Jules Favre, tome II, p
Quant à lord Granville, sous la pression de Topinion publique, il cherchait aussi à aplanir les obstacles qui arrêtaient notre représentant'. A défaut d'un parlementaire allemand, trop exposé au dire de M. de Bismarck, il proposait qu'on envoyât à Paris Tun des oflSciers pris aux dernières sorties et n'ayant, par suite, rien à nous apprendre. Si ce moyen lui était refusé, il demandait à communiquer avec Jules Favre par l'intermédiaire de M. Washburne.
A l'égard du gouvernement, Gambetta et M. de Chaudordy ne cessaient d'insister pour qu'il participât à la conférence: «Il le faut pour deux raisons supérieures: la première, c'est qu'une fois sorti de la capitale et prêt à vous asseoir au milieu des représentants de l'Europe qui vous attendent, vous les forcerez à reconnaître la République française comme gouvernement de droit. . . La seconde. . . c'est que vous pourrez échapper à Tatmosphère troublée et obscure qui vous entoure. Vous pourrez voir par vous-même où en est la France. . . vous nous aiderez à soutenir le sentiment national et à poursuivre la guerre jusqu'à la victoire, même après la chute de Paris, si un tel malheur ne peut être évité. Il ne faut pas en effet que la chute d'une capitale entraîne la chute même de la patrie. . . l'unité française doit lui survivre*. . . »
M. de Chaudordy s'exprimait avec la même force (21, 26, 29 décembre). Mais le froid retint nos pigeons voyageurs jusqu'au 9 janvier. A cette date seulement, Jules Favre reçut les dépêches précédentes, après un mortel silence de vingt et un jours*. Le bombardement, qui avait commencé le 5, modifiait encore une fois ses idées et celle de ses collègues : « Il n'aura pas dépendu de vous. . . , écrivait-il à M. de
1. a L*esprit public en Angleterre se prononçait en notre faveur avec une indicible exaltation. On y attendait impatiemment le repré^enlant de la France. Des souscriptions avaient été ouvertes pour les frais de sa réception, qu'on préparait triomphale. Toutes les classes y avaient participé, et dans les meetings assemblés pour en recueillir le montant, la foule applaudissait les orateurs qui demandaient une intervention. » (Jules Favre, tome II, p. 308.) Il ne faudrait pas prendre ces afiBrmalions au pied de la lettre.
2. Dépêche de Gambetta à Jules Favre, 3J décembro-3 janvier, Jules Favre, tome n, p. 220 et 276.