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être pris dans cette déroute universelle (i). Quarante raille prisonniers parmi lesquels vingt généraux supérieurs, soixante drapeaux ou étendards, trois cents pièces de canon avec tout leur attirail , et des magasins immenses , tels furent les résultats de cette journée d'Iéna qui suivant Ja parole de l'Empereur, renouvelait d'une manière frappante la grande merveille d'Austerlitz.
Les débris de l'armée prussienne fuyaient en toute hâte et prenaient la direction de Masdebourg, où leur Roi leur avait donné rendez-vous. Mais déjà l'Empereur avait pris toutes ses mesures pour les empêcher de se rallier. Les vainqueurs poursuivaient sans relâche et avec une infati-
(i) « La Reine manqua également de tomber entre les mains des Français. Cette princesse suivait l'armée prussienne, vêtue en amazone, sous l'uniforme de son régiment de dragons, qu'elle avait passé en revue la veille de la bataille. Elle était dans un mouvement perpétuel pour souffler le feu de la guerre , dans laquelle des sollicitations importunes venaient de précipiter son malheureux époux, en le déterminant, malgré 2a répugnance, à se liguer contre la France. Dans la crainte que les dispositions pacifiques de ce monarque ne lui fissent adopter des tempéramens qui auraient déjoué les espérances du parti de la guerre , elle ne le quittait pas d'un moment, ou laissait du moins auprès de lui quelques affidés pour combattre son irrésolution, et maintenir les impressions qu'elle lui donnait. On la vit plusieurs fois dans la retraite en vue des avant- po; tes et ce ne fut que par une espèce Je miracle qu'elle put échapper aux différens partis employés à la poursuite des fuyards.» (Liger, campagne de 1806).
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gable activité les vaincus. Des colonnes de siège investissaient les places abandonnées par les Prussiens. Erfurth, Naumbourg , "Weissenféld et Leipsick,cernéesdetoutes parts, furentobligées de se rendre. L'armée de réserve de la Prusse , commandée par le prince de Holienlohe , et à laquelle s'étaient ralliés quelques débris échappés au désastre d'Iéna, enveloppée par le prince Murât, grand duc de Berg, se vit obligée de capituler dans Prenrzlow, le 28 novembre 5 seize mille hommes d'infanterie presque tous gardes du roi ou grenadiers, six régiraens de cavalerie, quarante-cinq drapeaux et étendards, et soixantequatre pièces d'artillerie attelées devinrent encore des trophées des la victoire remportée le i4-
Une autre colonne de six mille hommes se rendait également le lendemain , dans le Passevalk, au général Milhaud, et le même jour le brave général Lasalle s'emparait de la ville et forteresse de Stettin défendue par cent soixante pièces de canon et une garnison de sept mille hommes , qui, frappée de terreur, capitula sans presque songer à faire de résistance. Enliu , le 4 novembre, le," colonnes du duc de Weimar et du général Blùcher, fortes ensemble de vingt-un mille hommes, après avoir long-temps échappé à la poursuite des maréchaux Soult et Bernadotte, se trouvant bloquées dans Lubeck, furent obligées de capituler. L'un des auteurs les plus ardens de cette guerre, le général Blucher lui-même,
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auquel le duc de Weymar avait remis le commandement en chef, fut trop heureux d'implorer la clémence du vainqueur et de se rendre prisonnier (1).
Pendant que les divisions françaises achevaient
(1) Qui eût dit alors que ce même Blûcher, qui n'eut qu'à se louer des bons traitemen3 des Français, camperait luimême un jour au milieu des Tuileries , et agirait avec tant d'insolence et de barbarie envers un peuple et des princes dont il se dirait impudemment le vengeur et l'allié? Nous avons vu Blucher, et sa joie féroce en entrant dans la capitale de la France. Dans les démonstrations stupides de son facile triompbe , et surtout dans l'insultant orgueil qui le porta à tenir ses canons la mèche allumée, et braqués contre le château royal des Tuileries, pendant que le Roi de France y tenait sa cour, nous n'avons dû voir que le délire frénétique d'un guerrier barbare et farouche, qui voulait à force d'injures faire croire à ses incroyables victoires.
Semblable aux Vandales dont il a imité la conduite à la guerre , et rancuneux encore d'avoir été fait prisonnier , en i8o6, le vieux B.iïcber poussa son frénétique orgueil jusqu'à vouloir faire sauter ce beau pont , situé à l'extrémité occidentale de Paris, et dont le nom changé aujourd'hui, n'a pas fait oublier qu'il était destiné à perpétuer la mémoire de l'éclatant triomphe d'Iéna. Toute la France a applaudi à son roi protestant qu'il se transporterait sur le pont } et se laisserait sauter avec si Blucher s'obstinait à vouloir consommer son acte de fureur. Ce noble mouvement d'un prince qui a hérité de ses ancêtres le goût des beaux-arts , a conservé à la capitale l'un de ses plus glorieux monuaaens. Blucher , ob'.laé de céder, n'a peut-être pas même connu le repentir.... Et voilà le héros dont les Prussiens ^'honorent, et dont déjà ils s\ipprèteni: à pleurer la mort ! {Note ajoutée pendant l'impression.)
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d'exterminer les restes éparsdel'armée prussienne, l'Empereur Napoléon après la bataille d'Iéna s'était rendu à Berlin , afin de veiller par lui-même à l'administration des provinces que le sort de la guerre avait remises en son pouvoir. Il avait visité tous les environs de la capitale de la Prusse, et Postdam ancienne résidence du grand Frédéric, et où reposent encore les dépouilles mortelles du héros prussien , fixa surtout son attention. Tous ces lieux, la capitale elle-même avaient été évacués avec tant de précipitation, que l'épée de Frédéric , la ceinture de général dont il s'était servi pendant la guerre de sept ans, et le grand cordon de ses ordres se trouvaient encore en évidence dans le château de Postdam. L'Empereur s'était saisi de ces trophées avec empressement, en s'écriant : J'aime mieux cela que vingt millions. Puis pensant à qui il confierait ce précieux dépôt : Je les enverrai , dit-il , à mes vieux soldats de la guerre de Hanovre ; j'en ferai présent au gouverneur des Invalides , qui les conservera comme un mémorable témois:nacre des victoires de la Grande- Armée.
La guerre semblait terminée. Magdebourg , où le P».oi de Prusse s'était d'abord retiré, avait été investie par le maréchal Ney et obligée de capituler. Frédéric Guillaume s'était sauvé àKœnisberg à l'extrémité occidentale de ses états j de cent soixante mille hommes qu'il avait réunis pour commencer son imprudente aggression, généraux, officiers,
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soldats, armée, munitions , bagages , tout érait pris blessé ou tué : rien n'avait pu échapper au désastre général, ni passer FOder pour trouverun asile. Il ne restait plus des débris de l'armée prussienne, que quelques régimens qui formaient un total de quinze mille hommes d'infanterie, et de trois à quatre mille de cavalerie 3 une partie de ces troupes était- elle enfermée dans le petit nombre de places fortes qui restaient au pouvoir du Roi de Prusse. Ce monarque avait à peine huit mille hommes auprès de lui à Kœnigsberg.
Cette déplorable situation d'un monarque qui naguère encore , par les bienfaits de la longue paix dont il avait fait jouir ses sujets, était l'un des plus puissans souverains de l'Europe, avait enfin convaincu Frédéric Guillaume du tort immense qu'il s'était fait à lui-même en attaquant l'Empereur des Français. La conduite de celui-ci, après la victoire d'Austeilitz, fit espérer au Roi de Prusse qu'il trouverait en lui la même modération , et il se hasarda à lui envoyer MM. Zastrow et Lucchesini pour lui faire la demande d'un armistice , pendant lequel on traiterait d'une paix définitive. L'espérance du Roi de Prusse ne fut point trompée. Napoléon accueillit favorablement les envoyés du Roi , et accorda la suspension d'armes , à la condition expresse que Frédéric Guillaume ferait rétrograder les troupes russes qui commençaient à affluer sur le territoire prussien.
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Mais Frédéric n'était déjà plus maître de cette partie de ses Etats. L'Empereur de Russie refusa de retirer ses troupes, et quand il eût pu obtenir encore une paix avantageuse par la modération de Napoiéon, le Roi de Prusse se vit forcé de continuer la guerre. Peut-être espérait- il aussi qu'appuyé par les forces de la Russie il pourrait réparer ses pertes, et reconquérir ses États l'épée à la main. L'imprudent monarque, qui s'était liât té de vaincre seul les Français, pouvait bien encore conserver cet espoir chimérique avec un allié tel que l'Empereur de Russie. Mais le héros de la France, en poursuivant ses succès, allait prouver encore que les armes de la Russie ne sont pas plus redoutables que celles de la Prusse.
Aussitôt qu'il avait appris que les Russes approchaient, l'Empereur avait donné ordre à ses divisions de marcher à leur rencontre. Le 10 novembre , le maréchal Davoust était entré àPosen, dans la Pologne; le maréchal Lannes était parvenu à Thorn , et Augereau à Bromberg. La présence des Français en Pologne excita parmi les habitans, lassés de l'injuste domination des puissances qui s'étaient partagé leur malheureux pays, un enthousiasme qu'on ne pourrait comparer qu'à celui dont les Français eux-mêmes avaient été saisis au commencement de leur mémorable révolution. C'était la même joie, c'étaient les mêmes espérances. Le dévouement pour la France augmenta encore lorsque l'Empereur, qui avait
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suivi le mouvement de son armée, fit son entrée à Varsovie. Tous les Polonais se portaient eu foule sur son passage, et c'est à genoux, en répandant de douces larmes, qu'ils demandèrent au vainqueur de l'Europe l'affranchissement de leur patrie, et l'indépendance de la vaillante nation de Sobieski, qu'ils croyaient revoir dans Napoléon. Il était digne de devenir le second fondateur du royaume de Pologne, celui qui avait remis la France en harmonie avec sa civilisation, et venait de rétablir tout récemment le royaume d'Italie. Si jusqu'ici les Polonais n'ont point reçu l'entier accomplissement des promesses de l'Empereur , c'est sans doute que l'inflexible politique s'y est opposée. Mais le moment est venu où plus que jamais ils doivent nourrir l'espérance de leur restauration. Celui dont les armées victorieuses s'avancent d'un pas si rapide au centre même de l'empire russe, ne fera point la paix avec Alexandre, sans exiger le rétablissement du royaume de Pologne, comme la plus forte barrière que l'Europe civilisée puisse encore opposer à l'Europe à moitié barbare (1).
(i) Ceci était écrit, en j8i2 , luis le temps même que, vainqueurs à la bataille de ia Moskowa, les Français marchaient sur Moscow. Que de catastrophes survenues depuis cette époque ! que de bouleversemeiis uni les états de l'Europe ! que de changenieas dans la destin , les mœurs et les habitudes des peuples! avec quelle raj dite il s'est brisé le prisme à travers lequel tous les Français yoyaient Napoléon,
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Cependant ]es Russes , qui n'avaient point d'abord osé défendre Varsovie, paraissaient décidés à y attaquer les Français, depuis que ceuxci s'en étaient emparés ; de nombreux renforts amenés à l'armée russe de Benigsen , par les gé-
Aii reste, nous ne profiterons point de sa chute, pour, à l'exemple de tant d'écrivains, nous donner l'affreux plaisir rie couvrir d'injures le même homme que nous avons tous comblé d'éloges. Ce que nous avons dit dans cet opuscule, nous le maintenons. Napoléon fut véritablement grand jusqu'au traité de Tilsitt j si la prospérité l'a aveuglé depuis, nous ne voyons pas que ce soit une raison pour répandre le blâme sur ses actions antérieures. Ecrivons l'histoire avec impartialité , sine ira et studio. C'est le moyen de mériter la confiance de nos contemporains.
Le dévouement des Polonais } et l'ardent désir de la liberté dont ils paraissaient dé voies, ne se manifestèrent point seulement par des paroles et âe- vaines acclamations. A la voix de celui qu'ils regardaient comme leur sauveur, ils coururent tous aux armes , et sous la direction du général Dombrowiki leur compatriote, et déjà depuis longtemps au service de Fiance, ils composèrent plusieurs régimens qui rendirent les plus grands services à l'armée française. C'est depuis ce temps que les enfans de ce brave peuple, si dignes, hélas! d'une plus belle destinée, ont toujours occupé une place si distinguée dans ne s rangs. Fdèles et dévoi es dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, les Polonais ont parlagé tous nus triomphes , et seuls parmi nos alliés, ils ne nous ont point abandonné dans nos revers. Bons et magnanimes Polonais, je n'ai pu me refuser à rendre ici cet hommage à vos vertus généreuses. Aussi, vous le savez , vous étiez traités en frères par les guerriers français, et vos compagnons d'armes n'ont jamais mis de différence entre vous et leurs compatriotes.
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néraux russes Buxhowden et Kaininski qui devait en prendre le commandement en clief , et les sollicitations réitérées du roi de Prusse, étaient probablement Jes motifs qui engageaient l'ennemi à revenir sur ses pas. Mais l'Empereur n'eut pas plutôt connaissance de son mouvement , qu'il ordonna à ses troupes de marcher en avant. Il quitta lui même Varsovie; et apiès avoir assisté aux passages de la Narrew et du Bng, exécutés de vive force par le corps du maréchal Davoust, il se rendit sur les bords de la rivière d'Wckra, de l'autre côté de laquelle les Russes s'étaient fortement retranchés. Après avoir reconnu leur position, Napoléon ordonna l'attaque. Elle eut lieu dans la nuit du 28 au i \ décembre, et réussit au gré des désirs de l'Empereur. Les maréchaux Ney, Davoust et Bessièrcs, culbutèrent l'ennemi, s'emparèrent de ses batteries , et après l'avoir poursuivi par delà Nazielk, qu'il voulut envairi défendre, le forcèrent de se retirer jusque sur Vycokzin. .Ralliés pendant la journée du 2.5, le corps de Benigsen voulut tj défendre à Palstuck, et celui de I3uxhowden àGolimin. Mais attaqués le 2.6 à la pointe du jour par les divisions françaises qui avaient suivis leurs traces pendant toute la nuit, les Russes furent mis de nouveau en déroute, et se retirèrent avec précipitation dans leur grand camp d'Ostrolenka.
Les rivières étaient débprdées , les chemins étaient devenus impraticables, et les subsistances
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étaient absolument nulles, clans un pays où les Russes avaient déjà passé et repassé quatre fois, depuis un mois. Il devenait donc impossible de continuer la guerre, et Napoléon , qui désirait ménager son armée, et atteindre une saison plus favorable pour achever la défaite des R-usses, Jes laissa se rallier dans leur camp d'Ostrolenka , et se fortifier sur les bords du Niémen où. les Prussiens étaient venus les joindre. Lui-même rentra à Varsovie, et ordonna à ses troupes de se réunir sur la Vistule pour y prendre leurs quartiers d'hiver (1).
Accoutumés à leurs climats sauvages et hyperboréens, les Tusses s'imaginèrent présomptueuse ment que si les Français se retiraient, ce n'était nullement pour rechercher une contrée plus favorable à leurs quartiers, mais bien par la crainte de se voir attaqués. Cette folle idée fut si bien adoptée par les généraux Kaminsky, Buxhovfden et Benigsen, qu'ils se portèrent audacieusement en avant, lorsque les Français avaient eu à peine le temps d'établir leur ligne de défense sur la "Vistule. Le plan des généraux ennemis était de couper l'aile droite de l'armée française, et de
(1) Pourquoi Napoléon ne s'est-il pas souvenu d'une mesure aubsi sage aprèfi le fatal incendie de Moscow ? Braves vainqueurs d'Àugterlita , d'Iéna, de Wagram et de la Moskowa, vous n'auriez pas été ensevelis dans les glaces ou dans les neiges de la Russie , et vous seriez encore aujourd'hui l'orgueil et la gloire de la patrie.'
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Faire une trouée vers Thoni, afin de porter la grande armée de Russie dans les états du roi de Prusse , et rétablir , par cette manœuvre , le théâtre de la guerre dans le voisinage des places qui tenaient encore, et qu'ils voulaient secourir. Il ne fut point difficile à l'Empereur Napoléon, de pénétrer leur plan, et désirant lui-même livrer une grande bataille pour en fiim* avec la Russie, comme avec l'Autriche et la Prusse, il donna ordre au maréchal Bernadotte de se replier lentement devant les Russes, afin de les attirer du côté de Mohrungen, tandis que les autres corps allaient s'ébranler pour se rendre dans cette même direction : les Russes parurent d'abord donner tête baissée dans le panneau. Mais s'étant enfin, aperçus que les Français manœuvraient pour les tourner , ils ne présentèrent qu'une partie de leurs forces à Mohrungen, et refusant le reste des troupes, ils rétrogradèrent jusqu'à Liebstadt. Bernadotte cuibuta le corps demeuré à Mohrungen , et les autres divisions de l'armée se portèrent à la poursuite de l'ennemi. Les Russes s'arrêtèrent d'abord à Jakou-yvo sur la grande route de Liebstadt. Napoléon, qui s'était porté à la hâte au village de Jeekendorf, espérait enfin se voir à même ^e combattre, et donnait déjà ses ordres en ccnscquence , lorsque les Russes, continuant leur refaite , défilèrent à la vue des Français, et se replièrent par les routes d'Areusdorff et de Landsuerg. L'arrière-garde, attaquée parles ma-
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réchaux Soult et Ney, accepta seule le combat/ Mais elle fut vaincue et obligée d'abandonner Guttstadt où se trouvaient presque tous les bagages et les dépôts de l'armée ennemie.
Les Russes, poursuivis dans toutes les directions, déjà débordés sur leurs deux ailes, et privés même de l'appui d'un corps tout entier coupé à Deppen par le duc de Berg, s'arrêtèrent derrière le village de Preussich-Eylau dont ils occupèrent les hauteurs environnantes, autant pour livrer enfin la bataille qu'ils étaient forcés d'accepter que pour donner au corps de Deppen le temps de les rejoindre. C'est là, sur les rives glacées de la rivière d'Aile , et le 8 février 1807 , que se livra cette horrible bataille d'Eylau, qui eût eu peutêtre des résultats non moins décisifs que les bâtai.les d'Austerlitz et d'Iéna, si les élémens n'étaient point intervenus dans la querelle des deux partis, et n'eussent point privé les Français de la possibilité de tirer tous les avantages de leur victoire.
L'engagement avait commencé la veille au soir, et déjà, après des efforts héroïques, le maréchal Soult s'était emparé de la ville d'Evlau et d'un plateau qui commande les débouchés de la plaine. L'Empereur y fit placer sur le champ quarante pièces de canon destinées à battre les monticules sur lesquelles les Russes s'étaient postés. Il envoyait en même temps aux maréchaux Ney et Davoust l'ordre de presser le mouvement qu'il
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leur avait indiqué , pour tourner Faile droite et l'aile gauche de l'ennemi. Les deux années bivouaquèrent dans leurs positions respectives, et se préparèrent au combat.
11 fut terrible : les Russes le commencèrent par une vive canonnade dirigée sur la ville d'Eylau, et à laquelle Napoléon lit riposter par les quarantes pièces de sa garde placées sur le plateau. Les Russes étaient rangés en colonnes à demiportée des décharges. Aussi tous les coups portaient. Chaque boulet laissait dans la profondeur de leurs rangs des traces sensibles de son passage. Dans le même temps, le maréchal Augereau , protégé par cette formidable artillerie, manœuvrait pour attaquer de front les positions ennemies , tandis que Ney et Davoust avançaient à marches forcées pour les prendre par derrière. C'en était fait de l'armée russe; elle était taillée en pièces si l'exécution dn plan d'attaque eût dépendu entièrement de celui qui l'avait conçu. Mais, malheureusement, au moment où Augereau, que les généraux Legrand et Saint-Hilaire devaient soutenir, l'un à droite et l'autre à gauche, abordait les retranchemens russes, une obscurité profonde se répandit tout- à-coup sur les combattans, et la neige tombant à gros flocons dans la figure des Français vint achever de les aveugler. Les colonnes perdirent leur direction durant cette nuit soudaine et imprévue. Le corps du maréchal Augereau n'ayant plus d'autre guide que le bruit
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de l'artillerie, obliqua trop à gauche , et pour comble de contrariété, une baile ayant mis le maréchal hors de combat, la troupe, restée sans chef se débanda. Mais, par un dédommagement de la fortune, les Eusses, non moins aveuglés que les Français ne s'aperçurent point du vide occasioné par cet événement dans le centre de l'armée française , et ne firent aucun mouvement pour en profiter. Averti à temps du désordre introduit dans son plan d'attaque., l'Empereur ordonne aussitôt au duc de Berg de s'élancer avec sa cavalerie dans le vide occasioné par la marche oblique du maréchal Augereau , et au maréchal Bessièies de dépasser avec celle de la garde la division Saint-Hilaire, et de charger les Russes en flanc. Le jour commençait à reparaître : les cavaliers français se précipitent et culbutent au premier choc la cavalerie russe qui voulait s'opposer à leur mouvement. Le massacre devint horrible. Deux lignes d'infanterie des Russes, qui formaient leur droite et leur centre, furent rompues et complètement repoussées : la troisième J'eût été de même s'il ne se fût pas rencontré un bois contre 1er; ne", cette ligne s'adossa, et donna le temps aux deux autres de se reformer.
Le combat recommençait avec une nouvelle fureur , lorsque les corps des maréchaux Davoust et Ney arrivèrent enfin sur le champ de bataille, et vinrent, par leur présence, fixer la victoire si longtemps indécise. Les Russes se voyant tournés
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et attaqués sur tous les points, se défendirent en désespérés. Ils ne cédèrent que lorsque, épuisés de fatigues, ils ne purent plus opposer de résistance. Alors ils se débandèrent et prirent la fuites sept mille morts, à peu près autant de biessés, quinze mille prisonniers et quarante-cinq pièces de canon, tels lurent les résultats de cette victoire meurtrière qui fut achetée trop chëreirient parles Français, pour qu'ils pussents'enapplai.'.iir comme d'un grand triomphe. L'armée russe avait dû son salut à l'accident éprouvé par le maréchal Augereau d'une part, et de l'autre, aux retards qui avaient empêché les maréchaux Ney et Davoust d'arriver assez tôt sur le champ de bataille. En effet , les généraux ennemis avaient commencé leur retraite aussitôt après la défaite de h*ur cavalerie, et dès lors il fut impossible aux Français de s'y opposer.
Mais Napoléon n'en avait pas moins obtenu le but qu'il s'était proposé. Les Russes étaient en, fuite, et, sans la nuit qui commençait à tomber, il les aurait fait poursuivre avec sa vigueur accoutumée. Le prince Murât seul les avait suivis avec sa cavalerie. Leur arrière-garde ayant voulu onposer queique résistance sur les bords de la Fris- Ghling,, fut culbutée dans la rivière, et eut beaucoup de peine à atteindre l'autre rive. Les Russes se retirèrent derrière la Prégel.
Quant à l'Empereur Napoléon, satisfait d'avoir donné aux Russes une leçon qui leur ôtât l'envie
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de troubler encore ses quartiers d'hiver, il donna l'ordre à ses iroupes de se replier et de venir re-' prendre leurs positions sur la Vistule. Il voulait attendre le printemps pour rentrer dans la lice, et irapper enfin le coup décisif qui forcerait l'Empereur Alexandre à lui demander la paix.
Mais, tandis que les divisions actives de la grande armée se livraient au repos qui leur était si récessaire, ap;è:> tant de marches pénibles et de travaux glorieux, celles auxquelles Napoléon avait confié le soin d'assiéger les places qui restaient encore au roi de Prusse, reçurent l'ordre de presser leurs opérations, et de ne rien épargner pour forcer les garnisons de capituler. C'est à cette époque que le maréchal Lefebvre poursuivit avec vigueur les sièges des ville et forts de Dantzick. Le voisinage de l'armée française sur la Vistule, et lf> facilité avec laquelle l'armée russe pouvait communiquer, par mer, avec la place, allait donner à ce siège la plus haute importance. - C'est pourquoi tous les militaires l'ont jugé d'gne d'une relation particulière. Puissent-ils accueillir avec quelque bienveillance celle que nous leur offions! Nous aurons atteint la seule récompense que nous avons ambitionnée en nous livrant à ce travail !