‹ Siècle de Louis XIVChapitre 60 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Franco n'était ni assez forte pour ravir l'Empire, ni assez riche pour l'acheter; aussi les premières ouvertures, faites à Francfort par le maréchal de Gramont et par Lionne, furentelles abandonnées aussitôt que proposées. Léopold fut élu. Tout ce que put la politique de Mazarin, ce fut de faire une ligue avec les princes allemands pour l'observation des traités de Munster, et pour donner un frein à l'autorité de l'Empereur sur l'Empire (août 1658).

La France, après la bataille des Dunes, était puissante au dehors par la gloire de ses armes, et par l'état où étaient réduites les autres nations : mais le dedans souffrait ; il était épuisé d'argent ; on avait besoin de la paix.

Il fallait deux choses au cardinal pour consommer heureusement son ministère : faire la paix, et assurer le repos de l'Etat par le mariage du roi. Les cabales pendant sa maladie lui faisaient sentir combien un héritier du trône était nécessaire à la grandeur du ministre. Toutes ces considérations le déterminèrent à marier Louis XIV promptement. Deux partis se présentaient : la fille du roi d'Espagne et la princesse de Savoie. Le cœur du roi avait pris un autre engagement; il aimait éperdument mademoiselle Mancini, l'une des nièces du cardinal; né avec un cœur tendre et de la fermeté dans ses volontés, plein de passion et sans expérience, il aurait pu se résoudre à épouser sa maîtresse^.

Madame de Motteville, favorite de la reine mère, dont les mémoires ont un grand air de vérité, prétend que Mazarin fut tenté de laisser agir l'amour du roi, et de mettre sa nièce sur le trône. Il avait déjà marié une autre nièce au prince de Conti, une au duc de Mercœur : celle que Louis XIY aimait avait été demandée en mariage par le roi d'Angleterre-. C'étaient autant de titres qui pouvaient justifier son ambition. Il pressentit adroitement la reine mère : Je crains blen^ lui dit-il, que le roi ne veuille trop fortement épouser ma nièce. La reine, qui con-

1. Voir à ce sujet les Mé/noircs de fait demander à Mazarin la main d'une madame de Motteville; les lettres de ses nièces, pourvu qu'il voulût lui adressées par Mazarin à Louis XIV faire rendre Pignerol. « ce ministre le dansLiniéres,IV,p. 596;leSilfemoi>fi- refusa, et dit qu'il ne voulait établir de Choisi, LXHI. ses nièces que pour augmenter sa

2. En 1660, la reine d'Angleterre gloire, et que faisant cette trahison proposa le mariage dHortense, sœur au roi par la- seule considération de de Marie Mancini que Louis XIV avait ses intérêts, il n'en mériterait que aimée, avec le roi, son fds. Dans le de la honte». (Madame de Motte même temps, le duc de Savoie ayant ville.)

naissait le ministre, comprit qu'il souhaitait ce qu'il feignait de craindre. Elle lui répondit avec la hauteur dune princesse du sang d'Autriche, fille, femme et mère de rois, et avec l'aigreur que lui inspirait depuis quelque temps un ministre qui affectait de ne plus dépendre d'elle. Elle lui dit : Si le roi était capable de cette indignité, je me mettrais, avec mon second fils, à la téfe de toute la nation contre le roi et contre vous.

Mazarin ne pardonna jamais, dit-on, cette réponse à la reine ; mais il prit le parti sage de penser comme elle : il se fit luimême un honneur et un mérite de s'opposer à la passion de Louis XIT. Son pouvoir n'avait pas besoin d'une reine de son sang pour appui. Il craignait même le caractère de sa nièce, et il crut affermir encore la puissance de son ministère en fuyant la gloire dangereuse d'élever trop sa maison.

Dès l'année 1656 il avait envoyé Lionne^ en Espagne solliciter la paix et demander l'infante; mais don Louis de Haro, persuadé que, quelque faible que fût l'Espagne, la France ne l'était pas moins, avait rejeté les offres du cardinal. L'infante, fille du premier lit, était destinée au jeune Léopold. Le roi d'Espagne, Philippe lY, n'avait alors de son second mariage qu'un fils, doiit l'enfance malsaine faisait craindre pour sa vie. On voulait que l'infante, qui pouvait être héritière de tant d'Etats, portât ses droits dans la maison d'Autriche, et non dans une maison ennemie : mais enfin Philippe lY ayant eu un autre fils, don Philippe-Prosper, et sa femme étant encore enceinte, le danger de donner l'infante au roi de France lui parut moins grand, et la bataille des Dunes lui rendit la paix nécessaire.

Les Espagnols promirent l'infante et demandèrent une suspension d'armes. Mazarin et don Louis se rendirent sur les frontières d'Espagne et de France, dans l'île des Faisans 2 (1659). Quoique le mariage d'un roi de France et la paix générale fussent l'objet de leurs conférences, cependant plus d'un mois se passa à arranger les difficultés sur la préséance, et à régler des cérémonies. Les cardinaux se disaient égaux aux rois, et supérieurs aux autres souverains. La France prétendait, avec plus de justice, la prééminence sur les autres puissances. Cependant don Louis de Haro mit une égalité parfaite entre Mazarin et lui, entre la France et l'Espagne.

1. H*nri d.' Lioauo (1G11-1C71), ne- dirigea les alTaires cxtéri-iiros de

Veii dAb>'I îSorieu. l'ami et le eonli- IGOl à 1670.

deut de Mazariu, le plus grand mi- 2. Dans la Bidassoa, près de Heu-

nistre du règne, dit Saint-Simon, daye.

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