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CHAPITRE XX

Les Autrichiens et les Piémoutais entrent eu Provence ; les Anglais, en Bretagne.

JL'incendi e qui avait commencé vers le Danube , et presque aux portes de Tienne, et qui d'abord avait semblé ne devoir durer que peu de mois , était parvenu après six ans sur les cotes de France. Presque toute la Provence était en proie aux Autrichiens. D'un côté leurs partis désolaient le Dauphiné , de l'autre ils passaient au-delà de la Durance. Veuce ' et Grasse furent abandonnées au pillage , les Anglais faisaient des descentes daus la Bretagne , et leurs escadres allaient devant Toulon et Marseille aider leurs alliés à prendre ces deux villes, tandis que d'autres escadres attaquaient les possessions françaises en Asie et en Amérique.

Il fallait sauver la Provence : le marécbal deBelle- Isle v fut envoyé, mais d'abord sans argent et sans armée : c'était à lui à réparer les maux d'une guerre universelle que lui seul avait allumée. Il ne vit que de la désolation , des miliciens effrayés , des débris de régiments sans discipline, qui s'arrachaient le foin et la paille; les mulets des vivres mouraient faute de nourriture ; les ennemis avaient tout rançonné , du Var à la rivière d' Argens et à la Durance. L'infant don Philippe et le duc de Modcne étaient dans la ville d'Aix en Provence, où ils attendaient les efforts que feraient la France et l'Espagne pour sortir de cette situation cruelle.

DE LOUIS XV. ifi5

Les ressources étaient encore éloignées , les dangers et le besoin pressaient : le maréchal eut beaucoup de peine à emprunter en son nom cinquante mille écus pour subvenir aux plus pressants besoins. Il fut obligé de faire les fonctions d'intendant et de munitionnaire. Ensuite, à mesure que le gouvernement lui envoyait quelques bataillons et quelques escadrons , il prenait des postes par lesquels il arrêtait les Autrichiens et les Piémontais. Il couvrit Castellane , Draguignan et Erignoles , dont l'ennemi allait se rendre maître.

Enfin, au commencement de janvier 1747, se trouvant fort de soixante bataillons et de vingt-deux escadrons , et secondé du marquis de la Mina , qui lui fournit quatre à cinq mille Espagnols, il se vit eu état de pousser de poste en poste les ennemis hors de la Provence. Ils étaient encore plus embarrassés que lui, car ils manquaient de subsistances. Ce point essentiel est ce qui rend la plupart des invasions infructueuses. Ils avaient d'abord tiré toutes leurs provisions de Gênes ; mais la révolution inouie qui se faisait pour lors dans Gênes , et dont il n'y a point d'exemple dans l'histoire, les priva d'un secours nécessaire, et les força de retourner en Italie.

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