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aucan ouvrage qu'on appelle académique n'a été encore en aucun genre uu ouvrage de génie. Donnezmoi un artiste tout occupé de la ciainte de ne pas saisir la manière de ses confrères , ses productions seront compassées et contraintes: donnez-moi nn homme d'un esprit libre , plein de la n.iture qu'il copie, il réussira. Presque-tous les artistes sul>liiiie.s, ou ont fleuri avant les établissements des académies, ou ont travaillé dans un goùî différent de celui qui régnait dans ces sociétés. >
Corneille , Racine, Despréaux, le Snenr, le Moine, non seulement prirent une route différeiile de leUis confrères , mais ils les avaient presque tous pour ennemis.
Poussi!T (Nicolas) , né aux Andelis en Normandie , en 1 5ci4 , fut l'élevé de son génie ; il se pcrfectiojina H Rome. On l'appelle le peintre des gens d'esprit ; on pourrait aussi l'appeler celui des gens de goût. Il n'a d'autre défaut que celui d'avoir outré le sombre du coloris de l'école romaine. Il rl.Tit dans son temps le plus grand peintre de l'Europe. Rappelé de Rome à Paris , il v céda à l'envie et ant cabales : il se retira : c'est ce qui est arrivé à plus d'un artiste. Le Poussin retourna à Rome , on il vécut pauvre, mais content. Sa philosophie le mit au-dessus de la fortune. Mort eu ifi65.
Le suECR (Eustache), né à Paris en i6i 7, n'ayatit en que "Vouét pour maître, devint cependant nu peintre excellent. Il avait porté l'art de la peinture au plus haut point, lorsqu'il mourut, à l'âge de trente-huit ans , en i655.
Bourdon et i.e Valentin ont été célèbres. Trois des meilleurs tableaux qui ornent l'église de Saint- Pierre de Rome sont du Ponssin , du Rourdou et du Valentin.
Le Bkï» ( Charles ), né à Paris en l'îtg. A peiue
ent-il développé son talent, que le suriatendant Foufjuet, Tuu des plus généreux et dis plus malheureux hommes qui aient jamais été . lui donna une pension de viugt-rjuatre mille livres de notre monnaie d'aujourd'hui. Il est à rciQar((uer que son talïleau de la famille de Darius , qui esta Yersailles , n'est point effacé par le coloris du tableau de Paul Véronese, qu'on voit à côté , et le surpasse beaucoup par le dessin , la composition ., la dignité, l'expression, et la fidélité du costume. Les estampes de ses tableaux des batailles cl yllexandre \,sont encore plus recherchées que les bn tailles de Constantin par Raphaël et par .liiles Romain. Mort en
Mign'XRd( Pierre) , né à Troies en Champagne en 1 6 1 o , fut le rival de le B run pendant quelque temps ; mais il ne l'est pas aux yeux de la postéiité. Mort en 1695.
Gelée ( Claude ) , dit Claude LoRRAi?f. Son père , qui en voulait faire un garçon pâtissier, ue prévovait pas qu'un jour son fils ferait des tableaux qui seraient regardés comme ceux d'un des premiers paysagistes de l'Europe. Mort à Home en 1678.
Case. On a de lui des tableaux qui commencent à être d'un grand prix. On rend trop tard justice en France aux bous artistes : leurs ouvrages médiocres y font trop de tort à leurs chefs-d'œuvre. Les Italiens, an contraire, passent chez eux le médiocre en faveur de l'excellent. Chacjue nation cherche à se faire valoir. Les Français font valoir les autres nations eu tout genre.
Parrocel ( .1 oseph ) , né en 1648, bon peintre , et surpassé par son fils. Mort en i 704.
JouvENET ( Jean ) , né à Rouen en 1644, élevé de le Brun , inférieur à sou maître , quoique bon peintre. Ilja peint presque tous les objets d'une couleur
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«Q peu jaune : il les voyait de cette couleur par une singulière conformation d'organes. Devenu paralytique du bras droit , il s'exerça à peindre de la main gauche; et on a de lui de grandes compositions exécutées de cette manière. Mort en 1717.
Sa.?(terre (.Tean-Tîaptiste) ; il v a de lui des tableaux de chevalet admirables, d'nu coloris vnii et tendre. Son tableau d'Adam et d'Eve est un des plus beaux qu'il y ait en Europe. Celui de sainte Thérèse , dans la chapelle de Versailles , est nn cliefd'œuvre de grâces , et on ne Ini a reproché qtic d'être trop voluptueux pour un tableau d'autel.
La Fosse s'est distingué par an mérite à-peu-prés semblable.
RouLOGîfF. (Bon), excellent peintre; la preuve en est que ses tableaux sont vendus fort cber.
Boulogne (Louis). Ses tableaux, qui ne sont pas sans mérite, sont moins recherchés que ceux de son frère.
Raous, peintre inégal ; mais quand il a réussi, il a égalé le llcmbrand.
Rkjaud , né à Perpignan en 1 6t)3. Quoiqu'il n'ait guère de réputation que dans le portrait, le grand tableau où il a représenté le cardinal de lîouillon ouvrant l'année sainte est nn chef-d'oeuvre égal aux plus beaux ouvrages de Rubens. Mort en 1743.
De Tr.OY a travaillé dans le goût de Rigaud. Ou a de son Hls des tableaux d'histoire estimé.';.
Vateau a été dans le gracieux à-peu-près ce que Téniers a été dans le grotesque : il a fait des disci» pies dont les tableaux sont recherchés.
Le Moine, né à Paris en ifi88 , a peut-être sur passé tous ces peintres par la composition du salon tV Hercule ^ à "N'ersaiHes. Cette apothéose d'Hercule était nneflatterie^pour le cardinal Hercule deFleun, yni c'avait rien de commun avec l'Hercule de la
DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3.^i
fable. 11 eût iriieax valu, dans le salon d'un roi de France , représenter l'apothéose de Henri IV. Le Moine, envié de ses confrères, et se croyant mal récompensé du cardinal , se tua de désespoir en
Quelques antres ont excellé à peindre des animaux, comme Desportes et Oudry ; d'autres ont réussi dans la miuiature ; plusieurs dans le portrait : quelques peiutres , et sur-tout le célèbre Vanloo ,' se sont distingués depuis dans de plus grands genres ; et il est à croire que cet art ne périra pas.
SCULPTEURS, ARCHITECTES, GRA'VEURS, etc.
La sculpture a été poussée à sa perfection sous Louis XIV, et s'est soutenue dans sa force sous Louis XV.
Sarasin (.Tacques), né en xSgS, -fit des chefsd'œuvre à Rome pour le pape Clément VIII : il travailla à Paris avec le même succès. Mort en 1660.
PuGET (Pierre), né en i623 , architecte, sculpteur, et peintre; célèbre par plusieurs cheTs-d'œuvre qu'on voit à Marseille et à Versailles : mort en
Le Gros et Théodon ont embelli l'Italie de leurs ouvrages. Us firent chacun à Rome deux modèles qui remportèrent au concours sur tous les autres, et qui sont comptés parmi les chefs-d'œuA're. Le Gros mourut à Rome en 17 19.
G1P.AF.D0N ( l'rauçois) , né en 1617,3 égalé tout ce que l'antiquité a de plus beau , par les bains d'Apollon, et par le tombeau du cardiual de Richelieu. Mort en 1715.
Les CoisEvox et les Coustou, et beaucoup d'autres, se sont très distingués , et sont encore surpasses
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aujourd'hui par quatre ou cinq de nos sculpteurs modernes.
CbvUVEAU, NaSTEUIL , MEI.LAI», ACDRAN , HÉ-
DELiNG , Le Ci-erc, les Brevet, Poit.ly, Picart, DucHANGE, suivis encofc par de meilleurs artistes, oîit réussi daus les tailles-douces, et leurs estampes ornent dans l'Europe les cabinets de ceux qui ne peuvent avoir des tableaux.
De simples orfèvres, tels que Baux et Germain, ont mérité d'être mis au rang des plus célèbres artistes par la beauté de leur dessin et par l'élégauce de leur exécution.
Il n'est pas aus$i facile à un génie né avec le bon goùl de, l'architecture de faire valoir ses talents qu'à tout autre artiste ; il ne peut élever de grands monuments que quand des princes les ordonnent : plus d'un bon architecte a eu des talents inutiles.
]Maxsard (François), a été un des meilleurs architectes de l'Europe. Le château ou plutôt le palais (le Maisons, auprès de Saint-Germain, est un che!d'œuvrc ,parcequ'il eut la liberté entière de se livrer à son génie.
MAWSARn (.Tules-Hardouin) , son neveu, fit une fortune immense sous Louis XIV, et fut surintendant des bâtiments. La belle chapelle des Invalides est de lui. 11 ne put déployer tous ses talents da:i* celle de Versailles, oii il fut gêné par le terrain, et par la ispositiou du petit château qu'il fallut couserver.
On reproche à la ville de Paris de n'avoir que deux fontaines dans le bon goût ; l'ancienne, de.Iean Gougeon, et la nouvelle, de Bouchardon ; encore sont-elles toutes deux mal j)lacécs. Ou lui reproche de n'avoir d'autre thé.itre magiiin<[ue que celui du Li)uvre , dont on ne tait pi)int d'usage, et de ne s'assembler que dans des salles de .spectacle sans
goût , sans proportion , sans ornement , et aussi défectueuses dans l'emplacement que dans la coustraction; tandis que les villes de provinces donnent à la capitale des exemples quelle n'a pas encore suivis.
La France a été distinguée par d'autres otivrages publics d'une plus grande importance; ce sont les vastes hôpitaux, les magasins, les ponts de pierre, les quais, les immenses levées qui retiennent les rivières dans leur lit, les canaux, les écluses, les ports, et sur-tout l'architecture militaire de tant de places frontières , oii la solidité se joint à la beauté. On connaît assez les ouvrages élevés sur les dessins de Perrault, de Levau, et de Dorbat.
L'art des jardins a été créé et perfectionné par Le Nostre pour l'agréable, et par La Quiî^tikie pour l'utile. Il n'est pas vrai que le Nostre ait poussé la simplicité jusqu'à embrasser familièrement le roi et le pape : son élevé , Collineau , m'a protesté que ces historiettes, rapportées dans tant de dictionnaires , sont fausses ; et on n'a pas besoin de ce témoignage pour savoir qu'un intendant des jardins ne baise pas les papes et les rois des deux côtés.
La graATure en pierres précieuses , les coins des médailles , les fontes des caractères pour l'imprimerie , tout cela s'est ressenti des progrès rapides des autres arts.
Les horlogers , qu'on peut regarder comme des physiciens de pratique, ont fait admirer leur esprit dans leur travail.
On a nuancé les étoffes, et même l'or qui les embellit, avec une intelligence et un goût si rares , que telle étoffe qui n'a été portée que par le luxe, méritait d'être conservée comme un monument d'industrie.
334 ARTISTES CELEBRES, etc.
Enfin le siècle passé a mis celui où nons sommes en état de rassembler en nn corps , et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts, tous poussés aussi loin que l'industrie humaine a pu aller : et c'est à quoi a travaillé une société de savants remplis d'esprit et de lumières. Cet ouvrage immense et immortel semble accuser la brièveté de la vie des hommes. 11 a été commencé jiar messieurs d'Aleuibert et Diderot , traversé et persécuté par l'envie et par l'ignorauce; ce qui est le destin de toule-s les grandes entreprises. 11 eût été à souhaiter que quelques maius étrangères n'eussent pas déî.guré cet important ouvrage par des déclamations puériles et des lieux communs insipides, qui n'empêchent pas que le reste de l'ouvrage ne soit nlile au genre humain.