F. Sarcey, p
8. L. Larchey, p. 244; Journal du siège, par le Gaulois, p. 423. 4. Journal du siège, par le Gaulois, p. 398.
ô. Louis Veuillot, tome H, p. 104.
6. Journal du siège, par le Gaulois, p. 419. — On joue le Dépit amoureux et Amphitryon, avec une pièce de vers de Gondinot.
assistance au Théâtre-Françaîs. Pourtant on ferme les lycées de la rive gauche , trop exposés. On met à la disposition des habitants des quartiers bombardés des casernes, des bara-> quements, des logements vides. L'émigration est beaucoup moindre qu'on ne pourrait le croire; 7,000 ou 8,000 réfugiés se partagent entre sept arrondissements. Encore quelquesuns de ceux-ci, comme le XIV*, sont-ils bombardés, eux aussi. Au quartier Latin, la population ne paraît pas avoir sensiblement diminué. « Les pauvres gens tiennent à leur petit mobilier et s'obstinent à rester chez eux, à tout hasard. » Aucun vol, aucune tentative de pillage dans ces rues éclairées au pétrole, où. il n'y a plus de sergents de ville, toutes pleines de maisons vides et « grouillant d'une population affamée ^ ».
Le bombardement provoque un « dernier accès de naïvetà militaire » chez le général Trochu. Il en vient à se convaincre que les Allemands ne bombardent pas Paris uniquement pour le bombarder : ils ont un but déterminé ; ils croient pouvoir achever la défense d'un seul coup, au milieu de l'effarement jeté par les obus dans la population. Il prévoit donc une attaque de vive force * ; il l'attend même avec impatience, comme au début du siège. Tout à son illusion, il se laisse aller aux idées mystiques qui lui sont familières et, avec une complète ignorance du milieu, il prépare une proclamation « aux défenseurs et aux familles de Paris » :
«... Je suis croyant, et j'ai demandé à sainte Geneviève, libératrice de Paris au temps de l'invasion des barbares, de couvrir encore une fois Paris de sa protection. Elle exauce
1. F. Sarcey, p. 270 et 271; Ducrot, toma IV, p. 26; Vinoy, p. 381.— Le 23 janvier, le U» arrondissemenl a recueilli 8,627 réfugiés; le V«, 838; le VI^, 621; leXIII«, 209; leXIV«, 1,199; le XVe, 652; le XYII®, 8 (Journal du siège, par le GauloU, p. 455). Au nord, une petite partie du XVIII^ arrondissemen , au sud, la presque totalité des XIII«, Xiyo, XV®, V«, Vie, VU®, une partie du XYl^, quelques points des IV^^ et XII» furent atteints par les obus (de Sarrepont, le Bombardment de Paris, p. 388).
VÉtat-major prussien, tome IV, p. ii5i, dépeint cette situation sous d*au- Ires couleurs, plus sombres.
S. Dans la séance du lo janvier, il déclare au conseil qu*il s^attend à une attaque générale pour le 16 janvier, jour de fête du roi Guillaume (Procèsverbaux cités, Ducrot, tome III, p. 282); Note confidentielle du il janvier, Vinoy, p. 610.
mon vœu. Elle a providentiellement inspiré à l'ennemi la l^ensée du bombardement qui déshonore les armes allemandes, la civilisation, et qui fait ressortir d'une manière si éclatante et si touchante la fermeté du peuple de Paris.
« Quand Tennemi nous croira accablés par le bombardement, il prononcera ses attaques. Je suis sûr de les repousser. L'heure des nôtres viendra.
« Préparez- vous aux luttes suprêmes*. »
" Ce manifeste, porté à l'Imprimerie nationale sans l'aveu du gouvernement, y produit Peffet qu'on pense. Il est pourtant composé et tiré en épreuves. Quand le gouverneur en donne lecture au conseil, déjà averti, un silence profond, glacial s'établit. Nul n'en croit ses oreilles. Tout à coup, Jules Ferry bondit et exprime sa désapprobation dans les termes les moins mesurés. Finalement on décide la suppression immédiate du malencontreux document, sans pouvoir empêcher qu'il en transpire quelque chose dans le public. De . la confiance dans le général Trochu, si affaiblie auparavant, il ne subsiste plus rien. On le voit tel qu'il est : un illuminé, qui a perdu le sens des choses, qui vit dans un rêve, à l'écart des réalités dont nou« sommes contraints de subir le contact douloureux.
Certes, il méconnaît les Allemands. Ceux-ci savent que la faim sévit dans Paris, que le bombardement ne hâtera en rien la capitulation, que la grande ville se rendra seulement après avoir mangé son dernier morceau de pain. Dès lors, à quoi bon jeter 300 obus chaque jour sur un espace de 5,000 hectares*? N'est-ce pas commettre une cruauté inutile, c'est-àdire une erreur militaire et un crime contre la loi naturelle?
1. Trochu, Œuvres posthumes, lome Ifi^ p. 608; de Sarrepont, le Bombardement de Paris, p. 186; Â. Duquel, p. 67, d'après le témoignage verbal d'un r.cleur de ces faits; d'HérissoQ, p. 202; H. Rochefort, tome II, p. 249. — M. Alavoiiie, typographe à l'Imprimerie nationale, put soustraire à la destruction un cxomplîiire de cette proclamation qu'il donna à M. Rochefort. Celui-ci le communiqua à M. d*Héri8son. — M. A Duquel {Paris, le Bombardement et BuzenvaJ, p. 66) fait remarquer que cette proclamation fut certainement inspirée par un îirMcle de Vcnillot, paru le 2 janvier et consacré à sainte Geneviève (Louis Vouillot, tome II, p. 78).
2. MoUkcs Korrespondenz, n» 6i9, 15 janvier, lettre au général von Sliehle:
Evidemment, dans le désir de bombarder Paris, il entre un âpre désir de vengeance pour le passé, la rancune des incendies du Palatinat et des hontes de 1806*, la jalousie qu'excitent chez un peuple resté longtemps pauvre, grossier, sans culture, notre civilisation, nos arts, notre luxe*. Ce pays, où le mot vertu est en honneur plus que la chose elle-même, salue de ses acclamations la ruine de la « Nouvelle Babylone » , de la « Grande prostituée ». Ses appétits brutaux se teintent du rigorisme de Luther, du « bigotisme militaire », si odieux à Heine, d'une tartufferie indigne d'une grande nation',
« Jamais je n'ai parlé légèrement de la Prusse ni des Prussiens. . . Pour tout dire, je juge qu'ils ont mérité leur fortune et que nous avons mérité la nôtre. Mais, jusqu'à la fin de ma vie, quelques-uns de leurs actes de guerre, le bombardement de Paris expressément, me pèseront sur le cpeur *. » Nous dirons de ce bombardement, après l'ancien gouverneur de Paris : Militairement, ce fut une sottise, moralement, un crime. Aux yeux de l'observateur indépendant, la gloire du fondateur du nouvel empire germanique en restera pour toujours obscurcie.
«... Jusqu'ici nous jetons journellement, môme durant toute la nuit, 280 obus •dans Paris; c'est certainement une forte pression qui s'ajoute à la misère. Quant à savoir à quel moment celle-ci se transformera en une vraie famine, toute donnée certaine nous manque pour cela, et pourtant il n'y a que celle-ci qui puisse obliger à se rendre notre ennemi achamtS. » Voir aussi Moltke, la Guerre de iS70, traduction Jœglé, p. 317. — M. A. Duquel, p. lOi, nous paraît exagérer fortement le nombre des projectiles tirés. D'après de Sarrepont, le Bombardement de Paris, p. 180, 12,000 obus au plus furent jetés dans Paris; suivant M. Ghaper, Rapport, pièces justificatives, p. 199, ce nombre serait de 8,000 ou 9,000.