‹ Siège de Dantzick en 1807. Précédé d'une introd. sur les évènemens qui ont amené les français devant cette ville, et d'un précis sur l'histoire de Dantzick. Rédigé sur le journal du siège de M. le Maréchal Duc de Dantzick, et sur les mémoires authentiques de plusieurs officiers générauxChapitre 1 sur 6 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

1\1aguère encore orgueilleuse des victoires remportées par ses invincibles armées, la Fiance dictait des lois à l'Europe, et, superbe, levait sa tête altière au milieu des nations humiliées et vaincues. A cette longue période d'honneur et d'illustration, nous avons vu tout à coup succéder des revers inattendus, et la fortune volage rechercher des drapeau?i qu'elle avait dédaignés pendant vingl-cinq ans. Le bruit de os exploits avait retenti jusque dans les régions les plus él< ées* celui de notre chute a rempli l'univers d'éronnement , et rendu toutes les nations attentives. Grande et sublime leçon qui tournera peut-être au profit du bonheur des peuples, puisque l'incroyable catastrophe dont nous avons tous été les témoins et les victimes , prouvera au monde qu'il n'est point de succès constans, et qu'il est à la gloire elle-même un terme et des bornes que l'homme ne saurait dépasser.

L'arbitre de l'Europe en était devenue l'esclave, et le peuple, qui , pendant un quart de siècle, avait rassemblé sur lui-même toutes les gloires anciennes et modernes, était , par un enchaînement de causes qui feront le désespoir de nos neveux, retombé dans un tel excès d'humiliation, qu'enivrées par leurs insolens succès, des nations voisines ont hésité si elles lui laisseraient son rang parmi les puissances, et si elles ne partageraient point ses provinces, après les avoir envahies. Grâces à la politique d'un souverain qui voyait ces projets de partage avec des yeux inquiets, la France est restée intacte dans ses anciennes limites j mais les Français, dont les armées avaient six fois conquis et pacifié l'Europe , les Français, dont l'illustration militaire importunait encore les alliés, furent obligés de recevoir la condition qui leur fut imposée de ne plus avoir

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d'armée. Elle fut en effet acceptée cette condition humiliant* qu'il eût été si facile de repousser , et la France est demeurée trois ans sans force militaire, et pendant trois ans elle a été exposée sans défense à tous les ressentimens et à la vengeance de cent cinquante mille garnisaires , encore irrités de leurs défaites passées et du long déshonneur de leurs armes.

L'Europe entière, assemblée à Paris lorsque ses souverains nous dictaient impérieusement une condition aussi injurieuse, a pu remarquer avec étonnement quelle différence existait entre les bandes mercenaires qu'elle avait envoyées contre nous, et ces soldats citoyens, qui furent jusqu'à leur dernier jour l'honneur et les zélés défenseurs de la patrie. Forcés par une mesure aussi étrange qu'inusitée d'abandonner subitement ces vieux drapeaux français sous lesquels ils avaient obtenu tant de triomphes, les guerriers de la Loire, par leur sublime résignation dans cette grande circonstance, attestèrent solennellement qu'ils étaient toujours restés les enfans de la nation, et qu'instrumens de gloire, ils n'avaient jamais été ceux de la tyrannie. Nous les avons vus ces nobles vétérans de la victoire , déposer silencieusement leurs armes, autrefois si terribles , et revenir dans leurs foyers avec le même ordre et le même sangfroid qu'ils montraient autrefois en livrant et gagnant des batailles. Ils n'ignoraient pas sans doute qu'on n'attendait que leur dispersion pour décimer arbitrairement leurs chefs, et répandre sur eux-mêmes tous les venins empoisonnés de la calomnie. Mais ils se sont souvenu que la première vertu du soldat est l'obéissance. C'est donc en obéissant qu'ils repousseront d'avance les traits de leurs calomniateurs. Ils laisseront à la postérité, aux ennemis même qu'ils ont vaincus, le soin de venger leurs chefs, assez riches de renommée pour ne point regretter la mort; et eux-mêmes oublieront l'injustice de leur persécuteurs, en cultivant toutes les vertus civiles, en devenant le modèle des citoyens, après avoir été celui des mili 'aires.

Tel a été en effet l'honorable spectacle quVnl donné an

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nouveau gouvernement et à l'Europe les fidèles défenseurs de la patrie, les glorieux membres des anciennes armées nationales de la France. Obéissance et oubli, voilà quelle a été la base de leur conduite publique et privée. Eh! plût au ciel qu'on eût mis ce dernier principe en pratique à leur égard ! Des cœurs français et pleins d'amour pour l'honneur de leur pays , n'auraient pas eu à gémir sur tant d'injustices et de vengeances qui ont appelé sur nous le mépris des nations voisines , et excité leurs chefs à rançonner impunément un peuple qui laissait lâchement persécuter ses protecteurs naturels! Cet excès de honte a été poussé à un tel point, que nous avons vu un temps encore trop peu éloigné , où il était dangereux d'être connu comme ayant pris part aux immortels exploits des armées françaises , et des braves ont été publiquement assassinés sans que leurs vils meurtriers aient été recherchés ou punis (1). Des pygmées, qui se croyaient grands parce qu'ils étaient montés sur les échasses de l'étranger, affichèrent la risible prétention de se connaître en gloire, et voulurent persuader à la France que celle acquise par les vainqueurs d'Austerlitz ou d'Iéna n'était point légitime. Ils prétendirent plus : ils voulurent prouver qu'elle était criminelle, et, le pouvoir en main , ils se sont cruellement vengés du tort que les héros de la France avaient eu de la rendre grande , quand eux-mêmes se cachaient dans l'ombre pour ne point la servir. Que de viles menées, que d'intrigues méprisables, que de conspirations (2) même n'ont point été ourdies pour faire trouver coupables ceux qu'à toute force on voulait perdre, parce qu'on ne pouvait leur pardonner cette -vénération profonde que la nation gardait au fond de son cœur à ces illustres malheureux. Cependant se sont-ils démentis, les nobles guerriers delà Loire? ont-ils repoussé la vengeance par la vengeance? ont-ils enfin tiré l'éiiée pour punir leurs calomniateurs? Non, ils sont restés calmes

(1) Brune, Lagarde , etc. ! !

(2) Lyon, etc.!!

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et impassibles, ils ont opposé le mépris à l'arrogance , et c'est en prenant les armes pour le gouvernement au nom duquel on osait les persécuti-r, qu'ils ont prouvé combien on avait tort de les craindre et de les négliger. La patrie entière a applaudi à leur généreux dévouement, et la France a tressailli en reconnaissant ses braves.

Nous aimons à croire que ce sont ces mêmes preuves de dévouement, plus encore que l'intervention d'un ministre, justement jaloux de la gloire nationale à laquelle il avait luimême contribué, qui ont engagé le gouvernement à rappeler autour du trône ces mêmes braves qui n'auraient jamais dû en être éloignés. Le prince qui a rendu un si bel hommage aux guerriers français, en assurant que dans son exil il avait souvent été fier de leurs exploits, méritait d'être enfin détrompé, et d'avoir aussi la valeur pour protectrice de sa couronne. Quoiqu'il en soit, il a suffi de voir arriver au ministère un Français, pour qu'on fût certain que les plans anti-nationaux du ministre étranger seraient rerversés, qu'une constitution plus libéra'e serait accordée à l'armée, et qu'enfin on aurait une armée. Les espérances de la nation n'ont point été trompées. L'égalité de droits a été proclamée 5 un soldat, par la seule force de son génie, pourra encore devenir maréchal de France, et les parasites des cours n'auront p'us seuls le privilège de commander à nos guerriers. Un ministre, qui luimême s'était élancé du sein du peuple au sommet des honneurs militaires, et avait été fait maréchal de France sur le champ de bataille, ne pouvait point favoriser les droits illusoires de la naissance aux dépens de ceux plus légitimes du talent et de la bravoure.

Depuis que l'espoir, et presque la certitude d'être rappelés dans l'armée française régénérée , est rendu à nos anciens guerriers, nous les voyons sortir de leurs retraites, et montrer avpc orgueil ces recommandables cicatrices reçues au champ d'honneur, et témoignages glorieux d'une vie consacrée toute entière au service de la patrie. Ils ont répandu leur s.nng dan

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cinquante batailles, et attentifs à la voix d'un de leurs ancien? chefs, ils viennent offrir encore les restes de celui qui coule dans leurs veines. Rare el touchant hommage rendu par la valeur à l'amour pour notre belle France ! N'est-il pas la preuve la plus éclatante que c'est toujours pour leur pays , et non pour un seul homme, comme on le leur a bassement reproché, qu'ils ont affronté la mort, et cherché la gloire dans les contrées les plus éloignées de l'Europe?

Puisque, par les efforts d'un ministre qui connaît les véritables intérêts de la France, nous allons enfin, après trois ans de viduité et d'abandon, voir se réorganiser une armée nationale, n'est-il pas utile de s'occuper du soin de ramasser tous les matériaux qui pourront servir à l'histoire des prodiges opérés par l'ancienne armée? Une telle histoire ne sera-t elle pas le meilleur livre à mettre entre les mains des jeunes officiers et sous-officiers qui se trouveront étrangers aux merveilles des vingt-cinq années qui viennent de s'écouler? Ne sera-telle pas le moyen le plus efficace pour exciter l'émulation parmi ces jeunes courages? Sa lecture ne leur inspirera -'-elle pas l'envie de surpasser s'ii est possible, ou au moins d'imiter leurs aînés dans la carrière de la gloire ? Et ces aînés, qui rentreront dans la carrière, en voyant ainsi célébrer leurs belles actions passées, ne ressentiront-ils pas la noble ardeur de faire mieux encore, et d'ajouter de nouvelles pages à l'histoire de leurs premiers exploits? Les lauriers cueillis à Marathon par Miltiades troublaient le sommeil de Thémistocles, et c'est à cette généreuse émulation qu'ils inspiraient au héros athénien que la Grèce a dû peutêtre cette bataille de Salamine qui l'a sauvée. César pleurait en songeant qu'à trente-trois ans Alexandre avait fait la conquête de l'univers, et César serait plus grand qu'Alexandre s'il n'eût pas renversé la constitution républicaine de son pays. Qui sait si de même le récit des exploits des derniers généraux français, en frappant vivement l'imagination de leurs jeunes successeurs, ne suscitera pas du milieu de nous une seconde fois, un Desaix, un Kleber, un Moreau , un Masséna, et c?

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guerrier lui-même, qui eût été plus grand que les héros anciens et modernes ensemble, si, de même que César, il n'eût pas commis le crime d'avoir asservi sa patrie?

C'est donc une idée grande et généreuse que celle de composer l'histoire des guerres de notre révolution. D'excellens esprits s'en sont déjà occupés : et, dans quelques années, les jeunes défenseurs de la patrie trouveront, dans les ouvrages militaires que l'on publie depuis deux ans, une lecture aussi savante, aussi utile qu'elle sera agréable pour eux. De ces ouvrages déjà publiés , ou sur le point de l'être par livraisons périodiques , nous n'en citerons que trois. Le Précis des événement militaires f de M. le général Dumas, le Manuel des Braves y publié chez P lancher, et les Victoires, Conquêtes, etc., dont Panckoucke est l'éditeur. Le premier nous semble devoir être , quand il sera terminé , l'objet des études constantes des officiers de toutes armes. Par la manière dont M. le général Dumas l'a conçu, ils y trouveront toujours les leçons et les préceptes à côté du récit des faits. Cet ouvrage réunit donc la pratique et la théorie de l'art de la guerre. Le Manuel des Braves, ainsi que son titre l'annonce, est vraiment composé pour devenir le Bréviaire des sous-officiers et soldats. Le petit nombre des volumes, la modicité du prix, le mettent à la portée de tout le monde; l'agrément du style le fera lire avec plaisir par ceux mêmes qui ne sont pas militaires. Les Victoires, Conquêtes , etc, nous paraissent tenir le milieu entre ces deux ouvrages. Comme dans le premier, le récit des faits se trouve aussi enrichi de principes de tactique et de stratégie. ; mais ils ne le surchargent pas au point que la lecture en soit fastidieuse aux personnes étrangères au métier de la guerre. C'est en un mot un ouvrage de bibliothèque qui pourra se lire dans tous les temps avec fruit et intérêt.

En faisant ces réflexions , notre intention est loin , ainsi que quelques-uns de nos lecteurs l'ont peut-être déjà imaginé , de vouloir annoncer le projet de faire nous-même une histoire des guerres de la révolution 5 nous voulions seulement démontrer

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que c'est avec raison qu'on s'en est occupé , et que les militaire? français retireront de ces ouvrages des avantages réels. Ne les ferait-on d'ailleurs que pour rendre aux armées françaises le juste tribut d'éloge qui leur est dû, ce serait toujours une œuvre patriotique, et qui mériterait la reconnaissance de toules amis de la patrie. C'est dans cette même vue que nous avonentrepris de publier l'historique du siège de Dantzick en 1807 , par le maréchal Lefebvre. Ce siège est l'un des plus célèbres d'une guerre, où tout fut pour ainsi dire merveille et prodige. Possesseur de renseignemens précieux sur cette grande opération militaire , nous aurions cru manquer à nos frères d'armes , si nous ne leur en faisions point part. Nous présentons donc aux militaires français notre ouvrage comme le denier du soldat ; heureux si le grand intérêt du sujet peut faire excuser la faiblesse de notre plume, et si, en donnant le récit de ce siège, l'un des plus beaux titres de gloire du maréchal Lefebvre, nous pouvons prouver que nous aussi nous aimons notre patrie, et ne cesserons jamais de nous intéresser à sa gloire et à sa prospérité.

Afin d'éviter les vaines interprétations de ces hommes qui voudraient, aujourd'hui encore, plonger dans l'oubli les exploits des dernières armées françaises , nous finirons cet avertissement par une observation qui nous paraît essentielle. Le Siège de Dantzick^ que nous offrons au public, était composé avant les événemens qui ont eu lieu , en 1814. Il a été écrit pendant la mémorable campagne de Russie , en 1812, et quelque temps avant la triste catastrophe qui l'a terminée d'une manière si contraire aux vœux de tous les vrais Français, Cette annonce que nous nous empressons de faire sera l'explication naturelle de la marche que nous avons suivie dans la composition de cet opuscule. Sans doute nous eussions pu faire disparaître les expressions et les vérités qui pourront déplaire à certains esprits. Mais ces sortes de concessions nous paraissent être autant de lâchetés, et celui qui eut l'honneur d'être le frère d'arme des vainqueurs de l'Europe , se sent

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incapable d'en commettre aucune. Nous donnons donc le siège de Dantzick sans y faire aucun changement. La vérité historique y gagnera sans doute si la susceptibilité de quelques individus s'en trouve offensée. Honte éternelle à ceux qui se croient intéressés à ce qu'on ne rende pas à la valeur française toute la justice qui lui est due (1) !

(i) Si malgré la précaution que nous avons prise de citer la date de cet opuscule, quelques Français timorés , ou qui feignent de l'être, nous faisaient un crime d'avoir loué Bonaparte en 1807, nous leur objecterons le passage suivant d'un plaidoyer de M. Marchangy , passage que tous les écrivains, qui auront à parler de l'ex-Empereur des Français^ doivent regarder comme leur sauve-garde et leur justification.

a Nous n'attaquons pas le sieur Esneaux, parce qu'il a fait

n l'éloge de Bonaparte. Si ce dernier avait des qualités, on peut en n convenir assurément sans être séditieux. Les Bourbons, qui ont si 3 franebement adopté la gloire de nos brav> s, et enlacé les I3S à leurs n lauriers, ont le cœur assez grand, assez magnanime, pour souffrir a qu'on parle des talens militaires d'un homme qui commanda long- » temps nos armées. Il est donc libre aux écrivains de devancer l'his- 2 toire sous ce rapport , et si c'est trop peu que de restreindre son s éloge à ses conceptions guerrières , on ajoutera, si l'on veut, qu'il •n sut opposer la terreur à la terreur, enchaîner l'hydre révolutionnaire , » la forcer de venir ramper bassement à. ses pieds, et imposer silence » aux clameurs de 93. n

Extrait du discours prononcé dans Vajfaire de 211. Esneaux , prévenu d'opinions séditieuses dans une brochure intitulée .-Réflexions sur le procès da sieur Scheffer, par M. Marchangy , au tribunal de police correctionnelle , section des délits de la presse, audience du samedi 7 Jevrier 1818. (Voyez le discours textuel de M. Marchangy dans le Journal des ylnnales politiques , morales et littéraires, du dimanche 8 février 1818, pag. 2, colonne première).

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