‹ Siège de Dantzick en 1807. Précédé d'une introd. sur les évènemens qui ont amené les français devant cette ville, et d'un précis sur l'histoire de Dantzick. Rédigé sur le journal du siège de M. le Maréchal Duc de Dantzick, et sur les mémoires authentiques de plusieurs officiers générauxChapitre 5 sur 6 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

J ja ville de Daulzick a cela de commun avec presque toutes les cités célèbres, que son origine se perd dans la nuit des temps. Eu effet , la plupart de ses historiens se sont éverlués à lui donner une haute antiquité, et les coûtes les plus pué rils ont été inventés pour appuyer tour à tour de* assertions plus ou moins hasardées. Sans noiu embarrasser du soin de discuter ces assertions , qui se contrarient la plupart du temps, nous dirons seulement que l'opinion la plus commune nous paraît être que Dantzick a été fondée environ trois siècles avant l'ère chrétienne, par un roi des Goths nommé Bireeck. Ce prince, qui courait la ^îer baltique avec ses vaisseaux, voulut s'assure* Siège de Dantzick. i

de l'embouchure de la Yislule , et éleva dans l'endroit même où se trouve aujourd'hui Bantzick , un poitit fort auquel il donna le nom de Gothcn-Schanz , qui signifie fort des Goths. Nous n'entrepreudrons point d'expliquer comment de ces deux mots est venu celui de Dantzick. Il nous suffira de dire que la ville fut successivement appelée par les Allemands et les Polonais, Gedanck, Gcdanum , Galanum et Gadajiz, d'où les élymologistes ont tous, avec plus ou moins de raison y fait dériver le nom moderne de Dantzick.

Autour du fort de Gothcn - Schanz , élevé par le roi Goth Bireeck , il ne tarda pas à se former plusieurs établissemens de pêcheries, qui y trouvaient un abri et une protection contre les incursions des pirates. Ces élablissemens attirèrent eux-mêmes d'autres classes d'habitans, et le commerce, toujours à l'affût de ce qui peut lui convenir, ayant remarqué que la position du Gothen- Schanz , à l'embouchure de la Vistule, était très -favorable aux opérations mercantiles, changea promptement le hameau de pêcheur eu une ville. Outre l'avantage de sa position sur la mer Baltique et sur la Vistule, Dantzick avait encore celui de se trouver sur la frontière des deux grands pavs connus alors , sous le nom d'Allemagne et de Pologne. Cette triple circonstance la rendit assez vite l'eutrepôt général d»

«ommorce entre ces deux pays, et la ville ou fort du roi Bireeck commença dès lors à jouir d'une très- haute importance.

Dantzick, peuplée successivement par des Polonais, des Allemands, des Suédois et des Danois, paraît avoir long temps joui de sa liberté, et n'avoir appartenu à aucun des peuples ses voisins. La^ichesse et l'étendue de son commerce l'ayant enfin rendue un objet de convoitise, les Poméraniens lui imposèrent le joug de leur domination , et la réunirent à leur duché. Les souverains de la Pomérauie l'honorèrent même de leur protection spéciale , et son envahissement , bien loin de lui être nuisible, devint pour Dantzick une. nouvelle source de prospérité. Sa population s'augmenta tellement, que sous le règne de Bugislaw, duc de Poméranie , vers l'année 1178, il fallut détruire l'ancienne enceinte, et bâtir celle partie de la ville que l'on appelle encore aujourd'hui Recht-StadU

Bugialaw IV ou Messwin II , duc de Pomé* ranie , étant mort sans postérité, en 1295 , Dantzick , en raison d'arrangemens pris antérieurement , devait passer sous la domination des erands ducs de Pologne , mais les Margraves de Brandebourg soutenus des chevaliers de l'ordre Teutouique prétendirent avoir des droit* sur cette ville et prirent les armes pour les faire T-aioir. Cette prétention fut l'origine d'une lou-

gue et cruelle guerre qui dura 16 ans , et quoique les Dantzickois eussent eux-mêmes soutenu les droits des grands ducs dont ils préféraient la dépendance , leur ville n'en fut pas moins forcée de reconnaître , en i3io , le pouvoir des chevaliers teutoniques auxquels les Margraves , eu leur qualité de grands-maîtres de l'ordre , l'avaient cédée. Cette usurpation fut postérieurement sanctionnée par un traité particulier entre" l'ordre et les grands ducs, en i335, et confirmé de nouveau, en i343, par le traité dit de Kalisch. C?"est ainsi que victime de la politique des Souverains qui l'entouraient, la ville de Dantzick se vit , ainsi que la petite Poméranie , obligée de faire partie des possessions prussiennes de l'ordre Teutonique.

'En 1^.16, les chevaliers Teutons mus par cet esprit d'anîbilion qui abandonne rarement ceux qui ont la puissance eu main , foulèrent aux pieds les traités faits avec la Pologne et se portèrent en armes dans ses provinces , dans l'espoir d'ajouter de nouvelles conquêtes à celles qu'ils avaient faites sur ce pays. Celte injuste agression fut repoussée courageusement par les Polonais et les chevaliers ne retirèrent de leur expédition d'autre fruit que la ruine complette de leurs états. Le délabrement de leurs finances était devenu tel que pour les rétablir , ils sur- «hargèrent leurs sujets d'impositions exorbi-

(5) i.u>tes qui excitèrent promptement un mécontentement général. Ces exactions ruineuses devinrent pour les Dantzickois et les habitans de )a petite Poméranie , un prétexte pour secouer le joug de l'ordre Teutonique. Ils levèrent l'étendard de la révolte contre leurs oppresseurs , et craignant de ne point être assez forts pour résister seuls à la vengeance des chevaliers , ils implorèrent, en i454> la protection de la Pologne et sollicitèrent l'incorporation de leur territoire à celui du royaume. Cette proposition des Dantzickois et des Poméraniens fut acceptée avec empressement et devint l'origine d'une guerre qui dura douze ans entre les chevaliers de l'ordre Teutonique et les Rois de Pologne. Ceux-ci surent soutenir victorieusement leurs droits, et les chevaliers, vaincus dans toutes les rencontres, furent obligés par le traité conclu à Thorn , en 1466, de consentir à ee que la Prusse occidentale, la Poméranie mineure et la ville de Danlzick fissent désormais partie intégrale des états de Pologne.

La ville de Dantzick resta longtemps heureuse et florissante , sous la domination bienfaisante des Rois Polonais. En effet ces derniers monarques la comblèrent de prérogatives et de privilèges , l'affranchirent de tous tributs onéreux , reconnurent son indépendance civile , lui donnèrent le droit d'entretenir des troupes pour sa

défense et celui de se gouverner d'après ses lois, ses intérêts et ses usages. Mais le royaume de Pologne étant devenu électif, en i5j2f elle se vit elle-même en proie à toutes les factions et les bouleversemens qui étaient la suite de ce genre de gouvernement. Dès la première élection , qui eut lieu , en îSjo, les votes de la diète se trouvèrent partagés entre le duc d'Anjou qui monta depuis sur le trône de France , sous le nom de Henri III et l'archiduc d'Autriche. La ville de Dantzick s'était déclarée hautement pour le priuce Autrichien ; mais le duc d'Anjou resta tFop peu de temps sur le trône (1) pour tirer vengeance du refusquelesDanfzickois iirent de le reconnaître. Dans la nouvel le élection qui eut lieu après le retour du duc d'Anjou en France , les polonais élurent encore deux rois , l'empereur Maximilien II , et Etienne Bathory , prince de Transylvanie. Dantzick se déclara encore en faveur du premier , dont le parti était le moins nombreux. Sommée, en \5j6 , de reconnaître Etienne et d*ahaudonner Maximilien , la ville de Dantzick y qu'entouraient des forces considérables , répondit qu'elle y consentirait à condition qu'on lui donnerait la faculté de présenter les.

(1) rî^nr' , anrAs cinq mois de règne, abandonna la couronne *le Pologne j'our venir prendre celle de France , restée vacante par la mort prématurée de son frère Charles

(7) motifs du refus qu'elle avait fait jusqu'alors et surtout qu'on rétablirait ses droits et privilèges dans toute leur intégrité. Celle demande de la part de Dantzick fut considérée comme une révolte ouverte contre l'autorité légitime , et Etienne ordonna d'employer la force pour soumettre les rebelles. Les Polonais du parti de Baihorv se mirent donc en devoir d'assiéger Dantzick.

Cette ville avait dès cette époque des fortifications considérables ; car exposée aux incursions continuelles de ses voisins , elle avait eu soin d'employer ce moyen de se metlre à l'abri de leurs insultes. Prévoyant que les guerres civiles seraient fréquentes , depuis que le royaume dont elle faisait partie était devenu électif, elle redoubla d'efforts pour accroître ses moyeus de défense , et t dès l'année i5j2, elle fit venir d'Allemague et de Hollande des ingénieurs , qu'elle chargea d'accroître ses fortifications et de faire les ouvrages nécessaires pour inonder une partie de ses approches. Dantzick se trouvait donc dans un état de défensive respectable lorsque les troupes d'Etienne Bathory en formèrent le siège». Cependant malgré sa résistance prolongée , son ennemi, ayant employé pour la soumettre la méthode déjà connue du bombardement , elle fut obligée de subir la loi du vainqueur et de se rendre à

(8) discrétion : Etienne exigea que les Dantzictois lui prélassent serment de fidélité , après avoir imploré leur pardon , imposa sur leur port un tribut considérable , se fit donner cent mille écus à titre de dédommagement et vingt mille autres écus pour la réparation de l'abbaye d'Oliva qu'ils avaient ruinée. Tel fut le premier siège que la ville de Dantzick ait eu à soutenir; uous allons parler du second.

Après de longues et continuelles vicissitudes, au milieu desquelles les Dantzickois , profitant de l'excellence de leur position , enrichirent et agrandirent cependant leur cité , Dantzick se vit encore une fois exposée aux horreurs d un siège. Auguste II Roi de Pologne était mort , et Stanislas Lcczinscki , chéri des Polonais , dont il avait déjà été Roi, et protégé par la Prusse , fut élu pour sou successeur à une grande majorité de voix. Mais il était de la destinée de ce malheureux Prince de ne point jouir de la couronne que la libre reconnaissance des peuples décernait à ses vertus. Les deux cours impériales de Tienne et de Saint-Pétersbourg qui s'étaient hautement opposées à son élection , ne voulurent point eu avoir le démenti et surent si bien intriguer que trois semaines après la nomination de Stanislas , une faction qu'elles entretenaient en Pologne , élut l'électeur de Saxe , sous le nom d'Auguste 111. Afin de

soutenir par la force cette nomination illégitime, le nouveau Roi leva des troupes et attaqua Leczinscki du côté de la Saxe , tandis que les Russes envahissaient la Pologne de leur cote. Stanislas doué de toutes les vertus qui font les bons Rois , manquait totalement des qualités guerrières qui font les grands monarques 5 aussi malgré le fidèle attachement des nobles Polonais pour sa personne , fut-il vaincu et obligé de s'enfuir presque seul pour sauver sa tête mise à prix.

La ville de Danlzick qui reconnaissait presque seule encore son pouvoir , offrit généreusement un asile au monarque fugitif et ne craignit point par cet acte de magnanimité d'attirer sur elle la vengeance des vainqueurs. Eu effet les Russes et les Saxons ne surent pas plutôt que Stanislas suivi de quelques nobles Polonais, s'était réfugié dans Dantzick , qu'ils coururent l'y assiéger. Le fameux comte de Munich était à la tête des troupes confédérées et c'est sous ses ordres que la tranchée fut ouverte , au commencement de mars 1784.

L'Europe entière avait les yeux ouverts sur cet événement 5 on ne concevait pas comment Louis XV gendre de Stanislas , ne prenait point ouvertement sa défense et semblait lâchement l'abandonner à sa mauvaise fortune. L'étonneincnt augmenta encore lorqu'on apprit que ce

I 10 ) monarque se contentait d'envoyer, par mer, à son Keau -père, un secours de 1 5oo hommes commandés par un brigadier. Des murmures se firent entendre de toutes parts , et en France même, on blâmait hautement la coupable indifl.ri'iice du Roi. Cependant les i5oo Français étaient arrivés en vue de Dantzick. Le brigadier qui les commandait instruit du nombre des assiège ans, s'imagina que sa commission n'était point sérieuse et ne voulant point, sacrifier iuutilement ses soldats , alla relâcher en Danemarck. Un Français qui se trouvait dans ce royaume , allait montrer plus de courage et de générosité que le brigadier et que le Roi de France lui-même.

Le comte de Plclo , ambassadeur de France auprès du Roi de Danemarck vit avec indignation cette retraite qu'il regardait comme une lâcheté et une honte. Il prit donc la résolution de soutenir le Roi Stanislas à Dantzick ou d'y périr avec sa petite troupe. Plelo part avec les i5oo Français pour attaquer 3o mille Russes et Saxons,, arrive dans la rade de Dantzick , débarque , s'avance sur trois colonnes vers les retranchemens ennemis, arrache les palissades , force les barrières et est sur le point d'entrer dans la ville Cependant les Russes résistaient avec courage. Un grenadier de cette nation , étonné de la bravoure des Français , met en joue le comte de Plelo et ose lui dire qu'il va l'étendre mort,.

s'il continue à vouloir mener inutilement tant Ue braves gcnsàla boucherie. Pour toute réponse, Plelo lui passe son épée au travers du corps et poursuit sa marche. Le domle et ses grenadiers redoublent d'efforts : ils étaient sur le point de forcer la ligne lorsque le brave Plelo tombe mort, percé de mille coups. Ses soldats animés par son intrépidité se retranchent , fortifient leur camp, y soutiennent , pendant un mois, un siège et des combats continuels et ne se rendent qu'au moment d'être forcés.

Toutefois ces braves n'avaient point consenti à mettre bas les armes , avant d'avoir obtenu une capitulation honorable. Le comte de Munich avait promis de les. faire conduire dans un port de la Baltique , où ils pourraient s'embarquer pour la France 5 mais par une perfidie bien digne des soldats barbares qu'il commandait , le comte de Munich prétendit que la capitulation n'ayant point spécifié dans quel port de la Baltique , il devait les faire conduire , il avait le droit de les diriger sur Saint-Pétersbourg, qui est aussi un port de la mer Baltique. Cette odieuse et misérable interprétation d'une capitulation solennelle , devint pour les Français qui en furent la victime , une source inépuisable de dégoûts et d'humiliations. Déclarés prisonniers de guerre par une violation manifeste du droit des gens , Us furent promenés pendant

plusieurs jours dans les rues de Saint-Pétersbourg et exposés aux regards ébahis des Russes, par l'ordre exprès de l'Impératrice Annetmi, d'après les principes d'ambition adoptés en Russie, depuis le Czar Pierre 1er., était bien aise d'habîluer ses sujets à l'idée que les Européens du midi , malgré tous leurs arts , n'étaient pas invincibles. L'histoire ne nous apprend pas ce que sont devenus ces i5oo Français. Son silence à cet égard nous laisse à penser qu'ds ont péri misérablement dans ce climat barbare , et regrettant à leur dernière heure le doux ciel de leur patrie. (1)

Privé des secours qu'il avait droit d'attendre

(i)Nous n'ayons pu nous refuserau plaisir de rapporter, dans tous ses détails, l'histoire des 1 5oo braves que la Cour <le Fiance n'avait pas rougi d'envoyer au malheureux Stanislas. Ces braves étaient aussi des Français , et si'le souvenir de leur généreux dévouement était resté dans la mémoire des Dantzickois , ceux-ci durent trembler, lorsqu'ils se virent assiégés, en 1807, par une armée d» Français.

Nous prendrons occasion de ce récit, pour faire remarquer dans quel excès l'esprit de parti peut faire tomber des écrivains, d'ailleurs judicieux. Entraîné par son engouement pour la R.ussie, Voltaire, rapportant une partie des faits que nous venons de signaler, s'efforce d'excuser les Russes, et va jusqu'à vouloir prouver que les traitejnens ignominieux que les i5oo Français essuyèrent à Saint-Pétersbourg, lurent autant de marques d'honneur et de témoignages d'estime de la part d'une nation qui no «avait pas même encore ce que c'était que l'honneur. Voilà pourtant comment tant d'écrivains français, qui ont pris à tâche de vanter la Russie , ont préparé , sans s'en douter, l'asservissement de l'Europe et peut-être de leur patrie!

de son gendre , le Roi Stanislas ne voulut pa* rester plus longtemps pour la ville de Dantzick, une cause de ruine et de destruction. Voyant les maisons de celte cité fidèle à moitié consumées par le bombardement des Russes , et craignant , si elle était prise d'assaut , de tomber entre les mains de ses plus cruels ennemis, Leczinscki qui avait été deux fois Roi de Pologne se déguisa en matelot et ce u'est qu'à l'aide de ce travestissement qu'il parvint à s'échapper, presque seul, en traversant les positions ennemies , au milieu des plus grands dangers. Cependant l'évasion du Roi ne ralentit pas le zèle des Dantzickois. Ils se défendirent longtemps encore avec courage et ne consentirent à capituler, le 9 juillet 1781, que lorsqu'il ne leur resta plus aucun moyen de résistance. Auguste III en faisant son entrée dans la ville, et voyant son état de délabrement , put facilement se convaincre combien il en coûl<î aux peuples pour recevoir des Rois malgré eux. Dantzick obligée de se soumettre au Roi qu'elle ne voulait pas , conserva néanmoins ses privilèges et tous les droits qui lui avaient été accordés par les différens souverains de Pologne. Elle survécut même au démembrement immoral de ce malheureux pays, en 1773 , et continua d'appartenir à cette partie de la Pologne que lu Russie , l'Autriche et la Prusse n'avaient pas encore osé s'approprier. Mais la richesse de ecttj

ville et la commodité de son port étaient pour cette dernière puissance autant de motifs pour ambitionner sa possession. N'osant point s'erwcmparer de force , le Roi de Prusse s'efforça d'amener sa soumission volontaire , en gênant son commerce , établissant des droits sur la Vistule et sur toute les côtes de la mer , et surtout en favorisant , à son détriment , le commerce des villes voisines. Cependant , tel était l'attachement des Dantzickois pour la Pologne, et surtout leur amour pour l'indépendance dont ils avaient toujours joui sous la domination Polonaise", qu'ils aimèrent mieux supporter toutes les privations que de se soumettre à la Prusse.

Enfin, eu 1792,, au moment où le partage définitif des états de Pologne allait être fixé entre les anciens copartageans , la Prusse obtint de la Russie et de l' Autriche l'autorisation d'cmplover la force des armes , pour s'emparer de Dantzick. C'était , disait-elle , un faible dédommagement de tous les efforts que faisait son peuple pour soutenir la guerre contre la France. Dantzick éprouva donc le sort des états riches et faibles j elle devint la monnaie avec laquelle les puissances du nord s'acquittèrent de leurs obligations envers la maison de Brandebourg. Le général Prussien de Blomer en forma le blocus exact, le 8 mais 1 7^)3, puis somma la ville de reconnaître la doiu1 nation Prussienne , sous peine d'exécution militaire*

Le peuple Dantaickois n'écoutant que sa haine contre les Prussiens , voulait se défendre en désespéré. Mais les Yœux du peuple , si rarement consultés par les hommes puissaus , furent vivement repoussés par les habitans riches qui craignaient d'opérer leur ruine , en résislant aux Prussiens, et dont un grand nombre était d'ailleurs gagné d'avance par les promesses flatteuses du Roi. Le sacrifice de la liberté parut moins pénible que celui de la richesse, et par un acte que, sans doute , il n'avait pas le droit de consentir , le sénat livra la ville et son territoire au Roi de Prusse ', mais retenu par une dernière honte, il stipula pour que les forts fussent livrés secrètement. Cette réserve faillit devenir funeste aux Prussiens et aux riches Dantzickois eux-mêmes. En effet le 5 avril , les Prussiens , suivant la convention , se mettaient secrètement en possession des lieux fortifiés. Quelques hommes du peuple qui s'aperçurent de leurs mouvemens , s'imaginèrent qu'ils cherchaient à surprendre la la ville et crièrent aussitôt aux armes. Au même moment toute la population de Dantzickse trouve rassemblée ; les soldats eux- mêmes se révoltent contre leurs officiers qui voulaient les retenir. Le peuple se précipite en foule et tire sur les Prussiens. Un autre rassemblement s'étant emparé des batteries , placées sur les hauteurs du Cavalier, les dirige sur le faubourg de Neu-

( >6) garten , habitation ordinaire des riches Dautzickois. La guerre civile avec tontes ses horreurs y allait e'claler dans cette malheureuse cité , si les Prussiens, déjà maîtres des forts principaux du Hagelsberg et du Bischoftberg , n'eussent dissipé les rassemblemens , en braquant sur eux leurs canons. Le peuple fut donc obligé de se soumettre tout en criant à la trahison ; et de ce moment la ville de Dantzick devint une annexe de ce royaume de Prusse , formé depuis deux siècles, d'une suite non interrompue d'usurpations et d'injustes envahissemens. La chute de Dantzick devenait le signal de la ruine totale du royaume aatique de la Pologne (1).

Dantzick en perdant ainsi sa liberté, recouvra promptement cette opulence qui , dans nos cités

(1) Il n'est point d'événement qui ait excité autant de réclamations que cette infâme radiation d'un peuple tout entier sur la carte du monde; mais, que peuveut les réclamations des écrivains philosophes et des moralistes , contre les éternelles usurpations des princes de la terre! La Pologne, dont le démembrement avait commencé, en 1773 , se vit entièrement partagée, en 1794 » apiès cette lutte généreuse ,où le célèbre et malheureux Kosciusko se couvrit de toutes les gloires de la vertu et du patriotisme. Exemple mémorable des contradictions qci se rencontrent dans les conseils des rois! La Pologne était ainsi partagée , et se voyait enlevée à son souverain légitime au moment même où les princes étaient tous en armes et répandaient des flots de sang humain pour forcer une nation républicaine à rentrer sous la domination d'un monarque qu'ils disaient aussi être le seul légitime. Il n< us semble qu'il est difficile de mieux prouver que les cois ne reconnaissent de légitimes que leurs seuls intérêts.

( '7) modernes j semblent tenir lien de tout'. Le commerce encouragé par la Pru-se reprit un immense développement et son port devint de nouveau l'entrepôt généra! on venaient se rendre les marchandises et les productions du nord ou tin midi de l'Europe. Quelques bons esprils gémissaient encore d'avoir élé obligés d'accepter la domination despotique et militaire de la Prusse. Pinsien rs mouvemens insurrectionnels eurent même lien dans les momens qui suivirent la prise de possession. Mais tous les efforts des Danlzi.kois pour briser les chaînes de leur esclavage, forent facilement comprimés par les Prussiens, à la disposition desquels se trouvaient tons les reports delà puissance et qui pouvaient traiter les habitans eu sujets vaincus. Car l'imprévoyance ou plutôt la lâcheté du Sénat, eu traitant avec le Roi, avait été telle qu il n'avait fait aucune stipulatiou pour la conservation des prérogatives et des privilèges dont jouissait autrefois !a ville. Telle est l'histoire abrégée de la ville de Dantziek , et telle était sa situation poliliqeè au moment où la Prusse se mit en tète de déclarer la guerre à la France. Nous allons maintenant entrer dans quelques détails sur sa statistique et dire quels fuient les préparatifs des Prussien.? pour la défendre et des Français pour l'attaquer.

Siège de Dantziek. a

STATISTIQUE de la ville de Dantzick. Commencement du siège par les Français.

Nous avons déjà dit que la ville de Dantzick est située sur la ruer Baltique , à l'embouchure de la Yistule. Elle est traversée du sud au nord par la rivière appelée la DIolteau. Cette rivière qui va se jeter dans la Yistule , à la queue dos glacis de la ville , sert de canal de communication pour les bàlimcns marchands qui arrivent à Dantzick et qui en partent. Un bras de cette rivière forme une île que les habitans nomment Speicherstadt. Nous verrons plus bas que la Molteau est très-utile à la défense de la ville, en ce qu'elle entretient le système d'inondation créé autour de son enceinte.

Dantzick est sous le 54e. degré de latitude nord et le 27e. de longitude. Le baromètre y est extrêmement variable. Le thermomètre de Uéaumur s'élève ordinairement de 20 à 22 degrés peudanl l'été j on l'a vu monter jusqu'à 26, mais très-rarement. En hiver , le froid est habituellement de 1 8 à 20 degrés au-dessous de zéro 5 on le voit assez souvent descendre jusqu'à 24.

Ces indications suffisent pour démontrer que le climat doit y être extrêmement rigoureux l'hiver. La situation de la ville , dans un terrain bas et presque en entier marécageux , en rend le séjour

\rès-mal sain pendant l'été. Là peste s'y est manifestée plusieurs fois, et un auteur Danlzickois, xlont nous avons l'ouvrage sous les yeux, prétend qu'en 1700 , cet affreux fléau enleva plus de treute-deux mille habitans. Cette assertion nous paraît très-exagérée > aussi nous gardons-nous bien de l'affirmer.

On remarque à Dantzick tous les édifices qui se rencontrent ordinairement tlans les villes grandes et riches. Cependant, l'aspect général en est triste 5 car les rues y sont étroites, et les maisons bâties lourdement, dans l'ancien goût gothique. Mais autant l'intérieur est désagréable , autant les dehors sont délicieux et romantiques. Il est peu de cités en Europe qui présentent dans leurs entours des paysages aussi riches et aussi variés. Tous les voyageurs se sont comme euteudus pour admirer et célébrer la beauté pittoresque des environs de Dantzick. D'un côté, disent-ils, on croit voir la Hollande en miniature , et de l'autre, un abrégé des vallées des Alpes. A chaque pas, enfin j on trouve des sites qui semblent retracer aux veux de l'observateur les beaux pavsages de l'Italie. Quel dommage que la nature n'ait pas mis le climat de Dantzick en harmonie avec une position aussi heureuse ! Les Daniziekois ne jouissent de leurs maguifiques environs que pendant deux ou trois mois de l'année.

S'il est vrai que la peste de 1700 ait fait périr à

( «O Dantzick plus de trente-deux mille individus , il est probable que la population de cette ville éi;it plus considérable qu'en 1807, époque où les Français l'assiégèrent. Celle différence, au reste, ne nous étonnerait pas. Car, en 1700., Danlzick jouissait encore de toute la plénitude de sa liberté politique , el l'expérience a prouvé depuis long-temps que les peuples qui sont libres, ont une population bien plus nombreuse que lorsqu'ils sont courbés sous les chaînes de la servitude. Quoiqu'il en soit, Danlzick, au moment où elle fut assiégée par les Français , ne comptait plus que quarante-quatre mille cinq cent onze habilans , parmi lesquels ou trouvait quarante-trois mille deux cent soixante-sept luthériens, calvinistes et catholiques, quatre cent cinquante-huit anabaptistes , et sept cent quatrevingt-six juifs.

Toute celte population tirait son existence du commerce qui, diminué considérablement, ainsi que nous l'avons dit, depuis le premier démembrement de la Pologne, était devenu florissant depuis que, possédée par la Prusse, Danlzick avait été délivrée de toutes les cnh'aves que cette puissance avait mises sur sa navigation. Sa marine marchande, en J807, consistait en qualrcvingt quinze bàlimehs de différentes grandeurs appartenant à des particuliers.

Peu confiante dans les dispositions des habilans

fat )

à son égard, la covir Je Prusse entretenait a Dantzick une garnison nombreuse, toujours prête à s'opposera tout mouvement suspect. Le général de cavalerie comte de Kalkreuth , l'un des guerriers les plus distingués. de la Prusse , et peut-être son plus habile capitaine, avait été long-temps gouverneur de la ville, et tel est toujours l'inévitable empire de la vertu sur tous les cœurs, que ce vieux général avait réussi à se luire aimer des Dantzickois , et serait peut-être parvenu à étouffer chez eux le souvenir de leur ancienne indépendance, si jamais un peuple, à moins de tomber dans l'abrutissement , pouvait oublier qu'il a été libre. Toutefois, pendant le commandement de ce respectable vétéran des armées prussiennes, la tranquillité la plus parfaite régna dans Danizick , et si les kabitans ne se croyaient pas heureux, ils paraissaient au moins résignés* La douceur et l'affabilité du comte de Ralkreulh faisaient supporter la domination étrangère, et on aurait cru manquer à un bienfaiteur, et se montrer coupable d'ingratitude si l'on eût forcé le gouverneur à sortir de sou caractère et à employer les voies de la rigueur.

Mais lorsqu'on 1806, le roi de Prusse, décidé à la guerre , eut rappelé le comte dans ses conseils , le véritable esprit des babitaus ne tarda point à se manifester. Le général Kalkreuth avait été remplacé par le général de Manstein, homme aussi dur et aussi fier, que le

premier était bon, affable et humain. Pénétré des principes <lu grand Frédéric, et les suivant servilement à la lettre , il s'était persuadé que pour maintenir la discipline , il fallait avoir un cœur de roc et un front d'airain. Tout ce que la sévérité militaire a de plus rigoureux lui sem-? blait encore trop doux , et ses punitions ordinaires étaient la bastonnade et la fusillade. Manstein était secondé dans ses mesures despotiques par le major-général de la place Homberger , homme non moins dur que le gouverneur ; par le capitaine et major de place Hach, qui participait aux défauts des deux antres; enfin , par le lieute-; nant commandantdugénie de la place de Pullet, qui joignait aux vices des précédens celui d'une avarice sordide, à laquelle rien ne coûtait pour se satisfaire (i).

Il est facile d'imaginer qu'avec de tels hommes

(1) L'anecdote suivante fera çonnai're q.uelle était l'opinion des Prussiens eux-mêmes au suj^t de ce M. de Pullet. Nous la tirons d'une relation allemande du siège de Dantzick , imprimée sans nom d'auteur, àLeipsick, en 1808, chez Henri Graff. « Lorsque M. de Pullet , 5» dit l'auteur allemand , retournait à Berlin après la » reddition de Dantzick, un homme indépendant disait » en le voyant passer : Mon dieu , comme la fortune op vient dans ce monde! J'ai vu, il y a cinq ou six v ans , ce Monsieur venir sur un mauvais bidet de poste , » et le voilà qui retourne dans une bonne voiture à six •o chevaux , et suivi d'un charriot aussi à six chevaux ! » Dieu l'a béni, sans doute. » Cessons donc de nous étonner que les héros prussiens se soient montrés si avides de s'approprier le bien d'autrui en France , puisqu'ils se font si peu de scrupule de piller leurs propres concitoyen*.

les Dantzickois durent promptement regretter le comte de Kalkreuth. Ils éprouvèrent tant de vexations, et leur mécontentement devint tel, qu'oubliant la force de leurs tyrans, ils tentèrent de secouer le joug en se révoltant. Mais le terrible Mansteiu et ses trois lieutenans n'eurent besoin que de déployer leurs moyens pour réfréner ce dernier élan vers la liberté. Les Dantzickois , remis dans les fers, ne retirèrent d'autre fruit de leur résistance, que de voir aggraver leurs peines. Déjà la nouvelle du désastre de J.éna était parvenue à Dantzick, et la rage des généraux prussiens s'en était accrue. Pressés par le gouvernement d'employer la plus grande promptitude pour mettre la ville de Dantzick dans le meilleur état de défense possible, ils accablèrent de vexations les malheureux habitans, et bientôt les forcèrent de travailler euxmêmes à la destruction de leurs propriétés.

Afin d'augmenter la garnison déjà très-nombreuse qu'il avait sous ses ordres , le gouverneur Manstein déclara la levée et i'enregimentement de tous les habitans de la ville et des campagnes , eu état de porter les armes. Les Dantzickois reçurent l'ordre de s'approvisionner pour six mois» Tous ceux qui ne faisaient point partie de la levée furent en outre mis en réquisition pour la confection des munitions de tout genre et des travaux nécessaires pour réparer ou augmenter

les forliôcalious existantes, Le commandant du génie de Pullet décida qu'il serait forme autour do la ville une double enceinte de palissades. Jour et nuit les lia ni; an s se virent obligés de fabriquer les pienx qui devaient les former, el à cet effet le gouverneur ordonna l'abattage de tons Us arbres dont les fosses étaient garnis , de tous ceux qui couvraient les charmantes promenades qui entourent Danlzick, et enfin de tous ceux qui se trouvaient sur les places, et dans plusieurs des rues mêmes de la ville (a). On fait monter à plus de cent nulle le nombre des pieux destinés à fermer ers palissades*

Bientôt le bruit se répandit que l'armée française approchait , cl L'arrivée du roi de Prusse à Krcnisberg ayant confirmé celte nouvelle , le général Manslein voyantque Danlzick était menacé d'un prochain siège, ordonna la destruction des faubourgs de la ville. On commença par celui de Nengarlen , le plus beau de tous , le plus sain , el situé dans une position ravissante. Les plus riches Daulzickois v avaient leurs habitations , et ôes valeurs immenses en meubles el en marchandises s'y trouvaient rassemblées. Il fallut

(1) Les Dantzickois portaient une sorte de vénération à re~> arbres séculaires , épargnés lors du siège de i?j4% L'auteur , que nous avons déjà cité , rapporte qu'un habitant fut si peiné de voir abattre ceux qui ombrageaient sa maison , qu'excité par une sorte de vertige ? il tira sur les travailleurs. Manstein le fit pendre.

que les habitans y missent eux-mêmes le feu ; et en peu d'heures , tout ce séjour du luxe , des plaisirs et de l'opulence , devint la proie des flammes. Des cris de douleur , d'effroi et de fureur s'élevaient de toute part vers le ciel. Ce spectacle horrible de la destruction frappait de terreur tous les assistans , et le désespoir des malheureux , ainsi restés sans asile , venait encore augmenter l'épouvante universelle.

Les faubourgs de Stolzcnbcrg et de Schetlland devaient aussi être incendiés. Le premier seul le fut dans le premier moment. LesDautziekois prétendent que le gouverneur Manstein avant reçu des habitans du dernier faubourg une forte somme avec une pièce de vers où on l'appelait le peré et le sauveur du peuple , avait (Sonné l'ordre de l'épargner. Mais ce ne fut pas pour longtemps et quelques jours avant l'investissement complet de la place , Schetlland aussi bien que les faubourgs Grand , Petershnigcn , Lansberg, et les villages de Sohillmulh , Solze, Holm, Legen s Braseu , M rende, etc., furent aussi livrés aux flammes. Il serait impossible d'évaluer les nehesr ses immenses qui furent ainsi consumées dans ces divers incendies. Les habitans en ont porté l'estimation à plus de 12 milions. Ces incendies avaient d'ailleurs l'avantage de démasquer le front des ouvrages de la place , de manière à en rendre l'accès et les reconnaissances très-

(a6) difficiles. Les Danlzickois étaient tous plongée dans le désespoir. Epuisés de fatigues, accablés de vexations et d'humiliations de toute espèee , iU maudissaient Mansteiu et soupiraient après \q retour du général Kalkreuth ; mais ils devaient souffrir longtemps encore avant de voir en cela leurs vœux exaucés.

Cependant les Français avaient poursuivi leur marche victorieuse et s'étaient portés avec la rapidité d'un torrent dans la Pologne à la rencontre de l'armée Russe , qui venait se joindre aux débris du roi de Prusse. Obligé de s'éloigner des places fortes qui tenaient encore, l'empereur avait ordonné la formation d'un dixième corps «l'armée , destiné à appuver ses derrières et en même temps à former l'inveslissement et le siège de ces places. Ce dixième corps, formé à Stetlia par le général \ictor, avait été mis sous le commandement en chef du maréchal Lefebvre. Il était composé de différentes troupes levées en Pologne par le général Dombrowski, du contingeni fourni par le grand duché de Bade , de celui de la Saxe alliée de la France, dcpuisTcnvahissemcnt de la Prusse et enfin de plusieurs corps Français. Mais lesdiversévcnemcns militaires qui suivirent l'entrée des Français en Pologne , empêchèrent longtemps le maréchal Lefebvre de s'occuper des sièges dont il avait d'abord été chargé. Obligé de combattre pour soutenir les mouvemens de la.

( *7 ) grande armée française , il se contenta de faire investir les forteresses de Colberg , de Graudentz, et la place de Dantzick , attendant que les victoires de l'empereur le missent enfin à même de former le siège en règle de cette dernière ville. La division Polonaise du général Dombrowski «'était seule approchée do Dantzick et avait pris position sur la rive gauche de la Vistule. Le général Menard qui commandait la division des troupes Badoises vint l'y joindre dans le courant de février et battit à son arrivée les troupes de \a garnison de Dantzick qui étaient sorties de Diischau à sa rencontre. Les deux corps s'établirent alors à Mewe , le général Dombrowski ayant sa droite appuyée à la Vistule et à sa gauche le général Menard. Dombrowski se voyant ainsi renforcé résolut d'attaquer les troupes damzickoises qui n'avaient cessé de l'inquiéter et qui occupaient des positions avantageuses à Diischau, Muhlbanck et Schonek. Le 2.2 février , le général polonais fit faire en conséquence , du côté de Gemblin , une reconnaissance commandée par }e colonel Dombrowski, son fils , et composée de son régiment de cavalerie , de deux pièces de çauon et de quatre compagnies de chasseurs.

Le 23 février au matin Dombrowski mit toutes ses troupes en mouvement pour l'expédition qu'il projetait et transmit au général Menard, l'ordre de faire occuper Schonek,, pac

|e détachement qu'il avait place' à Siarganî , de marcher liu-mème avec sa division par la roule •gui va de cette ville à Dirschau et de se porter ensuite à gauche pour couvrir la grande route Ue DaaizidL La division de droite, qui était directement sous ses ordres, prit le chemin qui S askawise passe par Zi izingen cl conduit à Dirschau sur la droite de la Yislale.

Les deux colonnes marchèrent à la même hauteur jusqu'à portée de eauou de la ville. Le général Menaxd lit alors avancer ses troupes res, commandées par le général Pulhod , à la rencontre d'une colonne ennemie qui se présentait pour soutenir les troupes dantzickoises établies dans Dirschau et prit position près de la ville.

Les Prussiens en élaien-l sortis et s'étaient portés en avant. L'avant-garde de la division dedroite , commandée par le général polonais Ivimoiewski , commença l'attaque. Elle fut si Iprusqne qu'elle culbuta l'ennemi et le força de rentrer dans le faubourg , malgré le feu très-actif de son artillerie et de son infanterie. Il s'y pos'.a très-avantageusement et se défendit avec vigueur jusqu'à ce que forcé de tonte part par les assailluns, il prit le parti de se retirer dans la ville , après avoir mis le feu aux maisons qu'il abandonnait.

Le commandant prussien avait rassemblé dans celle ville une force d'environ quinze cents hommes. Il retrancha la majeure partie de sen

(*9) monde dans une église et dans un cimetière qu'il avait eu la précaution de fortifier, et s'y défendît avec une opiniâtreté qu'augmentait encore l'espoir d'un prompt secours qui lui était promîi. Mais déjà les troupes du général Menard venaient de couper cette colonne de renfort. Attaques par une artillerie parfaitement servie , les Prussiens y répondirent non moins vigoureusement avec la leur ; mais malgré tous leurs efforts, les troupes badoises et polonaises forcèrent les Prussiens et s'emparèrent de la ville , sous une grêle de balles , de boulets et d'obus , au milieu dcà flammes d'un faubourg iucendié , à travers la mitraille qui partait des retranebemens de l'ennemi et de la fusillade qu'il dirigeait des toits et de toutes les fenêtres des maisons , devenues pour lui autant de retranchemens qu'il fallait emporter à la bayonnette.

Une partie de la troupe dantzickoise grimpa sur les murs de la ville et tenta de se sauver en passant de l'autre côté de la \istule $ mais la mort, que les vaincus fuyaient, les attendait dans le fleuve, dont les eaux n'étaient pas gelées àssei solidement pour pouvoir leur offrir un passage* Tout ce qui ne se nova pas dans la Vistule fut obligé de se rendre prisonnier. La ville de Dirscliau offrait un spectacle épouvantable ; ses rues et ses maisons étaient rouges de sang et jonchées des cadavres des Prussiens massacrés sans pitié

par les Polonais et les Hessois, que leur longue résistance avait irrités. Un major, huit capitaines, dix heutcuans , six cents soldats et trois pièces de canon restèrent entre les mains des vainqueurs.

Pendant que cette attaque glorieuse contre Dirschau avait lieu, le général Menard obleuait les mêmes avantages sur la colonne de secours dont son avaut-garde avait arrêté la marche ; elle était composée de deux mille hommes d'infanterie , soutenus par quatre escadrons et par quelques pièces d'artillerie. La résistance qu'elle opposa fut assez forte tant que les troupes de la ville purent tenir j mais dès qu'elles furent obligées de céder, le corps de secours, découragé par l'échec qu'elles éprouvaient sous ses veux, fut mis en déroute et fit sa retraite sur la ioute de Dantzick, en laissant , sur le champ de bataille > au moins huit cents hommes tués et soixante blessés, dont douze officiers*

Dans ces deux combats, les troupes polonaises et hessoises s'étaieut montrées les diimes rivales de celles de la France. Quels prodiges ne peut pas produire l'influence d'un grand homme ! Il semblait qu'en combattant dans les rangs des soldats de Napoléon , les troupes alliées avaient acquis le droit de partager les lauriers français. Les limites que nous nous sommes imposées nous empêchent de citer tous les traits de bravoure qui couvrirent de gloire les deux divi-

siens hessoise et polonaise. Qu'il nous soit au moins permis de citer les noms des généraux Nimoiewski , Puthod et Kosiuski j des colonels Donibrowski et Hauke , chef de l'état -major ; des princes Sulkowski et Mojelewski j du major Brunken , et des lientenans Charelot de l'aiiiîlerie, et Bergouzoni, adjoint à l'élat-major, qui tous se distinguèrent en donnant à leurs troupes l'exemple de la valeur et de l'intrépidité (t).

Les Prussiens , épouvantés de la rapidité avec laquelle ils avaient été chassés de leurs positions, abandonnèrent précipitamment les abords de Danlzick et se replièrent sur la ville. Les vainqueurs s'établirent alors à Dirschau, àMuhlbanck et Schoneck , et occupèrent les hauteurs de Rosemberg. Le général Ménard, qui avait pris la droite, s'appuyait à la Yistule; le maréchal Lefebvre , que vint rejoindre son corps d'armée le 28 février, établit son quartier général à Dirs-

(1) Le général Dombrowski fit dans cette journée la dure expérience de deux sentimens également vifs t et dont l'impulsion l'entraînait en sens contraire. Le colonel, son fils, eut le bras fracassé en combattant bravement à ses côtés. Le père, malgré sa douleur, dut en ce moment céder à son devoir de général, et ce ne fut qu'à la fin du combat qu'il se permit de prendre connaissance de l'état de son fils. Lui - même avait reçu un coup de feu qui lui traversa la jambe. Son cheval avait été tué sous lui ; pour le remplacer, il saule sur celui du lieutenant chef de son état-major Hauke, et continue de donnes ses ordres avec le même sang froid que s'il n'eût pas été blessé , et qu'il n'eût pas vu son fils en danger.

(te)

chau , où il resta jusqu'au 9 mars , afin d'attendre les renforts qui lui étaient promis.

La retraite des Prussiens et leur retour pré< ipilé à Danlzick avaient répandu la terreur dans la ville et dans tous les villages qui l'environnent \ depuis qu'il devenait certain que Danizirkserait assiégé , le mécontentement des liuhitans avait encore augmenté. Le gouverneur de Manstein , pressé par la cour de Prusse de ne rieu épargner pour accroître les défenses de la place, devenait encore plus rigoureux et les malheureux Dautziekois , aussi bien «pic les habilans de la campagne, étaient accablés de corvées et de vexalions de toute espèce. La conduite des Prussiens c'ait devenue si insupportable , qu'un grand nombre des habitans de la campagne profilèrent de lu présence des Français pour s'iusurger contre les troupes de Manslein qu'ils chassèrent de chez eux et forcèrent de rentrer dans la ville. L'intérieur de Dantziek offrait l'aspect le plus triste et le plus lamentable \ le gouverneur avait poussé ses précautions vexaîoires jusqu'à défendre de s'entretenir en public et surtout d'annoncer des nouvelles. Une foule de citoyens faisaient des vœux pour que les Frauçais s'emparassent promplcment de la ville.

De telles dispositions étaient trop favorables aux projets du maréchal Lefebvre pour que celuiei ne s'empressât pas d'en profiter. Il fit occuper

avec soin tous les villages dont les habitans avaient chassé les Prussiens , et quoique le dixième corps fût loin encore d'être complet, il manœuvra pour passer en avant et occuper successivement les approches de Dantzick. L'ile deNogat, Furstenwerder , Kœsensmarck , Munchengrebin , Rostau et Halsberg furent enlevés aux Prussiens, après plusieurs petits combats où les Français gardèrent toujours l'avantage. Le maréchal Lefebvre établit son quartier général le ] o à Rosemberg. Les Français étaient reçus presque partout comme des libérateurs.

Pendant que le maréchal Lefebvre gagnait ainsi du terrain , une partie des troupes qui devaient composer son corps d'armée opéraient leur jonction , et le parc d'artillerie commençait à se rassembler. Le 12, mars, le maréchal se crut assez fort pour marcher encore en avant, et les troupes prussiennes s'éiaut retirées à son approche , il distribua les siennes dans les positions suivantes :

Le premier bataillon d'infanterie légère française à Orhra , un bataillon saxon à Saint-Albrechtz , deux autres bataillons saxons à Eorgfeldt, et deux autres à Tiffensée et Kemlade; la division polonaise occupa Schonfeld , Kowat , Lankorin ; la division badoise , Vonnenberg , S< hedelkau , Neukacd , Michau ; la légion du Nord fut placée à Pitzkendorf et Langfurth; le Siège de Dantzick. 3

(54) premier bataillon polonais à Plemendorfet Weslinski ; les cuirassiers saxons à Guirschkens ; les chevau-légers, aussi Saxons, à St.-Albrechtz; le dix-neuvième régiment de chasseurs français à Borgfeld , et le vingt-troisième à Schedclkan ; les dragons et les hussards de Bade à Vonnenberg; les lanciers polonais à Langfurlh. Le front de cette position générale était en partie garanti par la rivière de Radanne. Le grand parc d'artillerie fut établi à Langnau. Le général Puthod , qui le commandait, fit retrancher la tête de ce faubourg et poussa ses avant-postes jusqu'à Schettland et Schell-Mùhl.

Le 16 mars, le maréchal Lefebvre fit attaquer le poste de Stolzemberg, qu'occupait un fort détachement prussien ; ce village fut emporté après une vigoureuse résistance, et les Prussiens, poursuivis la bayonnette aux reins jusqu'au faubourg de Scheidlitz , voulurent vainement essayer de le conserver. Repoussés avec perte , ils furent obligés de fuir en désordre, abandonnant le faubourg et deux pièces de canon. Le général Ménard qui commandait cette expédition se retrancha dans Scheidlitz par différentes coupures et se lia avec le général Puthod par les revers de Zigankerberg. Le général Gardaune,aux ordres duquel étaient les deux brigades Puthod et Ménard, établit son quartier général à Pitzikendorf. Le faubourg de Stolzemberg , occupé par les

Polonais, fut également fortifié par des coupures. Les Saxons, avec le troisième régiment d'infanterie légère , occupèrent les hauteurs de Jesuitell)£rg, le faubourg d'Orhra et les digues, qui, de Saint-Albrechtz , se dirigent Vers la Molteau. Le maréchal Lefebvre fit reposer ses troupes jusqu'au iq.

La veille, c'est-à-dire le 18 mars, avait été un grand jour pour les Danlzickois ; ils s'étaient vus débarrassés du gouverneur Manstein , et avaient reçu dans leurs murs celui qu'ils réclamaient depuis long-temps comme leur sauveur. Le comte de Kalkreuth , envoyé par le roi de Prusse, arrivait de Kœuisgberg par Pillau, accompagné seulement de quelques officiers J mais précédé par sa renommée. Le vénérable vieillard , aux acclamations d'alégresse et de joie qui l'accueillirent sur son passage , put se persuader combien son retour à Dantzick était désiré. Une foule immense de peuple , de tous les âges et de toutes les conditions, s'était précipité à sa rencontre, et le saluait du nom de père et de sauveur j plusieurs embrassaient ses genoux, caressaient son cheval , le regardaient avec attendrissement, et s'écriaient en chœur : Voilà notre père y il tu nous aider. Le noble vieillard était fort éinuj il saluait avec aménité ses connaissances, et appelait les Dantzickois ses chers amis; leur promettait que tout irait bien , et réclamait

èurtout leur confiance. Quel louchant spectacleque celui de ce guerrier en cheveux blancs , s'avançant parmi les Dantzickois , comme au milieu de ses enfans , et recevant avec la modestie du vrai mérite , les hommages rendus à ses vertus ! Le maréchal Lefebvre allait donc trouver dans le comte de Kalkreuth un rival digne de lui. Les deux héros , en s'accqnittaut avec un zèle égal de leurs devoirs respectifs, devaient mettre le sceau à leur renommée , et acquérir des droits à leur commune estime.

La présence dn comte dans Dantzick avait plus fait pour la confiance des habitans et de la garnison, que l'arrivée d'un renfort de dix .mille honimes. Au mécontentement générai <jui avait aigri tous les esprits , succéda rapidement une tranquillité universelle , et la certitude d'être gouvernés doucement, rendit aux Prussiens tous les secours qu'ils pouvaient tirer d'une ville aussi populeuse que Dantzick. La conduite du comte de Kalkreuth fut aussi diamétralement opposée à celle de sou prédécesseur. Les Dantzickois trouvèrent auprès de lui juslice et sensibilité. Les soldats, au lieu de la fusillade et de la schzlague, furent traités en hommes, et reçurent tous les adoucissemens que les circonstances pouvaient permettre. Aussi les bourgeois, certains désormais de ne plus être sujets aux vexations dont Manstein les avait fatigués , s'offrirent

eux - mêmes pour contribuer aux travaux de Is place et former des bataillons qui pussent soulager la ligue dans son service. En un mot, le comte de Kalkreuth fit plus pour la défense de .Dantziok , en dix jours, que son prédécesseur n'avait fait pendant un mois, avec son régime de terreur et de fierté. Exemple remarquable , qui devrait bien apprendre aux maîtres de la terre a connaître mieux les hommes entre 1er mains desquels ils remettent leurs pouvoirs.

Cependant, le surlendemain même de son arrivée, le comte de Kalkreuth eut- la douleur de se voir enlever un des postes les plus imporlaus de ceux qui entouraient la ville de Dantzickj L'île de Nehring, grande langue de terre entre la mer , le golfe de Frisch-Hàff et la Vistule, était la seule communication qui restât encore, entre Dantzick et Kœuigsberg, par terre. Le général Kalkreuth était arrivé par la route qui longe cette langue de terre et s'étend depuis Bantzick jusqu'à Pillau. Bans la journée du 19, un renfort de troupes Russes et de Cosaques l'avait également suivie pour se rendre dans la place. Il était donc très- intéressant pour les Prussiens de conserver cette communication , et toutes les mesures avaient été prises pour la mettre à l'abri de toute attaque^ Une artillerie nombreuse y avait été placée, et légéuéral Rouquette ,; L'un des généraux les plus présomp-

tueux de la Prusse, s'il n'était pas l'un des plus braves, avait été chargé par l'ancien gouverneur de défendre l'île , et avait reçu à cet effet toutes les troupes nécessaires. Mais autant les Prussiens avaient d'intérêt à garder cette position , autant les Français mirent d'acharnement à s'en emparer.

Le maréchal pensait à cette expéditiou depuis longtemps ; mais les glaces que la Yislule charriait en abondance , l'avait fait remettre, parce qu'elles ôtaient l'espérance de pouvoir opérer aucun embarquement. Enfin le dégel qui surviul et une reconnaissance de la Vistule parfaitement exécutée par le colonel de Montmarié , premier aide de-camp du maréchal, avait décidé celui-ci à ne pas la retarder davantage. Le maréchal Lefebvre s'y était déterminé avec d'autant plus de raison qu'il n'ignorait pas que le général Kalkreuth et les renforts Russes étaient arrivés par cette voie. Afin donc de couper cette communication entre la ville assiégée et celle de Kœnisberg , il avait fixé l'attaque de l'île de Nehriug dans la nuit du 19 au 20 mars.

Lefebvre chargea de cette expédition importante le général de brigade Schramm , et pour cet effet ajouta deux mille cent-cinquante hommes d'iufanterie , cent-cinquante de cavalerie et six pièces d'artillerie , aux forces qu'il avait déjà sous ses ordres. Ces troupes de renfort

étaient composées d'un bataillon français du 2e; régiment d'infanterie légère , de deux bataillons saxons, d'un escadron du 19e. régiment des chasseurs à cheval et de cent-cinquante lanciers polonais. L'aide-de-camp Moutmarié, qui avait été chargé de faire tous les préparatifs nécessaires pour le débarquement , fut adjoint par le maréchal an général Schramm pour le seconder.

Le général Schramm divisa ses troupes en trois colonnes, dont il donna le commandement de la première au colonel du 2?. régiment d'infanterie légère Brayer (1) , de la seconde au colonel Vogel, et enfin de la troisième formant la réserve au colonel Montmarié (2,). Le Colonel Tholozé, avec un détachement de cinquante chasseurs et une pièce de canon de 3 , fut chargé de côtoyer la rive gauche du bras gauche de la Vistule , afin d'inquiéter l'ennemi et de prendre en flanc

(1) Brayer, l'on des plus braves soldats de l'armée française, n'avait dû son avancement qu'à son intrépidité. Long-temps major du ge. régiment de ligne, où il avait fait ses premières armes , il fut nommé colonel du 2e. d'infanterie légère, pour sa conduite brillante à ^'immortelle journée d'.Austerlrtz. Devenu depuis, et toujours à. la suite de grands services rendus à sa patrie ,. général de division, i! fut proscrit par l'ordonnanGe du 2-4juillet i8i5, parce qu'il avait retourné sous les drapeaux de son ancien bienfaiteur. Brayer , couvert d'honorables cicatrices, erre maintenant dans les pays étrangers.

(2) Aujourd'hui baron, maréchal de camp, grand officier de la légion d'Honneur, chevalier de Saint-Louis* *t lieutenant des Gardes-du-Corps du roL

tous les Prussiens qui chercheraient à se sauver par la digue de la rive droite de ce bras.

A quatre heures du matin , le 2,0 mars , le général Schramm fit embarquer en même-temps la presque totalité de son infanterie. La traversée était extrêmement difficile, car le bras du fleuve était très -large, et on n'avait que de très mauvaises barques , conduites par des bateliers du pays dont on n'était pas sûrs, et qui pouvaient s'épouvanter des décharges de l'ennemi posté sur l'autre rive. Cependant on réussit mieux encore qu'on ne l'avait espéré. L'embarquement s'était effectué au-dessous de Furstenverder avec tant d'ordre et de silence, qu'on arriva au rendez-vous avant même que les Prussiens s'en fussent aperçus. Schramm fit débarquer ses troupes à la pointe de l'île , à côté d'une digue qui la traverse et dont il fallait s'emparer à tout prix. De Lavergne , lieutenant dans le ae. régiment d'infanterie de ligne , s'élança le premier à terre, et suivi de quelques braves, marcha sans bésiter contre le poste qui gardait la digue. Les Prussiens surpris voulurent vainement se défendre ; ils sont égorgés ou faits prisonniers 3 mais le brave Lavergne paya de sa vie ce premier triomphe. Blessé grièvement par un coup de feu à la tète des siens, il mourut quelques jours après.

Pendant que la première colonne s'emparait ainsi de la digue , les deux autres s'étaient avan-

( 4i ) cées rapidement de la rive gauche du bras droit de la Vistule par Schenbrun et Prinlzloff jusqu'à Krag , où elles se séparèrent. La première se porta sur Nikehvald , afin d'attaquer l'ennemi s'il se retirait sur Dantzick ; la seconde se dirigea sur le lac de Frencnkalmin , où elle devait prendre position , sa droite appuyée au lac etsa gauche à la mer , afin d'observer le point de Pillau et de s'opposer également à ce que l'ennemi pût s'y retirer.

Le général Prussien Rouquette avait été tellement déconcerté de la brusque apparition des Français qu'il avait comme perdu la tête , et négligé tous ses moyens de résistance. Cependant se voyant attaqué par la colonne du colonel Vogel , dans son quartier général de Nikelwald , il tenta, mais vainement, de se défendre. La première colonne qui s'était emparée de la digue accourut à l'appui de Yogel , et par une attaque vigoureuse à la bayonnette , obligea le fier Rouquette de prendre la fuite. Couvert par son artillerie , Rouquette s'était rallié entre Yordeln et Bohusack et voulut y soutenir un nouveau combat qui n'eut pas plus de succès que le premier. Il fut repoussé avec tant de vivacité que, pour échapper à la rage des Français, il se jeta dans les Dunes entre Newfahr et Jonskrag, où fort heureusement il reçut un renfort de cavalerie et de six cents Cosaques que lui envoyait le gé-

( fj)

nt'ial Kalkrcuïli. Ces troupes de secours rétablirent un moment le combat à l'avantage des Prussiens , et d'autant mieux que les Français n'avaient qu'une seule pièce de canon pour répondre à leur nombreuse artillerie. Les Cosaques avaient déjà enveloppé la faible cavalerie française, lorsque le général Scnramm ordonna aux carabiniers du 2e. bataillon du 4e* régimept d'infanterie légère de s'avancer pour la délivrer. A la vue de ces braves troupes d'élite qui se portaient contre eux, l'arme au bras, les Cosaques s'effrayèrent et prirent la fuite au grand galop de leurs chevaux. Cette lâcheté jeta le désordre parmi les Prussiens qui se voyant abandonnés , évacuèrent leur position et se retirèrent sous l<fc canon du fort de Weichselniunde*

Il était sept heures du soir , les troupes qui avaient passé la nuit , qui étaieut en mouvement depuis quatre heures du matin, et avaient combattu tout le jour , étaient harassées de fatigue et se préparaient à goûter quelque repos , lorsque le bruit du canou annonça que Fennemi s'était ravisé. En effet ? quatre mille hommes sortis de Danlzick , et précédés d'une artillerie formidable , avaient rallié les troupes de Kouquette et s'avançaient pour reprendre l'île de Nehrmg. L'aspect des Prussiens ranima l'audace des Français ; ils s'ébranlent pour recommencer le combat $ mais l'ennemi n'osa point poursuivre

son entreprise , il se contenta d'engager une vive canonnade à laquelle le général Schramm , qui avait enfin réuni ses six pièces de canon , répondit victorieusement, puisqu'après trois quarts d'heure de décharges réciproques , les Prussiens se retirèrent. Celle journée valut aux Français la possession de l'île de Nehring , six cents prisonniers , une pièce de canon et un caisson. Les Prussiens avaient perdu plus de trois cents des leurs tués ou hlessés grièvement. La perte tolale des vainqueurs ne montait pas à plus de cinquante hommes (1).

Le maréchal Lefebvre prit aussitôt toutes les précautions nécessaires pour assurer sa conquête. tll fit établir un pont sur le bras de la Vistule et construire divers ouvrages propres à arrêter les tentatives de l'ennemi du côté de Dantzick , tandis que d'autres devaient s'opposer à tout ce qui viendrait du côté de Pillau. Le général de brigade Kirgener , qui commandait le génie en l'absence du général Chasseloup - Laub# , fut euvoyé à la pointe de l'île pour faire une recon-

(i) Les Fiançais et les Alliés avaient riva'isé de bra- •vure et d'intrépidité pendant cette pénible; expédition. Le maréchal, dans son rapport , recommandait spécialement à l'empereur le généra! Schramm , les colonels Braver, Vogel , Montmarié et llebowski $ le capitaine Frasgnand , l'adjudanl-major Gudin , le major Lanone, le lieutenant en second Lebrun, le capitaine du génie Girod, qui avait dirigé l'embarquement, et l'infortuné lieutenant Lavergne, b:essé mortellement ptesqu'en abordant.

naissance sur Pîllau et désigner ce qui restait a faire pour être en sûreté de ce côté (1).

Une expédition non moins essentielle à faire «pie celle de Nchring , c'était d'attaquer les reirauclicmens que les Prussiens avaient sur la rive gauche de la basse Vistnle. Cette opération eût privé Dantzick de toute communication avec la mer, de même que la prise de Nehring lui interceptait celles | ar terre j mais le maréchal était loin d'avoir assez de troupes et surtout d'artillerie pour tenter une telle entreprise. Il avait encore a peine sept à huit mille hommes autour de Dantzick , et ce faihle noyau était insuffisant pour garder tous les postes dont on s'était déjà emparé.

Cependant le comte de Raîkrculh qui n'ignorait pas la faiblesse de ses adversaires et qui voulait tirer parti de sa supériorité , avait résolu

(i) La perte de l'ile de Nehring couvi.it de honte le général Rouquelte, et le rendit odieux à Cous ceux de sa nation. L'auteur allemand, que nous avons déjà cité , rapporte que, rentré à Dantzick, ce même Rouquetle montait souvent sur le Cavalier , et s'amusait à regarder les dispositions des français avec une longue vue. Il ajoute qu'il se tâchait lorsque quelqu'un avait l'insolence de masquer, en passant, sa lunette. Dans une de ces occasions , il eut l'impudence d'envoyer dire à un homme de distinction, par une de ses ordonnances, qu'il eût à se re'ireràe la direction de sa lunette. L'homme répondit : <'e qui vient cet ordre? — De M. le général Rouquetle , dit l'ordonnance. — Ah! ah! dit en éclatant de rire ce questionneur, il est vrai que ce monsieur est un g>and amateur de retraites.

(45 ) <Ie faire une sortie générale destinée à repousser les Français et à détruire les ouvrages qu'ils avaient commencés.

Les forces considérables que le général Kalkreuth avait déjà rassemblées dans Danlzick justifiaient les calculs du guerrier prussien j niais il ne faisait pas attention que des troupes découragées comme les siennes réussissent rarement, à nombre double, contre des soldats animés par des victoires passées et brûlant du désir d'ea remporter de nouvelles. Toutefois les dispositions prises par le gouverneur de Dantzick étaient telles, qu'il fallut au maréchal Lefebvre tonte la bravoure et l'intrépidité des guerriers sous ses ordres pour les rendre inutiles. Tandis que le gros de ses forces devait attaquer de front les diverses positions françaises , le général Kalkreuth avait donné ordre au général Krakow , fameux chef de partisans , qui avait fait déjà beaucoup de mal aux assiégeans, de défiler avec un détachement, le long de la mer, sous la protection des batteries du fort de Newpharwasel et de plusieurs bricqs et chalouqes canonnières , afin de pénétrer sur les derrières des Français et de les attaquer en* queue.

Heureusement le maréchal Lefebvre qui avait prévu cette sortie générale, avait aussi deviné les dispositions du comte Kalkreuth. Les Prussiens, sortis le s6 mars de Dantzick, et qui s'avançaient

dans l'espoir de surprendre les Français , furent fort surpris eux-mêmes de les voir en armes sur tous les points et prêts à les recevoir à la bavonnelte. Cependant ils attaquent avec assez d'ensemble j mais ils furent repolisses avec vigueur et poursuivis jusque sous les murs de Danlzick où ils rentrèrent, n'emportant de leur expédition que la honte de l'avoir manquée. Un grand nombre de prisonniers restèrent au pouvoir des Français, ainsi qu'une pièce de canon abandonnée par les fuyards. Les différentes nations qui composaient la garnison de Dantzick , Prussiens , Russes , Cosaques , Dautziekois s'attribuaient mutuellement les tristes résultats de cette journée , et ces commencemens de mésintelligence furent apperçus avec chagriu par le comte de Kalkreuth,qui tenta vainement de s'y opposer(i). Tandis que le gros de la garnison échouait aiusi dans sa sortie , le partisan Krakow avait opéré

(i) « Les officiers Russes, dit l'auteur allemand déjà cité , et les troupes sous leurs ordres , traitaient les Prussiens avec arrogance et le plus grand mépris ; les soldais Russes se croyaient surtout déshonorés si ou les faisait agir conjointement avec les Silésîens, et les Cosaques refusaient de marcher avec d'autre cavalerie que ies hussards noirs et rouges, qu'ils croyaient seuls (Signes (Peux.. Les autres troupes n'obtenaient de ces Russes et de ces Cosaques que des railleries amères et des moqueries. Ils leur disaieut en mauvais allemand, que lors des .-.ttaques et aux plus petites blessures, ils criaient : je me meurs*? mon dieu ! qui moi dira? Pauvre soldat ! rien à manger, rien à boire , et de grandes blessures ! Grand Jjieu.y ayez pitié de ma femme et de mes enjans , etc. »

le mouvement qui lui avait été ordonné , mais au moment où il s'avançait sur les derrières des Français, il fut chargé et coupé par un escadron de cavalerie du 19e. régiment de chasseurs à cheval et par les lanciers polonais. La troupe de Krakow, prise ainsi entre deux feux, se défendit vaillamment et ne quitta la partie qu'après avoir épuisé tous ses moyens de défense. La plupart des hommes qui la composaient furent ohligés de mettre bas les armes ; le reste se sauva en désordre et ne parvint qu'avec peine à rentrer dans Dantzick. Krakow, entouré dans .sa fuite par plusieurs lanciers Polonais , fut luimême obliiré de se rendre , et emmené en triomphe au camp français (1).

Ce combat du 2.6 mars fut le dernier événement important qui précéda l'ouverture de la tranchée devant Dantzick. L'empereur qui avait à cœur de se voir maître de cette place , avant

(1) Ce Krakow, que les Allemands qualifient de comte, et qui commandait un corps de chasseurs francs qui portait son nom, était connu dans tout le pays par ses brigandages et ses extorsions. Il s'était rendu coupable de plusieurs actes de férocité contraires aux lois de la guerre, qui lui avaient valu la haine de tous les soldats Français. On l'accusait d'avoir brûlé de sa main la cervelle à plusieurs officiers Polonais qui s'étaient rendus à lui. Toute l'armée demandait à grands cris qu'il fût jugé sur-lechamp , et qu'on tirât sur lui une vengeance éclatante de tous ses brigandages, le maréchal Lefebvre , dont la

i'ustice et l'humanité égalaient la valeur, craignit de se aisser entraîner par l'exaltation de ses troupes, il envoya

de poursuivre ses succès contre les Russes, avait envoyé au général Lefebvre l'ordre positif de changer le blocus en siège régulier ; en même temps il prenait ses mcsun s pour que les renforts et surtout l'artillerie nécessaire ne se fissent pas plus longtemps attendre. Dans les derniers jours de mai , le général de division Michaud et les généraux de brigade Dufour et Vandeswert se rendirent au î oe. corps avec de nouvelles troupes. Plusieurs convois d'artillerie et de munitions arrivèrent de Dirschau et de Dlctlin. On en attendait d'autres de Thorn et de Varsovie. Le maréchal Lefebvre , décidé à agir vigoureusement , concentra alors la position de ses troupes , et les rapprocha autant que possible des endroits qu'il voulait attaquer. D'après des renseignemens donnés par le général Puthord sur le camp retranché des Prussiens à Newphawaser , le général du génie Kcigenet fut envoyé dans la langue de terre pour diriger les travaux néccs-

Krakow à Thorn , où était encore le général Rapp, et lui ordonna qu'il fût jugé d'après les lois de la guerre et le droit des gens. Les Français se montrèrent indulgens envers un de leurs plus cruels ennemis. Krakow fut acquitté, et on eut même la générosité de lui rendre ses équipages. Les Allemands, au reste, le peignent comme un homme sans mœurs, et, suivant eux, il était ivre mort lorsqu'il fut fait prisonnier. Ce prétendu comte était cependant du petit nombre de Prussiens que les ofhT ciers Russes daignaient honorer de leur estiwe. Ab uno dis lu omnes.

(4p) saires du camp et du fort de Weichselmunde qui la défendait. Enfin après s'être concerté avec tous les généraux , dans un couseil de guerre tenu à cet effet , le maréchal Lefebvre fixa l'ouverture de la tranchée , devant Dantzick, dans la nuit du ier. au z avril.

Opérations du siège , et prise de la ville.

L'attaque en règle de la place de Dantzick offrait les plus grande; difficultés, dont nous ferons connaître une partie, en détaillant ses principaux moyens de défense. Traversée, ainsi que nous l'avons dit, parla Molteau , cette ville est enceinte de larges fossés qui se remplissent par cette rivière, dont différentes écluses retiennent les eaux, pour former au sud et à l'est de la place, une vaste inondation qui , s'appuyant d'un côté aux faubourgs d'Orha et de Saint-Albrechtz, et de l'autre aux digues de la Vistule , s'étend à plus de quatre lieues , et couvre les deux tiers des fronts de son enceinte. Cette inondation ne peut que très-difficilement être atténuée, parce que les eaux de la Vistule sont la plupart du temps aussi hautes que le niveau de celles qui la forme , surtout lorsque le vent fait refluer les eaux de la m er dans le fleuve. Ou a même vu l'inondation s'élever beaucoup , par le seul effet de cette dernière circonstance.

Au nord, la Vistule coule à environ i3o toise» Siège de Tkt ntzîdu 4

du chemin couvert, et ne laisse entre la rive gauche et les glacis de la place, que quelques canaux et des marais impraticables. A son embouchure, distante de la ville d'environ ^4°° toises , les deux rives sont défendues à droite par le fort de Weichselniunde , et à gauche, par le camp retranché do l'île de Nevvpharwassen, ce qui assure à l'assiégé l'arrivée des secours qui peuvent lui être envoyés par mer.

Le terrain qui borde les deux rives de la "Vistule est coupé de canaux, et couvert de marais. Cette circonstance est toute entière au désavantage de l'assiégeant : elle rend ses établissemens difficiles , ses travaux peu solides , et l'oblige à étendre ses quartiers, à disséminer ses troupes* et à multiplier ses postes. Cet inconvénient était d'autant plus grave., en 1807, que les troupes de siège ont été constamment moins nombreuses que celles de la garnison, et qu'il fallait , par conséquent , la prudence la plus minutieuse pour ne pas s'affaiblir en les divisant.

La communication entre la place et le fort de Weichselniunde était assurée par une suite de redoutes construites sur les bords de la fistule , et surtout par l'heureuse position de l'île d'Holrn (1) , qui permet à l'assiégé de rappro-

(1) Formée d'un côté par le canal de Laacke ou d% Daniaick j et de l'autre par la Vistule.

rber les feux de la place de ceux du fort, de manière à ne laisser entr'eux qu'un intervalle d'environ 700 toises , et de profiter du canal de Laacke ou de Dantzick , pour communiquer avec "Weichselmunde , malgré les batteries que l'assiégeant pourrrait établir à Schellmuhl. Celui-ci ne peut donc tenter de jeter un pont sur cette partie de la Vistule , qu'après s'être emparé de l'île d'Holni ; à l'ouest de la ville , deux chaînes de collines, séparées par la vallée de Scheidlitz, couvrent cette partie de l'enceinte de la place. Ces deux colliues sont couronnées par deux forts (1), liés par des retranchemens continus, qui forment une enceinte appuyée, d'un côté, à l'inondation de la Molteau, et de l'autre à la rive gauche de la "Vistule. Cette secoude enceinte, quoique construite en terre, et sans revêtement, était à l'abri de toute insulte. Les assiégés, en 1807, avaient hérissé les clic» mins couverts , ainsi que le pied de ses escarpes et contrescarpes, d'énormes palissades fraisées, qui tenant lieu de revêtement, étaient aux assiégeaus tout espoir d'enirepreudre contre elles un coup de main , et les obligeaient à une attaque régulière (2).

(1) Ces rleux forts s'appelaient^ l'un le Bischofbcrg , çt l'autre le Hagelsberg.

(3) Ces palissades avaient , ainsi que nous l'avons dita

D'après ce que nous venons de dire, sur le* défenses de Dantzick , et ce que nous avons dit pins haut, sur les progrès des Français, il est facile de voir , qu'il s'en fallait de beaucoup qu'ils eussent investi totalement la place , du côté même où l'inondation ne pouvait avoir lieu, puisque l'île d'Holm , et surtout le camp retranche de Ne wpharwassen , était encore au pouvoir des assiégés, ce qui leur donna l'avantage immense de communiquer avec la mer, et par conséquent , de recevoir les secours en hommes, munitions et ravitaillemeus. Le maréchal Lefebvre , dès les premiers momens de son arrivée à Dantzick., avait bien senti combien il était important de se rendre maître de ce camp retranché pour isoler la place. Napoléon , qui avait l'œil à tout, avait lui même jugé cette opération indispensable , et avait ordonné l'attaque du camp retranché; mais après un mûr examen des difficultés, et surtout à cause des faibles moyens dont on pouvait disposer, cette

été préparées par le gouverneur Manstein. Elles avaient de douze à quinze pouces de diamètre, et un grand nombre , refendues en deux , étaient encore appuyées contre les premières. Les assiégés avaient tellement couvert de pirjuets tontes les parties accessibles de leurs fortifi) ations sur les deux enceintes, qu'ils en avaient fait un obstacle réel contre une attaque de vive force : mais la seule place de Dantzick, en Europe, était peut-être susceptible de fournir l'abondance de bois nécessaire à c« genrç de fortifications.

affaire avait été ajournée. Nous verrons combien l'établissement de l'ennemi, dans cette localité, gêna les opérations des Français, et c'est en parti à cette circonstance qu'il faut attribuer la longueur du siège , puisqu'elle donna au général Kaltreuth la facilité d'être fréquemment secouru.

Celni-ci avait en outre, dans les seules ressources que lui offraient sa nombreuse garnison , et la ville riche et populeuse deDantzick, tous les movens de soutenir un long siège. Les Français avaient d'abord évalué à quinze ou seize mille hommes les troupes qu'il avait sous ses ordres ; mais des renseignemens postérieurs prouvèrent que , renforcée par les Russes et les Cosaques , la garnison n'avait jamais été moins de vingt mille combattans. L'armée assiégée était donc plus considérable que l'armée assiégeante ; car le maréchal Lefebvre, qui commença l'investissement avec ses huit mille hommes, n'en eut jamais plus du double à sa disposition. Mais celte faible troupe avait une confiance aveugle dans son général, et la plus haute opinion de sa propre valeur. Composée en grande partie de nouvelles recrues qui n'avaient pas encore vu le feu , elle trouva dans sa patience inébranlable y dans son courage , et surtout dans la noble émulation que lui inspirait le bruit des exploits de la grande armée , des ressources pour ainsi dire

surnaturelles, et qui la firent enfin triompher de tous les obstacles que lui présentaient l'expérience , le grand nombre de ses ennemis, et surtout les formidables moyens de défense de la place assiégée. Aussi jamais peut-être aucun événement n'a mieux prouvé, que le siège de Danlzick , la supériorité des armes françaises. Il fallait être Français , et commander à des Français, pour, avec si peu de monde, entreprendre de bloquer une place dont l'investissement avait plus de dix lieues de développement, et réussir non seulement à la bloquer , mais aussi à la forcer de mettre bas les armes.

Lies avis paraissent avoir été partagés pour décider le point sur lequel on commencerait l'attaque sérieuse de la place. Le général de brigade du génie Kii gêner, pendant l'absence du commandant du génie, le général de division Chasseloup-Laubat s'était convaincu que l'attaque du fort Bischofberg offrait beaucoup plus d'avant tagesj mais le général de division commandant n'ayant pas été du même* avis, on suivit bien entendu le sentiment de celui-ci. Nous ne prétendons blanier ni l'un ni l'autre j nous dirons seulement que celui du général commandant le génie ayant réussi , il nous semble qu'on ne pouvait mieux faire que de le préférer.

L'attaque principale de Hagelsberg devait être favorisée par deux fausses attaques, dont

(55) Tune, dirigée de l'île de Nehring sur le camp retranché de Ne-wpharwassen , par le général Schramm, et l'autre, contre le fort du Bischof- Lerg par les troupes qui avaient pris position à la tète des villages de Stolzemberg et de Schcidlitz. Deux autres attaques partielles, moins importantes , l'une au dessus de l'autre , au dessous de la rive gauche concouraient également à resserrer la place, et complétaient, autant qu'on l'avait pu, l'investissement général. La position du général Schramm était assurée par des redoutes garnies d'un double rang de batteries ; et pour la rendre plus imposante, le maréclal Lefebvre avait fait appuyer la gauche sur le village de Heubaden, à 6 ou 700 toises des ouvrages de la rive droite, et sa droite à la mer. Schramm devait manœuvrer, pour autant que possible, intercepter la communication entre le fort de Weichselmunde et la ville , et s'opposer à ce que les secours s'avançassent au de -là de Newpharwassen .

L'armée française montrait la plus bouillante ardeur 5 elle brûlait de se signaler par quelque action d'éclat j et ce zèle si naturel à des Français, était encore exalté par la présence des généraux qui la commandaient, Nous avonsdéjàdit que le maréchal Lefebvre , depuis long-temps célèbre parmi les braves, possédait toute sa confiance j auprès de lui, et sous ses ordres > se trouvaient réunis le général de division , chef de

l'état-major-général , Drouct, si connu depuis sous le noni de comte d'Erlon j le gênerai Savary, aide-dc-camp de sa majesté l'Empereur et Roi; son altesse le grand duc de Bade, qui était venu lui-même se mettre à la tète de ses troupes, afin de mieux prouver son dévouement à Napoléon j le général de division Lai iboissière , commandant l'artillerie de la garde impériale, et ■commandant en chef celle du àége; le général d'artillerie Danthouard, uide-cb-camp de son altesse royale le prince vice-roi d'Italie , Eugène de Beauharnaisj le général de brigade du génie, directeur des attaques, Kirgener; et le général Bertrand, aide-de-camp de l'Empereur, chargé spécialement par sa majesté du soin d'inspecter les travaux du siège. Le commandant du génie, le général Chasseloup , manquait seul à cette grande réunion des plus illustres militaires. Appelé sur d'autres points par Napoléon, il ne revint qu'au îp avril ; mais il était dignement remplacé par son chef du génie Kirgener. Ainsi les troupes françaises et étrangères n'avaient à leur tête que des hommes susceptibles d'exciter vivement leur émulation par leur exemple et le souvenir de leurs exploits passés. Comment la place de Dantzick n'aurait-elle pas succombé , attaquée par des troupes que dirigeaient de* hommes aussi recommandables ?

Toutes les dispositions étaient arrêtées, et,

(57) ainsi qu'on l'avait décide dans le dernier conseil de guerre ? la tranchée fut ouverte devant le Hagelsberg , dans la nuit du 1er. au i avril. La première se trouva à 3oo toises environ des palissades (1) , et la crête du Ziegankenberg fut couronnée sur un développement de 2,00 toises. Ce travail surpris à l'ennemi ne fut nullement inquiété; au jour il était déjà couvert.

Ces premiers ouvrages avaient été préparés la veille par une attaque fort vive du général Puthod sur un autre point. Ce général avait chargé le prince Radzivril de se rendre maître du village d'Aller, et celui-ci avait réussi à chasser les Prussiens de cette position et s'y était fortifié. Il en avait même profité pour établir des postes sur la rive gauche de la Yislule, afin d'en inquiéter la navigation. Les assiégés essavèrent de reprendre leur revanche, en s'emparant le lendemain du vil-

(i) Les alliés contre la France assiégeant Dantzick «m ihi3, n'osèrent point ouvrir la tranchée aussi prés des ouvrages des assiégés. Voici ce que nous lisons dans l'historien de ce siég» M. de M*** « Les Russes ( il ne parle que des Russes , quoique à-peu-près toutes les nations de l'Europe fussent présentes à ce siège , où le général Rapp s'est immortalisé ) , les Russes avaient tracé leurs lignes de circonvallation ; mais par une précaution qui décelait la crainte que leur avait cause les différentes sorties des assiégés , ils n'ouvrirent leur première tranché-? qu'à 900 toises de Dantzick , opération qui dût paraître timide aux Français qui , six ans auparavant , avaient attaqué cette même ville et ouvert la première parallèle à 3oo toises des remparts. »

l'âge de Zieganikendorff ; niais une charge vigoureuse 19e. régiment de chasseurs les contraignit ii la retraite et leur fit un dommage considérable.

Pendant la journée du 2, avril, les assiégeans perfectionnèrent les travaux faits durant la nuit. Les Prussiens s'en étant enfin aperçus , dirigèrent sur les travailleurs le feu de plusieurs batteries du Hagelsberg et du Bischofberg; mais ce feu ne fut pas très-vif , et nous remarquerons que la place s'en montra généralement trèséconome dans le commencement du siège.

Dans le même temps les Prussiens faisaient une tentative du côté de Pillau , contre les postes du général Schramm dans l'ile de Nehring. Attaqué par des forces supérieures, Schramm réclama des secours avec tant d'instance, que le maréchal Lefèbvre crut devoir se rendre sur les lieux. La présence du maréchal et un faible renfort de cinquante chevaux Polonais , et une compagnie du 2e. régiment d'infanterie légère , suffirent pour rendre aux troupes ébranlées toute leur confiance. Les Prussiens furent battus, repoussés -avec perte, et laissèrent une centaine de prisonniers. Schramm eut ordre de se fortifier du côté de Pillau.

Dans la nu\t du 2. au 3, les assiégeans débouchèrent par des zig-zags de la droite de la première parallèle. La redoute dite Kalke-Schanse, que l'ennemi construisait sur la rive gauche d«

laVistule, en avant de la porte d'OUva , et à *oo toises de la place, fut attaquée et enlevée de vive force par trois compagnies de la lésion du Nord , malgré la vigoureuse résistance de ceux qui la défendaient. La prise de cette redouie était surtout avantageùse,en ce qu'elle protégeait l'attaque projetée de l'ile d'Holm , et devait contribuer à rompre tome communication en»re la place et le fort de "Weicliselmunde. Elle donnait de plus aux assiégeans la faculté d'appuyer à la "Vistule la gauche de leurs attaques. Mais à 9 heures du matin, l'ennemi ayant démasqué plusieurs batteries de la rive droite , fit une sortie vigoureuse sous la protection de leur feu, et attaquant les Français, dans la redoute , avant qu'ils eussent eu le temps de s'y fortifier , les forcèrent de l'évacuer, ce qui obligea les assiégeans à prendre des mesures pour se garantir, par des traverses , des écharpes et revers cfue cette redoute prenait sur une partie de leurs cheminemens. 11 eut ete bien plus simple de s'en emparer de nouveau ; mais différentes circonstances en empêchèrent.

Ce même jour, 3 avril, les assiégés reçurent par mer un renfort considérable de 2 à 3ooo Russes et Cosaques ; ce secours était accompagné de munitions et d'approvisiomremens de toute espèce. Les Prussiens, du côté de Pillau, avaient tenté une nouvelle attaque ; mais le Lrave général Schramm avait si bien pris ses

(fo) mesures, nue non -seulement il les repoussa , mais il força le corps entier à mellre bas les armes, à l'exception d'un petit nombre qui réussit à se sauver dans des barques.

Les jours suivans les assiégeans continuèrent à pousser des zig-zags eu avant de la première parallèle, qui fut aussi prolongée sur sa gauche afin d'embrasser plus d'étendue eteouronner plusieurs hauteurs propres à établir des batteries. La faiblesse de l'armée assiégeante rendant nécessaires la construction des moyens de défense autant que ceux d'attaque , on s'occupa également d'élever des redoutes et autres movens decontrevallation destinés à appuyer les tranchées. Les cheminemens vers la seconde parallèle furent en même temps continués. Le défaut de bras , Ja nécessité d'employer presque uniquement des paysans prussiens aux travaux, et surtout les retards que les mauvais chemins faisaient éprouver aux convois d'artillerie ; tous ces motifs empêchaient de donner aux opérations du siège toute l'activité désirable. Les obstacles se multipliaient tellement,que tout autre que le maréchal Lefebvre eût renoncé à l'entreprise.

Le 9, la tranchée devant le Bischofberc fut ouverte , et on dirigea la première parallèle de manière à serrer la place par sa gauche , à la distance de la seconde parallèle. Cette première parallèle devait être appuyée sur la gauche aux

maisons qui se trouvent à la tête du faubourg de Scheidlitz. Elle avait pour but de soutenir les batteries d'enfilade et de revers projetées contre le Hagclsberg. Nous rappelons au reste que l'attaque du Bischofberg était une des fausses attaques.

Cependant les assiégeans venaient de reconnaître que l'ennemi travaillait sur la gaucbe de la principale attaque. Son but était évidemment de prendre en flanc les eheminemens et de s'établir par une véritable ligne de contre-approcbe dans un desmamelons où la seconde parallèle devait couronner. L'en déloger offrait les plusgrantlesdifficultés, puisqu'il fallait l'attaquera 40 toises de la place et sous le feu même de ses remparts. Maisj en fait d'audace, les Français sont toujours surs de réussir. A 9 heures du soir, et d'après l'ordre du maréchal Lefebvre, le général Puthod mit à la disposition du chef de bataillon du génie RogniatO) quatre cents hommes du 44e régiment, et cent-vingt Polonais pour attaquer les Prussiens et détruire leurs ouvrages. Aïo heures, après avoir

(î)l.'un des officiers du génie les plus distingués de l'armée française, célèbre par sa conduite briilante aux sièges de Sarragosse , Mesquinenza etTortose , et par les magnifiques ouvrages qu'ii fit, en i8i3 , pour défendre Dresde. Il est maintenant lieutenant-général des armées du Roi , inspecteur général du génie , grand officier de la légîau d'honneur , chevalier de Saint-Louis , et auteur de plusieurs ouvrages qui ont tous pro\tvé qu'il n'est pas moins bon écrivain que bon militaire.

(fia )

franchi le ravin qui les séparait de l'ouvrage, les orcnadiers du 44e. régiment s'élaucerent dans la tranchée , et surprirent la garde ; les travailleurs s'empressèrent de détruire .l'établissement de l'ennemi, malgré le feu de mousqueterie et de mitraille qui partait de leurs remparts et de leurs chemins couverts. A une heure après minuit, la garnison fit sortir trois cents homme* pour chercher à s'établir de nouveau dans la position qu'elle venait de perdre; mais l'intrépidité des grenadiers français l'emporta. Les Prussiens furent culbutés et laissèrent plusieurs des leurs sur le champ de bataille. On leur prit 180 fusils et ou leur fit cinquante prisonniers parmi lesquels se trouvait l'officier qui les commandait (1).

Le 11 avril, une reconnaissance sortie du fort de Weicliselmunde fut rencontrée à la hauteur

(1) Le maréchal T.efebvre, en demandant les décorations que les braves du 44e* régiment lui paraissaient mériter, faisait au ministre l'observation qu'il s'écoulait un trop long temps entre la demande de ces décorations et leur envoi , de sorte que l'exemple ne ces récompenses se trouvant trop éloigné de l'action qui les avait fait obtenir , ne produisait plus l'émulation qu'on avait droit d'aï tendre. Cette judicieuse observation que nous avons vue trop souvent négligée, et qui prouve au reste l'intérêt vraiment paternel que le maréchal portait à ses braves , fut accueillie par le ministre qui donna l'autorisation nécessaire pour que les aspirans pussent orter le ruban , en attendant que les formalités pour 'envoi du brevet et des croix fussent remplies.

d'un bois devant le fort par une autre reconnaissance du 2e. régiment d'infanterie légère. Le combat s'engagea aussitôt. L'ennemi eut à la première décharge huit hommes blesses el deux officiers tués , et se retira en désordre derrièr© ses palissades.

Le général Bertrand , aide de camp de S. M., avait proposé un plan pour s'établir dans la langue de terre sur le canal, et par cette mesure intercepter la communication de la ville avec Weicliselmunde et la mer. Mais il demandait un renfort de deux bataillons , et l'impossibilité où l'on se trouvait de les fournir sans nuire aux autres travaux, fit encore ajourner ce dernier projet.

Le même jour, le maréchal Lefebvre voulant s'entourer de toute la confiance de ses subordonnés et s'aider de leurs lumières , mit à l'ordre qu'il réunirait tous les jours chez lui à midi les commandans du génie et de l'artillerie pour discuter et arrêter les opérations des 24 heures suivantes.

Dans la nuit du 11 on amorça à la sape volante la seconde parallèle. Dans la matinée du 1 2, le travail des batteries se trouva terminé , à l'exception de celles confiées aux troupes saxonnes. Le maréchal donna sur-le-champ des ordres pour leur armement. Deux pièces de 12 furent conduites dans les batteries de la redoute A ,

(6i) deux pièces de 12 dans la redoute D , et trois pièces de 12 dai>s la redoute E. Deux pièces de 1 2 devaient être conduites da nslaredout B, et deux de même calibre daus la redoute C. Mais la difficulté des chemins marécageux s'opposa à leur transport.

Ce manque d'artillerie et celui de troupes ne permettaient pas desurveiller bien exactement les deux rives de la Yistule. La redoute E se trouvait la seule armée , et deux pièces de 6 avaient été placées sous un petit rideau situé plus bas que cette redoute. Ces bouches a feu battaientavec avantage les redoutes de l'ennemi et gênaient sa navigation .Mais pour l'intercepter entièrement, surtout pendant la nuit, il aurait fallu occuper des postes bien retranchés sur les deux bords du fleuve (1).

Une batterie de deux obusiers fut commencée à l'extrémité du dernier boyau de droite. Elle était destinée à foudroyer l'intérieur de la ville, qu'elle découvrait parfaitement. Les ouvrages

(1) Quelqxies essais malheureux avaient déjà été tentés à cet elfet ; un seul avait réussi. Tardivelle , capitaine de la légion du nord , s'était avancé, avec la brave compagnie qu:il commandait, sur Ja rive gauche de la Vistule , s'él.iit emparé d'une maison située au bas du ruisseau de Schelimuhl et se maintint constamment dans ce poste périlleux , sons la mitraille de cinq .pièces de canon placées dans l'île d'Holm, j 5o toises de lui. Cette action parut si éclatant* à l annéel que pendant tout le cours du siège on désigna ce poste

«construits en avant de Hcubaden , dans l'île dô Nehring , furent terminés et mis en état de défense.

Cependant les Prussiens avaient réussi à réoccuper leur ligne de contre-approche , beaucoup trop rapprochée des batteries de la place pour que les Français pussent s'y maintenir , et travaillaient avec activité à réparer les ravages que ceux-ci y avaient fait. Ils avaient même construit une redoute garnie de chevaux de frises. 11 fallait à tout prix détruire ce nouvel ouvrage. Dans la nuit du 12 au. i3, à dix heures > trois cents hommes du régiment Saxon de Bevilacqua , soutenus d'une compagnie de grenadiers , et par une de carabiniers de la légion du Nord , attaquèrent de front et par la droite le mamelon en avant du Hagelsberg sur lequel se trouvait la redoute , tandis que les grenadiers de la réserve se portaient à gauche dans la gorge pour empêcher que l'ennemi ne pût couper sa ligne. Cette attaque était commandée par le chef de bataillon

sous le nom de maison Tardivelle. (On peut voir sa situation sur la carte). L'ennemi se lassa depuis de tirer infructueusement contre cette maison , et les autres établissemens sur la rive gàucïié de la Vistule en furent moins contrariés. Ce brave ofiieier mit le comble à l'admiration générale qu'il excitait par la manière brillante avec laquelle il se conduisit dans l'un des combats qui , ainsi que nous le verrons , valurent aux Français la conquête de l'île d'Holm , et où Tardivelle eut le bras droit cassa d'uue balle.

Siège de Dantzuk. 5

du génie Rogniat qui s'était si bien acquitté de la première, et par le chef de bataillon de la 44e r Jacquemart , sous la direction du générai Puihod.

Les assaillans fondirent sur les Prussiens avec» la plus grande impétuosité. La résistance fut opiuiàtre et le succès était douteux, quoique le géuéralPuthod eût fait avancer la réserve $ car, de part et d'autre , on se battait vaillamment , lorsqu'un tambour de Bevilacqua , le brave Zworn , sans en avoir reçu l'ordre et inspiré par «on seul courage , bat la charge et se précipite dans la redoute, en criant i à moi Saxons ï L'exemple de la bravoure de Zworn a électrisé le cœur de ses camarades. Ils s'élancent sur ses traces , renversent les palissades , pénètrent par la brèche et restent maîtres de la redoute. Vainement les Prussiens revinrent trois fois à la charge pour la reprendre. Les Saxons ne montrèrent pas moins d'acharnement à la conserver qu'ils en avaient mis à s'en emparer. Les Prussiens furent repoussés trois fois et se sauvèrent dans leurs ouvrages plus éloignés, après avoir laissé sur le champ de bataille un grand nombre de morts et deux cents prisonniers tous grenadiers (1). On travailla sur-le-champ à lier cette redoute à la seconde parallèle.

(1) L« tambour Zworn était vraiment U aéro» à*

Mais les assièges qui avaient mis leur plus grande espérance dans leurs travaux de contreapproche , n'avaient point renoncé à les reprendre. Le i3 avril , à 8 heures du matin , ils sortirent de la place en grand nombre , et s'avançant sous le feu de leur formidable artillerie , attaquèrent avec tant d'impétuosité, qu'au même moment les Saxons furent repoussés ; etl'ennemi , après avoir renversé tous les obstacles , après avoir attaqué la seconde parallèle, gagnait déjà la tête des tranchées. Les troupes, fatiguées des combats de

cette journée. Mais le succès auquel il avait si glorieusement contribué , avait été préparé par les chefs de l'expédition. Les colonels Bernard , aide-de-camp du général Puthod et Hartitzech , le capitaine Schœnfild f le lieutenant d'Obenitz , et le tirailleur Kempel, tous saxons , s'étaient également distingués par leurs sages dispositions et leur intrépidité. Un succès aussi disputé n'avait d'ailleurs pu avoir lieu sans causer des pertes graves aux vainqueurs. Une des victimes les plus regrettées de ce combat meurtrier, était celle du jeune et intéressant Demecourt, à peine encore sorti de l'enfance» et qui s'était arraché des bras d'une mère qui l'adorait , pour faire l'apprentissage des armes sous les yeux du maréchal Lefebvre, au près duquel il servait en qualité d'officier d'ordonnance. On reçut le lendemain son brevet dô lieutenant du 7 e. de hussards. Reçu quelques heures plutôt, ce brevet eut sans doute changé sa destinée. Demecourt fut honoré des regrets du maréchal Lefebvre : dans le rapport de cette affaire , daté du i3; celui-ci disait : un jeûna homme d'une grande espérance , le jeune Demecourt , a été blessé à mort. Et le lendemain encore plein de sa douleur , il répétait x je regrette beaucoup le jeune Demecourt . volontaire , jeune homme d'une grande espérance,

la nuit , étourdies par cette brusque attaque f et inhabiles encore dans ce genre de défensive , pliaient sur tous les points. Le salut de l'armée entière allait peut-être se trouver compromis , lorqu'averti du danger, le maréchal Lefebvre, suivi des généraux Michaud , Puthod et Dufour et de ses aides de camp , accourut au lieu du désordre. Un bataillon du 44e- régiment de ligne venait également d'arriver. Aussitôt n'écoutant que son courage, le maréchal quitte sa redingotte et ses cordons , et comme s'il n'était encore qu'un officier de fortune , il s'élance dans les rangs du bataillon : « Allons enfans, s'écrie-t-il, c'est aujourd'hui notre tour. » Bientôt l'intrépide maréchal est daus la mêlée. Electrisés par tant d'héroïsme, tous les soldats veulent l'entourer , lui faire un rempart de leurs corps. Mes amis , leur crie-t-il , et moi aussi je veux combattre ! La charge bat, on court; el le maréchal, à la tète de ses braves, se précipite daus la redoute, à travers uue grêle de balles et de mitraille. Le choc est violent : les Prussiens et les Russes se défendent avec une espèce de rage ; mais des Français, avant leur général à leur tète, ont-ils jamais recule devant l'ennemi? Une dernière charge à la baïonnette a décidé la victoire. L'ennemi épouvanté s'enfuit en désordre, laissant la terre jonchée de ses morts et de ses blessés.

Un général justement fameux et de race

(te)

royale (i), a long-temps lasse les cent Louches de la renommée , parce que dans une action à peu près semblable, il avait lancé son bâton de commandant dans la mêlée. Que dirons-nous donc du maréchal Lefèbvre s'élançant lui même dans la redoute, et montrant à ses soldats le chemin du danger et de l'honneur ? Mais nos guerres de la révolution ont habittié les nationaux et les étrangers au spectacle des prodiges de valeur et de dévouement des défenseurs de la France. On n'étonne plus en racontant ce qui eut excité l'admiration la plus exallée des siècles passés. Aussi les historiens modernes qui ont parlé de cet acte d'héroïsme du maréchal Lefèbvre , l'ont - ils raconté froidement, et comme un événement ordinaire ; mais la reconnaissance nationale , celle non moins glorieuse de Napoléon , et surtout l'estime bien méritée de tous ses frères d'armes , l'ont bien dédommagé de cette coupable indifférence»

Cette victoire avait d'ailleurs été achetée chèrement par les vainqueurs. Ils avaient à regretter la perte du colonel Piriac , du major Kaiserling , et de deux autres officiers saxons , celle de deux officiers et de trente-quatre soldats du 44e* régiment , celle de deux officiers de la légion du Nord , et de trente -quatre sous-

(i) Le grand Condé.

( 7°) officiers et soldats de divers corps. Quime officiers et cent trente-un sous-officiers et soldats avaient été blessés. Toutes les troupes avaient fait leur devoir. Le maréchal, témoin delà bravoure de l'armée qu'il commandait , dut concevoir les plus belles expérances (1).

Le 1 4 avril, les assiégeans perfectionnèrent la seconde parallèle et commencèrent deux redoute* pour la soutenir à droite et à gauche. Un second ouvrage de contre-approche existait encore sur le centre de cette seconde parallèle. Il était urgent de le détruire. Thomas, sergent du 2e. bataillon de sapeurs, et militaire non moins intelligent que brave, fut chargé de cette mission, dont il s'acquitta parfaitement.

Les assiégés firent, dans la nuit du i4 au i5 avril, une sortie contre la redoute B. Mais elle fut repoussée. Pendant ce temps les Prussiens faisaient un feu terrible sur la redoute A, sans doute afin de partager l'attention et d'empêcher la continuation des ouvrages. Mais les travailleurs méprisèrent leur mitraille , qui resta sans

(i) Parmi ceux qui s'étaient distingués, le maréchal citait le chef de bataillon Guillet , l'adjudant-major Lack , le sergent-major Thevenot , et le sergent du 44e- Masson , qui s'étaient élancés les premiers avec lui dans la redoute. Un sapeur avait fait des prodiges sous les yeux du maréchal, et ce fut vainement que celui-ci témoigna le désir de connaître son nom. Ce brav» homme mettait à se cacher autant de soin que s'il trait commis une faute.

•ffet. Ils poussèrent leurs travaux à la gauche d« la seconde parallèle, pour s'y parer des feux de flanc que l'ennemi avait conservés. On commença e'galcment les batteries de la seconde parallèle , et on disposa une plate-forme pour placer une pièce de 24 sur la redoute D, destinée à battre le front du Hagelsberg. On en prépara une autre dans la redoute B , afin de battre M débouché du faubourg de Scheidlitz.

Depuis long- temps, ainsi que nous l'avons dit , on remettait , faute des moyens nécessaires, l'attaque de l'île d'Holm et l'occupation du canal de Laacke, jugé nécessaire pour achever l'investissement de la place. Plusieurs convois d'artillerie et de munitions étant arrivés , 011 crut enfin pouvoir la tenter. Le général Gardanne qui commandait à Nehring depuis le 7 , pendant l'indisposition du général Schramm , en fut chargé , et réussit parfaitement dans cette expédition. La possession de la tête du canal fut aussitôt assurée par deux bons ouvrages construits par le chef de bataillon du génie Sabathier, et au moyen desquels toute communication entre la ville et la mer fut totalement interceptée.

L'ennemi s'était faiblement opposé à cet établissement. Mais le 16 au matin il sortit du fort de YVeichselmunde sur trois colonnes ei attaqua là droite du général Gardanue , tandtia

qu'une nuée de cosaques, soutenus par de l'infanterie, manœuvrait sur sa gauche. Celte attaque avait clé repoussée victorieusement , et déjà les Russes prenaient la fuite , lorsqu'une colonne prussienne se présenta pour rétablir le combal. Heureusement le maréchal Lefebvre qui s'était aperçu de ce mouvement, accourut lui-même avec un renfort d'uu bataillon. Le combat qui s'engagea fut encore plus opiniâtre que le premier. Les Russes se voyant soutenus ,. étaient revenus à la charge. Il fallut les plus grands efforts de la part des Français pour s'opposer à tant d'assaijlans. Enfin après une mêlée horrible qui avait duré cinq heures , Prussiens et Russes repoussés de toutes paris, furent obligés de se retirer, et chaque colonne rentra dans la ville ou dans le fort, sans avoir pu entamer .mcun des ouvrages commencés; l'eunemi perdit dans cette circonstance 5oo hommes tués ou faits prisonniers. La perte des vainqueurs était de i5o hommes ; perte médiocre > sans doute, si on la juge d'après celle de l'ennemi, mais beaucoup trop considérable pour une armée dont elle augmentait encore la faiblesse.

Les carabiniers du 2e. régiment d'infanterie légère et les Polonais employés dans cette, occasion , s'étaient couverts de gloire. Le corps du. génie avait lui - même contribué puissamment. à la victoire par ses sages dispositions ; et les sol-

(73) dais nommaieut avec admiration le chef de bataillon Sabathier , le capitaine Lesecq , et le lieutenant de sapeurs Queru, qui avait tué de sa main plusieurs Russes. A ces noms l'armée joignait aussi ceux du général Scliramm , accouru malgré son indisposition sur le champ de bataille, et qui avait commandé la droite,, du général Gardanne , qui commandait en chef, du général polonais Sokolnieski , du colonel saxon Vogel , du major polonais Pownatowiez et du capitaine du ae. régiment d'infanterie légère Halitofer , qui tous avaient payé de leur personne dans ce terrible engagement (1).

Le chef de bataillon Sabathier fît aussitôt reprendre les travaux qui consistaient en une redoute tracée à 5o toises de la rive droite de la rivière, et en une tranchée de communication qui liait la redoute au bois dans lequel on fit camper les troupes. Cette communication avait environ 3oo toises de longueur ; un. double pa-

(1) Toujours empressé de rendre justice à ses braves, le maréchal Lefebvre demanda et obtint La croix d'honneur pour le colonel Saxon Wolf , Pisoye capitaine au 9e. régiment d'infanterie légère , Maréchal sous-lieutenant dans le même régiment , Muller lieutenant au même régiment , Schmeler sergent au 2e. régiment Polonais , Leblanc sergent de carabiniers , Legrand carabinier, Thonret fusilier, Huguet, Plique , et Gardannefils, aides de camp du général Gardanne, Scliramm hls aussi aide de camp de son père , et Maingaraud chef de bataillon et aide de camp du maréchal, qui avait conduit le bataillon de renfort.

(74 ) rapet la mettait à l'abri des feux du fort de

Weichselmunde et de ceux des batteries d«

l'île d'Holm.

Le combat sur les bords du Laacke n'avait point ralenti les autres travaux. A celte époque du siège , les trois attaques que nous avons déjà désignées, étaient bien distinctes : i°. la fausse attaque de droite, sur le Biscbofberg : a0, l'attaque principale ou du centre sur le Hagelsberg : 3° . la fausse attaque de gauche qui comprenait tous les travaux de la basse Yislule et ceux qui liaient cette attaque à la rivière. On continua donc les différentes batteries entreprises précédemment à l'attaque principale. On déboucha de la première parallèle par une sappe debout, et on couronna un plateau à 4° toises en avant de la place. Tous ces travaux entrepris à la sappe volante , furent poussés avec tant de vigueur par le capitaine du génie Blanc, que l'on parvint à les terminer presqu'entièrement pendant la nuit. Le couronnement du plateau forma une demi-place d'armes en avant de la seconde parallèle, servant à lier cette seconde parallèle avec la troisième.

Le 17 avril , on perfectionna cette demi -place d'armes et la communication à la seconde parallèle 'y l'ennemi ouvrit des embrasures sur tous les développemens de ses fortifications. Il n'était nullement inquiété dans ses travaux, parce que l'artillerie n'était pas encore en batterie. Aûnd'v.

(75) suppléer , le maréchal organisa des détachemens de tirailleurs qui eurent ordre de faire , nuit et jour , un feu continuel sur la place, et sur les travailleurs Prussiens. A l'attaque de gauche , on commença la redoute F, qui devait concourir avec celles de l'île, à couper la communication de la place à la mer.

Vers les cinq heures du soir, un bâtiment de transport Anglais, armé de quatre canons, eut la témérité d'entrer dans la Vistule. Il se faisait remorquer par deux chaloupes, etvint s'emhosser vis-à-vis des travaux des assiégeans , après avoir canonné et fusillé les travailleurs sur les deux rives. Le chef de bataillon du génie Lesecq rassembla aussitôt tous les hommes à sa dispotion , et se porta rapidement sur le bord de la Vistule. Le feu de son artillerie légère et de sa mousqueterie eurent bientôt renvoyé en pleine mer ce bâtiment britannique , qui semblait venir braver les Français. Plusieurs boulets qu'il reçut à bord , et qui faillirent le faire échouer, durent lui ôter l'envie de recommencer.

Cet événement engagea, au reste, à construire une nouvelle redoute sur la rive gauche drt fleuve , afin de croiser ses feux avec ceux de la rive droite sur la tête du canal. Le chef de baiaillon du génie de la garde impériale Boissonnet fut chargé de la direction de ces nouveaux travaux , «t s'en acquitta avec la plus grande intelligence,

Cependant les assiégés commençaient à s'effrayer ;'; la vue du développement immense dc$ travaux des Français autour do la ville. Pas un s ni coup de canon n'avait été tiré contre Dautzick, et la teneur agitait déjà tous les esprits. Aussi , malgré tout l'amour qu'ils portaient au comte de Kalkreuth, les Danlziekois ne pouvaient cacher leur mécontentement de voir leur ville exposée à tous les fléaux d'une guerre qui leur était étrangère. Ils s'affligeaient profondément au spectacle des dévastations sans nombre commises dans leur ville et hors de leurs murs. La destruction de leurs faubourgs ne les avait, pas plus "affecté que celle de leurs charmante* promenades , dans lesquelles le comte faisait bivouaquer ses troupes. L'ordre donné par celui-ci de prendre les précautions d'usage contre un prochain bombardement acheva de les réduire au désespoir. Ce fut vainement que le comte voulut exiger des habilans qu'ils se dussent sur leurs toits pour éteindre les incendies j frappés de frayeur , les bons Dantzickois préféraient l'abri de leurs vastes caves à ces postes périlleux ; et le gouverneur dut enfin se convaincre combien il est difficile de trouver du zèle et du patriotisme dans un peuple nouvellement conquis. Il se vit obligé d'employer la force pour faire agir les habitans , et les ressources qu'il tira d'eux de «ette manière furent presque toujours rendue*

(77) ïiulles, par la répugnance avec laquelle on leJ accordait.

Toutefois , s'attendant à être attaqué d'un moment à l'autre , le général Kalkreuth employait tous les niovens qui dépendaient de lui pour se fortifier. Persuadé que si les Français attaquaient ce serait par la place d'armes de droite, il faisait, sur ce point, un feu terrible à la faveur de son chemin couvert, et jetait, sans discontinuer , des pots de feu et de la mitraille ïur toute la ligne des assiégeais, et ces décharges multipliées Délaissèrent pas que défaire beaucoup de mal aux Français. Mais les soupçons de l'ennemi ne se réalisèrent point ; le maréchal Lefebvi'e avait décidé qu'on ne commmencerait à battre la place que lorsque l'arrivée de toute l'artillerie donnerait les moyens de faire un feu longtemps et vigoureusement soutenu. Au lieu donc de répondre aux décharges multipliées des remparts de l'ennemi , on s'occupa du soin de pousser par la gauche de la seconde parallèle trois zig-zags, vis-à-vis le bastion de droite du Hagelsberg; ceszig-zags furent recouverts par une demiplace d'armes , qui reporta la gauche des traverses à la hauteur de l'autre demi-place d'armes de droite , à envirou soixante toises des palissades ; en même temps le corps d'artillerie travaillait sur le Stolzemberg , à une batterie , dont l'effet devait être de prendre, de revers et d'en-

(78) filade, le front du Hagelsberg et tous les ouvrages collatéraux.

Les journées des 19, 20 et 21 furent fatale» aux assiégeans. La pluie, la neige tombaient par torrens 5 tous les travaux furent inondés et les travailleurs suffisaient à peine pour les déblayer. Ces intempéries soudaines, dans un climat déjà mal sain, causèrent de nombreuses maladies dans le camp , et les hôpitaux s'encombrèrent d'une manière effrayante; heureusement le 22 le temps se mit à la gelée , et l'on put reprendre les travaux.

Ce jour-là on vit paraître, sur le Frischhaff , un grand nombre de bàtimens armés 3 ils avaient des troupes à bord , et beaucoup de petites embarcations paraissaient destinées à les mettre à terre. Les dispositions prises par les asiégeans suffirent pour les en empêcher ; mais le maréchal craignant que de semblables tentatives ne se renouvelassent, en donna avis au prince de Ponte-Corvo , dont le corps d'armée campait de l'autre côté du Frischhaff , et l'invita à lui prêter secours en cas de récidive.

D'après les dispositions prises dans la journée^ on devait profiter de la nuit pour s'avancer ver» la troisième parallèle ; mais la lune éclairait comme en plein midi, et les assiégés, guidé» par elle , firent un feu si violent qu'il renversait les gabions à mesure qu'on les plaçait. Un canon-

(79) nier , un grenadier et deux travailleurs furent tués dans les embrasures. Cependant on parvint à pousser , à la gauche de la demi-place d'armes de droite, quatre zig-zags dirigés vers la troisième parallèle , et qui furent effectués à la sappe pleine, parceque le clair de lune ne permit pas de les faire à la sappe volante.

Sur la rive gauche de la Vistule , on reprit le travail de la redoute F, interrompu par le mauvais temps, et dont le remblai était presque terminé. En avant de cette redoute , on établit une gabionnade de 200 toises sur une digue qui , partant delà maison dite Tardivelle{i)y se prolonge beaucoup au-dessous. On la termina à des coupures , dont le but était d'empêcher l'ennemi de sortir du camp retranché de Newpharwassen , entre le Saper-Sée et la rivière , et de couvrir des postes de tirailleurs contre la navigation.

Dans l'île , on ne chercha plus qu'à perfectionner les ouvrages , de manière à pouvoir s y maintenir contre toute attaque de l'ennemi. Une redoute, qu'on y avait élevée, fut garnie de deux rangs de palissades , pourvue d'un blindage qui servait de logement, et armée de quatre bouches à feu.

L'artillerie arma et approvisionna toutes le»

batteries des première et deuxième parallèles , y

(1) Voyez. U note à la page 64

compris les batteries de Stolzemberg; elle piepara divers emplacement pour les obusiers de campagne, employés comme batteries., afin de réunir la direction des feux et de porter des obus dans tous les quartiers de la ville.

Le 23 avril , au jour , le feu de l'ennemi devint encore plus vif 5 il bouleversa entièrement la tète dessappes; plusieurs sappeurs , qui les dirigeaient , furent tués ou blessés.

L'artillerie se trouvait enfin en mesure de commencer le feu. Le général de division Lariboissière , qui commandait cette arme , et les officiers sous ses ordres , étaient parvenus à surmonter tous les obstacles qu'opposaient la mobilité du terrain et la rigueur de la saison. Les principales batteries étaient armées et approvisionnées. L'ordre fut donné de commencer le feu la nuit suivante ; mais en même temps que le maréchal donnait cet ordre , il voulut s'assurer du bon état des troupes , et les passa toutes en revue dans la soirée; il fut accueilli aux cris de ■vive V Empereur ! vive le Maréchal ! Toutes les armes promirent de faire leur devoir.

Soixante-douze pièces se trouvaient alors en batterie , dix-huit de vingt-quatre , vingt-huit de douze , six de six , trois de trois , neuf mortiers et huit obusiers j les pièces de six et de trois n'étaient destinées qu'à appuyer les entremêlés de» parallèles contre les sorties de la garnison.

Dans la nuit du 2.3 au 2,4 , à une heure du matin, l'artillerie commença son feu d'obus et de mortiers; au jour, toutes les batteries jouèrent; l'ennemi riposta avec la plus grande vivacité , mais on ne tarda pas à s'apercevoir de la supériorité du feu des assiégeans sur les assiégés. Les batteries parfaitement dirigées par les généraux d'artillerie Danthouard et Lamartinière , firent un moment taire celles de l'ennemi, qui, d'abord , avaient causé une grande perte aux Français ; quatre canonniers avaient été tués , deux pièces de canon démontées , un mortier crevé , et deux affûts de mortiers mis hors de service. Une bombe, qui tomba sur le magasin à poudre du Stolzemberg, causa d'abord de graves inquiétudes. Un travailleur eut l'effrayante audace de pénétrer dans le magasin et d'éteindre la fatale mèche. Les déserteurs assuraient que l'ennemi avait éprouvé beaucoup plus de dommages : un grand nombre de soldats et d'habitans avaient été tués; plusieurs embrasures avaient été mises hors de service, et beaucoup de rouleaux étaient tombés.

Du moment où l'artillerie des assiégeans eut commencé à jouer, le travail des tranchées devint beauconp plus facile, parce que le feu des batteries attirait celui de l'ennemi; aussi travailla-t-on avec ardeur à perfectionner les ouvrages de la nuit précédente.

Siège de Dahtzick. 6

Aux premiers boulets qui étaient tombés dana paiiuiclc, un cri universel de désespoir s'était fait entendre ; tous les habitans, pauvres comme riches , avaient quitté leurs maisons , et s'étaient réfugiés dans les deux quartiers du Langarten et de Niedersladt , où les bombes ni les boulets ne pouvaient point atteindre. Cette accumulation d'une population immense sur deux poinls isolés causa bientôt une foule de désordres : le premier de tous les fléaux , la famine, s'y fit sentir dans les vingt-quatre heures , et cependant tous ces citadins pusillanimes aimaient mieux s'exposer à mourir de faim que de rentrer dans leurs habitations. Il fallut que les soldats de la garnison se chargeassent de toutes les précautions pour arrêter les incendies , et, outre leur service ordinaire , il fallut encore qu'ils dépavassent les rues et établissent des bliudages sur les maisons.

Dans le camp français, au contraire, on voyait régner la plus vive allégresse j quoique l'armée fût composée presque entièrement de soldats qui voyaient le feu pour la première fois, elle montrait une ardeur et un sang froid dignes des plus vieux grenadiers de la garde impériale. Mais quelque favorables que fussent les dispositions morales du soldat, le maréchal, avant d'eu faire usage et par le désir d'épargner le sang des deux partis, se détermina à envoyer une sommation au gouverneur dé la place. Il espérait qu'à

l'exemple des autres gouverneurs prussiens, et voyant le royaume entièrement occupé par les troupes françaises, le comte de Kalkreuth prendrait la résolution de lui rendre Danizick , afin d'épargner à celte malheureuse ville une ruine presque inévitable. La sommatiou était ainsi conçue :

M. le général,

Par considération pour votre excellence, et par commisération pour les habilans de Dantzick , je n'ai pas voulu, jusqu'à présent, user de tous mes movens contre la place; j'ai pensé que votre excellence , dont la grande réputation est assise sur des bases assez solides , pour souffrir de la reddition d'une mauvaise place, informée de la défaite totale de l'armée suédoise, dans les journées des 16 et 17 avril (1), et de l'engagement que cette armée a contracté de ne porter ni directe-

(j) Par u/ifi imprudence qui n'a été que trop imitée depuis , la Suède était aussi entrée dans la coalition, contre la France sa plus ancienne alliée. Son armée battue par le maréchal Mortier, avait été obligée de se réfugier à Stralsund , où elle fut bientôt assiégée. Le baron d'Ëssen qui la commandait dans l'absence du, général Armfeld, fit proposer une trêve à l'Empereur, au nom du Roi son maître, assurant qu'il en profiterait pour traiter de la paix. L'Empereur, dontc'était le plus grand désir, accorda surle-cbamp la trêve demandée , à ta. s,eule condition qu» les Suédois resteraient indifférens au sort des ville» d» Culbarg et d» Danuick.

ment, ni indirectement, aucuns secours aux ville» de^Colberg et de Dantzick; convaincue enfin que par la position des choses, tout espoir de sauver la place est perdu, elle sacrifierait à l'intérêt des pauvres habkans, et a la conservation d'une des villes les plus importantes de la monarchie prussienne, la gloire de prolonger sa défense de quelques jours. C'est dans cette persuasion que je somme aujourd'hui Y. E. de me mettre de suite en possession de Dantzick , ainsi que des forts de Bisehofberg , Weichselmunde , et de Newpharvvassen. »

Mais le général auquel s'adressait la sommation, était ce même comte de Kalkreuth, qui j honoré dans toute la Prusse pour ses qualités morales , autant que pour ses talens militaires et sa froide bravoure, avait été nommé par son roi, président des différons conseils de guerre assemblés pour juger les gouverneurs coupables ou malheureux dans la défense des places confiées à leur dénouement. C'est lui qui naguère encore venait 4e signer les arrêts de mort des commandans de Custrin , de Stettin et de Spandaw. Le général Kalkreuth avait donc , sur les devoirs de sa situalion, des principes trop rigides pour qu'on pût •espérer qu'il rendît Dantzick à la première sommation; aussi refusa-t-il xie recevoir l'adjudantgénéral Aymé , qui s'était avancé en parlementaire, sur les trois heures après midi, pourla lui

présenter, et se contenta d'envoyer un officier pour prendre sa lettre. Le général Kalkreuth fit sur -le -champ au maréchal la noble réponse suivante :

M. le maréchal,

Un guerrier expérimenté comme votre excellence, sait, aussi bien que moi, qu'aucun gouverneur ne doit et ne peut se rendre , avant qu'une brèche dans les ouvrages de fortification soit praticable à douze hommes de front. Je suis très-éloigné de croire que V. E. attende une lâcheté de moi, puisqu'elle paraît vouloir me rendre justice. Vous voulez que je nie sacrifie à l'avantage des habilans de Dantzick que vous avez ruinés : ils n'ont plus rien à perdre , et sont, ainsi que moi, en position d'attendre tranquillement l'issue de la guerre. »

Le maréchal Lefebvrese décida alors à recommencer le feu de toutes ses batteries. Les charges se multiplièrent jusqu'à onze heures dans la nuit , avec une inteusité et un succès effrayant: le feu prit dans plusieurs endroits de la place ; les flammes qui s'élevaient par tourbillons, et la fumée épaisse qui enveloppait toute la ville , annoncèrent aux assiégeans que leurs bombes et leurs boulets faisaient dans cette malheureuse cité un ravage épouvantable. Cependant, les généraux d'artillerie, d'après les observations faites

pendant la durée du feu , reconnurent la nécessité de construire une nouvelle batterie entre les flancs bas du Stolzemberg , ils changèrent en même temps la direction des pièces des redoute» A et B, afin de pouvoir battre désormais le baslion de droite du Bischofberg, qui incommodait beaucoup les batteries.

Désirant de faire une diversion à ce bombardement destructeur, le général Kalkreuth ordonna une sortie qui eut lieu sur les minuit. Le capitaine du génie , le Blanc , avait profité du feu pour pousser les travaux du Hagelsberg , et déjà il avait avancé les cheminemens de 20* toises vers la place , et avait fait des amorces sur la troisième parallèle , lorsque l'ennemi sortant tout-à-coup de Dantziek. , vint l'attaquer à l'iniproviste et interrompre ses travaux. Plusieurs sapeurs furent tués en se défendant avec vigueur. Le sergent de sapeurs, Thomas, dont nous avons déjà signalé le zèle et la bravoure , fut grièvement blessé d'une balle à la cuisse , en ralliant les travailleurs sous la fusillade qui ne cessa qu'au jour. Les généraux du génie demandèrent pour lui la croix cl le gradé de lieutenant en second.

Le 26 avril, le major-général de la grande armée, Berthier, prince de Neufchàtel, vint voir 3a tranehée , et la présence de l'intime ami de rj\mpcrcnr inspira une nouvelle ardeur aux soldats.

Les travaux de la basse Yistule, qui tendaieut à assurer la droite du camp dans V\\e , furent continués. Ou reconnut sur la rive gauche que les eaux étant baissées, on pouvait s'avaucer sur la digue jusqu'au dessous de l'embouchure du canal. Il fut donc arrêté qu'on y établirait une batterie, et qu'on profiterait de la digue ellemême, pour y communiquer par une gabionnade.

Un convoi venu de Varsovie , donna le moyen d'augmenter de sept le nombre des bouches à feu battant le front d'attaque, et d'armer les nouvelles batteries. Six pièces de canon furent ajoutées à celles déjà en batterie sur le Stolxein-* berg.

Le feu avait été très- vif pendant toute la journée , et les assiégés y avaient répondu avec avantage (1). Us s'étaient également appliqués à troubler les travailleurs de la troisième parallèle, par la mousqueterie des palissades, les obus et la mitraille des remparts. Cependant les assiégeans avaient continué leurs travaux , et poussé huit boyaux de communication à la droite, pour

(1) Une bombe tomba sur une baraque qui renfermait des obus de 24 j et y In^ 'e fëu. ^n pouvait s'attendre à une explosion terrible. Cependant le capitaine Lorge et les deux canonniers Duquenoy et Bourgeois , de la 16e. compagnie du 7e. régiment, eurent l'audacieuse témérité de se jeter dans la baraque enflammée,, et réussirent à eu retirer toutes les Laisses d'obus.

reprendre la parallèle , lorsqu'à sept heures du soir le feu dos assiégés cessa tout-à-coup , et fut remplacé par un profond silence. Un tel changement dans les dispositions de l'ennemi fit soupçonner au colonel du génie , Lacoste , aidede-camp de l'Empereur, et commandant la grande attaque, que les Prussiens méditaientune sortie, et de concert avec le général Menard , commandant de tranchée , il prit les précautions suivantes. Cent cinquante hommes du 12e. régiment d'infanterie légère furent placés dans les boyaux de gauche de la troisième parallèle , sous le commandement du capitaine Perrin 5 cent voltigeur» du même régiment occupèrent ceux de droite , sous les ordres du capitaine Durosnel; des réserves dirigées par les deux aides -de - camp du général Menard , furent placées à droite et à gauche, tandis qu'une compagnie de carabiniers , aussi du 12e. régiment, devait occuper le centre. L'ordre fut donné à ces divers détachemens de laisser avancer l'ennemi dans les tranchées , qui n'étaient cependant pas achevées, et de l'attaquer ensuite vivement par ses deux flancs , pour couper la tête de sa colonne.

A dix heures du soir , un petit poste placé en avant , ventre à terre , vint annoncer, en se repliant, que l'ennemi sortait, et qu'il avançait en colonnes par peloton la baïonnette en avant. Six cents grenadiers , l'élite de ïa garnison, pré-

(«9) cédaient cette colonne, et étaient suivis de deux cents travailleurs , armés de pioches et autres outils.

Les travailleurs des assiégeans s'étant retirés ; l'ennemi enfila la partie de la parallèle de droite déjà creusée ; mais au moment où il se préparait à la détruire , les troupes en embuscade franchirent les épaulemens qui les cachaient, et abordèrent les assiégés à la baïonnette , et sans tirer un coup de fusil. L'ennemi culbuté par cette attaque terrible , se replia confusément sur une forte réserve qu'il avait vers son chemin couvert. Une fusillade meurtrière s'engagea ausilôt j mais déjà la colonne attaquante était coupée. Elle essaya vaiuemeut de se soutenir, en tiraillant sur la gauche; les six cents grenadiers de la garnison furent presque tous obligés de mettre bas les armes. Les capitaines Perrin et Durôfenël , l'aidede - camp du général Menard , Travers , les chasseurs Tiris et l'Estérade, les sergens de sapeurs Yernon et Geoffroy, méritèrent d'être cités honorablement dans le rapport de cette affaire. Yernon ^ sergent-major de la ire. compagnie et du 2e. bataillon , avait reçu trois coups de baïonnette, après avoir tué un officier prussien qui le sommait de se rendre.

Le 27 au malin, le général Kalkreuth envoya demander une suspension d'armes pour enterrer ses morts. En lui répondant qu'il lui accordait une trêve de deux heures pour remplir ce

triste devoir, le maréchal faisait au général pn» «en des reproches sur la conduite de ses troupes : après lui avoir dit que sa propre humanité l'engageait à lui accorder sa demande, il ajoutait le passage suivant, trop honorable aux troupes françaises, pour que nousne le consignions pas ici : « Si quelques reproches d'inhumanité peuven-t être adressés, je ne pense pas que ce puisse être à nos troupes : elles ont cessé leur feu cette nuit, en s'apercevant que les vôtres enlevaient leurs morts, et ont été assaillies d'une grêle de balles en cherchant à sauver quelques malheureux blessés , ce qu'elles ont cependant effectué, malgré tout ce que les vôtres ou fait pour les en empêcher. Enlin , le soldat français a toujours été humain , et c'est sous ce rapport qu'il s'est surtout fait toujours conuaître. »

Cette suspension d'armes fut utile aux assiégeans, en ce qu'elle donua au génie et à l'artillerie la faculté de visiter le front de leurs ouvrages, et d'y apporter les changemens jugés nécessaires. On reconnut de nouveaux e m place mens de batteries à ricochet , et les tranchées qui devaient les lier aux parallèles. On profita également de cette trêve pour lier par un boyau la gauche des deux batteries du StoUemberg à l'attaque du Bischofberg j l'artillerie porta en avant, dans la place d'armes, entre la deuxième et la troisième parallèle , des mortiers , des obusiers, et trois'pièces de douze.

( Qi ) A l'attaque de la basse Vistule, on enleva à l'ennemi la langue de terre qui est à l'extrémité de l'île d'Holm ; on isola cette langue de terre par une coupure qui la mettait hors d'atteinte des entreprises ultérieuresde l'ennemi , et Ton rendit ainsi pins immédiate la communication entre les deux rives. Ce travail fut parfaitement dirigé par le chef de bataillon du génie , Sabathier. Mais afin de compléter les facilités nécessaires pour cette communication , qui ne pouvait jusqu'alors se faire que par un détour de plus de huit lieues , on résolut et commença la construction d'un pont de bateaux sur la Vistule, et d'un autre sur le canal.

Le 28 avril, l'ennemi dirigea pendant toute la nuit un feu terrible et continu sur les batteries du Stolzemberg, et contre les batteries A et B : car il s'était convaincu qu'elles finiraient par détruire le bastion de droite du Bischofberg; aussi prit-il le parti d'accumuler sur ce point une artillerie quadruple de celle des redoutes. Les Français ripostèrent cependant avec avantagea ces décharges multipliées. Ils avaient tiré 1019 coups dans la journée du 16 : celle du 27 en consomma 1900.

A l'attaque principale., on travaillait à prolonger la droite de la troisième parallèle , et à élargir quelques communications 5 en prolongeait également un de$ boyaux de la demie place d'ar-

( 92) mes de droite , vers l'emplacement reconnu la veille prmr une nouvelle batterie, lorsqu'à dix heures du soir l'ennemi effectua une sortie considérable sur la troisième parallèle. Ces sorties étaient toujours apprises avec joie par le* Français , qui les regardaient comme autant d'occasions d'obtenir de la gloire. Aussi , à la première nouvelle que deux mille hommes environ s'avançaient sur sa gauche, le major de Tranchée, Rogniat, eut bientôt fait ses (^positions : il se mit à la tête de deux compagnies du 19e. régiment de ligne , et marcha bravement à l'ennemi. Son attaque fut si brusque et si bien appuyée par les troupes de réserve que lui envoya le général Michaud , qu'au bout d'un combat d'une heure à la baïonnette , les Prussiens furent culbutés. Malheureusement une compagnie de voltigeurs s'étant, avec trop d empressement, portée sur les palissades de l'ennemi, se trouva coupée par une réserve, que celui-ci avait cachée dans un ravin; fusillés devant les palissades, et attaqués en flanc par la réserve , les voltigeurs se replièrent en désordre sur les compagnies du 19e. régiment , et y portèrent la confusion. L'ennemi en profila , pour pénétrer dans la partie des tranchées encore imparfaite* il faisait des progrès inquiétans , lorsque le major Rogniat, ayant rallié son monde, et soutenu par le général Michaud , accourut en personne,

attaqua de nouveau les Prussiens, les repoussa et les poursuivit jusque dans leurs ouvrages. Cette sortie valut à l'ennemi une perte de soixante-dix morts, et de cent trente prisonniers. Du coté des Français, le 19e. régiment surtout , perdit aussi beaucoup de monde : parmi les morts étaient le capitaine Sauveterre et le lieutenant Fray. Le lieuteuant de génie , Brenne , jeune officier plein de zèle et de bravoure , quoiqu'à peine sorti de l'école , avait été fait prisonnier , avec un caporal et deux sapeurs (1).

(1) Le maréchal , dans son rapport, citait avec éloge le baron de Stockorn , ma|or badois et majorrgénéral de tranchée; Musin, capitaine de voltigeurs du 19e., pris et repris trois fois ; Quintieux et Aurillac , capitaines^; Dumont , Pillet et Dunio, sergens-majors au 19e., qui étaient entrés dans le chemin couvert avec l'ennemi, et avaient tué six hommes et deux officiers ; Teinturier , voltigeur du 19e, qui avait repris deux fois le capitaine Musin des mains de Pennemi , en tuant à chaque fuis deux ou trois hommes ; et Hatzler , caporal badois du régiment du grand duc héréditaire , qui avait soutenu son poste avec trente-cinq hommes , et avait détruit ou repoussé tout ce qui s'était présenté devant lui.

Le maréchal finissait son rapport par une preuve de modestie aussi rare que remarquable. Il avait auprès de lui au camp son fils unique. Cet intéressant jeune homme n'était encore que capitaine et aide de camp de son père, et n'avait obtenu aucune décoration dans toutes les affaires, quoiqu'il s'y fût montré digne du non^qu'il portait ; toujours prêt à s'élancer où le danger lui paraissait le dus pressant , il avait déjà eu trois chevaux tués sou* ui depuis le commencement du siège. Dans cette dernière action il s'était ptécipité à la tête d'un détachement , et avait puissamment contribué à repousser les Prussiens. Malgré tant de motifs pour louer son lils ,

Les combals de la nuit avaient empêché de pousser les travaux avec l'activité ordinaire. Cependant, le 29 au jour , on avait prolongé de 20 toises les travaux de la sape , sur la droite et sur la gauche de la troisième parallèle.

De nouveaux convois d'artillerie arrivés dans cette même journée, servirent à augmenter les moyens d'attaque des assiégeans. Les généraux d'artillerie s'occupèrent du soin de les distribuer dans les lieux où ils étaient nécessaires.

Pendant la nuit, et à l'attaque principale, 011 entama la partie circulaire sur le saillant de la demie-lune du Hagelsberg; on disposa le parapet de la troisième parallèle pour recevoir des tirailleurs ; on la borda de sacs à terre, et après l'avoir élargie , on y forma des banquettes. A la fausse attaque, on prolongea vers la droite les tranchées qui couvraient les batteries du Stolzemberg.

Le 3o , les batteries françaises, augmentées de plusieurs pièces , froudroyèrent la place avec plus de vigueur encore que jamais. Le feu se renouvela dans Dantzick, et ce ne fut qu'avec des peines infinies que les assiégés réussirent à l'éteindre. Les commandans d'artillerie française

le maréchal avait jusqu'alors gardé le silence sur son compte. Cette fois seulement il disait à la fin de son rapport:» Le fils du maréchal Lefebvre s'est pécipité, à la tête d'une colonne. »

établirent, pendant cette journée, deux nouvelles batteries, l'une dans la deuxième parallèle, et l'autre en avant de celte même parallèle ; plusieurs pièces de trois furent disposées aux extrémités de la troisième parallèle, pour les flanquer contre les sorties. Deux batteries furent élevées aux extrémités des deux places d'armes, eulre la deuxième et la troisième parallèle, pour balayer les branches des chemins couverts de la demi- lune, et battre les réduits en charpente qui étaient dans la place d'armes rentrante.

De leur côté, les assiégés avaient répondu par le feu de toutes leurs batteries à celui des assiégeais. S'étant trouvés très - incommodés des décharges de la redoute A, ils dirigèrent contre elle plus de vingt pièces de canon. Sur le soir, les tirailleurs de la place se répandirent dans les chemins couverts, et ne cessèrent d'inquiéter les travailleurs français par le feu roulant de leur mousqueteriej les assiégés lançaient en même temps une si grande quantité de pots à feo ? qu'on vovait clair comme en plein jour. Cependant les assiégeans établirent les communications de la deuxième à la troisième parallèle. Us débouchèrent à la sape pleine des deux points de la troisième parallèle, pour s'avancer sur la capitale de la demi-lune par une portion circulaire. A la fausse attaque , on donna plus t'o profondeur aux boyaux de communication de la

batterie de sept pièces du Stolzemberg , avec celle qui se trouvait en avant. Sur la rive gauche de laVistule, on perfectionna et élargit la communication de la digue, et on continua le travail de la traverse de l'entrée delà redoute F. Le ier. mai, dès la chute du jour, ou s'occupa de la batterie, et on commença les parapets du coté de la rivière. L'artillerie avait continué son feu sur la place , çt les assiégés lui avaient répondu avec vigueur : plusieurs canonniers Français avaient été tué* ou blessés. Le maréchal. Lefebvre , fatigué de voir que le siège traînait en lougueur , réunit chez lui les généraux Chasscloup et Lariboissière, et ceux de leurs officiers qu'ils jugèrent utile d'y appeler pour se concerter sur les moyens de réduire enfin Dantzick. Il fut reconnu que les fortifications étant en terre , étaient, pour ainsi dire , à l'abri de l'artillerie , et qu'il fallait , au moyen des travaux du génie, essayer de détruire les palissades et faciliter à l'infanterie l'assaut de* ouvrages extérieurs. Le général Chasseloup-Laubat reçut donc l'ordre d'imprimer à son arme une nouvelle activité.

Le p. mai , le travail de la sape continua d'éprouver de grandes difficultés. Le canon de l'ennemi renversait les gabions à mesure qu'on les posait.

Pendant la nuit , les deux têtes de sape de la circulaire, sur le saillant de le demi-lune, furent

rejointes , et l'on amorça à l'extrémité gauche de la troisième parallèle une portion de sape , pour tenter de gagner l'angle saillant du chemin couvert, vis-à-vis le bastion de droite.

À trois heures du malin, l'ennemi fort de deux cents hommes, vint attaquer les travailleurs des assiégeans, à la droite de la petite e'glise brûlée de Stolzemberg. L^s travailleurs, conduits par le capitaine de sapeurs Boisaubert , et renforcés par quelques hommes du 2e. régiment d'infanterie légère et du 3e. d'infanterie polonaise , commandé par le capi'.aine Kzergériski , s'opposèrent vigoureusement à cette attaque de l'ennemi. Le capitaine Boisaubert, faisait des prodiges de courage, lor^qu'atteint d'un coup de feu, il fut renversé mort. C'était un des ofliciers les plus zélés et les plus expérimentés de l'arme du génie. Cependant sa perte ne ralentit point l'ardeur des Frauçai- . Ils cherchèrent au contraire à venger sa mort, en combattant à outrance les Prussiens, qui furent presque tous tués ou faits prisonniers.

Pendant la nuit du 3 au 4 niai , on travailla avec plus d'avantage, parce que l'ennemi ralentit le feu de ses canons et de sa mousqueterie. Ou déboucha à sape double de la portiou circulaire sur le saillant de la demi-lune. Cj cheminement fut poussé de quatre toises sur le bastion de droite du Hagelsberg. On fit aussi deux tranchées dans la partie droite de la Siège de D.intzick. 7

troisième parallèle , et ou prolongea cette même I èle dans le valon de Scheidlilz.

Le quatre au jour , l'ennemi s'étant aperçu des progrès faits pendant la nuit, commença un feu très-vif d'artillerie , qui fit encore discontinuer la marche de la sape.

A onze heures du matin, une multitude de Cosaques se jettèrentàl'improviste sur les vedettes établies dans la langue de terre près deDantzick , en enlevèrent une et blessèrent grièvement une autre. Mais il suffit aux postes de se réunir pour forcer les Cosaques à prendre promptement la fuite.

Les assiégés avaient continué leurs décharges, Cependant, vers les quatre heures, les batteries de la seconde parallèle réussirent à faire cesser le feu dirigé contre elles, soit en démontant l'artillerie de l'ennemi, soit en bouleversant ses embrasures (1) : la nuit toute entière fut employée à réparer les dégâts de la journée.

(1) Ce même jour le gouverneur de Dantzick , le général Kalkreuth , courut un danger auquel il n'échappa que par une espèce de miracle. Il donnait ordinairement le mot d'ordre dans une casemate du Hagelsberg. Le 4 mai , pendant qu'il allait dans cette casemate avec les officiers d'état-major , une bombe roula et éclata au milieu d'eux. Les généraux Laurenz , de Platen , et d'Arnin furent blessés à mort, et tous les autres atteint? plus ou moins grièvement des éclats du terrible projectile. Le comte de Kalkreuth resta seul sain et sauf au milieu de ses amis > autant effrayés du danger qu'il avait couru que du leur propre.

(99) Tics 5 et 6 mai furent employés à continuel4 les travaux qne l'ennemi, avec une infatigable activité, détruisait à mesure qu'on les terminait. Le général Kirgcuer, dans le précis qu'il a donné du siège de Dautzick. a eu grand soin d'expliquer comment l'artillerie française n'avait point jusqu'alors arrêté les ravages de celle de l'ennemi. « Malgré l'adresse de notre artillerie, dit-il, et la supériorité qu'elle avait dans les salves réciproques sur celle de l'assiégé , celle-ci conservait néanmoins une grande vigueur, parce qu'il n'avait pas été possible de ricocher les lignes de la fortification ; que nous étions obligés de ménager les munitions, et que l'ennemi ayant des ressources immenses , pouvait remettre toules les nuits de nouvelles pièces en batterie , quand on croyait avoir éteint son feu à la fin de Ja journée. » Toutefois, quoique l'ennemi eût fait des décharges continuelles de bombes , de pierriers et de pots à feu, on continua les différentes sapes , et on réussit à s'approcher à six toises du saillant de la demi-lune.

Cependant, ainsi que nous l'avons déjà dit, le maréchal Lefebvre méditait depuis long-temps l'attaque de l'île d'Holm, comprise entre laVistule et le canal de Laacke , que les Prussiens possédaient toujours. Les généraux du génie avaient souvent représenté que , si on parvenait à s'en emparer et à prendre la petite redoute sur la

( ioo ) ri\e gauche, il serait ensuite facile de ccmslruire de nouvelles batteries de revers cou tre le front d'attaque, et inutile désormais d'avoir de continuelles traverses pour couvrir les tranchées de flanc et quelque fois même à dos. On avait surtout senti l'importance de cette conquête depuis qu'on s'occupait de l'établissement de deux ponts de bateaux sur la Yistule*et le canal de Laaeke. La résolution de tenter cette entreprise était donc arrêtée , et l'ordre fut donné pour l'exécuter dans la nuit du 6 ou 7 mai.

Le général de division Drouet, chef de l'état major général , fut chargé de la direction de l'expédition ; l'adjudant général Avmé, eut le commandement des troupes : le général Gardanne eut ordre de le seconder par un passage sur le canal.

L'Ile d'Holni était occupée par quinze cents Russes, cinq cents Prussiens et quelques compagnies d'artillerie prussienne. Quinze canons et cinq obusiers contribuaient à sa défense ; de grands magasins de poudre , de grenades , de boulets y étaient rassemblés. L'île d'Holm enfin «tait une des principales ressources des assiégés.

Cependant huit cents hommes seulement (>)

(1) L'auteur allemand déjà cité , comme s'il eût voulu rel«:ver davantage encore la gloire des Français et rabaisser celle des troupes de sa nation , faffirme que 111e d'Holm fut conquise par deux cents Français et

choisis parmi 1rs différentes troupes assiégeantes, furent rassemblés à huit heures du soir pour attaquer celte importante position. Ils devaient manœuvrer sur la rive droite tandis que le général Drouet ferait attaquer la petite redoute dite de Kalkschantz. A dix-heures du soir, les pontonniers mirent à l'eau douze barques qui pouvaient contenir chacune vingt-cinq hommes. Cinquante grenadiers de la garde de Paris, deux cents hommes du 11e. et 12e. régiment d'infanterie légère et cinquante canonniers mineurs et sapeurs, furent employés dans cette première partie de l'attaque.

A une heure les douze barques s'avancent à la rame : les postes de l'ennemi qui s'aperçoivent de ce mouvement font une fusillade assez vive et tirent deux coups de canon à mitraille (1). Les pontonniers forcent de rames. En cinq mi-

cinquante Badois , armés , dit-il , de leur seule valeur. C'est un bel aveu dont nous prenons acte au profit de qui de droit.

(1) Cependant l'auteur Allemand prétend que tout dormait dans l'île , vedettes, postes et garnison, et que les Français furent maîtres de l'île d'Holm, avant que les Prussiens et les Russes se fussent aperçus de leur présence. 11 assure même, ce que nous nous garderons bien d'affirmer par respect pour le corps vénérable de MM. les officiers prussiens ; il assure que le major Utkens , qui commandait dans l'île , fut surpris au lit avec une ji lie de joie qu il tenait tendrement embrassée^ «t que les Badois, qui le firent prisonnier avec sa nympher s'amusèrent long- temps de leur singulière conquête.

Dûtes le débarquement est effectué. Le capitaine Avy, aide-de camp du général Drouet, marche à la tète des grenadiers de Paris sur la première des redoutes et l'enlève à la baïonnette. L'adjudant général Aymé s'avance en même temps sur la redoute de gauche et le chef de bataillon Roumette sur le retranchement de la pointe de l'île. Avertis par les deux coups de canon à mitraille, les Prussiens et les Russes étaient accourus en bon ordre, au-devant des assaillans , et attaquèrent les colonnes du général Drouet et de l'adjudant général Aymé, en poussant, en signe de ralliement , leurs hurlemens ordinaires de houra ! houra ! A ces cris les Français répondent en battant la charge. L'ennemi attaqué vigoureusement, à la baïonnette , se défendit vainement et fut obligé de se replier sur la grande redoute à la pointe de l'île; mais il fut poursuivi avec tant d'acharnement que les tètes de colonnes françaises entrèrent pèle-mèle avec les Russes et les Prussiens , en poussant à leur tour le cri de la victoire ; i?îçç C Empereur ! Il fut impossible à l'ennemi de se servir de ses canons. Les Français s'en étaient emparés avant que les canonniers eussent pu les tourner contre eux.

Chassés de la redoute principale, les Russes et les Prussiens continuaient à se retirer le long de leurs retranchemens sur la digue du canal, lorsque les troupes du général Gardanne , qui étaient

( io3)

passées clans l'ile en traversant le canal au premier signal du débarquement, leur coupèrent la retraite et les forcèrent à combattre de nouveau. Tout ce qui échappa à la terrible baïonnette française fut obligé de se rendre prisonnier.

Le suecès était donc complet sur la gauche , lorsque le second débarquement , composé de Badois et de la légion du Nord polonaise , commença à s'effectuer. L'adjudant général Aymé le fit aussitôt marcher sur la droite, pour soutenir le capitaine Avy, qui venait de prendre position en avant de la redoute qui servait à l'ennemi de tète de pont, au point du départ du canal. Devenu plus fort au moyen de ce secours, Avy attaqua l'ennemi à la baïonnette et emporta les retranchemens qui protégeaient cette redoute , tandis que le chef de bataillon Roumette , avec trois compagnies de la légion du Nord et une .de sapeurs saxons, l'attaquait sur la gauche. Vainement des obstacles de terrain presqu'insurmontables s'étaient opposés à la marche de cette dernière colonne. Roumette avait franchi un canal très-profond, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Aussi en moins de cinq à six minutes , et malgré les palissades qui la défendaient , la redoute Kalkschantz fut enlevée avec ses canons, et les deux cents Prussiens qui la gardaient furent obligés de mettre bas les armes.

J-»e capitaine Avy continuant ses succès peu-»

( io4 )

dîiDt le cours de celle attaque, avait enlevé \e§ retranchemeus delà dernière redoute. I .,es Russes qui la défendaient opposèrent la résistance la pins opiniâtre* Mais ce fut en vain; attaqués à la baïonnette, ils furent hachés sur leurs pièces, et plus de trois cents d'entre eux furent obligésde se rendre prisonniers. La prise de cette redoute terminait l'expédition d'une manière, glorieuse, et désormais les Français étaient entièrement maîtres de l'île d'IIolm (i).

Ainsi, plus de deux mille Russes ou Prussiens , soutenus d'une formidable artillerie , n'avaient pu défendre leur position contre huit cents Fiançais. Plus de douze cents d'entre eux furent tués , blessés , ou faits prisonniers ; dixsept pièces de canon tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Presque tous les officiers russes avaient perdu la vie en faisant de vains efforts pour rallier leurs troupes et les ramener au com-

() La perte de l'île d'Holin fut pour les Prussiens et les Russes une nouvelle cause de mésintelligence. Les deiix nations se reprochaient mutuellement d'awir été l.s auteurs de ce triste événement. Le gouverneur fut d'ailleurs si indigné de la lâcheté des troupes, que dans tin ordre du jour publié le 7 mai , il les vouait à l'infamie et traitait les fuyards de drôles et de chiens , expressions sans doute peu choisies , mais probablement conformes aux mœurs dis généraux prussiens, qui ont assez l'habitude de regarder leurs soldats comme des machines ou des bêtes de somme. Le comte de Kilkreuth ajoutait même que, [mur signaler ces tâches, il formerait des drôles et des c/iic/is de fuyards un corps particulier qu'il eri\enait à l'ennemi dans les postes les plus dangereux.

bat. Un si grand triomphe était encore rendu plus éclatant par la perte médiocre qu'il avait causé aux attaquans. Les Français ne comptèrent que trente-six blessés et neuf tués , dont un capitaine du deuxième régiment d'infanterie légère (i).

(1) Dans son rapport, le maréchal se louait particulièrement de l'adjudant-général Aymé , du capitaine Avy et du chef de bataillon Armand. Il citait avec éloge Clop et Lapotterie , lieutenans , et ses aides de camp , Ferber , capitaine de cuirassiers saxons, et d'Héricourt , capitaine adjoint , qui étant débarqués les premiers, avaient fait preuve du plus grand courage, et arrêté plusieurs prisonniers; Pati . adjudant-major ; Lagneau , lieutenant ; Michel et Deborthan , sous-lieutenans ; Boucher et Collin , sergens dans le >.e. régiment d'infanterie légère ; Roumette , chef de bataillon ; ocalabrina, capitaine ; Helin , Uhiebaut et Reinhauss , lieutenans ; Veidenelles , caporal ; Shanghi , capitaine , Tyrondelle , lieutenant , et Frédéric , tambour dans la légion du nord ; Daviel , capitaine ; '1 homas , lieutenant ; Andet , caporal , et Sorde , soldat dans les grenadiers du régiment de la garde de Paris; de St. ,Ai:ge capitaine badois ; Aubert, capitaine d'artillerie; Letleic, capitaine de pontonniers ; Tardivi , capitaine du génie ; Salomon , capitaine aide de camp du général Puthod qui entra le premier dans la redoute de Kalkschantz , quoiqu'il ne fût pas encore guéri de ses blessures ; Jacquemart mineur de la 8e. compagnie , qui essaya pendant long-temps , sous le feu de la mitraille et de la mousqueterie , presque à bout portant , de limer la chaîne du bac par lequel l'ennemi pouvait communiquer avec l'île , et qui ne pouvant réussir , coupa à coups de hache le poteau auquel cette même chaîne était attachée.

Enfin un dernier trait que signalait le maréchal Lefebvre , et qui rappelle le dévouement si célèbre du chevalier d'Assas , était celui-ci : Fortunas, soldat au 12e.

( io6) Les assiégea n s s'occupèrent sur -le -champ du

aoin d'assurer leur conquête. Le major du génie, Boissonet, qui avait partout accompagné le commandant de l'expédition et avait fait toutes les dispositions propres à la seconder , fut chargé , après l'attaque , de la direction de tous les travaux jugés nécessaires. Aidé du capitaine du génie Fauvi, aide-de-camp du général Kirgener , il éleva divers retranchemens dans l'île , et retourna les batteries de l'ennemi de manière à les faire servir contre la ville. Boissonet mit tant d'activité dans ces divers travaux? que le 7 mai, à six heures du malin, la redoute de la rive gauche commençait à foudroyer la ville j le pont de radeaux, projeté sur le canal, était achevé , et celui sur la Yistule presqu'entièrement terminé.

Pendant la journée duy, l'artillerie assiégeante dirigea sur la ville le feu le plus violent qu'elle eût encore fait ; il fut si vif et si bien nourri , qu'il parvint à faire taire entièrement celui de l'ennemi. Sur le front d'attaque, des rangs de palissades entiers furent enlevés par les boulets et les éclats

régiment d'infanterie légère , s'était porté en avant ; l'excès de son audace le fait tomber au milieu d'une colonne de Russes qui criaient : ne lirez pas , nous sommes Français. Menacé d'être tué s'il proférait un seul mot , Fortunas s'écrie : tirez , tirez mon capitaine , ce sont des Russes. Le Maréchal ne dit pas si c« brave homme fut vicùme de son dévouement.

( 107 ) de bombe; celles-ci éclataient dans les batteries sans y causer aucun mouvement, ce qui semblait indiquer que l'assiégé les avait abandonnées.

En effet, on le vit travailler à l'armement du corps de la place. Il en était temps ; car , au poiut où étaient parvenus les assiégeans, et attendu le délabrement de ses ouvrages extérieurs, il ne pouvait guère repousser un assaut. L'artillerie française avait tiré , dans cette journée , 2,690 coups, dont i>3i4 de 24 j 64° de 12, 240 de 3, et 469 bombes. Les principaux édifices de Dantzick étaient détruits ; les incendies se propageaient avec un telle rapidité , que tous les soins des assiégés ne pouvaient les arrêter.

Profitant donc de la supériorité désormais incontestable de son artillerie , le maréchal se détermina à tenter l'opération réputée la plus difficile et la plus périlleuse d'un siège, celle du couronnement du chemin couvert. Pour effectuer avantageusement cette opération , il eût fallu cheminer en même temps de la droite de la troisième parallèle et couronner tout le chemin couvert des fronts d'attaques ; maison avait trop peu de troupes pour entreprendre tant d'ouvrages à la fois; la bizarrerie du terrain offrait d'ailleurs des obstacles presque insurmontables , et , dès lors , on s'arrêta à couronner seulement le saillant du chemin couvert de la demi -lune du Hagolsberg. Le colonel du génie Lacoste , aide-de-

camp île l'Empereur et commandant l'attaque, fut chargé de cette opération ; le succès en fut préparé par les sages dispositions des généraux de tranchée et du chef de bataillon du génie Roguiat, chargé, sous eux, de la distribution des troupes pour la garde des tranchées.

On devait d'abord chercher à se rendre maître des mines que les assiégés dirigeaient contre les assiégeans ; on s'était donc préparé la veille , en poussant , avant le jour, la sape debout aussi près que possible du saillant; on devait également se mettre en mesure pour établir <îes batteries directes et d'un effet assuré contre les blockhauses qui servaient de retranchcniens aux places d'armes rentrantes; enfin, on devait reche relier l'origine des feux souterrains de l'assiégé sur lesquels on n'avait que des avis contradictoires.

Dans la nuit du y au 8 mai , deux compagnies du 19e. régiment de ligne, conduites par le chef de bataillon Bertrand, s'avancèrent pour débusquer l'ennemi des deux branches du chemin couvert de la demi-lune 5 il leur fallut braver le feu roulant d'une vive mousqueterie qui partait des palissades, et celui de quatre pièces de canon qui liraient à mitraille ; cependant , protégés par elles, des travailleurs pénétrèrent jusque dans les places d'armes rentrantes, et^ pendant que l'on fusillait derrière les palissades et que l'on y faisait des.

( lo9 ) prisonniers , les sapeurs et les travailleurs du 19*. régiment réussirent à couronner la tête du cliemiu couvert au saillant de la demi-lune.

On éprouva d'ailleurs l'impossibilité d'insulter les deux blockhauscs qui flanquaient les deux brandies du ebemin couvert attaqué. Mais tandis que les sapeurs coupaient les palissades quatre mineurs avec un sergent descendaient dans le ebemin couvert , afin de découvrir les travaux de mine auxquels ou savait que l'assiégé travaillait, depuis plusieurs jours, au saillant que l'on voulait couronner. Il fut reconnu que l'assiégé était entré en galeries par un puils poussé à vingt-quatre pieds de profondeur ; que , du fond de ce puits , partaient des galeries qu'il espérait pousser à cinquante pieds , mais qu'elle* n'en avaient encore que vingt- ciuq. A l'instant où l'on découvrit le puits de mine , le sergent Cbapot , du quatrième bataillon de sapeurs, qui déjà était descendu le premier dans le chemin couvert, s'élança seul au fond de l'abîme, y trouva douze mineurs prussiens , les désarma, et les fit tous prisonniers. La mine découverte était la seule commencée par l'ennemi. Le trait hardi et heureux du brave Chapot débarrassa les assîégeans de la crainte qu'elle pouvait causer.

Les troupes françaises avaient montré un courage et un sang-froid dignes des plus grands éloges pendant cette opération, dont le succès rendit les

assiégeans maîtres des galeries de l'ennemi, ta ehassa du chemin- couvert de la demi-lune, fit gagner l'emplacement de deux batteries importantes^ et força les assiégés d'évacuer, dans la journée, les chemins couverts , et de ne conserver des tirailleurs que dans les blockhauses. La nature du terrain sur lequel les travaux avaient dû cheminer n'ayant point permis de construire un cavalier de tranchée pour préparer et favoriser le couronnement du chemin couvert , l'opération avait été très-meurtrière : plus de quatre-vingts individus, presque tous Français } avaient été tués ou blessés (i).

Le 8 mai, pendant toute la journée, on continua le travail du couronnement du chemin couvert ; on atteignit aussi , par l'autre sape , le saillant du bastion d'attaque.

Cependant différens indices, et l'apparition de plusieurs voiles ennemies dans le Frischhaff , donnaient à craindre, au maréchal Lefebvre, que

(1) Le colonel Lacoste, le chef de bataillon Rogniat r et le capitaine Leblanc , chef de la brigade du génie, s'étaient couverts de gloire. Le maréchal , dans son rapport, les comblait d'éloges , ainsi que le capitaine Beaulieu et le lieutenant Barthelemi , tous deux de l'arme du génie , qui avaient été grièvement blessés. Il citait aussi honorablement le chef de bataillon Bertrand , le capitaine Debacgni , les lieutenans Jeannet et Gruel , les souslieutenans Pelletier et Delard , le sergent Vassa , tous du 19e. régiment de ligne , et le lieutenant Petit , du 12e. régiment d'infanterie légère.

l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse ue formassent quelques entreprises pour délivrer Dantzick. Il invita, en conséquence, le général Oudinot , qui campait à côté , à porter une de ses brigades dans l'île de Nogat , afin de se trouver en mesure de secourir les assiégeans s'ds étaient attaqués par des forces supérieures ; en même temps , il fit la visite géuérale de tous ses postes , et ayant reconnu que la position du général Gardanne était améliorée depuis la prise de File d'Holm, il détacha , de son corps, huit cents hommes, qu'il fit passer sur la rive gauche du canal , avec la dénomination de brigade du centre; le général Desenfant en prit le commandement , -ainsi que de quelques autres troupes du général Schramm , qu'il mit sous les ordres particuliers du colonel Brayer et du chef de bataillon Armand. Ces changemens furent accompagnés d'instructions sévères données au général Schramm pour observer le Frischhaff. Il lui recommandait de baraquer continuellement au milieu de sa brigade dans le Nehring, et de tenir ses troupes dans un mouvement assidu propre à les mettre en mesure de s'opposer avec succès à la moindre tentative de l'ennemi.

Mais afin de presser la prise de Dantzick , autant que pour répondre à l'impatience de l'Empereur qui semblait s'étonner qu'avec des Française le siège traînât tellement en longueur , le

maréchal Lefebvre avait pris la résolution <ïc donner l'assaut au Hagelsberg le lendemain, s'il était possible. Les généraux de génie furent, en conséquence , prévenus de faire toutes les reconnaissances nécessaires, et ceux d'artillerie eurent ordre de redoubler le feu de leurs batteries afin de protéger ces reconnaissances. En conformité de ces ordres , la place, pendant la journée du g mai , fut foudroyée sans interruption j deux pièces des batteries basses de l'ennemi, à gauche du Hagelsberg , furent démontées par les batteries de la gauche de la deuxième parallèle. Ou réduisit au silence les pièces du bastion gauche, de sorte qu'il ne restait plus , sur le front d'attaque , que le feu des trois pièces du bastion droit. Les bombes et les obus avaient fait, dans la ville, un ravage toujours croissant. Enfin, pour enfiler la droite du chemin couvert du Haselsbenj , on établit dans l'île une batterie de deux pièces de douze ', une seconde fut construite à la pointe de la même île pour enfiler et prendre à revers les ouvrages du corps de place qui répondaient au Hagelsberg , et trois pièces de vingtquatre furent mises en batteries sur un mamelon pour battre le gros cavalier delà place.

Au soir, tous les débouchés pour entrer dans le chemin couvert se trouvèrent prêts. Quand la nuit fut close, les généraux du génie ordonnèrent d'y pénétrer. Deux détachcmcns de sapeurs ,

Soutenus par un piquet d'infanterie, poussèrent une reconnaissance sur les blockhauses des places d'armes. Le sergent de mineurs "V'oyer sauta un des premiers dans le chemin couvert , et s'assura que l'ennemi n'avait point préparé de mine au saillant du bastion ; mais les sapeurs et le piquet d'infanterie furent assaillis par le feu des blockhauses qu'ils voulaient reconnaître et par les potsà-feu que lançaient les canonniers des remparts. Ces décharges étaient si violentes, qu'ils furent obligés de rebrousser, après avoir perdu 5 sapeurs et avoir eu 10 blessés , parmi lesquels se trouvaient les sergens Gorius et Schwartz, qui commandaient les deux détachemens de sapeurs. Il fallut faire au dernier l'amputation de la cuisse. La reconnaissance faite pendant la nuit sur les blockhauses avant convaincu les généraux Chasseloup , commandant du génie , et Lariboissière , commandant de l'artillerie , que ces réduits de places d'armes étaient encore fortement occupés par l'ennemi , le maréchal Lefebvre fut engagé par eux à remettre l'assaut du Hagelsberg, et il s'y détermina, aimant mieux reculer de quelques jours la prise de la place, que de prodiguer inutilement peut-être le sang des braves qu'il avait sous ses ordres. On reprit donc le 10 mai les travaux ordinaires, et l'ordre fut donné de cheminer sur les trois saillans à la fois , afin d'embrasser tous les contours du chemin couvert et Siège de Dantzick. 8

( ni)

de détruire les blockhauses par une fougasse ,

lorsque le couronnemcut serait arrivé à leur hauteur, et qu'il n'y aurait plus que 5 ou l\ toises de terre à percer pour placer les barrils de poudre dessous. Mais malheureusement le prolongement de la sape sur le chemin couvert de la face droite de la demi - lune ne put avancer beaucoup , parce que l'ennemi non -seulement culbutait à coups de canon les gabions de la sape , mais qu'il détruisait même avec ses bombes et ses obus le travail fait précédemment. Le capitaine du génie Collet fut blessé par un éclat de ces projectiles.

La position de l'armée assiégeante devenait critique. Le 10, onze bàlimens étaient entrés dans le port qui est protégé par le fort de Weichselmundej le n , 4-5 autres bàtimcns vinrent se joindre aux onze premiers. Ils étaient tous chargés de troupes et débarquèrent au camp de Newpharwassen,, quiheureusement ne conservait aucune communication avec la ville. Mais il était à craindre que ces renforts ne se multipliassent et ne vinssent attaquer le général Schranim dans le Nehring. L'impossibilité de résister avec la seule armée de siège eut donc pu donner les plus vives inquiétudes au maréchal; toutefoisse confiant dans le génie de l'Empereur, auquel il s'empressait de faire part de sa situation ,il attendit avec sécurité les secours qu'il sollicitait , et ne s'oc-

( >'5) cupa nue de continuer les travaux du sié«e.

On les reprit donc avec ardeur pendant la nuit du là au 12 ; mais il fut impossible de travailler au prolongement de la sape du centre. Les assiégés y jeltaient une si grande abondance de grenades et de bombes , que six toises au moins de la tète en furent comblées. Toutefois en avança le couronnement du bastion d'attaque.

Les desseins de l'ennemi , en débarquant au port de YY eichselmunde n'étaient plus douteux. Ils venaient dans l'espoir de dégager Dantzick et de forcer les troupes du mare'chal Lefebvre à uns honteuse retraite. Le projet de ce secours et son mode d'exécution avaient été discutés dans un grand conseil de guerre tenu à Bartenslein quelques jours après l'arrivée de l'Empereur Alexandre. Ce monarque , celui de Prusse et le prince Constantin, frère d'Alexandre, y assistèrent. Les dangers quela ville de Dantzick courait fuient le principal objet de la discussion , et il fut reconnu qu'on ne pouvait secourir Dantzick que de deux manières. La première , en attaquant l'armée française , et pour y parvenir il fallait traverser la Passarge et courir les chances d'une bataille générale dont l'issue devait , en cas de succès , forcer l'armée française de découvrir le siège. Mais comme l'espérance (l'un pareil succès était plus que douteuse , le conseil avait préféré la seconde manière , qui consistait à faire des

efforts pour attaquer l'armée de siège par mer. En conséquence de cette décision , le général Kaminski s'était embarqué au port de Pillau avec deux divisions russes, composées de douze régimens nationaux, et de plusieurs autres rétiniens prussiens , formant ensemble un total de plus de vingt mille hommes. Soixante-six bâlinieus de transport, escortés de trois frégates, avaient , ainsi que nous l'avons déjà indiqué , débarqué ces troupes à l'embouchure de la Vistule , au port de Dantzick, et sous la protection du fort de Wcichselmunde.

Cependant le 12 mai au matin ^ les secours attendus de la grande armée française n'étaient pas encore arrivés, et déjà l'ennemi avait opéré presque en entier son débarquement : le danger était imminent; à chaque instant , la faible armée du maréchal Lefebvre pouvait se voir forcée de changer de rôle, et d'assiégeante devenir assiégée. La situation était d'autant plus embarrassante pour le maréchal, que n'ayant pas asssez de troupes pour faire face sur tous les points menacés , et ignorant de quel côté attaquerait l'ennemi , il ne pouvait que très-difficilement faire ses dispositions de défense. Le général Kaminski pouvait attaquer , ou l'armée de siège proprement dite , ou les troupes qui occupaient le Nehring, sous le commandement du général Schramm, oy les deux corps dans le même moment. Cependant ,

prévoyant que les efforts C-e l'ennemi se porteraient d'abord sur le Nehriug, c'est surtout de ce coté qu'il dirigea son attention. Le général Gardanne, dont la position était plus rapprochée du camp retranché de Newphanvassen , fut en conséquence renforcé du régiment de la garde de Paris , de deux bataillons complets de la légion du Nord, et d'un escadron du 19e régimeut de chasseurs à cheval , qu'il lui envoya (1). Le maréchal donnait en même temps au général Schramm, qui commandait en chef dans le Nehring, toutes les instructions qui pouvaient le mettre à même de se. défendre avec plus d'avantage .

(1) En lui envoyant ce renfort, le maréchal écrivait au général Gardanne : « Ils sont tous vieux soldats , tous braves. Je tiens en outre en réserve un bataillon de grenadiers pour aller à votre secours dès que vous serez attaqué , si je ne le suis pas moi-même au même moment. J'espère que le brave Gardanne et le brave Schramm ne quitteront qu'à la mort un poste auquel je mets tant de prix n. Dans cette même lettre , monument précieux pour l'histoire , on voit quel intérêt le maréchal portait à tous ses soldats , et avec quelle sollicitude vraiment paternelle il s'informait de tous leurs besoins. « Faites venir votre commissaire des guerres , dit-il à la fin de sa lettre ; voyez avec lui la nourriture des soldats. Ils ont tant à souffrir ! que du moins on leur donne tous les adoucissemens possibles. Si vous n'avest pas tout ce qui leur est nécessaire , envoyez chercher ici, je partagerai avec vous ». Un général qui portait à ses troupes un tel intérêt ,. ne devait-il pas en être adoré ? Presque tous les guerriers Français ont mérité cet éloge. Aussi leurs soldats juraient-ils toujours avec eux de vaincre ou mourir pour la patrie et pour l'honneur.

Détermine à s'ensevelir sons les murs de Dantzick, plutôt que de lever le siège, le maréchal Lefèbvre , dans le noble enthousiasme qui l'animait, disait aux généraux, aux officiers et aux soldats , qu'il passait en revue : « Tant que nous vivrons nous n'abandonnerons rien à l'ennemi : chacun défendra son poste jusqu'à la mort. :» L'ardeur martiale du maréchal semblait avoir enflammé toutes ses troupes • toutes répondaient à sa généreuse proposition , par les cris de Vaincre ou mourir !

Mais un si beau dévouement ne fut point mis à l'épreuve, et l'Empereur n'abandoaua pas les braves soldats qu'il avait devant Dantzick. Il n'avait pas plutôt appris le départ de Pillau , du général Kannnski , qu'il avait donné l'ordre au maréchal Launes , qui commandait le corps de réserve de la grande armée, de se porter de Marienbourg , où. son quartier général était établi sur Dantzick, et d'appeler à lui la division du général Oudinot , afin de renforcer Parmée assiégeante. Le brave duc de Moniebello avait aussitôt forcé sa marche , et ses preiuièr es colonnes arrivèrent le 12 mai devant Dantzick, au moment même où le maréchal Lefèbvre et ses dignes soldats prévient ensemble le sublime serment de vaincre ou de mourir. La présence inopinée de ce secours qu'on n'osait plus attendre, fil élever jusqu'au ciel les cris de joie et de

reconnaissance de l'armée assiégeante. Le maréchal s'était jeté dans les bras du valeureux Lannes et du brave Oudinot , qu'il appelait avec tant de raison le chevalier sans peur et sans reproche. A la vue de cette scène touchante , ces mêmes soldats qui avaient supporté stoïquement l'aspect d'e tous les dangers , versaient maintenant des larmes d'attendrissement. De ce moment la victoire ne devait plus être incertaine.

Pendant la nuit qui suivit , l'artillerie et le génie continuèrent leurs travaux avec une nouvelle activité ; les descentes dans le chemin cou- • vert furent amorcées , et l'on rejoignit les deux têtes de sape du couronnement. Ces différons travaux furent souvent troublés parles assiégeans; plusieurs travailleurs furent tués, et le sergent Chappot fut blessé à la tête d'une des sapes.

L'artillerie commença deux nouvelles batteries d'obusiers pour enfiler les chemins couverts et les fossés des bastions du front d'attaque, dont une dans la troisième parallèle et l'autre au couronnement du chemin couvert du bastion.

Le i3, au matin, les maréchaux Lefebvrc et Lannes tinrent conseil sur les dispositions à prendre pour repousser l'ennemi j elles furent ensuite exécutées sur tous les points où l'on pouvait soupçonner qu'il se présenterait, avec un zèle , «n ordre et un concert qui faisaient le plus

giand honneur ai:x troupes françaises et aux deux maréchaux. Le général russe qui, en partant de Pillau , ignorait l'occupation de l'île d'Holm et venait d'apprendre l'arrivée des renforts 3 parut déconcerté de ces. deux événemens ; il mit la plus grande timidité dans ses manœuvres, et se tint prudemment retranché dans le camp de Nevrpharwassen. Les assiégeans ne purent remarejuer qu'un passage fréquent de barques entre le camp et Weichselmunde. Il paraît aussi que le général Kaininski attendait , pour agir, qu'il eût communiqué avec le comte de Kalkreuth ; mais cette communication , ne pouvant se faire que par des signaux , était devenue tiès-diflieile (1).

Pendant tonte la journée , les assiégés rirent un feu très-vif «le mousqueterie , de bombes et de grenades qui empêcha la continuation de la sape. A cinq heures du soir , le capitaine du génie Paporet , aide-de-camp du général Bertrand, atteint d'un boulet, fut renversé sans vie. Cet officier, de la plus grande distinction, emportait avec lui l'estime générale de l'armée et les regrets de tous ses camarades.

Ci) Il v avait repensant entre' Dantzick et WeichseU mur.tle une communication télégraphique. Mais soit que les Prussiens et les Russes n'entendissent rien à faire les signaux convenus , soit qu'ils fussent interceptés par des causes fortuites, les Dantzickois en attribuaient la faute aux Russes de Weichselmunde , et ceux-ci réciproquement fc'en prenaient aux DantzickoL».

Pendant la nuit on déboucha des deux pointes de la sape pour entrer dans le chemin couvert du bastion , et dans celui de la place d'armes , vis-à-vis des blockhauses; on perça aussi le couronnement du chemin couvert en différens points pour arriver jusqu'aux palissades et travailler à les enlever. Leur énorme grosseur fit que, dans le premier essai , trois hommes employèrent pins de deux heures pour en couper trois à grands coups de hache ; l'un des trois sapeurs fut même tué. Cet essai malheureux prouva qu'une attaque de vive force était impossible avant que ces palissades fussent ruinées. On se rappela alors qu'en 1784 , les Russes, parvenus à la troisième parallèle, ayant voulu tenter un assaut, y avaient perdu cinq mille hommes, et s'étaient vu obligés de rentrer dans leurs tranchées.

A minuit, l'assiégé, devenu audacieux par la présence de l'armée de renfort , fit une petite sortie , et pénétra jusque dans la tête de la sape qu'on avait cru menacée par les mines. Une compagnie du 12e. régiment d'infanterie légère le chargea aussitôt à la baïonnette , le culbuta , et le repoussa jusqu'à ses palissades, après lui avoir tué quatorze hommes.

Le ]4 mai, les sapeurs débouchèrent sur le saillant de la place d'armes rentrante par une sape de bout 5 ils la poussèrent jusqu'à trois pieds de la palissade, et firent une traverse à une

batterie d'obusiers établie au couronnement du glacis des demi-bastions de droite; ils poussèrent aussi un boyau , suivant le contour de la hauteur , afin d'y placer du monde pour soutenir l'unique pièce qu'on eut pu établir vis-à-vis le flanc qui défendait le passage du fossé. Le terrain était tout à l'avantage de l'assiégé ; aussi l'artillerie française ne parvint-elle que par une constance et des efforts inouis, à placer un obusier dans ce logement rétréci et prolongé par le bastion .

Les travaux de la basse Yistule 7 devenus plu* inléressans depuis l'arrivée des Russes j furent continués avec activité j cinquante hommes do la grande redoute E se réunirent aux sapeurs pour terminer la communication en arrière , et l'on planta la palissade sur les trois quarts de la gorge ; quatre-vingts hommes de la garde de Paris, réunis aussi aux mineurs ?- détruisirent les abris qu'offraient les chemins couverts de l'ennemi , et renforcèrent le parapet opposé à la place.

Divers mouvemens opérés dans la soirée par les Russes dans le camp retranché de Newpharwassen, donnaient à penser que leur dessein était d'attaquer le lendemain ; en conséquence j le maréchal Lefebvre avait donné ordre aux généraux de faire garnir toutes les redoutes et de se tenir prêts à combattre à une heure apre*

minuit. On ne tarda pas à reconnaître toute la sagesse de cette mesure. Le i5 mai, à 4 heures du matin, les Russes engagèrent la canonnade ; les deux armées étaient ainsi disposées:

Les troupes du général Schramm se trouvaient dans le Nehring ; les Polonais tenaient la gauche et s'appuyaient à la redoute ; au centre se trouvait un bataillon saxon; deux autres bataillons de la même nation, incomplets, formaient la droite; quatre compagnies du 12e. régiment d'mfanlerie légère formaient la réserve et étaient placées en arrière du centre ; une autre compagnie du niènie régiment était sur les bords de la mer avec un escadron du 10/. régiment de chasseurs achevai; quatre compagnies delà lég.on du Nord et la cavalerie polonaise étaient en observation , et faisaient l'intermédiaire entre les troupes du général Schramm et celles du général Gardanne , qui se tenait en mesure aux redoutes de Heubadcn contre une sortie de la ville par le passage de Fcchz.

Le maréchal Lefebvre, avec les troupes de siège, restait dans les ouvrages , et se tenait prêt à repousser la sortie ou à porter des secours s'il eu était besoin.

Le maréchal duc de Montebello et le général Oudinot , sur la gauche de la basse Vislule , attendaient , pour marcher avec leurs troupes , que le danger se manifestât. Ils venaient pour

aider les assiégeans , et non pour leur enlever l'honneur de la victoire.

Le général ennemi Kaminsld était sorti d« YVeichscbminde sur quatre colonnes : la première, formant la droite, se porta à la droite du bois} la deuxième et la troisième se portèrent au centre ; et la quatrième, restant en réserve sur le bord de la mer , parut destinée à observer le mouvement des deux colonnes du centre et à couvrir leurs derrières ; ces quatre colonnes formaient un effectif de près de douze mille hommes. Les avant -postes français furent attaqués avec impétuosité à cinq heures du matin , et le combat s'engagea vivement sur la gauche et sur le centre du général Scliramm j le maréchal Lefebvre s'empressa de le faire renforcer par un bataillou du 12e. régiment d'infanterie légère et deux cents Saxons.

Trois fois les Russes se précipitèrent sur les Français , et trois fois ils furent repoussés avec perte, quoiqu'ils eussent tout l'avantage du nombre. Etonnés des prodiges de valeur de celte poignée de braves, que dans leur orgueilleuse confiance ils avaient cru envelopper, les Russes hésitèrent un moment s'ils recommenceraient le combat 5 enfin , gourmandes par leurs chefs et animés par les coups de plat de sabre que ceuxci leurs distribuaient généreusement 3 suivant l'usage de leur nation , il s'ébranlent une qua-s

( «5) trième fois et reviennent à la charge avec iitl nouvel acharnement. Le combat devint horrible. Le général Schramm , qui n'ignorait pas que de l'exemple du chef dépend souvent la victoire, se précipite lui-même au milieu des rangs, anime ses soldats par ses vives exclamations, et surtout par le spectacle électrique de son intrépidité, et parvient à faire céder aux Russes quelques pas de terrain. L'arrivée de deux compagnies de la garde de Paris, envoyées par le général Gardanne , rauimc encore leur courage et soutient leurs forces presque défaillantes. Les Russes sont de nouveau obligés de reculer j mais soutenus eux-mêmes par toutes leurs réserves, ils résistent à tous les efforts de leurs ennemis, en présentant à la vivacité française l'impassible immobilité des soldats du nord. Cependant le général Schramm commençait à ébranler cette masse vivante , qui tenait ferme derrière son mur de baïonnettes, lorsque les troupes de secours de la grande armée passèrent la basse Vistule , et s'avancèrent sur le champ de bataille. Instruit de la position critique du général Schramm, et des efforts héroïques qu'il ne cesse de faire pour se maintenir^ le brave Lannes et l'intrépide Oudinot n'écoutent que leur courage j tous deux se mettent à la tête de leur ire. brigade, s'élancent au pas de charge, et comme un torrent impétueux, se précipitent au

milieu de la mêlée. Le carnage redouble de toutes parts : un boulet tue et renverse le cheval que montait le général Oudinotj et vient effleurer la tète du maréchal Lannes. S'il eût passé quelques lignes prus Las, l'armée française eût perdu deux ans plutôt l'un de ses plus valeureux capitaines (i). Il n'eu devient que plus terrible à l'ennemi ; le général Ondirrot combat lui-même à pied, et rivalise d'ardeur avec les simples grenadiers. Tant de magnanimité et de vertu guerrière ne devaient point rester sans récompense. Ecrasés et culbutés sur tous les points, les Russes rompent enfin celte ligne, qui semblait indestructible; poursuivis -vigoureusement par les vainqueurs , ils fuient en désordre et sont menés, la baïonnette aux reins, jusque sous le canon de YVeichselmunde. Le champ de bataille était jonché des cadavres de leurs morts et de leurs blessés , dont le nombre montait à plus de 2,;oo; car on avait combattu de part et d'autre avec tant d'acharnement , qu'on n'avait, pour ainsi dire,, point fait de prisouniers. Les Français n'eurent cependant pas plus de 260 blessés et 80 morts , parmi lesquels était le capitaine Paris l'un des officiers polonais les plus distingués de l'armée. L'énorme différence des morts qui

(1) Le maréchal Larmes est mert en 189 , clés suites de l'amputation d'une cuisse nu'un boulet lui avait emportée à la bataille d'Essins.

( 127 ) existe entre les deux partis, a été attribuée au feu terrible que l'artillerie légère française dirigea pendant le combat sur les Russes, et plus encore peut-être à leur déroule causée par la charge du maréchal Lanncs et du général Oudinol. Tous les militaires savent qu'une armée perd toujours beaucoup plus de moude pendant une déroute que pendant un combat; une colonne russe entière, qui filait le long de la mer pour se sauver , fut détruite à la baïonnette.

Les assiégés , sans que nous puissions en dire le motif, ne firent aucune sortie pendant cetto action meurtrière. Les Prussiens, qui, avant l'arrivée de secours, menaçaient sans cesse de détruire l'armée assiégeante , se contentèrent de soutenir les Russes par une vive canounade. Du haut de leurs remparts délabrés et à demi démolis, ils furent témoins du combat, et virent avec consternation s'évanouir leur dernière espérance , sans avoir osé contribuer à la réaliser.

Français, Saxons, Polonais, s'étaient cou- • verts de gloire , sans aucune différence de nation. Les 2e. et i2,e.régimens d'infanterie légère, et celui de la garde de Paris, avaient, par leur intrépidité, donné le temps à la réserve du maréchal Lannes d'arriver. Quatre des aides-decamp du maréchal Oudinot et un du maréchal Lannes, avaient été blessés à coups de baïonnettes. Reconnu depuis long - temps par une

( i*8 ) bravoure au-dessus de toul éloge , le général Schramm ne s'était jamais trouvé revêtu d'un commandement aussi important; il avait prouvé qu'il en était digue. Deux aides-de-camp du maréchal Lefebvre, Montalegier et la Poterie, avaient puissamment aidé le général Schramm j le premier avait tracé les dispositions de ses ordres ; tous deux les avaient exécutés avec une égale valeur (1).

(i) Après ces noms éminemment glorieux, le maréchal citait avec éloge les noms suivans :

D'Arcantel, chef de bataillon; ( hauzane , capitaine, Lebas , lieutenant ; Devaux , lieutenant 5 Fabre , sous-iieutenant; Schret. capitaine; Vinet, sergent-major; Lesileur, carabinier dans le 2e. régiment d'infanterie légère ; Cossin, chef de bataillon ;Berlier , adjudant major ; Armand, capitaine; Villeton , lieutenant ; Joliton , 9ous-lieutenant 5 Grelet, sergent-major; Colombier, carabinier; Roux, chasseur ; Bergeon, voltigeur dans le 12e. régiment d'infanterie légère; Dorrnarowick, major; Krassinx, adjudant- major ; Glaser, capitaine; Zomez-Kierwiéz, sergent; Zoleiki, soldat dans le 2e. régiment d'infanterie polonaise ; Vidal chef de bataillon ,* Leborgne , capitaine ; Trebois , lieutenant ; Levasseur , sous-lieutenant dans le régiment de la garde de Paris: Vogel, colonel ; Ra ah, lieutenant de grenadiers; Rothe, grenadier dans les troupes saxonnes; Carrère , capitaine adjoint à l'état-major de l'armée de siège; de Schcenck, volontaire servant près le marécfeal Lefebvre; Daubenheim , lieutenant de cuirassiers saxons ;Souplet , lieutenant d'artillerie; Zerawietz , chef de bataillon polonais, servant près le général Oudinot; Delachasse, capitaine aide de-camp du général Pujo! ; Verigny , capitaine du 6e. régiment de hussards ; Darmagnac , chef d'escadron, servant près le maréchal Oudinot.

Le Maréchal Lefebvre demandait les décorations pour tous ceux de ces braves qui n'avaient point la croix. L'Empereur s'empressa de réaliser le vœu du maréchal , par son décret impérial de Finckenstcin , en date du 18 mai.

L*attaque faite par les troupes russes débarquées à Weichselmunde, devait être secondée par celle d'un autre corps venant de Pillau par terre, mais dont l'arrivée se trouva retardée. Les premières étaient déjà battues et poursuivies dans leurs relranchemens , lorsque le corps de Pillau s'ébranla pour se porter dans le Nehring. Il était fort de 4°°° hommes , et devait s'emparer des redoutes du Heubaden j mais au premier avis du départ de l'ennemi , le généra Beaumont, aide-de-camp du grand duc de Berg, qui campait à Furstenwerder , avait lui-même prévenu les Prusso-Russes dans le Nehring , les attaqua, les battit, leur fit <oo prisonniers, leur enleva trois pièces de c, non avec leurs caissons, et culbuta le reste vers la pointe de l'île.

Pendant que les troupes françaises avaient ainsi repoussé glorieusement l'ennemi sur tous les points , les tiavaux n'avaient pas été discontinués devant la piace : on avait commencé une mine contre le blockhause de la place d'armes rentrante de droite/ et dans la nuit qui suivit le combat, on ouvrit plusieurs entrées dans le chemin couvert de la demi-lune et du bastion de droite.

Ces derniers travaux ne furent point troublés par l'assiégé. Le maréchal avait d'ailleurs pris ses mesures pour repousser les Russes de Siège de Danizick. 9

( i3o ) Weichselmunde , s'ils étaient tentes de faire un second effort. Toutes les troupes avaient ordre de se tenir sous les armes à deux heures du matin ; mais toute la journée du 16 mai se passa sans que l'ennemi osât faire aucun mouvement et sortir de ses retranchemens.

Cependant pour terminer ce siège , dont les opérations devenaient si intéressantes, on sentait le nécessité d'enlever le Hagelsberg de vive force, et pour faciliter la descente des fossés, il fallait faire sauter le blockhause de l'ennemi dausle chemin couvert. Le maréchal donna augénie l'ordre de tenter cette entreprise. L'opération parfaitement exécutée dans la soirée , ne procura cependant pas tout l'effet qu'on en attendait. La mine que l'on fit jouer , était chargée de 4°° livres de poudre : le blockhause ne sauta pas, et fut seulement fortement endommagé. L'insuccès de cette opération fut attribué au trop de précipitation qu'on avait mis dans le chargement, du fourneau, parce qu'or, craignait que l'ennemi n'éventât la mine ; on couronna de suite l'enionnoir , et on commença un autre rameau au fond de l'entonnoir.

Le capitaine du génie , Migneron , attaché a la division de grenadiers , fut tué dans cette circonstance. Migneron était aussi distingué par ses talen.i dans son arme, que recommaudable par ses vertus privées. Le général Oudiuot vou-

lui assister à ses obsèques avec tout son étatinajor. C'était faire de Mioueron le plus bel éloge.

L'artillerie commença deux nouvelles batteries, Tune de deux pièces de 6 dans la partie gauche de la seconde parallèle , pour contre-battre les batteries basses de l'ennemi; l'autre d'un obusier dans le couronnement , près l'angle saillaut de la demi -lnne, pour enfiler la branche gauche de son chemin couvert.

Le pont de radeaux sur la basse Yistule fut enfin achevé , et l'on commença une tête de pont sur la rive ganche.

Le 17 mai, à quatre heures du matin , les assiégés dirigèrent sur les travaux des assiégeaus un feu violent d'artillerie et de mousqueterie. En même temps on apercevait sur tous les points des dispositions menaçantes j des pelotons de cavalerie s'avançaient > comme pour charger les avant-postes, sur la rive gauche de la Vistule. Trois colonnes d'infanterie sortaient Ae Weichselmunde , sans néanmoins quitter les approches du fort ; tous ces mouvemens opérés sur terre , semblaient combinés avec ceux de la mer. Un gros bâtiment anglais s'approcha de manière à protéger la côte , près de Newphar- Avassen , et canonnait par intervalle les postes placés près de la plage. De nombreuses embarcations passaient de la rive gauche à la riv«

( i3a) droite ; on n'aperçut cependant que 80 hommes de cavalerie, postés à Weichselmunde. Sans doute les autres avaient fait leur mouvement pendant la nuit. Trois galiotes et un bâtiment suédois à trois mâts, partaient de la rade, et deux autres y rentraient. En un instant toutes les troupes de siège se portèrent sur les points indiqués, et se préparaient à bien recevoir l'ennemi, quand, après quelques heures d'attente, on le vit se retirer, sans avoir osé rien tenter.

A la Prêche , les assiégeans redoublèrent d'activité , pour continuer la sape qui devait déboucher sur ie chemin couvert de la face du demibastion de droite. On poursuivit le travail entrepris à l'entonnoir de la mine, qui devait conduire jusqu'au blodkhause de la place d'armes rentrante de droite ; on y plaça [quatre châssis , sans que l'ennemi pût en empêcher par ses contremines* Ce travail coûta la vie au lieutenant du génie Tholozé 5 ce jeune homme , dont le père et le frère aîné étaient morts au service de leur oatrie, était digne de son honorable famille. Trois mineurs furent blessés près de lui.

L'artillerie de l'ennemi avait fait des dispositions pour protéger les tentatives projetées par les troupes. Deux canonniers furent tués, et deux auircs .ole^és 5 sept pièces liraient sur les batteries et dans les ouvrages bas des assiégeans j

(i33) ceux-ci s'empressèrent de diriger contre ces batteries toutes les pièces qui pouvaient les apercevoir; le feu des Français devint si fort, que sur le soir les assiégés se virent contraints de cesser le leur.

A sept heures, ils voulurent se venger en faisant une sortie de leurs fossés , sur le couronnement de l'entonnoir, et sur l'obusier placé à l'angle saillant du balcon. Cette sortie réussit d'abord, et l'obusier fut encloué sans aucune résistance, parce que le 72e. régiment, qui venait de relever la tranchée , s'y trouvait pour la première fois, et n'avait aucune habitude de ce genre de service j mais les Français ne tardèrent point à se rallier, et étant revenus à la charge, ils tombèrent sur l'ennemi , et le forcèrent bien vite de rentrer dans la place.

Le 72e. régiment avait été vigoureusement secondé dans cette dernière action par les sapeurs de tranchée. Ces braves firent des prodiges 5 aussi eurent - ils six hommes blessés et un tué. Une bombe , qui creva l'entrée d'une des galeries de mines, étouffa en outre un mineur et en blessa trois autres. Le sapeur Revinglione, Piémontais , s'étant élancé sur cinq Prussiens qui enclouaient l'obusier , en avait tué deux et avait forcé les trois autres à se retirer. Le lieutenant Mai echt, le sergent de mineurs Didier et le sergent Silve du 2e. bataillon , avaient seuls dé-

fendu le débouché de l'entonnoir, et réussirent à empêcher l'ennemi d'y pénétrer.

Le 18, après des travaux et des peines infinies, les assiégeans pénétrèrent enfin jusqu'au pied du blockhause que l'ennemi occupait encore , *-.t d'où il pouvait fusiller les travailleurs presqu'à bout portant. On y mit aussitôt le feu avec des fascines goudronnées. Cette dernière opération était d'autant plus facile, qu'on avait fait un approvisionnement considérable de fascines pour le passage du fossé. Il s'en trouvait plus de 2000 de rassemblées dans le couronnement et dans les cheminemens. Les assiégeans s'occupèrent sur-le-champ de faire un débouché blindé pour entrer dans le chemin couvert qui, n'ayant point de traverses , n'offrait aucun moyen de se défiler. Mais l'assiégé dirigea presque aussitôt un feu d'artillerie si terrible, qu'il renversa de nouveau le passage qu'on venait d'ouvrir et culbuta uue partie des ouvrages environnaus. Il fallut donc recommencer ce qui venait d'être achevé. Les assiégeans, pendant la nuit qui suivit, commencèrent deux galeries dans le couronnement^ avec le projet de déboucher de chacune dans deux rameaux, et de renverser par quatre fourneaux une poriion de la contrescarpe dans le fossé et faciliter l'assaut. Cette opération était périlleuse à cause des décharges de mitraille qui ne discontinuaient pas: cependant le caporal G.aucia, aidé

( i35 ) seulement de Irois sapeurs et desix hommes d'infanterie , eut le bonheur de réussir. Dans la crainte que l'ennemi ne se servît encore de son ancienne mine , et afin de la bouleverser , on jeta une bombe dans le puits qui y conduisait.

Pendant cette même nuit, l'ennemi ne se servit que faiblement de son artillerie , tandis que celle des Français faisait dans la place un ravage toujours croissant. Les assiégés n'avaient plus sur le Hagelsbsrg que deux petites pièces qu'ils promenaient d'une embrasure à l'autre. Deux mortiers seulement se trouvaient encore sur le front, et vers le matin les bombes que l'assiégeant lançait daus leur direction, les forcèrent encore à se taire.

Aux travaux de la basse Yistule, sur la rive gauche , les assiégeans avaient continué l'excavation de la redoute F, et exhaussé le parapet du côlé de la place de la redoute E , dont l'excavation fut également commencée. Les mineurs disponibles furent en outre employés à réparer les ponts et les chemins de l'île d'Holm.

Le 19 , il fut fait une reconnaissance des fossés du Hagelsberg. Les assiégeans, avant de parvenir sur les bords , avaient espéré que la descente en serait peu escarpée et par conséquent facile. Mais l'inspection plus attentive des lieux convainquit que le talu des fossés , quoiqu'en terre, était extrêmement roide et profond de plus de

( '36 ) 27 pieds. On ne pouvait donc tenter d'y descendre avant d'eu avoir adouci la pente. C'est pourquoi les mineurs entrèrent de nouveau en galette , vers le milieu de la face du bastion , et travaillèrent sans relâche à achever ce qu'on n'a\ait pu faire d'abord.

Les assiégeaus commencèrent en même temps une descente dans le fossé du même bastion de droite, et tentèrent égalenieut , mais en vain, de brûler et de faire sauter avec des fascines et des tonneaux de poudre , les pallissades de la face de ce bastion et celles de la demi-lune. Peut être eut-on réussi, si, connaissant d'avance la profondeur du fossé, on l'eût attaqué de plus loin. Maison s'était pressé d'avancer, dans l'espoir de donner l'assaut sans être obligé de suivre tous les détails d'une attaque régulière. Toutefois cette observation ne doit pas faire accuser d'imprévovance les officiers du génie ; car l'expérience prouva depuis que, lors même que l'on eût eu une parfaite connaissance des obstacles fournis par les fossés , il eût été impossible de consommer pour les détruire des munitions que leur rareté rendait précieuses , et que d'ailleurs les palissades étant d'une dimension considérable, n'auraient pu être détruites qu'eu les ballant en brèche à coups de canon , seul moyen d'obtenir des trouées suffisantes ; car les couper avait é;é reconnu impraticable. On prit donc le

seul moyen raisonnable, celai de les déchausser. Sur le soir un événement importaut vint animer encore l'ardeur unanime dont les assiégeant ne cessaient de donner des preuves. La Sans- Peur; belle corvette anglaise , commandée par le capitaine Strachy, armée de vingt-quatre piède canon, et montée par 1 20 Anglais et 4° Prussiens , tentait un dernier effort pour ravitailler Dautzick. Après s'être rapprochée de la pointe de l'île , clic essaya de pénétrer dans la place , et malgré les décharges de l'artillerie assiégeante , elle avait dépassé cette pointe , et continuait à voguer à toutes voiles, lorsque le feu des redoutes et delà mousqueterio françaises l'arrêtèrent. Des grenadiers de la garde de Paris se précipitent aussitôt dans le fleuve , ayant de l'eau jusqu'aux aisselles : ils font un feu violent sur le pont , balaient tout ce qui le défendait, et fermes daus leur position aventureuse, quoique exposés à toute l'artillerie ennemie , ils forcent la corvette d'amener, l'abordent presque aussitôt , et restent maîtres de ce beau bâtiment doublé en cuivre et chargé de ôo milliers de poudre , de boulets et d'un grand approvisionnement d'avoine. Parmi les prisonniers faits sur la corvette anglaise, se trouvaient l'aide-de-camp du général Kalkreuth et celui du prince russe Scharbatow , général major employé dans la place, qui furent tous les deux envoyés à l'Empereur, ainsi que les

( >38) diverses correspondances saisies sur eux, et dont le contenu fournit des renseignemens très -utiles. Ou trouva aussi sur cette corvette un état de la division anglaise qui croisait de vant Dantzick. Elle consistait en six bâtimens , le Sussy de 16 canons , capitaine Chatam ; la Valeureuse de i\ canons, capitaine Mongin ; le Combattant de 24 canons, capitaineKaunsie ; le Faucon, de de 18 canons, càpitaitre Sendel, le Charles de 18 canons , capitaine Etephone , et enfin la Sans- Peur, qui venait ainsi de tomber au pouvoir des Français.

Cette corvette était parfaitement échouée ; cependant les boulets qu'elle avait reçus ne permettaient pas de penser à la remettre à flot , toutefois les assiégés, qui peut-être ignoraient cette circonstance, et pouvaient d'ailleurs espérer de faire sauter les poudres qu'elle avait à bord, tirèrent sur elle pendant deux jours à boulets rouges. Mais les assiégeans avaient eu la précaution d'en retirer sur-le-champ tout ce qu'elle portait de précieux, et l'ennemi consomma vainement ses munitions 5 afin en outre d'empêcher désormais tout autre bâtiment de remonter, on prit le parti de couler la corvette dans l'endroit le plus favorable de la passe.

Le 20 mai, les assiégeans continuèrent les travaux pour la descente du fossé , afin de protéger le passage j ils pratiquèrent un logemeut sur le

bord de la contre-escarpe $ et malgré tout le feu dirigé sur ce point , ils réussirent, en arrachant 60 palissades , à obtenir une ouverture de 90 à 100 pieds. Ces palissades étaient situées entre les deux passages blindés, et après l'entrée des premières troupes dans le bastion, lors de l'assaut, et lorsque la tranchée du couronnement serait franchie , l'ouverture qu'elles fournissaient devait servir à descendre dans le fossé par un plus large passage. Les assiégés réussirent de leur côté à mettre le feu à l'épauleinent de la descente et du passage du fossé. Pour s'opposer à ces décharges de l'assiégé , trois pièces furent placées dans le flanc du demi-bastion de gauche , et parvinrent à faire taire les batteries ennemies , et donnèrent le temps d'éteindre le feu. L'artillerie française , devenant supérieure, détruisit également une gabionnade que l'assiégé avait élevée sur les parapets de la demi-lune et des bastions du Hageïsberg, Dbux officiers prussiens, le capitaine de Roggenback et le major Eousmard , qui , pendant le siège, avait succédé au général Laurenz , furent tués dans cette dernière circonstance. C'était une perte majeure pour les assiégés ; car le général Kalkreuth avait la plus grande confiance dans les talens de Bousmard, qu'il avait lui-même appelé à Danlzick (0.

(1) Le major liousmard était un émigré Français au service de la Prusse.

Capitaine du génie à l'époque de la révolution , il

Cependant le gouverneur multipliait ses moyens de défense , et son amé forte et généreuse semblait se roidir contre les revers à fur et mesure que la situation de la place devenait plus désespérée. Une partie des ouvrages du Hagelsberg étaient détruits; ceux des assiégeans faisaient des progrès rapides , et le comte de Kalkreuth avait trop d'expérience dans l'art des sièges pour ne pas s'apercevoir que le moment était venu où. il serait obligé de soutenir un assaut dont l'issue lui paraissait douteuse. 11 résolut donc de faire un dernier effort pour tenter de repousser les Français, ou au moins en détruisant leurs ouvrages , retarder l'instant fatal d'une réduction qu'il sentait prochaine.

fut nommé en 1789 député de la noblesse du baillage de Bar-le-'Juc aux états généraux , où il se fit remarquer par ses idées fortes et libérales. Mais bientôt se repentant d'avoir embrasée un parti qui voulait 1* anéantissement de la caste nobiliaire , il abandonna la carrière civile pour reprendre son premier état. Employé, en «792, à la défense de Verdun as^iécé parles Prussiens y il suivît cr ix-ci lors de leur retraite, et offrit ses set vices à leur Roi. Il ne parait pas qu'ils aient été d'abord acceptés, B< usmard occupa ses loisirs à composer un ouvrage intitulé : Essai général de fortifications , d'uitaque et de défense des places. Cet ouvrage, qui fut goûté du Roi de Prusse , valut enfin à Bousmard le titre ce major du génie , qu'il exerra long-temps à Postilam , où il était e:i garnison. Appelé par le comte de Kalkreuth pour conti ibuer à la défense de Dantzick , il y déploya des taie, s et un courage qui lui eussent mérité la gloire la plus, pure, s'il n'eût pas porté les armes contre sa patrie. Scn fils avait été tué qutlque* jours auparavant.

Une grande sortie fut ordonnée à cet effet , et les Prussiens l'exécutèrent avec tant de résolution , que les gardes effrayés s'enfuirent et laissèrent l'ennemi se maintenir dans les logemens de contrescarpe, assez long- temps pour pouvoir renverser tous les ouvrages de la veille. Ce ne lut qu'avec beaucoup de peine que Lafosse , colonel du 44"« régiment , et Oudot , chef de bataillon du 12e., parvinrent à rallier leurs troupes et à les rameuer au combat. Ces deux braves ofuciers scellèrent de leur sang leur dévouement ; tous deux furent grièvement blessés. Mais les Français, réunis aux sapeurs et mineurs delà garde , avaient entin repoussé les Prussiens, non sans avoir éprouvé une perte considérable , car l'ennemi se détendait avec courage, et combattait vaillamment pour conserver le terrain qu'il venait de conquérir.

Plusieurs traits de valeur rendirent cette journée l'une des plus glorieuses du siège. Les Prussiens voulaient déboucher pour enclouer l'obusier placé à l'extrémité du logement sur le glacis. Le sapeur Alanor s'élance aussitôt; seul il prétend défendre l'obusier , et fait des efforts incrovables pour conserver la pièce intacte. Accablé enfin par le nombre et forcé de se retirer, Alanor opère bravement sa retraite , et échappe aux Prussiens , après avoir renversé , à coups de

baïonnette, deux d'entre ceux qui voulaient lé faire prisonnier.

Quand les assièges repoussés précipitaient leur marche rétrograde vers la place , deux vaillans officiers , Bureau , lieutenant de voltigeurs , et Merlin, lieutenant du génie, s'élancèrent à la tête d'une treniaine d'hommes du 12e. régiment d'infanterie légère, par-dessus les parapets, massacrèrent unt; partie des Prussiens qu'Us purent atteindre, et firent l'autre prisonnière.

Le capitaine Porcher , de la ire. compagnie du 2e. bataillon de sapeurs, et Brûlé, lieutenant de la 8*. compagnie du 4e. bataillon, perdirent la vie dans cette affaire. Ces deux braves officiers devaient être les dernières victimes de cette lutte sanglante si long - temps prolongée.

Le restant de la nuit fut employé à réparer les dégâts faits par l'ennemi dans les logemens. On pénétra jusqu'à la descente blindée du fossé , et on la continua jusqu'au fond du fossé , en s'épaulant contre le flanc.

Le 21 mai, et d'après l'ordre de l'Empereur , une partie des troupes du maréchal Mortier vint renforcer l'armée de siège. Ce puissant secours fournissait enfin les moyens de tenter l'assaut du Hagelsbcrg , et le maréchal Lefebvre ordonna en conséquence toutes les dispositions nécessaires.

Les préparatifs étaient tous achevés , et l'heure où l'assaut aurait lieu était déjà lixéc, lorsqu'un peu avant on s'aperçut que trois grosses pièces de bois , retenues par des cordes sur le talus extérieur de l'escarpe , pouvaient renverser les colonnes d'attaque. On demanda aussitôt un homme de bonne volonté assez courageux pour aller les détacher. Cinquante se présentèrent ; car les braves du ie. ré giment étaient toujours prêts pour de semblables occasions. François "V allé , qui avait déjà prouvé son intrépidité en arrachant des palissades dans le fossé , est préféré. Il s'avance audacieusement au milieu des balles que l'ennemi dirigeait sur lui , exécute heureusement la commission qui lui était confiée , et revenait triomphant, lorsqu'atteint d'un coup de feu , il tomba aux pieds de ses camarades attendris.

Cependant l'armée , dont l'ardeur était unanime , attendait avec impatience le signal de l'assaut, et déjà officiers et soldats se félicitaient de leur prochaine victoire. Tout-à-coup le bruit *e répand que le sang des braves ne sera pas répandu davantage , et qu'on est en pourparler pour une capitulation. Presqu'au même moment le maréchal Lefebvre envoya aux différens corps l'ordre de rentrer dans leurs cantonnemens , en annonçant que l'assaut était différé. Cette dis-

position, qui pouvait arrêter une inutile effusion de sang , affligea cependant les troupes , qui brûlaient de finir le siège par un coup d'éclat ; mais, malgré cotte envie si naturelle à des Français de se distinguer, il fallut obéir. Les soldats et les travailleurs se réunirent donc dans la tranchée , et pendant la nuit rivalisèrent de zèle et d'empresstjr.ent à poursuivre les travaux du fossé. A trois heures du matin , un nouvel ordre du maréchal Lefebvre arriva. D'après sa teneur, on devait cesser sur-le-champ toute espèce de travaux : c'était annoncer que bientôt Dantzick serait au pouvoir des Français.

En effet, le maréchal Lefebvre, avant d'exécuter un assaut qui pouvait lui faire perdre un grand nombre de ses compagnons d'armes , avait voulu tenter une dernière fois les voies de la négociation. Il avait envoyé en parlementaire au général Kalkreuth , le colonel du génie Lacoste , aide -de-camp de l'Empereur, officier trèsdisposé à seconder de tout son pouvoir les intentions pacifiques du maréchal. Lacoste avait représenté au gouverneur que sa gloire devait être satisfaite par sa longue et belle défense, qu'une résistance plus loug- temps prolongée ne saurait y rien ajouter, puisque bien certainement elle serait inutile contre un assaut dont tous les préparatifs étaient arrêtés. Il lui avait

fcttbnire fous les malheurs qui pouvaient être là suite d'une trop grande obstination 5 les remparts du Hagelsberg renversées , une ville riche et puissante livrée au pillage -9 et saccagée par des soldats furieux dont il île serait plus au pouvoir de personne d'arrêter ni même de modérer l'irritation. Enfin ; le digne interprète du maréchal avait souvent répété au gouverneur celte belle maxime , que Lefebvre avait toujours à la bouche, etïjui devrait être gravée sur tous les drapeaux : « Si les lois de l'honneur sont sacrées, celles de l'humanité ne le Sont pas moins-. >>

Des motifs bien pius puissans encore que ces considérations militaient dans l'esprit du comte de Kalkreuth, pour l'engager à prendre le parti qui lui était présenté depuis long-temps. Dantzick n'offrait plus qu'un spectacle de désolation; Les habitans , réduits à la misère par l'incendie tm le gaspillage de toutes leurs ressources , demandaient à grands cris la cessation de ces horribles fléaux. La garnison elle-même avait épuisé toutes ses provisions. Eti supposant qu'il put encore repousser l'assaut dont il était menacé > le général Kalkreuth était sur le point de voir périr de famine le peuple et les soldats qu'il commandait ; mais l'inflexible vieillard , tout en reconnaissant la nécessité d'une capitulation . se montrait intraitable sur les conditions. Le* Siège da Danlzick\ 10

Français voulaient qu'avant tout le gouverneur s'engageât à faire reudre le fort de Weichscluiunde et le camp retranché de Newpharwassen , que la garnison laissât dans la place ses armes et ses chevaux , et qu'elle fût prisonnière jusqu'à parfait échange. Le général prussien répondait qu'ayant perdu depuis long-temps tonte communication avec Wcichselmunde et Newpharwassen , il ne pouvait point preudre pour eux d'engagement ; que vainqueur des Français à Mayence , en 1793 , il n'avait point imposé à la garnison de cette ville des conditions humiliantes , qu'il ne consentirait donc à aucune capitulation qui ne serait poiut fondée sur les hases de celles de Mayence , et qu'enfin n'ayant aucuns pouvoirs du roi de Prusse et de l'empereur de Russie, il ne pouvait rien prendre sur lui à cet égard.

Il fut impossible aux Français d'amener le général Kalkreulh de se départir de ses prétentions. Nous avouerons même que l'obsiination du gouverneur était bien naturelle 5 une aussi belle défense que la sienne méritait d'être couronnée par une capitulation honorable. Aussi le maréchal Lefebvre, juste appréciateur des vertus guerrières de son illustre rival, fut-il le premier à consentir à lui accorder cette marque d'estime. Il fit part de la situation des choses à l'Empereur ; il lui représenta que maître de

t)ant2ick , il le serait bientôt de Weichselmundtt et de Newpharwassen , et qu'il serait dangereux, de réduire au désespoir une garnison commandée par un aussi brave capitaine que le général Kalkreuth» Napoléon savait lui-même trop bien estimer les bons militaires, pour refuser son assentiment aux motifs allégués par le maréchal Lefebvre. Celui-ci reçut donc l'autorisatioU d'accorder au général Kalkreuth telles conditions qui lui paraîtraient convenables. Ainsi, le 24 mai, après trois jours de négociations , le général de cavalerie comte de Kalkreuth , gouverneur de Danizick , et le général de division Drouet , chef de l'état-major du maréchal Lefebvre , arrêtèrent et signèrent la capitulation suivante :

Capitulation de DantziGk.

Après une longue résistance > cinquante-un jours de tranchée ouverte, les circonstances ma«jeures ayant nécessité de traiter de la reddition de la place de Dantzick aux troupes de S. M» l'Empereur des Français , roi d'Italie , et à celle de ses alliés, il a été convenu entre S. Exe* M. le général de cavalerie comte de Kalkreuth, chevalier de l'ordre de l' Aigle-Noir et de l'ordre de Saint-Audré , et M. le maréchal de division Drouet , commandant de la légion d'honneur et grand'eroix de l'ordre royal de Bavière , chef de l'élal-major-général du 10'. corps de la grande

fermée , fnuni des pouvoirs de S. Exe. M. 10 maréchal Lefebvre , commandant en chef ledit corps, de la capitulation suivante :

Art. Ier. La garnison sortira le 27 du courant, à neuf heures du matin, avec armes et bagages, drapeaux déployés , tambour battant , mèche allumée , deux pièces du calibre de 6 d'artillerie légère avec leurs caissons > et attelée de six chevaux chaque*

Art. 2* L'excédent des chevaux d'artillerie sera remis au pouvoir de l'armée française.

Art. 3. Les armes de toutes espèces qui excéderont le complet des sous-officiers^et soldats sortant, seront remis aux officiers d'artillerie qui seront désigués.

Art. 4< La garnison sera conduite aux avantpostes de l'armée de S. M. le roi de Prusse , à Pillau , en passant par le Nehring , et en cint{ jours de marche : les lieux d'étapes seront fixés*

Art* 5. La garnison s'engage à ne pas servir •contre l'armée française ni ses alliés pendant une année , à compter de la date de la capitulation. M. le général comte de Kalkreuth , S. A* le prince de ScherbaUrvv et MM. les officiers s'engagent , sur leur parole d'honneur , d'ob- «.server le présent article*

Art 6. Le 26 , à midi , le Hagelsberg , les portes d'Oliva , de Jacob et de Neugarten , seront cédées aux troupes de S. M. l'Empereur des

Français et roi d'Italie, et à celles de ses allies.

Art. 7, Les officiers , sous-officiers et soldais maintenant prisonniers de guerre à Panlzick , soit qu'ils fassent partie des troupes de S. M. l'Empereur ou de celles de ses alliés, seront rendus sans échauge.

Art. 8. Pour éviter tout désordre, les troupes de S. M. l'Empereur et celles de ses alliés n'entreront dausDantzick qu'après le départ de celles prussiennes et russes. Il sera néanmoins établi des gardes aux postes, et un piquet sur la place.

Art. 9. Comme les moyens de transport sont insuffisans pour emmener tous les bagages, il sera accordé un bateau qui se rendra directement à Pillau. Le chargement se fera sous la surveillance d'un officier frauçais nommé à cet effet»

Art. 10. Il sera nommé de part et d'autre des officiers de génie et d'artillerie, pour remettre et prendre possession des objets relatifs à cliaquo arme^sans oublier les cartes et plans, etc.

Art. 1 1 . Les magasins , les caisses , et généralement tout ce qui appartient au roi, seront vernis à l'administration française. Il sera nommé un commissaire chargé d'en faire la remise à la personne munie des pouvoirs de S. f*xc. M. le niarécbal Lefebvrc.

Art. 13, Les officiers prussiens , qui étaient prisonniers sur parole , et qui se sont rendus dans leurs familles habitant Pantzick avant le blocus»

(i5o) de la place, pourront y rester en attendant de nouveaux ordres de S. A. S. le prince de Neufchatel , major-général. Néanmoins , pour jouir de cet avantage, ils seront tenus de produire un certificat de M. le gouverneur, qui atteste qu'ils n'ont pris aucune part dans la défense delà place*

Art. i3. Toutes les femmes de MM. les officiers et autres, ou personnes civiles, seront libres de sortir de la ville • il leur sera délivré des passe-ports.

Art. 14. Les blessés et malades seront laissés sous la bienveillance de S. Exe. M. le marécbal Lefcbvre j des officiers et des chirurgiens resteront , tant pour les soigner que pour veiller au bon ordre et pourvoir à leurs besoins. Aussitôt leur rétablissement, ils seront renvoyés aux avant-posu s de l'armée prussienne, et jouiront des avantages de la capitulation.

An. i5. Un cou' rôle exact de MM. les officiers , sous-officiers et soldats, par régiment, sera remis à S. Exe. M. le maréchal Lefebvre. On comprendra sur un contrôle particulier les militaires restant aux hôpitaux.

Art. 16. S. Exe. M. le maréchal Lefebvre assure les habilans de Dantzick qu'il emploiera tous les moyens pour faire respecter les personnes et les propriétés , et que le plus grand ordre régnera dans la garnison.

Art, \rj. Il sera renvoyé , pour servir de ga*

(.5i) rant à l'exécution de la capitulation aux quartiers-généraux respectifs , un officier supérieur.

S. Exe. M. le gouverneur a désigné M. le major de Lestocq.

S. Exe. M. le maréchal Lefebvre a nommé M. l'adjudant commandant Guichard.

Art. 18. La présente capitulation recevra son exécution si, à l'époque du 2.6 à midi , la garnison n'a pas été secourue. Il est entendu que d'ici à cette époque , la garnison de Dautzick ne pourra faire aucuue attaque contre les assiégeans , en supposant le cas où ceux-ci se batteraient au dehors.

Fait à Dantzick , le 24 ma^ 1807.

Signés, le général de cavalerie comte de Kalkreuth , gouverneur j V. Rouquette , général \ Colla mbeger , commandant j P. Scherbatow , général-major $ Le général de division , Dr ou et.

approuvé par nous , maréchal d'Empire , commandant en chef le 10e. corps , Signé y Lefebvre.

Cette capitulation , présentée par l'adjudantcommandant Guichard à S. M. l'Empereur et roi , fut approuvée dans son entier , et Napoléou en fut si satisfait , que le 26 mai l'ordre du jour de la grande armée à Fenckenstenlut ainsi conçu r

« La place de Dantzick a capitulé , et no^ troupes y sont entrées aujourd'hui, a midi.

» S. JM. témoigne sa satisfaction aux troupes assiégeantes; les sapeurs se sont couver' s de gloire,

» Le prince de Neçfch \tel , major-général . 53 Signé , maréchal A^exanïxre Berthier. »

En effet, le 2.6 mai , en exécution de l'article <5 de la capitulation, et aucun secours n'ayant paru pour dégager la place , les. Français prirent £ midi possession du Hagelsberg , et des postes, d'01iva,de Jacob et de Neugarten. Il semblait que la populace, dont Dantzick, ainsi que toutes, les grandes villes., était remplie , n'ai tendît que ce signal pour se livrer à tous les excès. Rendue furieuse par la longue famine qu'elle avait eue à supporter, et attribuant tous ses malheurs aux riches de la vilje , elle pilla les maisons , les magasins et }es manufactures. Il fallut que le le comte de Kalkreuth employât la force et appelât le secours même des Français pour réprimer ces excès qui se prolongèrent pendant toute |a nuit (\).

(i) C'est l'ouvrage allemand que nous avons déjà cité, plusieurs fô;s qui nous fournit ces derniers détails... . . « Des soldats vagabonds . dit l'auteur , réunis à des filles. de mauvaise viç , p. lièrent la nouvelle Backe&e sur les remparts; ils enlevèrent jusqu'à la vaisselle de cuivr^ qui ïeparaissiit pour la première fus depuis quinze jours. Cette populace fut chassée par de meilleures troupe^, ^ais pourtant tuuL Tut perdu en farine , pain , etc. ....

Le 2.7 malin, à o heures, la garnison deDantzloly fit sa sorlie , avec la musique , les drapeaux déployés et mèche allumée, les canons et charrettes de bagage. Les troupes françaises la virent défiler avec les témoiguages d'intérêt que les hraves ne refusent jamais aux hraves, L'aspect du gouverneur surtout excita un attendrissement général. Sa ligure calme et nohle annonçait la satisfaction d'une conscience qui ne lui reprochait rien, et en rnème temps le regret de n'avoir pu conserver une place dont il avait reçu la défense. Les troupes prussien nés furent, ainsi qu'il avait é^é convenu,, dirigées par le Nehjiug et par Pillau, Le Maréchal Lefehvre les fit escorter par un détachement qui reçut l'ordre de les. accompagner jusqu'à co que les dernières colonnes fussent arrivées in Jeur destination.

Aussitôt que la place eut été évacuée , l'armée de siège y fit son entrée. Le Maréchal Lannes et Je général Oudinot donnèrent dans cette circonstance au maréchal Lefehvre un témoignage de

p Le désordre était le même dans les magasins et maisons d'approvisionnement . surtout dans les manufactures oti 51? trouvaient de grands araas de toile , manteaux et drapc„ jTjeaucoupde ces dégâts fuient attribués aux soldats, mais ils é. aient réellement l'ouvrage de Ja populacd et des gens de service qui à Dantzick sont très-nombreux et peuvent être comptés pour la plus détestable race. Tout volait et enlevait ce cjui pouvait être enlevé : leur fureur de voler s'étendit jusqu'aux palissades et aux piquet^ des remparts qu'ils arrachèrent et emportèrent 4«ns la, ■%i\\e y eje. n

justice et d'amitié que nous nous empressons de signaler comme l'un des événemens les plus remarquables de ce siège fameux.

Le maréchal Lannes et le général Oudinot pouvaient s'attribuer une portion de la gloire dont le maréchal venait de se couvrir. Si celuici avait long-temps supporté tout seul toutes les peines du siège, si par ses talens,et surtout par sou intrépidité , il s'était montré le digue commandant d'une armée toute composée de braves gens, il reconnaissait, avec cette franchise qui dénote les âmes généreuses, que l'ai rivée de ses deux vaillaus camarades avait seule mis fin à une lutte trop inégale , dont le succès avait auparavant paru douteux. Le maréchal Lefebvre se fit donc un devoir d'inviter le maréchal Lanucs et le général Oudinot, à partager la gloire de la prise de Danlzick , en entrant solennellement avec lui dans la place conquise par tous.» Non, dirent au maréchal ses deux rivaux d'honneur et de délicatesse $ seul vous avez pris Danlzick, et seul vous devez en recueillir le fruit ; nous serions au désespoir si vous nous croyiez capables de vouloir vous retircrla moindre partie d'une gloire acquise au prix de tant d'illustres travaux. » Une lutte généreuse s'engagea entre ces trois grands capitaines; enfin le maréchal Lannes et le général Oudinot la terminèrent en s'éloignaut tous les dçux pour aller joindre leur corps d'armée. Le maréchal Lefebvre fut donc forcé de pren-

dre seul possession de sa belle conquête. Il fit son entrée dans Dantzick à la tète de son étatmajor eu grande tenue , et suivi ou entouré de tous les braves qui avaient pris part au siège. a Ces guerriers , dit l'auteur de la relation allemande que nous avons souvent consulté , portaient tous sur leurs mâles figures, le courage , la santé et la vie ; ils étaient bien babilles et leurs chevaux dans l'état le plus parfait. » Le maréchal donna les ordres les plus sévères pour que la discipline la plus exacte fût gardée dans une ville où il voulait s'assurer l'amour des habitans. Les Dnntzickois étonnés de vivre au milieu de leurs vainqueurs avec la même tranquillité dont ils jouissaient daus les plus beaux temps de leur liberté , ne tardèrent pas à s'applaudir d'avoir changé de maître, et le maréchal reçut dans les témoignages multipliés de leur reconnaissance , le plus beau prix de sa victoire.

Cependant, maître de Dantzick, le maréchal ne l'était pas encore du fort de YVeichselmunde et du camp retranché de Newpharwassen ; il lui tardait de prendre possession de ces deux postes, afin de pouvoir mettre à la disposition de l'Empereur le 10e. corps de la grande armée. Aussi dès le 26 mai , au moment même où des troupes s'emparaient du Hagelsberg et des différentes portes de Dantzick , il avait envoyé au coraman* dant du fort de Weichselinunde la capitulation suivante ;

« Si le général comte deKalkreuth a été obligé de capituler, et les portes , çt les fort* de la v illq étant maintenant au pouvoir de mes troupes je vous somme de me faire daus les vingt-quatre heures la remise des forts de Wcichselmunde et de Nevvpharwassen, Vous sentirez facilement que toute résistance ne servirait qu'à verser inutilement du sang, et qu'elle ne saurait être d'aucune efficacité contre la réunion de toutes mes, forces et de tous mes moyens sur les points que vous commandez. *

Le commandant de "W eichselmunde n'ayant fait aucune réponse à cette sommation, le ma-» réehal Lefebvre , avant de l'attaquer , crut devoir lui en envoyer le 27 une seconde, ainsi conçue : « Lorsque je vous ai sommé de me ren-r dre dans les vingt-quatre heures les forts de AV eichselmunde et de INewphanvassen , mon intention n'était nullement de remettre jusque-^ là les négociations 5 au contraire, c'était pour les, ouvrir de suite, Je vous envoie donc M. le général Àvmé pour arrêter 1er articles de cette ca-. pitulalion. J'espère, Monsieur, que , couvaiucu de l'inutilité d'une défense qui ne pourrait amener aucun résultat avantageux , vous ne me forcerez pas à employer contre vous cette nuit, même toutes les forces dont la reddition de .Daiitzick me permet de disposer. »

Mais l'ennemi qui. occupait YVeichscbiiunde»

(i57 ) *t Newpharvrassen n'ignorait pas qu'il avait Ici moyens de se soustraire à cette sommation. Ses communications avec la mer étaient encore entières. Il en profita pour s'évader pendant la .nuit. Les Prussiens et les Russes , que commandait toujours le général Kaminski, s'embarquèrent sur cinquante-un bàtimens de toute grandeur, dont quatre de guerre pour l'escorte. Ils firent route au nord-ouest, ne laissant sur la rade et dans les jetées que sept bàtimens , parmi lesquels se trouvaient deux corvettes anglaises de £2 canons. Les Français prirent possession des forts et s'y établirent

Dès-lors le maréchal Lefebvre, tranquille sur la situation delà place et maître de tous les environs, Fit, suivant l'ordre qu'il en avait reçude l'Empereur, exécuter le départ de l'armée, etue conserva dans Dantzick qu'une garnison dont la force fut suffisante en cas de besoin , et ne put cependant se rendre trop incommode aux habitans , dont les ressources avaient été épuisées pendant le siège. Il nomma le général Menard commandant d'armes, et bientôt le général Rapp, nommé par î Empereur gouverneur de la place , arriva pour recevoir l'autorité des mains du maréchal Lee febvre (i).

(i) D'autres que nous diront de quelle manière gif» lieuse le général Rapp a depuis justifié le choix du

Au bout de quelques jours l'ordre le plus parfait était rétabli daus Dantzick. Tous lesdilîérens services étaient organisés de la manière la plus satisfaisante pour les habitaus. Celui des hôpitaux sourtout était un modèle en ce genre. Le maréchal continuait de prouver en cela sa constante sollicitude pour le sort de ses soldats qu'il appelait encore ses camarades , comme aux temps glorieux de l'égalité républicaine. Le service d« ces hôpitaux était partagé en deux grandes subdivisions^ Tune consacrée aux malades ou blessés français , l'autre aux malades ou blessés russes , prussiens et Dantzickois. A la tète de cette seconde division, le maréchal Lefebvre avait placé M? Henrischdorff, citoyen aussi recommandable par ses vertus privées et son grand amour de l'humanité, que par ses talens réels en administra-» tion .

La conquête de Dantzick était trop importante pour que l'Empereur ne vînt pas lui-même honorer cette ville de sa présence. Il s'y rendit de sou quartier général de Fenckeustein , dans les premiers jours de juin, et fut reçu par les acclama-

chef du gouvernement en défendant Dantzick contre toutes les forces Européennes.

Tous les amis de la gloire militaire de la Francs attendent avec impatience le récit du siège de Dantzik en i S 1 3 et 18 14, dont ils savent que s'occupent des hommes dont la plume n'est pas moins bonne que l'épée.

tions de tons les liabitans enchantés de posséder dans leurs murs le plus gfand homme du siècle. Napoléon, pressé par les circonstances , ne fit dans Dantzick qu'un très -court séjour. Après avoir examiné les fortifications et les forts , ainsi que ceux de Weichselmunde et de Newpharwassen , il se rendit de nouveau au château de Fenckenstein, où il se trouvait pins à portée de la grande armée.

Pendant tout le temps qu'avait duré le siège, les corps français , cantonnés sur laVistule, avaient gardé leurs quartiers d'hiver. Des négociation» entamées pour conclure la paix, avaient toutes été infructueuses. Il fallut rentrer dans la lice des combats. Nous regrettons que notre sujet ne nous permette pas d'achever l'histoire d'une campagne qui devait une troisième fois assurer la paix au nionde^ en plaçant la France au sommet le plus élevé de sa gloire et de sa puissance. C'est, pour un français, une occupation si douce que celle de célébrer les hauts faits de ses braves compatriotes ! Il semble qu'alors on partage leur illustration, et qu'un rayon de cette auréole de gloire qui les entoure, vient éclairer le génie de l'écrivain , et donner à sa plume une énergie inaccoutumée.

Mais les bornes que nous nous sommes imposées , nous arrêtent malgré nous j qu'd nous suffise de dire que la fin de cette campagne fut

(i6o) digne en tout de son commencement. La bataille de Friedîand ne fut pas moins glorieuse que celle d'Austerlitz etd'Iéna, et fut plus avantageuse encore à la France , puisqu'elle força soii plus redoutable ennemi, la Russie, à mettre bas les armes et à implorer l'alliance du grand peuple. La vengeance que les Anglais avaient cru éviter en rallumant les feux de la guerre sur le continent , devait enfin tomber sur eux et mettre un terme à leur despotisme commercial. Là paix définitive signée à Tilsit entre la France ) la Russie et la Prusse , fermait à l'Angleterre tous les ports de l'Europe $ et forçait les Anglais dépérir, pour ainsi dire* au seiu des richesses même, entassées dans leur île , s'ils ne voulaient pas renoncer à l'empire tyraimique qu'ils exerçaient sur l'Océan > ce commun patrimoine des peupleSi

Far le traité de Tilsit * Dantzick restait sous l'influence de la France. Napoléon y établit uii gouvernement mixte à peu près semblable à celui de cette même ville , avant quelle devint possession prussienne. L'histoire dira commuent Dantzick est retombée sous le pouvoir du roi de Prusse. Toute l'Europe sait déjà qiie la perte de cette ville ne fut pas moins honorable pour là Frauee que sa conquête.

Page 1