‹ Siège de Paris (volume 2)Chapitre 16 sur 326 · J. Favre, tome II, p · texte numérisé non relu

J. Favre, tome II, p

qu'on ne pourrait croire. On attend la reprise des opérations, promise pour une date prochaine par Trochu et Ducrot : « Les bruits les plus favorables et les plus étranges circulaient dans la ville. . . On contait que la flotte prussienne avait été tout entière capturée d'un seul coup de filet dans le port de Jahde : deux frégates françaises..., passant sur les torpilles qui en défendaient l'entrée, se seraient ainsi fait sauter, après quoi notre escadre aurait franchi sans péril le goulet et pris l'oiseau au nid ^»

Le gouvernement n'a pas renoncé à son système de dissimulation, de ménagements excessifs pour les illusions de Paris. Il le traite en enfant auquel on n'ose dire la vérité. Dans son ordre du 4 décembre, Ducrot laisse échapper des paroles trop vraies, qui effraient. Il est décidé qu'aucune proclamation ne sera portée à l'Imprimerie nationale avant d'avoir reçu le visa du conseil*. La publication d*une lettre de Trochu est ajournée, parce qu'elle semble une réédition du malencontreux ordre du général Ducrot*.

Visiblement la confiance des collègues du gouverneur est ébranlée. En son absence, l'un d'eux dit au conseil que « plein d'estime pour son caractère, il reste dans le doute au

1. F. Sarcey, p. 199 : c Cette reculade imprévue n*eat pourtant pas sur Topinion reffet désastreux qu'on en pouvait attendre. Nous étions flattés d*avoir tenu bon contre les vieilles troupes de Prusse, d'avoir passé et repassé sous leurs yeux, un grand fleuve {sic), sans qu'ils osassent inquiéter ce mouvement. Ce n'était, pensions-nous, que partie remise. » Voir également Michel Cornudot» Journal du siège de Paris, p. 267, d'après VÈlecteur libre et Ducrot, tome IH, p. Sl9.

a. Procès-verbaux cités, 4 décembre 1870. — Cette proclamaHon est ainsi conçue :

c Soldats, après deux jours de glorieux combats, je vous ai fait repasser la Marne, parce que j'étais convaincu que de nouveaux efforts dans une direction où l'ennemi avait eu le temps de concentrer toutes ses forces et de préparer de nouveaux moyens d'action seraient stériles.

c £n nous obstinant dans cette voie, je sacriflais inutilement des milliers de braves, et loin de servir l'œuvre de la délivrance, je la compromettais sérieusement, je pouvais même vous conduire à un désastre irréparable.

I Mais, vous l'avez compris, la lutte n'est suspendue que pour un instant; nous allons la reprendre avec résolution. Soyez donc prêts, complétez en toute liûte vos munitions, vos vivres, et surtout élevez vos cœurs à la hauteur des sacrifices qu'exige la sainte cause pour laquelle nous ne devons pas hésiter à donner notre vie. » (Ducrot, tome 111, p. 108.)

Page 1