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De la Corse.
V-j F s petits démêlés avec la cmnr de Rome ne coûtaient que de l'encre et du papier; mais il fallut de l 'or et du sang pour soumettre l'isle de Corse an pouvoir du roi de l'rance.
Il est à propos de donner quelque idée de cette isle. II faut bien que le terrain n'en soit pas aussi ingrat, ni la possession aussi inutile qu'ouïe disait , puisque tons ses voisins en ont toujours recherché la domination.
Les Carthaginois s'en étaient emparés avant leurs guerres contre les Romains. Cornélius Scipion en fit la conquête dî-s la première guerre punique ; les Romnin.s en demeurèrent long -temps les maîtres; ils y bàtireut plusieurs villes : les Goths l'enlevèrent aux Romains ; les Arabes la conquirent ensuite sur les Goths.
Quelques seigneurs de la nouvelle Rome en chassèrent les Sarrasins du temps du pape Pascal II. Les
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papes commencèrent dès-lors à prétendre qu'il n'appartenait qu'à eux de donner des royaumes , en qualité de vicaires de Jésus-Christ, dont le royaume n'était pourtant pas de ce monde. On croit communénieut que Grégoire VII fut le premier qui établit la cbimere d'une monarchie sainte et universelle: on ne songe pas qu'Eglnhard lui-même, le secrétaire de Charlemagna, dit que le pape Etienne dé-" posa le roi des Prancs , Chilpéric , et donna le royaume des Francs au maire du palais , Pépin, père de Charlemagne ; Pascal II donna la Corse à un de ces conquérants, nommé Bianco, et s'en réserva l'hommage. L'isie resla peuplée d'anciens Carthaginois , d'Arabes , et de naturels du pays. Les Pisaus et leS Génois s'en disputèrent ensuite la possession. Le pape Urbain II la donna aux Pisans , par une bulle dont l'original est encore, dit-on, à Florence. Les Génois, malgré la bulle, s'établirent dans une partie de l'isie, au douzième siècle.
Un Alfohse , roi d'Aragon, en chassa pendant quelque temps les Génois, qui l'en chassèrent à leur tour, en i^H^. Les Corses alors se firent de leur jilcin gré sujets de Gènes , parceqn'ils étaicni très pauvres et qu'elle était très riche.
Dans le cours de toutes ces révolutions les villes bâties parles anciens Romains tombèrent en ruine, et les peuples furent plougés dans la barbarie et dans la misère. C'est le portrait de presque toutes les nations chrétiennes depuis l'invasion des barbares, "xceptéConstantinople, et des villes d'Italie, comme ilome , Venise, Florence, Milan, et très
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peu d'autres qui conservèrent la police et les arts
bannis par-tout ailleurs.
C'était plutôt aux Corses à conquérir Pise et Gèues, qu'à Gènes et à Pise de subjuguer les Corses ; car ces insulaires étaient plus robustes et plus braves que leurs dominateurs; ils n'avaieiit rien à perdre : une république de guerriers pauvres et féroces devait vaincre aisément des marchands de Ligurie , par la même raison que les Huns , les Goths , les Héiules , les Vandales, qui n'avaient que du 1er, avaient subjugué les nations qni possédaient l'or. Mais les Corses ayant toujours été désunis et saus discipline, partagés eu factions mortellement ennemies , furent toujours subjugués par leur faute.
Cefutune triste conditrion pour les habitants d'un pays qui porte le titre de royaume d'être sujets d'une république qni ne savait pas elle-même si elle était libre; car non seulement le protocole de l'empire a toujours regardé Gênes comme sa snjctte , mais , lorsque Gênes se donna au roi de France Charles VI, lorsqu'ajant massacre les français elle se donna, en 1409, à un simple marquis de Moutferrat, et ensuite à un duc do xMilan; lorsqu'elle se soumit à Charles VII et à Charles VIII ; lorsqu'elle fut au nombre des sujets de Louis XII, et même de sujets puuis pour leur désobéissance , il se trouvait que les Corses étaient sujets de sujets non moins Lumiliés qu'eux-mêmes, ce qui est, après la condition d'esc'.ave , la plus humiliante qu'où puisse imaginer.
Lorsque les Génois furent véritablemeut libres ,
en i553, grâce à la mauvaise condaite de François I , et au généreux courage de François Doria , l'homme qui, dans l'Europe moderne, a le pins illustré le nom de citoyen, alors les Corses furent plus esclaves que jamais ; le poids de leurs chaînes étant devenu insupportable , leur malheur ranima leur courage. La famille d'Ornauo , qui depuis se réfugia et brilla en France, voulut faire en Corse ce que les Doria avaient fait à Gênes , rendre la liberté à leur patrie, et cette famille d'Omano était digne d'un si noble projet ; elle n'y réussit pas : le plus grand courage et les meilleures mesures ont besoin de la fortune. Le roi de France, Henri II, qui secourait dcja les Corses, pour les subjuguer peutêtre, fut tué dans un tournoi.
Les d'Ornano , u'avant plus l'appui dangereux de la conr de France, en implorèrent un plus dangereux encore, celui des Ottomans; mais la Porte dédaigna de se mêler des querelles de deux petits peuples qui se disputaient des rochers sur les côte» d'Italie. Les Corses restèrent asservis aux Génois; pins ces insulaires avaient voulu secouer leur jong , plus Gênes l'appesantit.
Les Corses furent long-temps gouvernés par une loi qui ressemblait à la loi veimique on vestphalienne de Charleraagne, loi par laquelle le commissaire délégué dans Tisle condamnait à mort ou aux galères, sur une information secrète, sans interroger l'accusé, sans mettre la moindre formalité dans son jugement. La sentence était conçue en ces termes dans un registre secret : « Etant informé en « ma conscience que tels et tels sont coupables , je
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n les condamu^ à mort. " Il u"y avait pas plus de formalité dans rexccution que dans la sentence. Il est iaconcevahie que Charleuiagne ait imaginé une telle procédure qui a duré ci:'q cents ans en Yestphalie , et qui ensuite a été imité;- chez les Corses. Ces insulaires s'assassinaient continuellement les uns les autres ; et leur juge faisait ensuite assassiner les sur- Tivauts sur rihformaliou de sa conscience : c'est des deux côtés le dernier degré de la barbarie. Les Corses avaient besoin d'être policés, et on les écrasait ; il fallait les adoucir, et on les rendait encore plus farouches. Une haine atroce et indestrnctible sinvétéra entre eux^ et leurs maîtres, et fut une seconde nature. Il y eut douze soulèvements, que les Cor.'ses appelèrent efforts de liberté , et les Génois crimes de haute trahison. Depuis l'année 172.') ce ne furent que séditions, châtiments, soulèvements, déprédations , meurtres de citf)yens corses assassinés par leurs concitoyens. Croirait-on bien que, dans une requête envoyée au Voi de Frauce par les chefs corses, en i^SS, il est dit qu'il y eut vingt-sL\. mille assassinats sous le gouvernement des seize derniers commissaires génois , et dix-sept cents depuis deux années.' les plaignants ajoutaient que les commissaires de Gènes conuivaieut à ces crimes, pour ramasser jilus de conliscalions et d'amendes. L'accusation semblait exagérée, mais il eu résultait que le gouvernement était mauvais, et les j)euples plus mauvais encore. La Corse coulait au sénat de Gèues beaucoup plus de trésors et d'enibai'ias qu'elle ne valait : il pouvait dire aux Corse»
ce que Louis "SI dit de Gênes quand elle voulut se donner à lui : il la donna au diable.
Dès l'année 1729 la guerre était ouverte conimç entre deux nations rivales et irréconciliables. Gènes implora le secours de Charles VI, en qualité de .seigneur suzerain qui doit protéger ses vassaux; à cette raison elle joignit de l'argent, et l'Euiperenr envoya des troupes. Un prince de la maison, de Virtemberg , brave guerrier et houimi^ généreux , fît mettre les armes bas aux Corses : il ménagea uu accommodement eutre eux et les Génois , eu i 782 ; mais ce ne fut qu'uue trêve bientôt rompue par l'a- DÏmosité des deux partis.
Les Corses commençaient à avoir des chefs très intelligents, tels qu'il s'en forme toujours dans les guerres civiles, un Giafferi, un Hyacinthe Paoli , un Rivalora, et sur-tout un chauoiue nommé Orticone, <iui eut quelque temps la principale influence; mais ces chefs ne pouvaient encore changer en uu gouvernement régulier l'anarchie tumultueuse qui désolait et dépeuplait cette isle.
Les Corses , chez qui l'assassinat était alors plus commun qu'il ne l'avait été au quinzième siècle dans le continent de l'Italie , étaient aussi dévots que les autres Italiens , et plusienirs prêtres parmi eux assassinaient eu di.sant leur chapelet. Les che£s convoquèrent, en i735, une assemblée gerérale, dans laquelle on donna la Corse à la Vierg; Marie , qui ne parut pas accepter cette couronne. Oa hrùla les lois génoises, et on décerna peine de mort contre quiconque proposerait de traitw avec
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Gènes. Hyacintlie Paoli et Giafferi furent déclarés
généraux.
A peine les Corses se furent- ils mis en république sous les ordres de la Vierge , qu'un aventurier de la basse Allemagne vint se faire roi de Corse sans la consulter: c'était un pau^Te baron de Yestpbalie, nommé Théodore de Neuhoff, frère d'une dame établie en France à la cour de la duchesse d'Orléans. Cet horeiùe ayant voyagé eu Espagne , et ayant eu quelque intelligence avec un envoyé de Tunis , passa lui-même eu Afrique, persuada le bey qu'il pourrait lui soumettre la Corse, si le bey voulait lui douuer seulement uu vaisseau de dix canons, quatre mille fusils, mille sequins et quelques provisions. La régence de Tunis fut assez simple pour les donner. Il arriva à Livourne sur uu bâtiment qui portait un faux pavillon anglais, vendit le vaisseau, et écrivit aux chefs des Corses que, si ou voulait le choisir lui-même pour roi, il promettait de chasser les Géuois de l'isle avec le secours des principales puissances de l'Europe dont il était sùi-.
Il faut qu'il y ait des temps où la tète tcarne à la plupart des hommes. Sa proposition fut acceptée. Le baron Théodore aborda, le i5 mars 1736, au port d'Aléria , vêtu à lu turque et coiffé d'un turban. Il débuta par dire qu'il arrivait avec des trésors immenses , et pour preuve il répandit parmi le peuple une cinquantaine de sequins en monnaie de billon : ses fusils, sa poudre, qu'il distribua., furent les preuves de sa puissance ; il donna des souliers de bon cuir, magnilicence ignorée en Corse ;
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il aposta des conriers qui venaient de Livonme sur des barques , et qui lui apportaient de prétendus paquets des puissances d'Europe et d'Afrique. Ou le prit pour un des plus grands princes de la terre : il fut élu roi; on frappa quelques monnaies de cuivre à son coin ; il eut une cour et des secrétaires d'état. Ce qui accrut principalement sa réputation et son pouvoir, c'est que le sénat génois mit -sa tète à prix. Mais au bout de huit mois, les principatix Corses avant reconnu le personnage , et le peu d'argent qu'il avait étant épuisé, il partit pour aller, disait -il, chercher les plus puissants secours.
Réfugié dans Amsterdam, un de ses créanciers le fit mettre en prison. Cette disgrâce ne le rebuta point ; il fît de nouvelles dnpes du fond de sa prison même. Il ressemblait eu cela à un marquis d'Ammi de Conventiglio , qui dans le même temps parcourait toutes les cours, faisant de l'or pour les princes et les seigneurs qui en avaient besoin , et se faisait mettre en prison dans toutes les capitales de l'Europe.
Cependant les Génois sollicitèrent , en 1 7 3 7 . les bons offices de la France. Le cardinal de Fleuri , qui avait pacifié les troubles de Genève , voulut aussi être l'arbitre de la paix entre Gênes et la Corse. Il fit partir le comte de Boissieux, neveu du maréchal de Villars , avec quelques troupes et des articles de pacification. Ce fut alors que les mécontents envoyèrent au roi cette supplique dont on a déjà parlé , dans laquelle ils se plaignaient de dixsept cents assassinats commis en deux ans dans leur isie'; ce qui n'était pas une apologie de leur parti:
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Cette requête était d ailleurs recomniniidablc par une éloquence agreste qui l'emporte sur Tart oratoire, et par des sentiments de liberté si peu connus dans les cours, n Si vos ordres sotr\'erair.s , di- « saicut-ils , nous obliffent de nous soumettre à o Gènes, allons, buvons à la santé du roi très chré- « tien ce calice amer, et mourons. >>
On dressa à Versailles, au nom de l'empereur et diuroi, un plan qni tut signé du ministre da roi et du prince de Lichtenstein , ambassadeur de l'cuipercur. Les conventions en paraissaient équitables : on abolissait snr-tout ce droit que li-s commissaires de la rt'pnbliqup génf)ise s'étaient arrogé, de condamner à la poîencc on aux galères sur îe simple téinoiguagodc lenr conscience : mais on désarnKiit par un article tous les habitants de la Corse. Ils ne voulurent point du tout être désarmes, et résolurent de mourir plulot que de boire à la santé du roi très chrétien.
Le roi Théodore leur promettait toujours, de sa prison d'Amsterdam , qu'il viendrait les délivrer lùcntôt du joug de Gènes et de l'arbitrage de la France. En effet il trouva le secret de tromper des .Tuifs et dps négociants étrangers établis dans Amsterdam , comme il avait trompé Tuuiaet la Corse ; il les engagea , non seulement à payer ses dettes , mais à charger un vaisseau d'armes, de poudre, de munitions de guerre et de bouche avec beaucoup de marchandises, lenr persuadant qu'ils feraient seuls tr)Ut le coinmerce de la Corse, et leur faisant envisager des proJîts imme.ises. L'intérêt leur ôtait la raison : mais '.rhéodore u'éta't pas moins fou
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qn'enx ; il s'Imaginait qu'en débarquant en Corse des armes, et paraissant avec quelque argent , toute l'isle se rangerait incontinent sons ses drapeaux malgré les Français et les Génois. Il ne put aborder : il se sauva à Livonrne ; et ses créanciers de Hollande furent ruinés.
Il se réfugia bientôt en Angleterre : il fut mis en prison pour ses dettes à Londres, comme il l'avait été à Amsterdam. Il y i-esta jusqu'au commencement de l'année i736. M. Walj)ole eut la générosité de faire pour lui une souscription , moyennant laquelle il appaisa les créanciers, et délivra de prison ce prétendu monarque, qui mourut très misérable le 2 décembre de la même année. On grava sur son tombeau << que la fortune lui avait donné un " royaume et refusé du pain. "
Dans le temps que ce Théodore avait fait sa seconde tentative pour régner sur les Corses, et qu'il avait essayé en vain d'aborder dans l'isle, les insulaires firent bien voir qu'ils n'avaieiit pas besoin de lui pour se défendre. Ils avaient promis à Roissieux de lui apporter leurs armes ; ils les apportèrent en effet le i"* décembre 1738 , mais ce fut pour surprendre un poste de quatre cents Français qui ne purent résister. Roissieux vint à leur secours; il fut repoussé et conduit à coups de fusil jusque dans Bastia. Les Corses appelèrent cette journée les vêpres corsiques, quoique ce ne fût qu'une faible imitation des vêpres siciliennes.
Quelque temps après partit une flotte chargée de nouveaux bataillons, que le cardinal de Fleuri envoyait pour pacifier la Corse par la voie des
amies. La flutîe fuf dispersée par uue horrible teinp--te; deiix vaisscaax. furent brisés sur la côle ) quatre cents soldats avec leurs oifîciers, échappés aa naufrage, tombèrent entre les mains de ceux qu'ils venaient assujettir, et furent dépouillés tout nus. Le cha£;rin que ressentit Boissieux de tant de disgrâces hâta sa mort, dont sa faible complexion le menaçait depuis long-temps. On n'a guère fait d'expédition plus malheureuse.
Enfin on lit partir le marquis de Maillebois, officier d'une grande réputation, et qui fut bieutôt après maréchal de Trauce. Celui-ci , accoutume aux expéditions promptes, domta les Corses en trois semaines, dans l'année i73c|.
Déjà l'on comuicucait à mettre dans lisle une police qu'on n'v avait point encore vue, lorsque la fatale guerre de 1740 désola la moitié de lEurope. Le car*linal (le Fleuri, qui l'entreprit malgré lui, et dont le caractère était de croire soutenir de graud"s choses par de petits moyens, mil de l'économie dans cette gui-rre importante: il retira toutes les troupes qui étaient en Corse. Gènes, loiu de pouvoir subjuguer l'isle, fut elle-niêror accablée par les Autrichiens, réduite à une espèce d'esclavage, et plus malheureuse que la Corse, parcequello tombait de plus haut.
Tandis que lEurope était désolée pour la succession des états de la maison d'Autriche, et pour tant d'intérêts divers qui se mêlèrent à l'intérèi principal, les Corses s'affermirent dans l'ainour de la liberté et dans la haine pour lenrs anciens maîtres. Gènes possédait to'.'jours Bastia, l;i capitale de l'isle.
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et quelques autres places ; les Corses avaient tout le reste : ils jouirent de leur liberté ou plutôt de leur licence- sous le commandement de Giafferi, élu par eux généi.'al , homme célèbre par une valeur intrépide, et mèuie par des vertus de citoyen. Il fut assassiné en i-j5j. On ce manqua pas d'en accuser le sénat de Gèues, qui n'avait peut-être nulle part à ce meurtre.
La discorde alors divisait tous les Corses: les inimitiés entre les faraillcs se terminaient toujours par des assassinats; mais on se réunissait contre les Oénois, et les haines particulières cédaient à la haine générale. Les Corses avaient plus que jamais besoin d'un chef qui sût diriger leur fureur, et la faire servir au bieu public.
Le vieux Hyacinthe Paoli , qui les avait commandés autrefois , et qui était alors retiré à Naples , leur envoya son fils Pascal Paoli, en i-jôS. Dès qu'il parut il fut rcconna pour commaudant-général de toute l'isle, qi>oi(^'il n'eût que vingt-neuf ans. Il ne préteudit pas le titre de roi, comme Théodore, mais il le fut en effet à plusieurs rjjards, en se mettant à la tète d'un gouvernement démocratique.
Quelque chose qu'on ait dite de lui il n'est pas possible que ce chef n'eût de grandes qualités : établir un gouvernement régulier chez un peuple qui n'en voulait point , réunir sons les Uicmcs lois des hommes divisés et indisciplinés , former à la fois des troupes réglées, et instituer une espèce d'université qui pouvait adoucir les mœurs , éiablir des tribunaux de justice, mettre un frein à la fureur des assassinats et des meurtres, polieer la barbarie.
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se faire aimer en se faisant obéir, tout cela n'était pas assurément d'un homme ordinaire. Il ne put en faire assez , ni pour rendre la Corse libre , ni pour y régner pleinement, mais il en lit assez pour acquérir de la gloire.
Deux puissances très différentes l'une de l'autre entrèrent dans les démêlés de Gènes et de la Corse ; l'une était la conr de Rome, et l'autre celle de France. Les papes avaient prétendu autrefois la souveraineté de l'isle, et on ne l'oubliait pas à Rome. Les évêques corses ayant pris le parti du sénat génois , et trois de ces évêques ayant quitté leur patrie , le pape y envoya un visiteur-général qui alarma beaucoup le sénat de Gènes. Quelques sénateurs craignirent que Rome ne profitât de ces troubles pour faire revivre ses anciennes prétentions sur un pays que Gènes ne pouvait plus conserver : cette crainte était aussi vaine que les efforts des Génois pour subjuguer les Corses. Le pape qui envoyait ce visiteur était ce même Rezzonico qui depuis éclata si indiscrètement contre le duc -de Parme; ce n'était pas un homme à conquérir des royaumes: le sénat de Gènes ordouua qu'on empêchât le visiteur d'aborder en Corse. Il n'y arriva pas moins au printemps de 1760. Le général Paoli le harangua pour s'en faire un protecteur : il fit brûler sous la potence le décret du sénat ; mais il resta toujours le maître. Le visiteur ne put que donner des bénédictions et faire des règlements ecclésiastiques pour des prêtres qui n'en avaient que le nom, et qui allaient i|uelquefois, au sortir de la messe, assassiutn- leurs c.imarades. Le ministère
ne Fiance, plus agissant et plus puissant que celui dr Rome, titt prié d'assister encore Gôues de sea lions oflîces. Enfin l;i cour de France envoya sept }i:aaillons en Corse, dans l'année 17*14, mais non pas pour agir hostilement ; ces troupes n'étaient chargées que de fjarder les places dont les Génois ttaient encore en possession : elles vinrent comme niédiatrices. Il fut dit qu'elles y resteraient quatre nus , et en partie aux. dépens du sénat pour quelques fournitures.
Le sénat espérait que , la Kranec s'étant chargée de ^f^nrder ses places, il pourrait avec ses propres trou- [cs suffire à raçagncr le reste de l'isle. Il se trompa ; Ty ili avait discipliné des soldats, en redoublant cliis le peuple l'amour de la liberté: il avait un ficre qui passait pour un brave, et qui battit sonvent les mercenaires de Gènes. Cette république perdit pendant quatre ans ses troupes et son argent , tandis que Paoli aug;uientait chaque jour ses forces et sa réputation. L'Europe le regardait comme le législateur et le vengeur de sai patrie.
Les quatre années du séjour des Français eu Cors» étant expirées, le sénat de Gènes connut enfin qu'il su consumait vainement dans une entreprise mineuse , et qu'il lui était impossible de subjuguer les Corses.
Alors il céda tous ses droits sur la Corse à la couronne de France: le traité fut signé, au mois de jnillet 176S, à Compiegne. Par ce traité le royaume de Cotsa n'était pas absolument donné au roi- d«» France, mais il était censé lui appartenir , avec la faculté réservée à la république de rentrer dans
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cette souveraineté, en remboursant au roi les frais immenses qu'il avait faits en faveur de la république. C'était en effet céder à jamais la Corse; car il n'était pas probable que les Génois fussent en état de racheter ce royaume ; et il était encore moins probable que l'ayant racheté , ils pussent le conserver contre toute une nation qui avait fait serment de mourir plutôt que de vivre sous le joug de Gènes.
Ainsi donc , en cédant la vaine et fatale souveraineté d'un pays qui lui était à charge , Gênes faisait en effet un bon marché ; et le roi de France en faisait un meilleur, puisqu'il était assez puis.sant pour se faire obéir dans la Corse^^ pour la policer, pour la peupler, pour l'enrichir en y faisant fleurir l'agriculture et le commerce. De plus il pouvait venir un temps où la possession de la Corse serait nn grand avantage dans les intérêts qu'on aurait à démêler en Italie.
Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d'autres hommes; mais c'est une question qu'on n'examina jamais dans aucun traité.
On commença par négocier avec le général Paoli : il avait affaire au ministre de la politique et de la guerre ; il savait que le cœur de ce ministre était au-dessus de sa naissance , que c'était l'homme le plus généreux de l'Europe , qu'il se conduisait avec une nobleese héroïque dans tous ses intérêts particuliers , et qu'il agirait avec la même grandeur d'arae dans les intérêts du roi son maître. Paoli pouvait s'attendre à des honneurs et à des récompenses; mais il était chargé du dépôt de la liberté
de sa patrie, il avait devant les yeux le jagement des nations : quel que fût son dessein, il ne voulait pas vendre la sienne; et qnand il l'aurait voulu il ne l'aurait pas pu ; les Corses étaient saisis d'un trop violent enthousiasme pour la liberté, et luimême avait redoublé en eux cette passion si naturelle, devenue à la fois un devoir sacré , et une espèce de fureur. Sil avait tenté seulement de la liiodérer, il aurait risqué sa vie et sa gloire.
Cette gloire n'était pas chez lui celle de combatire : il était plus législateur que guerrier; son coulage était dans l'esprit; il dirigeait toutes les opérât ions militaires. Eniîn il eut l'honneur de résister a un roi de France près dune année. Aucune pnis- -sanoe étrangère ne le secourut. Quelques Anglais seulement, amoureux de cette liberté dont il était le défenseur et dont il allait être la victime, lui envoyèrent de l'argent et des armes : car les Corses étaient mal armés; ils n'avaient point de fusils à baïonnette ; même quand on leur en fiX tenir de Londres, la plupart des Corses ne purent s'en servir ; ils préférèrent leurs mousquetons ordinaires et leurs couteaux: leur arme principale était leur courage. Ce courage fut si gi-and, que dans un des combats, vers une rivière nommée le Gaulo , ils se firent un rempart de leurs morts, pour avoir le temps de charger derrière eux avant de faire une retraite nécessaire; leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour raffermir le rempyrt. On trouve partout de la valeur, mais on ne voit de telles actions que chez des peuples libres. Malgré tant de valeur ils fureut vaiucus. Le comte de Vaux, secondé du
mai'quis de Marbœaf , soninit Tisle en moins Je tPinjjs que le maréchal de Maillebois ne l'av.iit donitée.
Le dnc de Choiseul , qui dirigea toute cette entreprise, eut la gloire de donner au roi sou inaitre une province qui peut aisément , si elle était bien cultivée, nourrir deux cent mille hommes, fournir de braves soldats , et faire un jour un commerce utile.
On peut observer que si la France s'accrut sous Louis XIV de l'Alsace, de la Franche-Comté, et d'une partie de la Flandre, elle fut augmentée sous Louis XV de la Lorraine et de la Corse.
Ce qui n'est pas moins digne de remarque, c'est que par les soins du même ministre , les possessions de la Fiance en Amérique acquirent un degré de force et de prospérité qui vaut de nouvelles acquisitions. Ces avantages furent dus au choix que l'on fît du comte d'Ennery pour administrer successivement toutes nos colonies. Il se trouvait officier-général très jeune , à la paix de i ^G». , et n'était couuu alors que par ses talents pour la guerre. I-e duc de Choiseul denu'la en lui 1 hoiumc d'état. Eu effet le comte d'Ennery, pendant sis années de gouvernement, ne cessa de montrer toutes les Iniaieres et les vertus qui peuvent faire chérir et respecter l'autorité, a Tout le monde le craint , et il n'a encore « fait de mai à personne ", écrivait-on de la Martinique. Par-tout il lit régner la justice, et il iuspiiti l'amour de la gloire; par-lout il animait le commerce et l'industrie. Il parvint à entretenir la concorde entre toiu les états , ce qui «st ua« ciMie bi«a
rare ; il adoucit le triste sort des esclaves ; il fit défricher l'isle de Salute-Lucie, et par-là il créa uuc colonie nouvelle.
Dans d'autres parties, en creusant des canaux il épura l'air, fécond;i la terre, fit naître des nouvelle» richesses; et en même temps il pourvoyait à la siireté et à rembellisscmeul de nos possessions.
Quelque temps après avoir été rappelé en France pour le mauvais état de sa santé il se dévoua à de nouveaux sacrifices, plutôt sollicités qu'exioés par iiii jeune monarque qui lui écrivit de sa propre main : « A'^otre réputation senle me servira beaucoup ■' à Saint-Doniingnic. m
Le comte d'Knnery avait mérité ane confiance si honorable en rendant au roi un des plus importants services, celui de fixer avec les Esp.aguols les limites des deux nations. Cet administrateur, qui faisait tant d'honneur à la France, ne put résister aux funestes influences de ce climat brûlant : sa perte fut une calamité publique pour toutes nos colonies, qui s'empressèrent de lui élever des monuments, et qui ne prononcent son nom qu'avec attendrissement et avec admiration.
Les Anglais , dont il avait acquis l'estime , et qui l'avaient souvent pris pour arbitre entre nos colonies et les leurs, avaient consacré le nom du comte d'Ennery par le pins juste et le plus flatteur de tous les éloges : « Cet homme ne fera ni ne souffrira ja- « mais d'injustice, u
La récompense que reçut le duc de Choiscul pour tant de choses si grandes et si utiles qu'il avait faites paraîtrait bien étrange , si ou ae connaissait