CHAPITRE III
jours différcnls 1. On dit que le duc d'Eughien jeta son bâton de commandement dans les retranchements des ennemis, e9 marcha pour le reprendre, lépée à la main, à la tète du régiment de Conti. II fallait peut-être des actions aussi hardiespour mener les troupes à des attaques si difficiles. Cette bataille de Fribourg, plus meurtrière que décisive, fut la seconde victoire de ce prince. Merci décampa quatre jours après. Phi— lipsbourg et Mayence rendus lurent la preuve et le fruit de lavictoire - .
Le duc d'Engliien retourne à Paris, reçoit les acclamations du peuple, et demande des récompenses à la cour; il laisse son armée au prince maréchal de Turenne. Mais ce général,, tout habile qu'il est déjà, est battu à Mariendal^. — (Avril 1645. )i Le prince revole à l'armée, reprend le commandement, et joint à la gloire de commander encore Turenne, celle de réparersa défaite. Il attaque Merci* dans les plaines de Xordlingen ; il y gagne une bataille complète (3 août 1645)°; le maréchaP de Gramont y est pris, mais le général Glcn, qui commandait sous Merci, est fait prisonnier, et Merci est au nombre des morts. Ce général, regardé comme un des plus grandscapitaines, fut enterré près du champ de bataille; et on grava sur sa tombe : Sta, viator ; heroem calcas : Arrête, voyageur • tu foules un héros. Cette bataille mit le comble à la gloire de- Condé et fit celle de Turenne, qui eut l'honneur d'aider puissamment le prince à remporter une victoire dont il pouvait être humilié. Peut-être ne fut-il jamais si grand qu'en servant ainsi celui dont il fut depuis l'émule et le vainqueur.
Le nom du duc d'Engliien éclipsait alors tous les autresnoms. — (7 octobre 1646.) Il assiégea ensuite Dunkerque, à la
1. Voir k' récit du combat do Fri- 3. Marienthal ou Mcrgcatheim, sur bourg, dans le duc d'Aumale, t. IV. la Tauber. C'est le 5 mai et non en. p. 3.56 et suiv. L'auteur explique dans avril que Turenne, surpris par Merey,. une note, p. 35", l'occasion qui donna lut battu.
lieu à la légende du bâton de com- 4. « Il attaque Merci, etc. » Cette
mandement jeté dans les retranche- sanglante bataille, dans laquelle les
ments ennemis. <lcux armées firent des pertes égales,
2. C'est à propos de la prise de Phi- r.sta presque sans résultat, le duc lipsbourg que Condé dit dans sa rela- d Enghicn étant tombé malade.
tion : « Le Ilhin est retourné à ses an- 5. Xordlingen, sur l'Eger, rive gau-
ciens maîtres, qui, depuis la seconde che du Danube, en Bavière. — Voir
race de nos rois, l'avaient perdu par jxtur la bataille de Nordiingen ou
leurs dissensions et leurs guerres ci- d'Allerheim, le duc d'Aumak-, IV,
viles. M 4, 23 et suiv.
vue de l'armée espagnole, et il fut le premier qui donna cotte place à la France*.
Tant de succès et de services, moins récompensés que suspects à la cour, le faisaient craindre du ministère autant que des ennemis. On le tira du théâtre de ses conquêtes et de sa gloire, et ou l'envoya en Catalogne avec de mauvaises troupes mal payées ; il assiégea Lérida, et fut obligé de lever le siège- (1647). On l'accuse, dans quelques livres, de fanfaronnade, pour avoir ouvert la tranchée avec des violons. On ne savait pas que c'était l'usage en Espagne.
Bientôt les affaires chancelantes forcèrent la cour de rappeler Condé^ en Flandre. L'archiduc Léopold, frère de l'empereur Ferdinand III, assiégeait Lens en Artois. Condé, rendu à ses troupes, qui avaient toujours vaincu sous lui, les mena droit à l'archiduc. C'était pour la troisième fois qu'il donnait bataille avec le désavantage du nombre. Il dit à ses soldats ces seules paroles : Amis, soin'ejiez-i'ous de Rocroi, de Fribourg et de Nordlingen.
(10 août 1648 ».) Il dégagea lui-même le maréchal de Gramont, qui pliait avec l'aile gauche; il prit le général Beck. L'archiduc se sauva à peine avec le comte de Fuensaldagne. Les Impériaux et les Espagnols, qui composaient cette armée, furent dissipés; ils perdirent plus de cent drapeaux et trentehuit pièces de canon; ce qui était alors très considérable. On leur fit cinq mille prisonniers ; on leur tua trois mille hommes, le reste déserta, et l'archiduc demeura sans armée.
Ceux qui veulent véritablement s'instruire peuvent remarquer que, depuis la fondation de la monarchie, jamais les Français n'avaient gagné de suite tant de batailles, et de si glorieuses par la conduite et par le courage.
Tandis que le prince de Condé comptait ainsi les années de sa jeunesse par des victoires, et que le duc d Orléans', frère de Louis XIII, avait aussi soutenu la réputation d'un fils de Henri IV et celle de la France par la prise de Gravelines (juillet 1644), par celle de Courtrai et de Mardick (novembre 1644) <>, le vicomte de Turenne avait pris Landau ;
1. Voirleducd'Aumale, t. V, p. 100. 4. La bataille a (.-té livrée le 20 et