‹ Siège de Paris (volume 2)Chapitre 106 sur 326 · F Sarcey, p. 22i · texte numérisé non relu

F Sarcey, p. 22i

s. A. MorilloQ, p. 207. Voir le texte de cet arrâté dans Sarrepont, p. 268.

4. Journal du siège, par le Gaulois, p. 869 ; H. Oabot, p. 79 ; F. Sarcey, p. 221 ; Michel Cornudet, p. 840; M°>« Ë. Quinet, p. 228; note du Journal officiel, 28 décembre; proclamation du maire de Paris du 28 décembre (Journal officiel du 29).

pris. Mais ils sont moins bien pourvus que les années ordinaires, en raison des circonstances*.

D'ailleurs toutes ces dispositions ne sont que des palliatifs, trahissant Tinexpérience et le défaut de prévoyance habituels. Le bois des promenades est vert ; il chauffe peu. On doit pourtant s'en contenter. Depuis de longues semaines, Paris n'est plus éclairé qu'au pétrole et à Thuile végétale. Les yeux ont fini par s'y accoutumer. « Les blafardes clartés de la lampe à l'huile percent à peine... l'ombre qu'elles rendent plus visible; plus de voitures, nous avons dévoré les chevaux; les omnibus de plus en plus rares; tous les magasins fermés ; on dirait d'une immense ville de province*. . . »

Dans cette grande misère, les femmes, plus que jamais, sont admirables, et pourtant la part la plus dure leur in* combe. Levées avant le jour, les pieds dans la boue ou la neige, elles attendent, pressées en longues queues, à la porte du boulanger, du boucher, de l'épicier, du marchand de bois, de la mairie, le moment de recevoir leur maigre ration. Rien de plus triste que la vue de ces pauvres créatures, souvent à peine vêtues, la poitrine arrachée par la toux, restant ainsi de longues heures, sans un murmure. On en vit rapporter un petit enfant, mort dans leurs bras pendant ces stations interminables. Ce n'est pas trop de dire que les femmes de Paris, surtout celles des classes inférieures et moyennes, donnèrent un immortel exemple d'abnégation et de courage '.

Elles ne se bornent pas à leur rôle familial, si pénible et si absorbant. Elles se multiplient pour les pauvres, pour les blessés. Les associations surgissent en nombre, mettant au

1. Sarreponi, p. 256 à 261; Journal officiel du 24 décembre, — L'approvisiopoemenl de Paris en bois de chauffage était ioférieur à ia moyenne en raison de IMnveslissement et aussi de la sécheresse de l*année 1870, qui avait ralenti les arrivages par voie fluviale.

2. F. Sarcey, p. 2ii et 222. Voir dans Sarrepont, p. 265, le décret du 25 novembre sur la réquisition des huiles de pétrole épurées.

3. F. Sarcey, p. 148 et 220; Ducrot, tome III, p. 224; Jules Claretie, tome l*', p. -402; Jules Favre, tome II, p. 178; Journal des Concourt, 2« série, tome I«', p. 180; Sarrepont, p. 244; Trochu, Œuvre iposthumei, tome I«', p. 498; H. Dabot, p. 68; D» Sarazin, p. 200. Voir plus haut, p. 67.

jour des trésors de charité ingénieuse. Elles comblent les lacunes de l'assistance officielle, fort imparfaite, en ce qui touche les indigents aussi bien que les malades ou les blessés. Il n'est pas une œuvre de bienfaisance qui sollicite en vain le public. Les hôpitaux et les ambulances regorgent de draps, de serviettes, de linges de toute sorte. « Nous avons de la charpie pour dix ans, disait le docteur Mallez, le médecin en chef de Tambulance du Théâtre -Français, et j'ai chez moi de quoi fournir de vieilles chemises tout mon quartier*. »

Au commencement de décembre, on publie un recensement officiel des ambulances privées, disposant de plus de six lits : elles en contiennent 25,826, non compris ceux réservés aux convalescents*. Mais leur fonctionnement laisse à désirer : « Jamais on ne put obtenir que l'intendance' sût d'avance combien chaque ambulance avait de lits disponibles et sur laquelle on devait immédiatement diriger le blessé, suivant le plus ou moins de gravité de sa blessure. Il fallait d'abord le transporter dans une ambulance centrale, d'où, après des heures d'attente, on l'expédiait sur une ambulance particulière. Mais il se trouvait presque toujours que celle-ci était pleine, ou qu'elle n'était pas outillée pour recevoir un malade de cette catégorie ; elle refusait d'ouvrir ses portas. On se remettait en marche, et le malheureux se promenait ainsi, à travers la ville, d'ambulance en ambulance. Mieux eût valu pour lui être recueilli par lesTrussiens*. » D'ailleurs ce bel élan de charité privée n'est pas sans ombre. Au IX® arrondissement, M. Cadet, directeur général des ambulances, imagine, avec la complicité du maire Mottu, d'accorder une prime macabre aux malades ou blessés « décédés sans avoir demandé le ministre d'une religion quelconque ». Ils seront enterrés «aux frais de la mairie». Quant aux

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