‹ Siècle de Louis XIVChapitre 94 sur 266 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

que l'à^e ou le mécontenlcmcnt tenait renfermés chez eux n'en sortirent point; les autres, qui s'occupaient à cultiver leurs héritages, vinrent avec répugnance, au nombre d'environ quatre mille. Rien ne ressemblait moins à une troupe guerrière. Tous montés et armés inégalement, sans expérience et sans exercice, ne pouvant ni ne voulant faire un service régulier, ils ne causèrent que de l'embarras, et on fut dégoûté d'eux pour jamais. Ce fut la dernière trace, dans nos armées réglées, qu'on ait vue de l'ancienne chevalerie, qui composait autrefois ces armées, et qui, avec le courage naturel à la nation, ne lit jamais bien la guerre.

(Août et septembre 1675.) Turenne mort, Créqui battu et prisonnier. Trêves prise, Montecuculli faisant contribuer l'Alsace, le roi crut que le prince de Coudé pouvait seul ranimer la confiance des troupes , que décourageait la mort de Turenne. Condé laissa le maréchal de Luxembourg soutenir en Flandre la fortune de la France, et alla arrêter les progrès de Montecuculli. Autant il venait de montrer d'impétuosité à Senef, autant il eut alors de patience. Son génie, qui se pliait à tout, déploya le même art que Turenne. Deux seuls campements arrêtèrent les progrès de l'armée allemande, et firent lever à ÏNIontecuculli les sièges d'Haguenau et de Saverne. Après cette campagne, moins éclatante que celle de Senef, et plus estimée, ce prince cessa de paraître à la guerre. Il eût voulu que son lils commandât; il offrait de lui servir de conseil; mais le roi ne voulait pour généraux ni de jeunes gens ni de princes ; c'était avec quelque peine qu'il s'était servi même du prince de Condé. La jalousie de Louvois contre Turenne avait contribué, autant que le nom de Condé, à le mettre à la tête des armées.

Ce prince se retira à Chantilli*, d'où il vint très rarement à Versailles voir sa gloire éclipsée dans un lieu où le courtisan ne considère que la faveur. Il passa le reste de sa vie tourmenté de la goutte, se consolant de ses douleurs et de sa retraite dans la conversation des hommes de génie en tout genre dont la France était alors remplie. Il était digne de les entendre, et n'était étranger dans aucune des sciences ni des

1. On sait que CHantilly, la magni- çaisc, do VAcadcndc des sciences nin-

fique résidence des Condé, a étôlôguc raies et politiques et de ÏAcadé/iiic

à l'Institut de France par le dernier des beaux-arts. L'auteur de ce niagni-

héritier de la famille, le duc d'Au- fiquc; et patriotique don nen a plus,

nialc, meniln'e de Y Académie fran- que lusulruit, sa vie durant.

arts où ils brillaient. Il fut aflmiré encore dans sa retraite : mais enfin ce feu dévorant qui en avait fait dans sa jeunesse un héros impétueux et plein de passions ayant consumé les forces de son corps, né plus agile que rolDuste, il éprouva la caducité avant le temps et mourut en 1686. Montecuculli se retira du service de l'Empereur en même temps que le prince de Condé cessa de commander les armées de France.

C'est un conte bien répandu et bien méprisable que Montecuculli renonça au commandement des armées après la mort de Turenne, parce qu'il n'avait, disait-il, plus d'émulé digne de lui. Il aurait dit une sottise, quand même il ne fût pas resté un Condé. Loin de dire cette sottise dont on lui fait honneur, il combattit contre les Français, et leur fit repasser le Rhin cette année. D'ailleurs quel général d'armée aurait jamais dit à son maître : « Je ne vous veux plus servir, parce que vos ennemis sont troj:) faibles, et que j'ai un mérite trop supérieur ? »

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