J. Favre, tome II, p
3. Dépêches de M. de Chaudordy, il et 18 décembre, Jules Favre, tome II, p. 262 et 263.
4. Procès -verbaux ¥iiiéa, 17 décembre, Ducrot, tome III, p. 388 et suiv.; Trochu, Œuvres posthumes, tome I<", p. 478.
5. « Le gouvernement vient de délibérer sur vos dépêches des il et 18 décembre; il a décidé que nous serions représentés à la conférence. Celte décision est prise par égard pour Topinion exprimée par TAngleterre, la Russie, l'Autriche et Tltalie, et sous le bénéfice des communications que vous ont faites leurs représentants. SI notre plénipotentiaire était choisi à Paris, nous demanderions à Tune des puissances neutres ou à toutes les quatre d'obtenir les sauf-conduits. Le gouvernement, suivant votre réponse, désignera ce plénipotentiaire. Du reste, vous pouvez être sans inquiétude pour nous. Paris continue à être calme, résolu, confiant. Nous avons largement des vivres pour un mois, peut-être plus. Notre armée est pleine d'ardeur et va livrer batailla pour aller au-devant de vous, t (Dépêche à M. de Chaudordy, 17 décembre» J. Favre, tome II, p. 264.)
sez pressentir. Dans une lettre du 18 décembre à M. de Chaudordy, Jules Favre, tout en faisant mine de s'en défendre, trahissait, sans doute par excès de confiance personnelle^ un singulier désir de représenter la France à la réunion annoncée \ Il avait obéi à la même impulsion lors de Tentrevue de Ferrières; il devait la suivre encore dans les négociations qui précédèrent l'armistice, malheureusement pour nous. Il protestait contre la possibilité de quitter Paris en ballon,. « ce qui ressemblerait à une aventure », ou de solliciter un sauf-conduit à Versailles, « ce qui serait une humiliation' »» L'avenir lui réservait de bien autres sollicitations I
Du 20 décembre au 3 janvier les dépêches de M. de Chaudordy et de Gambetta donnent la même note encourageante. Il faut que Jules Favre sorte de Paris, qu'il aille à la conférence. «Agir autrement serait commettre une faute irréparable. » L'Angleterre promettait des sauf- conduits. La Russie « laissait deviner qu'elle agirait sur la Prusse pour obtenir des conditions acceptables de paix». Mais ces encouragements n'arrivèrent à Paris que le 9 janvier, tant le froid ralentissait de nouveau nos communications par pigeon*.
Dans l'intervalle, le caractère ondoyant et faible de Jules Favre l'exposait à de nouvelles incertitudes. Il prenait au sérieux les assertions intéressées des rares journaux allemands qui pénétraient dans Paris, quoique, en mettant les choses au pis, elles n'engageassent que l'Allemagne. A les en croire, la Prusse ne souffrirait sous aucun prétexte qu'on
1. « Je reconnais avec vous qu*il y aurait avantage à ce que je fusse chargé de ce fardeau-; mais, je Tavoue, je suis épouvaulô de sou poids; j'assumerais une bien grande responsabilité, et j'aurais peur d'être au-dessous do ma lâche; et cependant je sens que je défendrais énergiquement l'iionneur et les intérêts de ma chôre patrie, et que j'aurais plus que personne la connaissance de tous les précédenis, depuis le 4 septembre. » (Dépêche du 18 décembre à M. de Chaudordy, J. Favre, tome II, p. 2C8.)
8. Ibidem. — Le ballon portant cette dépêche, le Davy, partit de Paris le 18 t Journal du siège, p. SSi), ut non le 15, comme récrit Jules Favre, tome 11^ p. 970. Il tomba aux environs de Nuits pendant la bataille.
:;. Dépêches de M. de Chaudordy, 80, 2i, 26 décembre, Jules Favre, tome II, p. 270; Dépêche de Gambetta, 81 décembre-3 janvier, J. Favre, tome II, p. 282
et S878.
élargît le programme de la conférence ; elle contestait au gouvernement « de fait » le droit d'y être admis.
Le 21 décembre, dans la soirée, lorsque déjà s'évanouissaient les vains espoirs inspirés par le simulacre de sortie tant annoncé par Trochu, Jules Favre laissait percer un découragem3nt qui devait aller croissant : « Ce que je lis dans les différentes feuilles me confirme dans Topinion que nous avons bien peu à espérer d'une conférence. . . Je commence à douter que cette invitation nous soit réellement faite. . . Je me prépare aux plus suprêmes épreuves * . » Le 23 décembre, la note de désespérance est plus marquée : « Je persiste à croire que le projet de conférence est sans intérêt véritable pour nous; ce que les papiers allemands qui se sont glissés jusqu'à nous m'apprennent sur ce point confirme mon sentiment. Ils montrent la Prusse très disposée à temporiser, plus encore à nous exclure de cette conversation*. » — C'est justement, semble -t-il, cette opposition de la Prusse qui eût dû nous guider. Puisqu'elle voulait nous interdire l'accès de la conférence, c*est qu'elle y avait un intérêt. Le moyen le plus simple de contrecarrer ses vues était de désigner comme plénipotentiaire, non Jules Favre enfermé dans Paris et soumis à son bon plaisir, puisqu'il reculait devant un départ en ballon, mais M. de Chaudordy beaucoup plus au courant que lui de la situation extérieure.
Il obtenait des résultats marqués, pendant que Jules Favre s'énervait ainsi dans l'attente et l'ignorance du dehors. Il le faisait agréer comme plénipotentiaire par l'Angleterre et les cinq autres puissances neutres. Puis il arrivait à ce que le gouvernement anglais se chargeât de solliciter un sauf-conduit en vue de la première réunion fixée au 3 janvier. Le comte de Bernstorff transmettait cette demande à M. de Bismarck ^ qui marquait la plus extrême mauvaise volonté à y satisfaire.
Le 27 décembre, après avoir appris que le cabinet de Lon-
1. Dépêche à M. do Chaudordy, 2i décembre, J. Favre, tome II, p. 271.
2. Dépêche à M. de Chaudordy, 23 décembre, J. Favre, lome II, p. 272. — Dans une dépêche du 28, Jules Favre mainteuait son intention de ne pas solliciter de sauf-coQduit, mais d*attendre que les neutres lui en fissent obtenir un (Jules Favre, tome II, p. 273).
dres allait la formuler, il adressait à M. Washburne, pour être communiquée à Jules Favre, une note portant que, le 23, des coups de feu avaient été tîiés par des soldats français sur un parlementaire allemand. Il prenait texte de là pour déclarer qu'en attendant une communication « satisfaisante » , toute relation serait suspendue avec Paris ^
Le but de cette interruption inusitée est aisé à reconnaître. 11 s'agissait simplement de retarder les échanges de communications entre le gouvernement français et Textérieur. M. de Bismarck saisissait le premier prétexte venu, sans s'inquiéter de son invraisemblance. Elle était criante. Les cas où des balles allemandes menaçaient nos parlementaires se présentaient journellement, et nous n'avions jamais songé à en imputer la responsabilité au gouvernement du roi Guillaume*. Jules Favre n'eut aucune peine à réfuter la thèse du chancelier. Celui-ci répondit le 5 janvier par une lettre à M. Washburne, qui fut remise le 10 seulement au ministère des affaires étrangères. Il annonçait l'intention de « maintenir » les communications entre Paris et l'armée assiégeante. Elles n'en avaient pas moins été entièrement interrompues du 27 décembre au 10 janvier et la conférence de Londres devait ouvrir le 3 !
En apprenant la difficulté imprévue que nous opposait M. de Bismarck, M. de Chaudordy avait redoublé ses efforts. Il pressait les représentants de l'Angleterre et de la Russie de les seconder et refusait nettement un moyen terme qui lui était offert, celui de faire figurer notre chargé d'affaires, M. Tissot, à la première séance. Il demandait que M. de Bismarck fît avertir Jules Favre, dès qu'il aurait reçu l'invitation de lord Gran ville, et que le ministre eût ensuite toutes facilités pour se rendre à Londres'.
J. Jules Favre, tome H, p. 279. Voir le texte de cette note, Jules Favre, tome II, p. 463.
2. Lettre de Jules Favre à M. Washburne, l^^" janvier 1871; Note du général Trochu, datée du 2, J. Favre, tome II, p. 464 à 467; d*Héris3on, p. 176 à I7y; Lettre du général Pellissier, il janvier I87i, J. Favre, tome II, p. 471. Voir également J. Favre, tome II, p. 279 et suiv.