‹ Siècle de Louis XIVChapitre 90 sur 266 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

BELLE C.VMPAGNE ET MORT DU MARECHAL DE TURENNE. DERNIÈRE BATAILLE DU GRAND CONDE A SE NE F.

Tandis que le roi prenait rapidement la Franche-Comte avec cette facilité et cet éclat attachés encore à sa destinée,

1. Le duc d'Enghion invcslissait arriva lo 2 mai, avec Vauljan. et prit

Besançou depuis lu 25 avril. Taudis la villi- le 1>.

que Coudé couvrait la Meuse et Tu- 2. Lare de triomphe de la porte

renne l'Alsace et la Lorraine, le roi Saint-Martin, à Paris, fut consacré à

Turcune, qui ne faisait que dcfcndre les frontières du côté du Rhin, déployait ce que l'art de la guerre peut avoir de plus grand et de plus habile. L'estime des hommes se mesure par les difficultés surmontées ; et c'est ce qui a donné une si grande réputation à cette campagne de Turenne * .

(Juin 1674.) D'abord il fait une marche longue et vive, passe le Rhin à Philipsbourg, marche toute la nuit à Sintzheim, force cette ville ; et en même temps il attaque et met en fuite Caprara, général de l'Empereur, et le vieux duc de Lorraine, Charles lY , ce prince qui passa toute sa vie à perdre ses Etats et à lever des troupes , et qui venait de réunir sa petite armée avec une partie de celle de l'Empereur. Turenne, après l'avoir battu, le poursuit et bat encore sa cavalerie à Ladenbourg (juillet 1674) ; de là il court à un autre général des Impériaux, le prince de Bournonville , qui n'attendait que de nouvelles troupes pour s'ouvrir le chemin de l'Alsace; il prévient la jonction de ces troupes, l'attaque, et lui fait quitter le champ de bataille (octobre 1674).

L'Empire rassemble contre lui toutes ses forces ; soixante et dix mille Allemands sont dans l'Alsace : Brisach et Philipsbourg étaient bloqués par eux. Turenne n'avait plus que vingt mille hommes effectifs tout au plus. — (Décembre.) Le prince de Condé lui envoya do Flandre quelques secours de cavalerie : alors il traverse, par Tanne et par Béfort, des montagnes couvertes de neige ; il se trouve tout d'un coup dans la haute Alsace , au milieu des quartiers des ennemis , qui le croyaient en repos en Lorraine , et qui pensaient que la campagne était finie. Il bat à Mulhausen les quartiers qui résistent ; il en fait deux prisonniers. Il marche à Colmar, où l'électeur de Brandebourg, qu'on appelle le grand électeur, alors général des armées de l'Empire, avait son quartier. Il arrive dans le temps que ce prince et les autres généraux se mettaient à table ; ils n'eurent que le temps de s'échapper; la campagne était couverte de fuyards.

Turenne, croyant n'avoir rien fait tant qu'il restait quelque

rappeler le souvenir de cette con- donner l'Alsace : « Si je m'en allais de

quête. moi-mèrae. je ferais ce qu'ils auront

1. Lire le récit de cette campagne, peut-être de la peine à me faire faire ; »

trop écourté par Voltaire, dans Mi- et ce qu'il dit au marquis de la Fare :

gnet, partie V. section 3, Il faut y « Il ne faut pas qu'il y ;iit un homme

ajouter au moins la réponse qu'il avait de guerre en repo'j. en France, tant

faite à l'ordre quil avait reçu d'aban- qu'il y aura un Allemand eu Alsace. »

Page 1