‹ Siècles de Louis XIV, et de Louis XV (volume 2)Chapitre 8 sur 41 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

De la bulle du pape Rezzonico , Clément XIII , et de ses suites.

JLj' INFANT duc de Parme, dRn Ferdinand de Bourbon, ayant suivi l'exemple de tous les princes de sa maison, en chassant les jésuites, fît dans ses états plusieurs règlements utiles qui réprimaient les abus monastiques ; et son ministre, très estimé dans l'Eniope (1), eut sur-tout la prudence de prévenir les prétentions de la cour de Roiae , qui croyait être eu droit de juger toutes les affaires contentituses de Parme, Plaisance, et Guastalle, et ' de conférer tous les bénéfices. Ces prétculions : étaient tirées premièrement de saint Pierre, (ju'on prétend avoir été évèque de Rouie ; secondement ' de la comtesse Mathilde, qui avait donné Parme et ' Plaisance au pape Ciégoirc VII, avec plusieurs autres beaux, domaines : mais il n"a jamais été prouvé ' que saint Pierre ait été à Rome , et il esi prouvé J qu'il ne df)nna aucun béiiérice dans Parme, Plaisance, et Guastalle, et (|u"iLn"y jugea aucun procès. I Quant à la comtesse JMatbilde, sœur de Tempe- j rt'ur Henri III, et tante de cet cmi>erenr Henri IV, ' qui- les papes rendirent si malheureu.x, cette dona- i

(1) Ce niiiii<trc érait un Frauoais, uoinn-.é du Tiiltau, et ci"éé , par rinfant , marquis de Feliao. C's-.t sous te deruier nom qu'il est coanu.

lion a toujours été vegai-dée comme nulle par tons les jurisconsultes impériaux, n'étant pas permis de disposer d'aucun fief de l'empire saus le cousenteicent du suzerain. Ou était même encore si persuadé du temps de Cliarles-Quint de l'invalidité des droits pontificaux, que cet empereur s'empara de Plai.sance lorsque le Ijàlard du pape Paul III , à qui son père avait donné cette ville, y fut assassiné pour ses débaucLes et pour ses violences. Charles- Quiut garda même Plaisance jusqu'à sa mort. . Les empereurs réclamèrent toujours depuis la mouvance de Parme et de Plaisance, et enfin elle leur fut solennellement accordée au congrès de Cambrai et à celui île Soissons.

Dès que le pape Clcmeut XIII sut que le duc de Parme, don Ferdinand, voulait régner comme les autres souverains, il assembla une congrégation de cardinaux qui ne manqua pas de regarder la sage administration du duc de Parme et de ses ministres comme un sacrilège. Le pape signa dans Sainte- Rlarie-Majeure, le 'io janvier 1768, un bref pontifical, daus lequel il commence par dire que Parme et Plaisance lai appartiennent, in ilucatu nostro , et que le duc de Parme étant laïque et non pas prêtre, tout ce que fait son conseil est illégitime ; il excommunie tous ceux qui ont eu part aux édits du duc de Parme sans exception ; il défend de leur donner l'absolution en quelque cas que ce puisse être. Ce décret, scellé de l'anneau du pêcheur, fut af'ficLé aux basiliques de Saint-Jean-de-Latran, de Saint-Pierre, et au champ de Flore.

Un tel bref paraissait du douzième siècle plutôt

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que de celtii où nous vivons. Le pape et Jes cardi< naux qui l'entraînèrent dans ce piège ne savaietvt pas combien les esprits s'étaient éclairés dans l'Eu» rope : le malheur de la cour de Rome était de juger du présent par le passé. Il y a des temps où un prê« tre peut détrôner un souverain avec des préjugés; il y eu a d'autres où il faut déguiser sa faiblesse par la condescendance. .Jamais pontife ne lit uue plus lourde faute: il insultait dans la personne du duc de Parme le roi d'Espagne, don Carlos , son oncle; Louis XV, son grand-pere, chef de la maison de Bourbon ; et le roi des deux Siciles, son cousingermain.

Les papes n'avaient excommunié aucun souverain depuis l'an i63o, et c'était justement un duc de Parme, ancêtre maternel du duc régnant : il ne s'était agi que d'argent dans cette affaire. Le pape avait pris les duchés de Castro et de Ronciglione, «ppartenants à Odoard Farncse, duc de Parme.

En i588 un ancêtre plus important de ce prince, le grand Henri I\^ roi de France, avait été excommunié par Sixte -Quint : ce pâtre de la Marche d'Ancône, devenu pape, avait osé l'appeler >• géné- " ration bâtarde et détestable de la maison de Bourn bon. »

Telle fut long-temps la démence superstitieuse et hardie de la cour de Rome, qu'un prêtre de ce pays déclara, de la part de Dieu, le descendant de tant de rois incapable d'hériter, non seulement du royaume de S. Louis, lad» même d'un seul arpent de ferre.

Cet «xcès d'insolence absurde n'avait poiat été

panî comme il devait l'être; les querelles de religion et la politique ambitieuse de Philippe II sour tenaient alors laudace du Varican : mais il vient un temps où l'on réprime eulîn ce qu'on a été force de tolérer, et où le faible est châtié des anciennes entreprises du fort qui n'existe plus.

Clément "SIII fut bientôt puni de son peu de connaissance des affaires du monde. Le parlement de Paris commença par condamner son bref d'excommunication ; mais le conseil du roi employa des armes plus réelles ; l'ordre fut donné de se saisir d'Avignon et de tout le Comtat Venaissin. Les concessions faites autrefois par les rois de France de ce Comtat au siège de Rome sont enveloppées de ce nuage d'incertitudes qui couvre nue grandi' partie de l'histoire ; d'ailleurs l'aliénatioa d un domaine de la couronne a toujours été réputée contraire aux lois du royaume par tous les parlements, et particulièrement par celui de Provence, dans le ressort duquel sont Avignon et le Comtat.

Louis XIV était rentre deux fois dans ce domaine , l'une du temps du p.ipe Alexandre VII , l'autre pour mortifier Innocent XI qui s'était dé- *claré son ennemi; et, ayant saisi ces terres comme domaine de la couronne, il les avait rendues deux fois, sans faire aucune déclaration qui pût préjndicier au droit qu'il avait de les reprendre.

Il faut savoir que , lorsque les rois de France reprennent le Comtat, c'est en vertu d'un arrêt du parlement de Provence. Le ministère de France jugea qu'il fallait faire Valoir le dernier arrêt de ce parlement, qui réunit,, en i638, Avignon et le

Comtat à la conronne. Cet arrêt n'avait point été spécialement révoqué; ainsi il fat mis en exécution comme subsistant dans tonte sa force.

Le comte de Piocliechonart se présenta de la part du roi, le 1 1 juin i "^Cti^ , devant Avigpon, suivi de quelques troupes; il alla droit an vice-légat qui gouvernait an nom du pape, et lui dit, selon l'ancien protocole usi lé sous Louis XIV : «Monsieur, « le roi m'ordonne de remettre Avignon en sa main , « et vous êtes prié de vous retirer. >■

Le premier président d'Aix, un second président, et huit conseillers firent publier l'arrêt de réunion. Dans le même temps toutes les cloches sonnèrent, le peuple fît des feux de joie; on commença dés ce jour à insérer dans tous l*s actes publics : ■< Régnant souverain prince Louis, par la a grâce de Dieu, XV du nom, roi de France et de « Navarre, comte de Provence, de la ville d'Avio gnon et du Comtat Venaissin. »

Le roi de Naples , de son côté, vengeait sa maison et tons les souverains catholiques, en s'emparant de la ville de Réréveut et de celle de Ponte-Corvo, et en déclarant •< que ces deux villes et leur terri- « toire dépendent de la couronne de Naples, et K qu'ils V seront réunis à perpétuité. •>

On niejiaca aussi de se .saisir de Castro et de Ronciglione, mais on se contenta de menacer; et, dans le temps même qne la cour de Naples prenait Bénéveut , qui appartient aux papes depuis environ sept cent trente années, elle lui payait le tribut de vassal, qui consiste en sept mille" «eus pendus nu cou d'une haquenée. On n'osa pas s'affranchir

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de cette servitude; les lioniuies font rarement tout ce qn'ils peuvent : elle était encore moins ancienne de dix années que les droits du pape sur Rénévent. Cet hommage, qui n'était d'ailleurs et qui ne pouA'ait être qu'une simple cérémonie de piété, n'est point une véritable mouvance féodale ; il fut établi par le préjugé, et il peut aisément être aboli par la raison : le ministre du roi de Naples, le marquis Tannucci, l'homme le mieux instruit de cette jurisprudence épineuse, ne crut pas que le temps fût encore veuu de secouer un joug honteux aux tètes couronnées , mais imposé par la religion.

Si on ne dépouillait pas encore les papes de tous les droits qu'ils avaient usurpés, du moins on sapait par les fondements l'édilice sur lequel la plupart de ces droits sont appuyés; on proscrivait par-tout la fameuse bulle In cœruî Domini\ qu'on a fulminée tous les ans à Rome sans discontinuatiou depuis Paul 111. Un cardinal diacre la lit à la porte de Saint-Pierre le jour qu'on appelle du jeudisaint, et le pape jette un flambeau allumé dans la place publique, pour marquer au peuple chrétien que Dieu brûlera ainsi dans l'enfer quiconque violera les lois portées par la bulle In cœnd Doinini.

C'est daiis cette bulle , n'. 14, qu'on excommunie d'une excommunication majeure,

«Les chanceliers, conseillers ordinaiies ou ex- :t traord inaires de quelques rois et princes que ce ■•' puisse être, les présidents des chancellerirs, con- ' seils, parlements, comme aussi les procureurs - «généraux qui évoquent à eux les causes ecclé-

o siastlqnes, ou qui cmp^Thent l'exécution fies let- « très apostoliques, même quand ce serait sons le <■ prétexte d'empêcher quelque violence. »

Par le même article le pape se réserve à lui senl « d'absoudre lesdits chanceliers, conseillers, pro- « cnreurs-généranx, et autres excommuniés, les- « quels ne pourront être ahsous qu'après qu'ils an- « ront publiquement révoqué leurs arrêts, et les « auront arrachés des rejjistres ».

Cette bulle avait été déjà fulminée par le violent Jules II, mais on n'avait point encore fait une loi de la publier tous les ans ; ce fat Paul III qui institua cet usage, et ((ui la lit inij)rimer daTisle bullaire avec des additions aggravantes. Il est étrange que Cbarles-Quiut , qui avait saccagé Rome, et tenu nu pape en prison, laissât subsister une cérémonie absurde, et méprisée à la vérité, mais injurieuse à la majesté de l'empire et à tous les rois.

L'insulte faite à l'infant duc de Parme réveilla l'Europe catholique après plus de deux cents ans d'assoupissement. Le ministère autrichien, à l'exemple du parlement de Paris, flétrit et supprima la bulle dans tous ses élat.s : le ministère de Naples en fît autant. Tous les conseils des princes ouvrirent les veux: enfin, après avoir chassé les jésuites de tant d'états, oi; vit par-tout de quelle importance il est de diminuer cette prodigieuse multitude de moines, qni sont dans toutes les .sociétés catholiques les soldats du p.Tpe payés aux dépens des peuples. La sage république de Venise se signal. i snr-tont par des lois qui mettent nu frein à la uiiiltitudc des moines et ."i leur rapacité.

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Yoil.'t ce que le pape rvezzonico attira à la cour de Rome pour avoir écouté de mauvais conseils, et pour n'avoir pas fait réliexioii que nous sommes au dix-huitieme siècle. Ce pape, plus vertueux qu'éclairé, mourut bientôt après: ou attribua sa mort aji cliagriu, quoique rarement ce soit la maladie des vieillards.

Le ministre qu'on appelle en France des affaires étrangères, et qu'on nommait sous Louis XIV ministre des étrangers , secondé du cardinal de Remis, eut le crédit à Rome de faire nommer un pape dont on espéra plus de circonspection. Le cardinal do Bernis joignait à l'habileté dont les Italiens se piquent une érudition littéraire, un goiit et un génie dont le sacré collège ne se pique plus guère, et qu'on n'avait retrouvés que dans le feu cardinal Passiouei. Ce fut lui qui lit le pape Clément XIV, et qui forma son conseil.

Ce pape , qui avait été franciscain , s'appelait Ganganelli , comme nous l'avons déjà dit; il était réputé tressage et très circonspect, au-dessus des préjugés monastiques, et capable de soutenir jiar sa sagesse le colosse du pontificat qui semblait menacé de saxbûte. C'est lui qui a enfin aboli la société de Jésus, par sa bulle de l'année 1773. Il acheva par-là de eouvaiiicre toutes les nations qu'il est aussi aisé de détruire les moines que de les instituer; et il fit espérer qu'on pourrait un jour diminuer dans l'Europe cette foule d'hommes inutiles aux antres et à eux-mêmes, qui font vœu de vivre aux dépens de cenx qui' travaillent, et qui ayant été autrefois très dangereux, ne passent aujourd'hui que pour

ridicnles dans l'esprit de la plupart des pères de

famille.

Lorsque le pape Gang'anelli eut cassé la société de Jésus, £t qu'il eut promis de ne plus fulminer chaque année la bulle In^cœnd Domini , on lui rendit Avignon et Rénévcnl avec Ponte-CorTO. Sa prudence guérit le mal qui; son prédécesseur avait fait à Piome.

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