‹ Siècle de Louis XIVChapitre 58 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Calais, et fut plusieurs jours à la mort. Aussitôt tous les. courtisans se tournèrent vers son frère Monsieur*. Mazarin prodigua les ménagements, les flatteries et les promesses au maréchal du Plessis-Praslin, ancien gouverneur de ce jeune prince, et au comte de Guiche, son favori. Il se forma dans Paris une cabale assez hardie pour écrire ù Calais contre le cardinal. Il prit ses mesures pour sortir du royaume et pour mettre à couvert ses richesses immenses. Un empirique d'Abbeville guérit le roi avec du vin émétique, que les médecins de la cour regardaient comme un poison-. Ce bon homme s'asseyait sur le lit du roi, et disait : « Voilà un garçon bien malade, mais il n'en mourra pas. » Dès qu'il fut convalescent, le cardinal exila tous ceux qui avaient cabale contre lui.

(13 septembre 1658.) Peu de mois après mourut Cromwell, à l'âge de cinquante-cinq ans-^. au milieu des projets qu'il faisait pour l'affermissement de sa puissance et pour la gloire de sa nation. Il avait humilié la Hollande, imposé les conditions d'un traité au Portugal , vaincu l'Espagne et forcé la France à briguer son alliance. Il avait dit depuis peu, en apprenant avec quelle hauteur ses amiraux s'étaient conduits à Lisbonne : Je veux qu'on respecte la république anglaise autant qu'on a respecté autrefois la république romaine. Les médecins lui annoncèrent la mort. Je ne sais s'il est vrai qu'il fit dans ce moment l'enthousiaste et le prophète, et s'il leur répondit que Dieu ferait un miracle en sa faveur. Thurloe, son secrétaire, prétend qu'il leur dit : La nature peut plus que les médecins. Ces mots ne sont point d'un prophète, mais d'un homme très sensé. Il se peut qu'étant convaincu que les médecins pouvaient se tromper , il voulut , en casqu'il en réchappât, se donner auprès du peuple la gloire d'avoir prédit sa guérison, et rendre par là sa personne plus respectable et même plus sacrée.

Il fut enterré en monarque légitime, et laissa dans l'Europe la réputation d'un homme intrépide, tantôt fanatique^ tantôt fourbe, et d'un usurpateur qui avait su régner''.

1. Oa appelait -Vo«.çiVHr le fréro du ans quand il mourut, le 3 septom— roi d'' France. Philii)po, frero unique bn- lO'SS.

de Louis XIV. néen IG'iO. mort en 1701, 4. Voir le juj^ement de Bossuet

épousa Henriette, fille de Charles ^'. dans l'Oraison funèbre de la reine

C'est le chef de la famille dOrléans. d'Angleterre, commençant ainsi: «Un

2. Ce médecin se nommait du Sauzai. homme s'est rencontré d'une profou-

3. Cromwell avait cinquante -neuf duiu' d'esprit incroyable... »

Le chevalier Temple prétend que Cromwell avait voulu, avant sa mort, s'unir avec TEspagne contre la France, et se faire donner Calais avec le secours des Espagnols, comme il avait eu Dunkerque par les mains des Français. Rien n'était plus dans son caractère et dans sa politique. Il eût été l'idole du peuple anglais , en dépouillant ainsi l'une après l'autre deux nations que la sienne haïssait également. La mort renversa ses grands desseins , sa tyrannie et la grandeur do l'Angleterre.

Il est à remarquer qu'on porta le deuil de Cromwell à la cour de France, et que Mademoiselle fut la seule qui ne rendit point cet hommage à la mémoire du meurtrier d'un roi son parent.

Nous avons vu* dt^'jîi que Richard Cromwell succéda paisiblement et sans contradiction au protectorat de son père, comme un prince de Galles aurait succédé à un roi d'Angleterre. Richard fît voir que du caractère d'un seul homme dépend souvent la destinée de l'Etat. Il avait un génie bien contraire à celui d'Olivier Cromwell, toute la douceur des vertus civiles , et rien de cette intrépidité féroce qui sacrifie tout à ses intérêts. Il eût conservé l'héritage acquis par les travaux <le son père, s'il eût voulu faire tuer trois ou quatre principaux officiers de l'armée qui s'opposaient à son élévation. Il aima mieux se démettre du gouvernement que de régner par des assassinats; il vécut particulier, et même ignoré, jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, dans le pays dont il avait été quelques jours le souverain. Après sa démission du protectorat, il voyagea en France : on sait qu'à Montpellier le prince <le Conti , frère du grand Condé , en lui parlant sans le connaître , lui dit un jour : Olivier Cromwell était un grand homme, mais son fils Richard est un misérable de n'avoir pas su jouir du fruit des crimes de son père. Cependant ce Richard vécut heureux, et. son père n'avait jamais connu kbonheur.

Quelque temps auparavant-, la France vit un autre exemple bien plus mémorable du mépris d'une couronne. Christine, reine de Suède, vint à Paris. On admira en elle une jeune

1. Dnns \'E.<sai sur les mœurs, rha- qiia onl6.")4,à ving-nouf ans, en faveur pitre CLXXxi. de son cousin Charles-Gustave. Elle

2. i< Quelque temps auparavant. » lit une eutréepres({ue triomphale à Pa- En 1C56. — Christine, fille et lierilirre ris, 8 septembre 1036. Voir Voyage de •de Gustave-Adolphe, née en lC2G.alKli- deux Hollandais en France en IG^iS.

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