‹ Siècles de Louis XIV, et de Louis XVChapitre 10 sur 32 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Première campagne de Louis XV en Flandre; s~s succès. Il quitte ia Flandre pour aller au secours de L'Alsace menacée , pendant que le prince de Conti continue à s'ouvrir le passage des Alpes. Nouvelles liguer. Le roi de Prusse prend encore les armes.

V>£ fut dans ces circonstances dangereuses, dans ce choc de tant d'états , dans ce mélange et ce

chaos de gnerre et de politique, que Louis XV commença sa première campagne. On gardait à peine les frontières du euté de l'Allemagne. La reine de Hongrie s'était fait prêter serment de fidélité par les habitants de la Bavière et du haut Palatmat. Elle fit présenter dans Francfort même, ou Charles VII était retire, un mémoire ou l'élection de cet empereur était qualifiée nulle de toute nullité. Il était obligé enfin de se déclarer neutre , taudis qu'on le dépouillait : on lui proposait de se démettre, et de résigner l'empire à François de Lorraine, grand-duc de Toscane, époux de Marie-Thérèse.

Le prince Charles de Lorraine , frère du grand duc , commençait à s'établir dans une isle du Rhin auprès du vieux Brisach. Des partis hongrois pénétraient jusque par-delà de la Sarre, et entamaient les frontières de la Lorraine. Ce fameux partisan Mentzel faisait répandre dans l'Alsace , dans les Trois-Évèchés, dans la Franche-Comté , des manifestes par lesquels il invitait les peuples au nom de la reine de Hongrie , à retourner sous l'obéissance de la maison d'Autriche ; il menaçait les habitants qui prendraient les armes de les faire pendre, « après les avoir forcés de se coupler eux-mêmes le « nez et les oreilles ». Cette insolence . digue d'uu soldat d'Attila . n'était que méprisable ; mais elle était la preuve des succès. Les armées autrichiennes menaçaient Xaples , tandis que les armées françaises et espagnoles n'étaient encore que dans les Alpes: les Anglais , victorieux sur terre , dominaient sur les mer» ; les Hollandais allaient se déclarer , et

promettaient de se joindre en Flandre aux autrichiens et anx Anglais. Tout était contraire : le roi dcPrus.se, satisfait de s'être emparé de la Silésie avait fait sa paix particulière avec la reine de Hongrie^

Louis XV soutint tout ce grand fardeau : non seulement il assura les frontières sur les bords du Rhin et de la Moselle par des corps d'armée, mais il prépara une descente en Angleterre même. Il i\t venir de Rome le jeune prinq*Charles-Edouard , fils aîné du prétendant, et petit-fils de l'infortuné roi Jacques II. Lue flotte de vingt et un vaisseaux, chargée de vingt-quatre mille hommes de débarquement le porta dans le canal d'Angleterre. Ce prince vit pour la première fois Je rivage de sa patrie ; ma& «ne tempête , et sur-tout les vaisseaux anglais , rendirent cette entreprise infructueuse.

Ce fut dans ce temps-là que le roi partit pour la Handre. Il avait une armée florissante que le comte d Argenson , secrétaire d'état de la guerre , avait pourvue de tout ce qui pouvait faciliter la guerre de campagne et de siège.

Louis XV arrive en Flandre : à son approche les Hollandais , qui avaient promis de se joindre aux troupes de la reine de Hongrie et aux Anglais, cornmencent à craindre. Ils n'osent remplir leur professe : ils envoient des députés au roi au lieu de troupes contre lui. Le roi prend Courtrai et Meniu en présence des députes.

Le lendemain même de la prise de Menin , il investit Ypres. C'était le prince de Clermont, abbé de Saint-Germain-des-Prés,quicommandaitlesprinci-

pales attaques au siège d'Ypres. Ou n'avait point vu en France, depuis les cardinaux de la Valette et de Sourdis, d'homme qui réunit la profession des armes et celle de l'église. Le prince de Clermont avait eu cette permission du pape Clément XII, qui avait j ugé que l'état ecclésiastique devait être subordonné à celui de la guerre dans l'arriére -petit-fils du grand Condé. On insulta le chemin couvert du Iront de la basse ville, quoique cette entreprise parût prématurée et hasardée; le marquis de Beauveau, maréchal de camp . qui marchait à la tète des grenadiers de Bourbonnais et de Royal-Comtois, y reçut une blessure mortelle qui lui causa les douleurs les plus vives : il mourut dans des tourments intolérables , regretté des officiers et des soldats comme capable de commander un jour les armées, et de tout Paris comme un homme de probité et d'esprit. Il dit aux soldats qui le portaieut : « Mes amis , laissez-moi mourir , « et allez combattre. »

Tpres capitula bientôt. Xul moment n'était perdu ; tandis qu'on entrait dans Ypres , le duc de Boufflers prenait le Kenoque ; et pendant que le roi allait après ces expéditions visiter les places frontières , le priuce de Clermont faisait le siège de Lurnes , qui arbora le drapeau blanc au bout de cinq jours de tranchée ouverte. Les généraux anglais et autrichiens qui commandaient vers Bruxelles regardaient ces progrès , et ne pouvaient les arrêter. I n corps que commandait le maréchal de Saxe , que le roi leur opposait , était si bien posté , et couvrait les sièges si à propos, que les succès étaient assurés. Les alliés n'avaient point de plan de campagne fixe

et arrêté : les opérations de l'armée française étaient concertées ; le maréchal de Saxe, posté à Courtrai , arrêtait tous les efforts des ennemis, et facilitait toutes les opérations. Vue artillerie nombreuse qu'on tirait aisément de Douai , un régiment d'artillerie de près de cinq mille hommes , plein d'officiers capables de conduire des sièges , et composé de soldats qui sont pour la plupart des artistes habiles , enfin le corps des ingénieurs , étaient d-s avantages que ne peuvent avoir des nations réunies à la hâte pour faire ensemble la guerre quelques années. De pareils établissements ne peuvent être que le fruit du temps et d'une attention suivie dans une monarchie puissante : la guerre de siège devait nécessairement donner la supériorité à la France.

Au milieu de ces progrès la nouvelle vient que les Autrichiens ont passé le Rhin du côté de Spiig â la vue des Français et des Bavarois; que l'Alsace est entamée ; que les frontières de la Lorraine sont exposées : on ne pouvait d'abord le croire , mais rien n'était plus certain. Le prince Charles , en menaçant plusieurs endroits, et faisant à la fois plus d'une tentative, avait enfin réussi du côté où était posté le comte de Seckendorf , qui commandait les Bavarois , les Palatins, et les Hessois , alliés payés par la France.

L'armée autrichienne , au nombre d'environ soixante mille hommes , entre en Alsace sans résistance. Le prince Charles s'empare en une heure de Lauterbourg , poste peu fortifié, mais de la plus grande importance : il fait avancer le général ^Vadasti

jusqu'à Teissembourg , ville ouverte , dont la garnison est forcée de se rendre prisonnière de guerre; il met un corps de dix mille hommes dans la ville et dans Ils lignes qui la bordent. Le maréchal de Coigni, qui commandait dans ces quartiers , général hardi, sage et modeste, célèbre par deux victoires en Itaîie, dans la guerre de 1738, vit que sa communication avec la France était coupée ; que le pays Messin , la Lorraine, allaient être en proie aux Autrichiens et aux Hongrois : il n'y avait d'autre ressource que de passer sur le corps de l'ennemi pour rentrer en Alsace et couvrir le pays. Il marche aussitôt avec la plus grande partie de son armée a Yeissembourg , dans le temps que les ennemis venaient de s'en emparer ; il les attaque dans la ville et dans les lignes : les Autrichiens se défendent avec courage. On se battait dans les places et dans les rues ; elles étaient couvertes de morts. La résistance dura six heures entières. Les Bavarois. qui avaient mal garde le lihin, réparèrent leur négligence par leur valeur ; ils étr.ient sur-tout encouragés par le comte de Mortague . alors lieutenant-général de l'empereur , qui reçut dix coups de fusil dans ses habits : le marquis, de Montai menait les Français.

Celui qui rendit les plus grands services dans cette journée , et qui sauva en effet l'Alsace , fut le parqoia de Clermont-Tonnerre. Il était à la tète de la brigade Montmoriu ; tout plia devant lui : c'est le même qui l'année suivante commanda une aile de l'année a la bataille de Fontenoi , et qui contribua plus que personne à la victoire. On l'a vu depuis

doyen des maréchaux de France : sou fils fut l'héritier de sa valeur et de ses vertus.

On reprit euiïn Yeissembourg et les lignes ; mais on fut bientôt obligé par l'arrivée de tonte l'armée autrichienne de se retirer vers Hagueneau , qu'on fut même forcé d*abandouner. Des partis ennemis , qui allèrent à quelques lieues au-delà de la Sare, portèrent l'épouvante jusqu'à Lunéville , dout le roi Stanislas Leczinski fut obligé de partir arec sa cour.

A la nouvelle de ces revers, que le roi apprit à Dunkerque , il ne balança pas sur le parti qu'il devait prendre; il se résolut à iiUerrompre le cours de ses conquêtes en Flandre, à laisser le marecb;;! de Saxe , avec environ quaraute mille hommes , conserver ce qu'il avait pris , et à courir lui-même au secours de l'Alsace.

Il fait d'abord prendre les devants au maréchal de ^Soailles : il envoie le duc d'Marcourt avec quelques troupes garder les gorges de Hialzbourg; il se prépare à marcher à la tète de vingt-six bataillons et trente-trois escadrons. Ce parti que prenait le roi dès sa première campagne transporta les cœursdis Français , et rassura les provinces alarmées par le passage du Rhin, et sur-tout par les malheui cus.-s campagnes précédentes en Allemagne.

Le roi prit sa route par Saint-Quentin , la Fere , Laon, Reims, faisant marcher ses troupes, dont il assigna le rendez-vous à Metz : il augmenta pendant cette marche la paie et la nourriture du soldat ; et cette attention redoubla encore l'affection de ses sujets. Il arriva dans ?.Ietz le 5 auguste ; et le 7 on

apprit un événement qui changeait toute ia face des af'aires , qui forçait le prince Charles à sortir de l'Alsace, qui rétablissait l'empereur, et mettait la reine de Hongrie dans le plus grand danger où elle eût été encore.

Il semblait que cette princesse n'eût alors rien à craindre du roi de Prusse après la paix de Breslau, et sur-tout après une alliance défensive conclue la même année que la paix de Breslau , entre lui et le roi d'Angleterre ; mais il était visible que la reine de Hongrie, l'Angleterre , la Sardaigne , la Saxe, et la Hollande , s'étant unies contre l'empereur par un traité fait à Vorms , les puissances du A-ord, et surtout la Russie, çtant vivement sollicitées , les pro-> grès de la reine de Hongrie augmentant en Allemagne , tout était à craindre tôt ou tard pour le roi de Prusse. Il avait enfin pris le parti de rentrer dans ses engagements avec la France : le traité avait été î>igné secrètement , le 5 avril , et on avait fait depuis à Francfort une alliaucFétroite entre le roi de France , l'empereur , le roi de Prusse , l'électeur pala* tin, et le roi de Suéde, en qualité de landgrave de Hesse. Ainsi l'union de Francfort était un contrepoids aux projets de l'union de Vorms : une moitié de l'Europe était ainsi animée contre l'autre , et des deux côtés on épuisait toutes les ressources de la politique et de la guerre.

Le maréchal Schmettau vint de la part du roi de Prusse annoncer au roi que son nouvel allié marchait à Prague avec quatre-vingt mille hommes , et qu'il en faisait avancer viugt-deux mille en Moravia, Cette puissante diversion en Allemagne . les cou-

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quêtes du roi eu Flandre, sa marche en Alsace, dissipaient toutes les alarmes , lorsqu'on en éprouva une d'une autre espèce qui fit trembler et gémir toute la France.

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