, battu de tous côtés, voyait le Roussillon et la Catalogne entre les mains des Français. Naples, révoltée'' contre lui, venait de se donner au duc de Guise, dernier prince de cette branche dune maison si féconde en hommes illustres et dangereux^. Celui-ci, qui ne passa que pour un aventurier audacieux, parce qu'il ne réussit pas, avait eu du moins la
25 août de la même année. Le duc quel événement Voltaire fait allusion
d'Orléans avait sous ses ordres dans ici : la taxation du blé et la famine
cette campagne le duc d'Enghien, avaient amené une révolte à Palerme,
les maréchaux: de Gramont. de Gas- à Gergenti et à Naples (7 juillet),
sion, de Rantzau et de la Meilleraie. Dans cette dernière ville, un pécheur
1. « A làge de prés de quatre-vingts de vingt-quatre ans, Thomas Aniello, ans (1645). » Erreur de date. La bataille dit Mazaniello, fut, peudant six jours, de Sommershausen est du IT mai 1648. après l'expulsion du vice-roi, le mai- Piccolomini se retira avec l'armée im- tre du gouvernement. Ses excès le périale sous les murs d'Augsbourg et firent abandonner. Les Napolitains laissa la Bavière ouverte aux ravages appelèrent le duc de Guise, qui se des Français et des Suédois. trouvait à Rome , et celui-ci partit
2. Le comte d'Harcourt, né en 1601, pour Naples sans attendre les secours mort en 1668. de France que lui avait ftiit espérer
3. La Meilleraie commandait la le frère du ministre, le cardinal Miflotte française (5 octobre 1646;. chel Mazarin (novembre 1647).
4. Plus tard, seulement en 1654. 6. Le duc de Guise, né en 1614, était
5. « Xaples révoltée, etc. » Voici à petit-fils du Balaû-c ; destiné à l'état
gloire d'aborder seul dans une barque au milieu de la flotte dEspagne, et de défendre Naples sans autre secours que som courage.
A voir tant de malheurs qui fondaient sur la maison d'Autriche, tant de victoires accumulées par les Français, et secondées des succès de leurs alliés, on croirait que Vienne et Madrid n'attendaient que le moment d'ouvrir leurs portes, et que l'Empereur et le roi d'Espagne étaient presque sans Etats. Cependant cinq années de gloire, à peine traversées par quelques revers, ne produisirent que très peu d'avantages réels, beaucoup de sang répandu, nulle révolution. S'il y en eut une à craindre, ce fut pour la France ; elle touchait à sa ruine aru milieu de ses prospérités apparentes ^.