‹ Siège de Dantzick en 1807. Précédé d'une introd. sur les évènemens qui ont amené les français devant cette ville, et d'un précis sur l'histoire de Dantzick. Rédigé sur le journal du siège de M. le Maréchal Duc de Dantzick, et sur les mémoires authentiques de plusieurs officiers générauxChapitre 2 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

I ix rupture précipitée du traité d'Amiens, quelques mois après sa signature, avait prouvé à la France qu'elle ne devait pas espérer de paix durable tant que l'Angleterre, attaquée sur son propre territoire, ne ressentirait point les effets de la vengeance de la grande nation. Aussi à cette nouvelle la haine invétérée et comme héréditaire qui tient divisés les deux peuples s'était réveillée avec toute son énergie dans le cœur des Français. Un cri universel d'indignation se fit entendre du midi au nord , et tous ces guerriers qui avaient vaincu l'Europe demandaient à son tour de vaincre l'Angleterre. Jamais guerre ne fut plus désirée par un peuple; jamais le moment de l'attaque ne fut attendu avec plus d'impatience. L'ancien Caton demandant au sénat de Rome la ruine de Cartilage est l'image de tous les Français réunis par le même besoin , celui de la vengeance contre une nation perfide à laquelle ils atribuaient avec raison tous les malheurs et les crimes de leurs révolution. De toutes parts et sur tous les points du territoire, des milliers de bras s'offraient pour faire une guerre à mort à l'Angleterre , et le projet d'une descente

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aux îles britaniques était le but de tous les vœux , de tous les efforts.

Ce projet de descente en Angleterre avait été vivement adopté par l'homme extraordinaire qui présidait aux destinées de la France. Bonaparte, témoin des horribles perfidies commises par les Anglais à Toulon , où il faisait ses premières armes, en 1793, avait conçu pour eux une haine trop en harmonie avec celle des Français pour qu'il ne saisît point avec empressement l'occasion de la satisfaire. N'avait-il pas, d'ailleurs, a venger cette armée d'Egypte dont l'Angleterre avait causé la perte en suscitant contre elle toutes les forces de l'empire ottoman? Le premier consul répéta donc avec toute la France qu'il fallait châtier l'orgueil britannique, et dans tous les ports et sur toutes les rivières , on s'occupa sans relâche de tous les préparatifs qui pouvaient faire réussir ce grand projet d'attaque qu'on venait d'adopter.

On fut près de deux ans à achever ces préparatifs , et cependant l'ardeur avec laquelle les Français travaillaient à les terminer ne s'était pas un instant démentie. Toutes les classes de la société avaient voulu contribuer au succès d'une expédition dont on faisait dépendre le bonheur et la gloire de la France. Renouvelant au xixc. siècle le généreux dévouement des matrones romaines, les dames françaises se dépouillèrent de leurs bijoux pour en faire l'of-

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frande sur l'autel de la patrie. Des enfans se cotisèrent pour équiper les bateaux qui devaient composer la flotille de transport. De malheureux ouvriers offrirent leurs bras, et leur temps, leurs seules richesses. Les villes et les hameaux, les riches et les pauvres rivalisaient de zèle et c'était à qui montrerait plus de haine contre l'Angleterre.

Et pendant ce temps Napoléon qui venait de recevoir des mains de la nation la pourpre impériale, comme une juste récompense de ses anciens exploits et des grandes vertus qu'il avait montrées durant son consulat, rassemblait luimême sur les bords de la Manche les invincibles légions qui avaient triomphé de toutes les coalitions et brûlaient de se voir aux prises avec ceux qui les avaient organisées , avec les Anglais* L'Empereur des Français avait comme transporté sa cour dans ce camp de Boulogne qui attirait l'attention et les regards de l'Europe entière. Les arts, le luxe et les plaisirs y affluaient, et formaient un étonnant contraste avec l'ordre et la discipline. Aux manœuvres militaires se mêlaient les danses et les spectacles. Tout ce que Paris renferme de plus distingué accourait en foule prendre part à ces fêtes , et restait saisi d'admiration à la vue de ce camp immense, embelli par l'industrie française , et qui ressemblait à une ^aste ville sortie, comme par enchantement, du sein des mers. C'est dans l'une des solennités qui

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se succédaient à Boulogne que l'Empereur Napoléon distribua lui-même à sa vaillante armée le signe de l'honneur , le prix de la bravoure, l'aigle de cette légion d'honneur qu'il venait de fonder, et qui devait faire une armée de braves au milieu des braves. Les décorations de ce nouvel ordre de chevalerie , qui par une conception aussi noble qu'elle était adroite devait être la récompense de tous les genres de célébrité en France, étaient portées dans les casques antiques et sur les boucliers du vainqueur des Anglais, Bertrand du Guesclin, et du chevalier sans peur et sans reproche, Bayard. L'Empereur assis sur le trône de Dagobert, entouré de toute sa cour et à la vue des rives de l'Angleterre, attacha lui-même cet attribut de la valeur sur la poitrine de ses guerriers. Cette touchante et sublime cérémonie vint encore accroître l'enthousiasme des Français. Le soldat en recevant l'aigle de la légion tournait ses regards menaçans vers Albion, en jurant de vaincre ou de mourir, et ceux qui n'étaient pas encore jugés dignes de la porter, se promettaient à eux-mêmes de faire des prodiges pour la mériter un jour.

Tout était prêt pour la descente projetée. Une armée nombreuse , et la plus belle qu'eût encore eue la France , faisait retentir les bords de la Manche des exclamations de sa joie, indices certaines d'un prochain triomphe. Une flottille immense était disposée peur recevoir les troupes

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