‹ Siècle de Louis XIVChapitre 87 sur 266 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

inspiivr la haine contre les Français à des générations nouvelles.

(167.'i.) Cependant le roi agitait les cabinets de tous les princes par ses négociations. Il gagna le duc de Hanovre. L'électeur de Brandebourg, en commençant la guerre, fit un traité, mais qui fut bientôt rompu. Il n'y avait pas une cour en Allemagne où Louis n'eût des pensionnaires. Ses émissaires fomentaient en Hongrie les troubles de cette province, sévèrement traitée par le conseil de Vienne. L'argent fut prodigué au roi d'Angleterre * pour faire encore la guerre à la Hollande, malgré les cris de toute la nation anglaise, indignée de servir la grandeur de Louis XIY, qu'elle eût voulu abaisser. L'Europe était troublée par les armes et par les négociations de Louis. Enfin il ne put empêcher que l'Empereur, l Empire et l'Espagne ne s'alliassent avec la Hollande, et ne lui déclarassent solennellement la guerre ~. Il avait tellement changé le cours des choses, que les Hollandais, ses alliés naturels, étaient devenus les amis de la maison d'Autriche. L'empereur Léopold envoyait des secours lents, mais il montrait une grande animosité. Il est rapporté qu'allant à Egra voir les troupes qu'il y rassemblait, il communia en chemin, et qu'après la communion il prit en main un crucifix et appela Dieu à témoin de la justice de sa cause.

Il parut d abord combien la marine du roi de France était déjà perfectionnée. Au lieu de trente vaisseaux qu on avait joints, l'année d'auparavant, à la flotte anglaise, on en joignit quarante, sans compter les brûlots. Les officiers avaient ippris les manœuvres savantes des Anglais, avec lesquels ils avaient combattu celles des Hollandais, leurs ennemis. C'était le duc d'York, depuis Jacques II, qui avait inventé l'art de faire entendre les ordres sur mer par les mouvements divers des pavillons. Avant ce temps les Français ne savaient pas ranger une armée navale en bataille. Leur expérience consistait à faire battre un vaisseau contre un vaisseau, non à en faire mouvoir plusieurs de concert, et à imiter sur la mer les évolutions des armées de terre, dont les corps séparés se

1. Voir di\ns'Sligï}et, ouvrage cité, la parlomont n'<''taicnt pas plus sc-riipii-

quittance {jf-néralc des soiumes reçues leux que le roi. de Louis XIV du .31 d»:-ceinljre 1C70 au

1" janvier IC'i; elles sVlovaient a luiit 2. L'alliance fut signée à la Haye

millions de livres, et les membres du (3i)aoùt 1073).

soutiennent et se secourent mutuellement. Ils firent à peu près comme les Romains, qui en une année apprirent des Carthaginois l'art de combattre sur mer, et égalèrent leurs maîtres.

Le vice-amiral d'Estrées ^ et son lieutenant Martel firent honneur à 1 industrie militaire de la nation française, dans trois batailles navales consécutives, au mois de juin îles 7, li et 21 juin 1673), entre la flotte hollandaise et celle de France et d'Angleterre. L'amiral Ruyter fut plus admiré que jamais dans ces trois actions. D'Estrées écrivit à Colbert : « Je voudrais avoir payé de ma vie la gloire que Ruyter vient d'acquérir. » D'Estrées méi'itait que Ruyter eût ainsi parlé fie lui. La valeur et la conduite furent si égales de tous côtés, que la victoire resta toujours indécise.

Louis, ayant fait des hommes de mer de ses Français par les soins de Colbert, perfectionna encore l'art de la guerre sur terre par l'industrie de Yauban. Il vint en personne assiéger Maestricht^ dans le même temps que ces trois batailles navales se donnaient. Maestricht était pour lui une clef des Pays-Bas et des Provinces-Unies ; c'était une place forte, défendue par un gouverneur intrépide, nommé Fariaux, né Français, qui avait passé au service d'Espagne, et depuis à celui de Hollande. La garnison était de cinq mille hommes. Yauban, qui conduisit ce siège, se servit, pour la première fois, des parallèles inventées par des ingénieurs italiens au service des Turcs devant Candie. Il y ajouta les places d'armes que l'on fait dans les tranchées pour y mettre les troupes en bataille, et pour les mieux rallier en cas de sorties •^. Louis se montra, dans ce siège, plus exact et plus laborieux qu'il ne l'avait été encore '\ Il accoutumait, par son exemple, à la patience dans le travail, sa nation, accusée jusqu'alors de n'avoir qu'un courage bouillant que la fatigue épuise bientôt. Maestricht se rendit au bout de huit jours |29 juin 1673). Pour mieux affermir encore la discipline militaire, il usa

1. «Estrécs » (Victor-Mario, duc d"', traints de travailler, sous le feu de la né en 16C0, succéda à son père dans place, aux lignes de circonvallalinn. la place de vice-amiral de France; 4. Louis XIV a donn»'-. dans ses .Vcmort en 1737. moires militaires , de f;rands détails

2. Maestricht, sur la rive gauche de sur cette campagne, dont il put s'atla Meuse. Louis commandait en chef, tribuer avec raison tout l'honneur, n y Vauban dirigeait les opérations. ayant ])as partagé le commandement

3. Sept niillL' j)aysaus furent con- avec les grands capitaines du temps.

Page 1