C H A P I T R E XXXI I
Guorre en Al'enîa^îne. Un électeur de Biaiulebourj» r;'siste à la maison d'Autriche, a 1 empire alleinaixi , à celui de liu.s.-.ic, à la Frauce, Evèuemeuts inénioraWc's.
'/ HT avait admiré Louis XIY d'avoir seul résisté i\ l'Allemagne, à l'Angleterre, à l'Italie, à la Hollande, réunies contre lui. Nous avons vu un évéîiemeiit plus extraordinaire; un électeur de Brandebourg tenir seul contre les forces de la luaisou d'Autriche, de la France, de la Russie, de l.i Suéde, et de la moitié de l'empire.
C'est un prodige qu'on ne peut attribuer qu'à bi discipline de ses troupes, et à la supériorité du capriaine. Le basavd peut faire gagner une bataille ; mais quand le faible résiste aux. forts sept années dans un pays tout ouvert, et répare les plus grands malheurs, ce ne peut être l'ouvrage de la fortune. C'est eu quoi cette guerre diffère de toutes cellcj; qui ont jamais désolé le inonde.
On a déjà vu que le second roi de Prusse était le seul prince de l'Europe qui eût un trésor, et le seul qui, ayant mis dans ses armées une vraie disri- *pline, avait établi une puissance nouvelle en Allemagne. Ou a vu combien les préparatifs du père avaient enhardi le (ils à braver seul la puissance autrichienne, et à s'emparer de la Silésie.
i4 PRECIS DU SIECLE
L'iiupératrice-reiue attendait que les coujonctTircs lai fournissent les niovens de rentrer dans ■celte provinee. Cent été autrefois un objet indifférent pour l'Europe qu'un petit pays annexé à la Bohème appartint à uue maison on à une autre; mais la politique s'étaut raffinée plus que perfectionnée en Europe, ainsi que tous les autres. objets de resj)rit humain, cette petite querelle a mis sons les armes pins de cinq cents mille hommes: il u't eut jamais tant de combattants effectifs ni dans les croisades, ni dans les irruptions des conquérants de l'Asie. "Voici comment cette nouvelle sceae s'ouvrit.
Elisabeth, impératrice deHnssie, était liée avec l'impératrice Marie-Thérèse par d'anciens traités, par l'intérêt commun qni tes unissait contre Tempire ottoman, et par une inclination réciproque. Auguste III, roi de Pologne, et électeur de Saxe, réconcilié avec rimpévairicc-reine, et attaché à la. Russie, à laquelle il devait le titre de roi de Pologne, était Intiracmcnt uni avec ces deux souveraines. Ces trois puissances avaient chacune leurs griefs contre le roi Frédéric III de Prusse. Maric- Tbére.se voyait la .Silésie arrachée à sa maison; Auguste et son conseil souhaitaient un dédommagement pour la Saxe ruinée par le roi de Prusse dans la guerre de i 74 i ; rt il y avait eutre Elisabeth et Frédéric des sujets de plainte j)ersonnels, qni souvent influent plus qu'on ne lu-use sur la destinée des états.
Ces trois puissances, animées contre le roi de Pi'usse, avaient eutre ell'.» une étroite corrittpou-
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dance, dont ce prince craignait les effets. L'Autriche augmeatair .ses troupes; celles d'Elisabeth étaient prêtes ; mais le roi de Pologue , électeur de Saxe, était hors d'état de rieu entreprendre : les finances de son clectorat étaient épuisées; nalle place considériible ne pouvait empêcher les Prussiens de marcher à Dresde. Autant l'ordre et l'économie rendaient le brandebourg formidable, autant la dissipation avait affaibli la Saxe. Le conseil saxon du roi de Pologne hésitait beaucoup d'entrer daus des mesures qni pouvaient lui être funestes.
Le roi de Prusse n"hésita pas , et , dés l'année 1755, il prit seul, et sans consulter personne, la résolution de prévenir les puissances dont il avait de si grands ombrages. Il se ligna dabord avec le roi d'Angleterre, électeur d'Hanovre, sur le refus que fit la France de s'unir à lui ; s'assura du landgrave de Hesse et de la maison de Brunswick , et renonça ainsi à l'alliance de la France.
Ce fut alors que l'ancienne inimitié entre les maisons de France et d'Autriche, fomentée depuis Charles-Quint et François I, lit place à une amitié qui parut sincèrement établie , et qui étonna tontes les nations. Le roi de France, qui avait fait une guerre si cruelle à Marie-Thérèse, devint son allié; e.t le roi de Prusse, qui avait été allié de la F'rance , devint son ennemi. La France et l'Autriche s'unirent après ti-ois cents ans d'une discorde toujours sanglante : ce que n'avaient pu tant de traités de paix, tant de mariages; un mécontentement reçu d'aa électeur, et l'animosilé de quelques personnes alors
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taiites-piilssantes, que le roi de Prnsse avait blessées par des plaisanteries, le fît en un niomeut. Le parlement d'Angleterre appela cette union monstrueuse; mais étant nécessaire , elle était très naturelle. On pouvait même espérer cjuc ces deux maisons puissantes réunies, secondées de !a Russie, de la Suéde, et de plusieurs états de l'empire, pourraient contenir le reste de l'Europe.
Le traité fut signé à Versailles entre Louis W et Alarie-Tliérese. L'abbé de Beruis, depuis cardinal, eut seul Thon rieur de ce fameux traité, qui détrui- ■salt tout l'édifice du cardinal de llichelien, et qui semblait en élever un autre plus haut et plus vaste. !1 fut bientôt après ministre d'état, et presque aussitôt di.sgracié. Ou ne voit que des révolalious dans les affaires publitjues et particulières.
Le roi de Prusse, menacé de tous côtés, n'en fut que plus prompt 'n se mettre en camjianne. Il fait nir.rclicr sis troupes dans la Saxe, qui était presque saus défense, comptant se faire de cette province un rempart contre la puissance autrichienne, et uu chemin pour aller jusqu'à elle. Il s'empare d'abord de Léipsick; une partie de sou armée se présente (icvaul Dresde; le roi Auguste se retire, comme son père devant Charles XII; il quitte sa capitale, et va occuper le camp de Pirna, près de Kœnigstcin, sur le chemin de la Lohème et sur la rive de l'Klbe, oîi il se croit en sûreté.
J'rédéric III (i) entre dans Dresile eu maitre,
(i) Je i'jiqx'Ile toujours Frédéric Hl, parceque sou pcre éiail Frédéric Guillaume, et son a'icul Frédéric, premier roi.
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son-s !e nom de proteofenr. ï.a reine cîp Pologne, fille de l'empereur Joseph, n'avait poiur voulu fnir : on Ini demanda les clefs des archives. Sur le refns qa'eilc fil de les donner ou se mit en devoir d'onvTÏr les portes; la reine se plaça aii-devant, se flattant qu'on respecterait «a personne et sa fermeté : on ne respecta ni l'une ni l'antre ; elle vit ouvrir ce dépôt de l'état. Il importait au roi de Prnsse d'y troîîver des preuves des desseins de la Saxe «•ontre lui; il trouva en effet des témoignages de (.'! crainte qu'il inspirait: mais cette même crainte, •jisi aurait dû forcer la c-onr de Dresde à se mettre ta défense, ne servit qu'à la rendre victime d'un voisin puissant. Elle sentit trop tard qu'il eût fallu, dans la situation où était lu y.a\e dt-puis tant d'anaées , duiiiicr tout à la guerre et riea aux plaisirs : il -est des positions où l'on n'a d'autre parti à prendre que celui de se préparer à combattre, à vaincre, on à périr.
An bruit de cette invasion . l*; conseil anlique de l'i-nipereur déclara le roi de Prnsse perturbatenr <1.' la paix publique, et rebelle. Il était difficile de ' rre valoir cette déclaration contre un prince qui ;vait près de ctat cinquante luillo combat ta -it s à s ordres, et qui passait déjà pour le plus grand L.i-,aé!'al de l'Europe. 11 répondit aux lois par irne iiat^'.ilie ; elle se do:)na entre lui et l'armée autrichienne, qu'il alla cherchera 1 entrée de la Bahême, prés d'un bourg nommé Lovositz.
Cette première bataille fut indécise par le nombre des morts, mais elle ne le fut point par les Miites qu'elle eut. On ne put eir.nêcher le roi de
L'<;'jaer les Saxons daus le caïup de l^irna m;'-ine: les Antrichiens ne purent jamais leur prêter la main; et celte petite armée dnroi de Pologne, composée d'environ treize à quatorze mille hommes, se rendit prisonnière de guerre sept jours après la I)alaille.
Auguste , dans cette capitulation singulière , seul événement militaire entre lui et le roi de Prusse, demnada seulement qu'on ne fit point ses gardes prisonniers. Friidéric répondit •• qn'il ne ponvait n écouler cette prière; que ses gardes serviraient « infailliblement contre Ini , et qu'il ne voulait pas « avoir la peine de les prendre une seconde fois > . Cette réponse fut une terrible leçon à tous les princes, qu'il faut se rendre puissant quand on a nn voisin puissent.
Le rcpi de Pologne, ayant perdu ainsi son clecloral et son armée, demanda des passe-ports à sou ennemi pour aller en Pologne : ils lui furent aisément accordés; ou eut la politesse insultante de lui fournir des chevaux de poste. Il alla de ses états héréditaires dans s;>n rovaunie électif, oit il no trouva personne qui proposait même de s'armer pour si'courir son roi. Tout l'électoral fut mis à contribution; et le roi de Prusse, en faisant la guerre, trouva dans les pays envahis de quoi la .soutenir. La reiue de Pologne ne suivit point son mari ; elle resta daus Dresde; le chagrin y termina bientôt sa vie. L'Europe plaignit cette famille infortunée; mais, dans le cours de ces calamités publiijues , un million de faiaillrs essuyaient do malheurs non moins grands, quoique plus obscur.-..
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Lfs majrîstiats raniiicipaax de Léipsîck firent des remontrances snr les contribulious qne le v:iinqnenr leur imposait ; ils se dirent dans Timjioissance de payer: on les mit en prison, et ils payèrent.
Jamais on ne donna tant de batailles que dans cette î;uerre. Les Ilusscs entrèrent da;-.s L^s états prnssieus par la Pologne: les Français, devenus anxili;iires de la reine de Hongrie, Cf>ii:I>attirent ponr Ini faire rendre cette même Silésie dont ils avaient contri- Laé à la déponiUer qnelfjues années auparavant, lorsqu'ils étaient les alliés an roi de Prusse; le roi d'Angleterre, qu'on avait vu le partisan le plus déclaré de la maison d'Autrich?, devint un de ses pins dangereux ennemis; la Suéde, qni autrefois avait porte de si prauds coups à cette maison impériale d'Autriche, la servit alors contre le roi de Prusse, moyennant neuf cents mille francs que le ministère frauciis lui donnait; et ce fut elle qui causa le moins de ravages.
L'Allemagne se vit déchirée par beanconp pins d'armées natioiiales et étrangères qu'il n'y en eut dans la fameuse guerre de trente ans.
Tandis que les Rns.ses venaient au secours de l'Autriche par la Pologne, les Français entraient par le dnche de Cleves et par Vesel , que les Pruss-ens abaadonncreut : ils prirent toute la Hesse ; ils marchèrent vers le pays d'Hanovre contre une armée d'Anglais, d'Hauovriens, de Hessois, conduite par ce même duc de Cumberland qni avait altaqné Louis XV à Fontenoi.
Le roi de Prusse allait checcher l'armée autri-
'n, p îi. L c I s D u :^ I E c; L E
cliieiinc en Boîième ; ii opposait uu corps coiisidtrable aux Russes. Les troupes de l'empire, qu'on appelait les troupes d'exécution, étaient commandées pour pénétrer dans la Saxe, tombée tout entière au pouvoir du Prussien. Ainsi l'Allemagne était en proie à six armées formidables qui la dévoraient eu même temps.
D'abord le roi de. Prusse court attaquer le prince Charles de Lorraine, frère de rempereur, et le général Broun, auprès de Prague. La bataille fut sanglante; le Prussien la gagna, et une partie de l'infanterie autrichienne fut obligée de se jeter dans Prague, où elle fut bloquée plus de deux mois par le vainqueur. ITue foule de princes était daus la ville ; les provisions commençaient à manquer ; on ne doutait pa» que Prague ne subit bientôt le joug, et que l'Autiicbe ne fût plus accablée par Frédéric que jjar Gualave-Adolphc.
Le vainqueur perdit tout le fruit de sa conquête en voulant tout emporter à la fois. Le comte de Kaunitz, premier ministre de' Marie-Tbérese, homme aussi actif dans le cabinet que le roi de Prusse l'était en camj)ague, avait déjà fait rassembler une armée sous le commandement du maréchal Daun. Le roi de Prusse ne balança pas à courir attaquer cette armée , que la réputation de ses victoires devait intimider. Cette armée une fois dissipée, Prague, bombardée depuis quelque temps, allait se rendre à discrétion : il devenait le ir.uitrc absolu de rAllcmagne. Le maréchal Dauu retrancha sei> troupes sur la croupe d'une colline. Les Prussiens V montèrent jusqu'à sept f(jis, c(;iiime à un assaut
j<(»Béral ; ils furent sept fois rcponssés et rrnverscs. Le roi perdit environ vinf;t-rinq mille hommes en morts, en blessés, eu fuyai'ds, en désertenrs. Le prince Charles de Loriaiuc, renfermé dans Pra.f^ue, en sortit, et pijursaivit les Prussiens. La lévolntion fut aussi grande que l'avairnî été auparavant les exploits et les espérances du roi de Prusse.
LeS' Français, de leur côté, secondaient puissaminent JMarie-Thévcse. Le maréchal d'Estréî's , qui les comiKandait , avait déjà passé le Veser : il suivit pas à pas le duc de Ciircberland vers Minden ; il l'atteignit vers Hasfenibeck, lui livra bataille, et remporta nne victoire complète. Les princes de Condé et de la Marche-Conli signalèrent dans cette journée leurs premières armes, et le sang de France scinteuait la gloire de la patrie contre le sang d'Angleterre. On y perdit un comte de Laval-Montmorenci, et un brave officier, triiductenr de la Tactique d'Elien, frère du ni;*nie Bussi qui s'est rendu si fameux dans l'Inde. Un coup de fusil , qu'on crut Ioni;-temps mortel, perça le comte du Chàtelet, de la maison de Lorraine, fils de cette (.élcbrc marquise du Chàtelet, dont le nom ne périra jamais parmi ceux qui savent qu'une dame française a commenté le grand INewlon.
Remarquons ici que des iutrignes de conr avaient déjà ôlé le commandement au maréchal d'Estrées; les ordres étaient partis pour lui faire cet affront tandis qu'il gagnait une bataille. On affectait à la conr de se plaindre qu'il n'eût pas encore pris tout l'électorat d'Kauovre, et qu'il n'eût pas marché jusqu'à INÎagdebourg; on pensait que tout devait
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se tcrmiuer eu une canipaf;ne. Telle avait été la coutiaace des Français quaad ils iireiit na eniperenr , et qu'ils crurent disposer des états de la maison d'Autriche, en 1741 ; telle elle avait été quand, au commencement du siècle, Louis XIV et Philippe V, maîtres Ae l'Italie et de la Flandre, et secondés de deux électeurs, pensaient donner des lois à l'Europe: et l'on fut toujours trompé. Le maréchal d'Estrées disait que ce n'était pas assez de s'avancer en Allemagne, qu'il fallait se préparer les moyens d'en sortir. Sa conduite et sa valeur prouvèrent que, lorsqu'on envoie une armée, on doit laisser faire le géuéral; car, si on l'a choisi, on a eu en lui de la conliauce.
Cil A PITRE XXX III.
Suite des événements mémorables. L'armée anglaise obli(»ée de capituler. Journée de Ro:)bacli. Révolutions.
JLiE ministère de France avait déjà fait partir le maréchal de Richelieu pour commander l'armée du maréchal d'Estrées avant qu'on eût su la victoire importante de ce général. Le maréchal de Richelieu, long-temps célèbre par les agréments de sa figure et de son esprit, et devenu plus célèbre par la défense de Gênes et par la prise de Mi- Korque, alla combattre le duc de Cumberland ; il le poussa jusqu'il l'embouchure de l'Elbe, et là il le força à capituler avec toute son armée. Celte
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capitulation, plus singulière qu'une bataille gagut"e, était nou moins glorieuse. L'armée du duc de Cnmberland fut obligée par écrit de se retirer au-delà -de l'Elbe, et de laisser le champ libre aux Français contre le roi de Prusse. Il ravageait la Saxe; mais on minait aussi son pays. Le général autrichien Haddik avait surpris la ville de Berlin, et lui avait épargné le pillage moyennant huit ceuti nulle de nos livres.
Alors la perte de ce monarque paraissait inévitable. Sa grande déroule auprès de Prague, s.-s troupes b.ittues près de Laadsbut, à l'entrée d<: la Silésie, une bataille contre les Russes indécise mais sanglante; tout l'affaiblissait.
Il pouvait être enveloppé d'un côlé par l'armée du maréchal de Richelieu , et de l'autre par celle de l'empire , tandis que les Autrichiens et les Russes entraient en Silésie. Sa perte paraissait si certaine, que le conseil aulique n'hésita pas à déclarer qu'il avait encouru la peine du baa de l'empire , et ■qu'il était privé de tous ses fiefs, droits, grâces, privilèges, etc. Il sembla lui-même désespérer pour lots de sa fortune, et n'envisagea plus qu'une mort glorieuse. Il fit une espèce de testament philosophique; et telle était la liberté de son esprit iiu milieu de ses malheurs, qu'il l'écrivit en vers français. Cette anecdote est unique.
Le prince de Soubise , général d'un courage tranquille et ferme, d'un esprit sage, d'une conduite mesurée, marchait contre lui en Saxe, à la tête d'une forte armée, que le ministère avait encore renforcée d'une partie de celle du maréchal
de Fiicliclieu. Cette armée était jointe à celle des
cercles , cominandée par le priace d'IIildbonig-
haasen.
Frédéric , entouré de tant d'ennensis , prit le parti d'aller mourir les armes à la luaiii dans les rangs de l'anaée du prince de Soubise , el cependant il prit toutes les mesures pour vaiijcre. Il alla reconnaitre l'armée de France ci des cercles, el se retira d'abord devant elle pour jweadre nne position avantageuse. Le prince d'Hildl)Ourgbausea voulut absolument attaquer; son sentiment devait prévaloir, parceque les Français n'étaient qu'auiiliaires. Ou marcba près de Rosbach et de Mersbourg à l'armée prussienne, qui semblait être sous ses tentes : voilà tout d'un coup les tentes qui s'abaissent; l'armée prussienne paraît en ordre de bataille, entre deux collines garniss d'artillerie.
Ce spoclacle frappa les yeux d^-s troupes fraiiçaises et impériales. Il y avait quelques années ffo'ou avait voulu exercer les soldats français à la prussienne; ensuite on avait changé plusieurs évolutions dans cet exercice: le soldat ne savait pîa» où il en était; son ancienne manière de combattit était changée; il n'était pas affermi dans la tiouvelle. Quand, il vit les Prussiens avancer dans cet ordre singulier, in<'Ounu presque par-loat ailleurs, il crut voir ses maîtres. L'artilleris du roi do Prusse était anss' mieux servie, et bien mieux. postée que celle de ses ennemis. Les tronpes des cercles s'eufuirent sans presque rendre de combat. La cavalerie française, commandée par le marquis de Castries,
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chargea la cavalerie prussienne, et en perça quelques escadrons; mais cette valeur fut inutile.
Bientôt une terreur panique se répandit par-tout ; l'infanterie française se retira en désordre dev: nt six hafaillons prussiens. Ce ne fut point une Lataille, ce fut une armée entière qui se présenta au combat , et qui s'en alla. L'histoire n'a guère d'exemples d'une pareille journée. Il ne resta que deux régiments suisses sur le champ de bataille : le prince de Soubise alla à eux an milieu du feu , et les fît retirer au petit pas.
Le régiment de Diesbach essuya sur-tout très long-temps le feu du canon et de la mousqueterie , et les approches de la cavalerie. Le prince de Sonbise empêcha qu'il ne fût entamé en partageant toujours ses dangers. Cette étrange journée changeait entièrement la face des affaires. Le murmure fut universel dans Paris. Le même général remporta une victoire sur les Hanovriens et les Hessois Taunée suivante, et on en a parlé à peine. On a déjà observé que tel est l'esprit d'une grande ville heureuse et oisive dont on ambitionne le suffrage.
Le ministère de Frauce n'avait point voulu ratifier la convention et les lois qae le maréchal de Richelieu avait imposées au duc de Cumberland. Les Anglais se crurent, non sans raison, dégagés de leur parole. La ratification de Versailles n'arriva que cinq jours après l'infortune de Rosbach : il n'était plus temps même avant la bataille de Rosbach ; la cour de Londres avait pris la résolution de rompre la'conveution ; l^ prince Ferdiaaud
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de Brunswick était déjà choisi ponr coininandcr l'armée réfugiée sous Stade, et se proposait d'attaquer l'anuéc française afraiblie et dispersée daus l'cleolorat d"Iîauovre. La fermeté du maréchal de Richelieu et l'habileté du comte de ^Liillebois firent échouer ce projet. L'ai'iaée se rassembla sans perte, et de savar.tes manœuvres forcereut l'armée du prince Ferdinand à se retirer et à prendre ses quartiers. Mais le maréchal de Richelieu et le comte de Maillcbois ayant été rappelés, les Auglais reprirent bientôt l'électorat d'Hanovre, et repoussèrent les Français jusque sur le Rhin.
Si la journée de Rosbach était iuouie, ce que fît le roi de Prusse après cette victoire inespérée fut encore plus extraordinaire. Il vole en Silésie, où les Autrichiens vainqueurs avaient défait ses troupes, et s'étaient emparés de Schvcidnitz et de Pireslau. Sans sou extrême diligence la Silésie était perdue pour lui, et la bataille de Rosbach lui devenait inutile.
11 arrive au bout d'un mois vis-à-vis des Autrichiens : à peine arrivé il les attaque avec furie. Ou ciunbaltit pendant cinq heures: Frédéric fut pleineiiient victorieux; il rentra dans Schveidnitz et dans Rreslau. Ce ne fut depuis qu'une vicissitude continuelle de combats fréquerits gagnés ou perdus. Les F'rancais seuls furent presque loujotus malheureux; mais le gouvernement ne fut jamais découragé, et la France s'épuisa à fiiire marcher continuellement des armées eu Allemagne.
Le roi de Prusse s'affaiblis.sart en combattant : les Russes lui prirent tout le royaume de Prusse^
et déyastercal sa Poiiiéranie, tandis f£u'il dévastait la Saxe. Les Autrichiens, et ensuite les Russes, entrèrent dans Berlin. Presqire tous les trésors de son père, et ceux qu'il avait lui-même amassés , étaient nécessairement dissipés dans cette guerre ruineuse pour tous les partis : il fut obligé de re- Cf)urir aux subsides de l'Angleterre. Les Autricliieus, les Français, et les Russes, ne se découragèrent jamais, et le poursuivirent toujours. Sa famille n'osait plus rester à Berlin continuellement exposé ; elle était réfugiée à Magdebourg : pour lui, après faut de succès divers, il' était, en 1762, retranché sons Breslau. Marie-Thérèse semblait toucher au moment de recouvrer la Silésie. Il n'avait plus Dresde , ni rien de la partie de la Saxe qui touche à la Bohème. Le roi de Pologne espérait de rentrer dans ses états héréditaires, lorsque la mort d'Elisabeth, impératrice de Russie, donna encore une nouvelle face aux affaires, qui changèrent si souvent.
Le nouvel empereur, Pierre III, était l'ami secret du roi de Prusse depuis loi;g-temps. Non seulement il fit la paix avec lui dès qu'il fut sur le trône, mais il d'.vint son allié contre cette même impératrice-reine dont Elisabeth avait été l'amie la plus constante. Ainsi on vit tout d'un coup le roi de Prusse , qui était auparavant si pressé par les Russes et les Autrichiens, se préparer à entrer en Bohème à l'aide d'une armée de ces mêmes Russes qui combattaient contre lui quelques semaines auparavant.
Celtp nouvelle situation fut aussi promptement
dérangée qu'elle avait été formée; une révolution
subite changea les affaires de la Russie.
Pierre III voulait répudier sa femme , et indisposait contre lai la nation. Il avait dit un jour, étant ivre . au régiment Préobasinski , à la parade , qu'il le battrait avec cinquante Prussiens. Ce fut ce régiment qui prévint tous ses desseins , et qui le détrôna. Les soldats et le peuple se déclarèrent con're lui. Il fut poursuivi , pris, et mis dans une prison, où il ue se consola qu'en buvant du punch pendant huit jours de suite, au bout desquels il mourut. L'armée et les citoyens proclamèrent dune commune voix sa femme, Catherine d'Anhalt , impératrice, quoiqu'elle fût étrangère , étant de cette maison d'Asranie , Tune des plus anciennes de l'Europe. C'est elle qui depuis est devenue la véritable législatrice de ce vaste empire. Ainsi la Russie a été gouvernée par cinq femmes de suite ; Catherine, veuve de Pierre-le-Orand ; Anne, nièce de ce monarque; la duchesse de Brunswick, régente sous le court empire de son malheureux fils, le prince Iwan; Elisabeth, fille du czar Pierre-lc-Çraud et de Catherine I; et enfin cette Catherine II, qui s'est fait en si pou de temps un si grand nom. Cette succession de cinq femmes sans interruption est une chose unique dans 1 histoire du monde.
Le roi de Prusse, privé du secours de l'empereur riMse, qui voulait combattre sous lui, n'en continua pas moins la guerre coutre la mai.son d'Autriche , la moitié de l'empire, la France, et la Suéde.
Il est vrai que les exploits des Suédois n'étaient
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pas ceux de Gustave-Adolphe. Sa sœur, femme du roi de Suéde, n'avait nulle envie de lui faire du mal. Ce n'était pas la cour de Stockholm qui armait contre lui, c'était le sénat; et le sénat n'armait que parcequs la France lui donnait de l'argeut. La cour, qui u'était pas assez puissante j)our empêcher ce sénat d'envoyer des troupes en Poméranic, rélait as^cz pour les rendre inutiles; et dans le fond les Suédois faisaient semhlant de faire la guerre pour le peu d'argent qu'on leur donnait.
Ce fut en Allemagne principalement que le sang fut toujours répandu: les frontières de France ne furent jamais entamées ; rAUemagne devint un gouffre qui englf)utissait le sang et l'argent de la France. Les bornes de cette histoire , qui n'est qu' un précis , ne permettent pas de raconter ce nombre prodigieux.de combats livrés dejiuis les bords de la mer Baltique jusqu'au Pihin : presque aucune bataille n'eut de grandes suites, parceque chaque puissance avait toujours des ressources. Il n'en était pas de même en Amérique et dans l'Inde, où la perte de douze cents hommes est irréparable. La journée même de Pvosbaeh ne fut suivie d'aucune révolution. La bataille que les Français perdirent auprès de Miaden, en 1739, et les autres échecs qu'ils essuyèrent, les firent rétrograder; mais ils restèrent toujours en Allemagne. Lorsqu'ils furent battus à Crevell, entre Cleves et Cologne, ils restèrent pourtant eiicote les maîtres du duclié de Cieves et de la ville de Gueldres. Ce qui fut le plus remarquable dans cette journée de Crevelt , ce fut la perte du comte de Gisors, fils unique du
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maréchal de Belle-Isle, blessé en conibaUant à la tête de$ carabiniers. C'était le jeune homme de la plus grande espérance, également instruit dans les affaires et dans l'art militaire, capable des grandes vues et des détails, d'une politesse écale à sa râleur, chéri a la conr et à l'armée. Le prince héréditaire de Brnnswick, qui le prit prisonnier, en eut soin comme de son frère, ne le quitta point jusqu'à sa mort, qu'il honora de ses larmes. Il l'aima d'autant plus qu'il retroiivait en lui son caractère. C'est ce même prince de Tirun.swick qui voyagea depuis en France et dans une grande partie de l'Europe, que j'ai vu jouir si modestement de sa renommée et des sentiments qu'on lui de\ait. Il combattait alors, tantôt en chef, tantôt sous le prince de Brunswick, son oncle, beau-frere du roi de Prusse, qui acquit une grande répulation, et qui avait la même modestie , compagne de la véritable gloire , et apanage de sa famille. Le prince héréditaire commandait dans plusieurs occasions des corps séparés, et il fut souvent aussi heureux qu'audacieux.
La bataille de Creveit, dont on ne parlait à Paris qu'avec le plus grand découragement , n'empêcha pas le duc de Broglie de remporter une victoire complète à Bergen, vers Francfort, contre ces mêmes princes de Brunswick, victorieux ailleurs, et de mériter la dignité de maréchal de France, à l'exemple de son père et de son grand-pere. Mais ce même prince gagna encore , en i 760 , la bataille de Varbotfrg , où furent blessés le marquis de Castries , le prince de Rohan-Rochefort , son cousin
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le marquis dePiétisi, le comte de la Tour-du-Fin ^ le marquis de Valence, et uue quantité prodigieuse d'officiers français. Leur malheur était une preuve de leur courage.
Le comte de Monlbarey, à la tête du régiment de la couronne, soutint long-temps l'effort des ciiuemis; il y fui blessé d'un coup de canon et de deux coups de fusil.
Les braves actions de tant d"officiers et de soldats sont innombrables dans toutes les guerres; mais il y en a eu de si singulières, de si uniques dans leur espèce, que ce serait manquer à la patrie que de les laisser dans l'oubli. En voici une, par exemple, qui mérite d'être à jamais couservce dans la mcnioire des français.
Le prince héréditaire de Brunswick assiégeait Vesel, dont la prise eût porté la guerre sur le Eas- Rliin et dans le lirabant ; cet événement eût pu engager les Hollandais à se déclarer contre nous : le marquis de Castrics commandait l'armée française formée à la hâte ; Vesel allait succomber aux attaques du prince héréditaire. Le marquis de Castries s'avança avec rapidité, emporta Rhinsberg lépée à la main, et jeta des secours dans Vesel. Méditant une action plus décisive encore , il vint camper le i 5 octobre à un quart de lieue de l'abbaye appelée Closter-eanip : lo prince ne crut pas devoir l'attendre devant Vesel ; il se décida à l'attaquer , et se porta au-devant de lui par une marche forcée la nuit du i5 au i6.
Le général français , qui se doute du dessein du prince , fait conrhor son armée sous les ar-
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mes ; il envoie à la découverte pendant la nuit M. d'Assas , capitaine au régiment d'Auvergne : à peine cet officier a-t-il fait quelques pas que des gipjiadiers ennemis, en embuscade , l'environnent et le saisissent à peu de distance de son régiment ; ils lui présentent la baionnette, et lui disent que s"il fait du bruit il est mort. M. d'Assas se recueille un moment, pour mieux renforcer sa voix; il crie, " A moi, Auvers;ne, voilà les ennemis ji! il tombe aussitôt percé de coups. Ce dévouement , digne des anciens Tlomains, aurait été immortalisé par eux; on dressait alors des statues à de pareils hommes: dans nos jours ils sont oubliés; et ce n'est que long-temps après avoir écrit cette histoire que j'ai aj'>pris celte action si méuiorabic : j'apprends qu'elle vient eufin d'être récompensée par une pension de mille livres, accordée à perpétuité auv aines de <'e nom.
Ces succès divers du jeune prince héréditaire n'empèclicrcnt pas non plus que le prince de Condé, à-peu-près de son âge, et rival de sa gloire, n'eût sur lui un avantage à six lieues de Francfort, vers la A'ctéravic : c'est là que le prince de Brunswick fat blessé, et qu'on vit tous les officiers français s'inléresser à sa guérisou comme les siens propres.
Quel fut le résultat de cette multitude innomlirablc de combats, dont le récit même ennuie aujourd bui ceux qui s'y sont signalés.'' que reste-t-il de tant d'efforts.^ Ilien que du sang inutilement versé dans des pays incultes et désolés, des villages ruinés, des familles réduites à la mendicité; et rarement même un bruit sourd de ces calamités
perçait-il jusque dans Paris, toujfinis profonriëineiit occupé de plaisiis ou de disputes égalemeut frivoles.