‹ Siècle de Louis XIVChapitre 62 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

prince malheureux qu'on punissait parce qu'il ne pouvait se faire craindre. La France lui rendit ses Etals i en démolissant ^"^anci et en lui défendant d'avoir des troupes. Don Louis de Haro obligea le cardinal Mazarin à faire recevoir en grâce le prince de Condé, en menaçant de lui laisser en souveraineté Rocroi, le Catelet et d'autres places dont il était en possession. Ainsi la France gagna à la fois ces villes et le grand Condé. Il perdit sa charge de grand maître de la maison du roi, qu'on donna ensuite à son ûls, et ne revint presque qu'avec sa gloire.

Charles II, roi titulaire d'Angleterre, plus malheureux alors ■que le duc de Loraine, vint près des Pyrénées, où l'on traitait cette paix. Il implora le secours de don Louis et de Mazarin. Il se flattait que leurs rois, ses cousins germains, réunis, oseraient enlin venger une cause commune à tous les souverains, puisque enfin Cromwell n'était plus : il ne put seulement obtenir une entrevue, ni avec Mazarin, ni avec don Louis. Lockhart, cet ambassadeur de la république d'Angleterre, était à Saint-Jean-de-Luz; il se faisait respecter encore, même après la mort du protecteur; et les deux ministres, dans la crainte (de choquer cet Anglais, refusèrent de voir Charles II. Ils pen- •saient que son rétablissement était impossible ; et toutes les factions anglaises, quoique divisées entre elles, conspiraient ■également à ne jamais reconnaître de rois. Ils se trompèrent tous deux : la fortune fit, peu de mois après, ce que ces deux ministres auraient pu avoir la gloire d'entreprendre. Charles fut rappelé dans ses États par les Anglais, sans qu'un seul potentat de l'Europe se fût jamais mis en devoir ni d'empêcher le meurtre du père, ni de servir au rétablissement du fils. Il fut reçu dans les plaines de Douvres par vingt mille citoyens, qui se jetèrent à genoux devant lui. Des vieillards qui étaient de ce nombre m'ont dit que presque tout le monde fondait en larmes. Il n'y eut peut-être jamais de spectacle plus touchant ni de révolution plus subite (juin 1660). Ce changement se fit À}D. bien moins de temps que le traité des Pyrénées ne fut conclu ; et Charles II était déjà paisible possesseur de l'Angleterre, •que Louis XIV n'était pas même encore marié par procureur-.

1. Moins Bar, Clermoat on Argon- 2. Charles II d(l)arqiia à Douvres

Jic, Stenay, May encc. Leduc l'ut oblige- lu 5 juin et entra à Londres le 8. Le

.délaisser le passage libre aux trou- mariage de Louis XIV avec Marie-

.pcs Irançaises pour se rendre eu Al- Thérèse fut célébré le 9 à Saint-Jean-

sace. de-Luz.

(Août 1660.) Enfin le cardinal Mazarin ramena le roi et la nouvelle reine à Paris. Un père qui aurait marié son fils sans^ lui donner l'administration de son bien nen eût pas usé autrement que !Mazarin; il revint plus puissant et plus jaloux de sa puissance, et même des honneurs, que jamais. Il exigea et il obtint que le parlement vînt le haranguer par députés. C'était une chose sans exemple dans la monarchie ; mais ce n'était pas une trop grande réparation du mal que le parlement lui avait fait. Il ne donna plus la main^ aux princes du sang, en lieu tiers, comme autrefois. Celui qui avait traité don Louis de Haro en égal voulut traiter le grand Condé en inférieur. Il marchait alors avec un faste royal, ayant, outre ses gardes, une compagnie de mousquetaires qui a été depuis la seconde compagnie des mousquetaires du roi. On n'eut plus auprès de lui un accès libre : si quelqu'un était assez mauvais courtisan pour demander une grâce au roi, il était perdu. La reine inère, si longtemps protectrice obstinée de Mazarin contre ht France, resta sans crédit dès qu'il n'eut plus besoin d'elle. Le roi son fils, élevé dans une soumission aveugle pour ce ministre, ne pouvait secouer le joug qu'elle lui avait imposé, aussi bien qu'à elle-même ; elle respectait son ouvrage, et Louis XIV n'osait pas encore régner du vivant de Mazarin.

Un ministre est excusable du mal qu'il fait lorsque le gouvernail de l'État est forcé dans sa main par les tempêtes; mais,, dans le calme, il est coupable de tout le bien qu'il ne fait pas. INIazarin ne fit de bien qu'à lui et à sa famille par rapport à lui. Huit années de puissance absolue et tranquille, depuis son dernier retour jusqu'à sa mort, ne furent marquées par aucun établissement glorieux ou utile; car le collège des Quatre-Nations ne fut que l'effet de son testament^.

Il gouvernait les finances comme l'intendant d'un seigneur obéré. Le roi demandait quelquefois de l'argent à Fouquet, qui lui répondait : Sire, il n'y a rien dans les coffres de Votre

1. Donner la main, c'est- à- dire M. :Misuet dit de Mazarin :« Il av;iit prendre la droite. ICspril grand, prévoyant. inv.Mitir, ■ 2. « De sou testament. » Jugement le caraelere plus souple que failde. et injuste, parce qu'il est incomplet : moiusiernieque persévérant... Il était Mazarin lit la ligue du Rhin contre iucapal)le d'abattement et il avait l'Autriche, ménagea la succession une constance inouïe, malgré ses vad'Espagne à Louis XIV, et put dire rialious apparentes. » {Introduction avec vérit(; tiue « si son langage aux Nis^nccations relatiws à lu sucu'utait pas français, sou cœur l'était ». cession d'Espagne.)

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