Journal du siège, par le Gaulois, p
6. F. Sarcey, p. 265; Journal du siège, par le Gaulois, p. 390; M. Cornudet, p. 394; de Sarrepont, le Bombardement de Paris, p. 283; J. Claretie, tome I»*", p. 473; Journal officiel, numéro du 8 janvier 187 1.
siflïement significatif du projectile allemand ou de pousser le cri traditionnel : « Gare la bombe ! » Chacun de se jeter à terre, et de rire^
Il faut le dire, en somme, ce héroïsme est facile. Sur une étendue aussi grande, les eflfets matériels sont relativement nuls. « C'était un sujet d'étonnement, à qui s'en allait à travers le quartier Latin, après une nuit où le bombardement n'avait pas pris une minute de relâche, de voir combien peu de traces cette pluie d'obus laissait de son passage. Des murs éraflés, des glaces brisées, des tuiles semées sur le trottoir et, par-ci, par-là, une porte éventrée, un trou creusé en terre, c'était tout*. »
Les pertes matérielles sont donc faibles ; de même pour celles de vies humaines, toute proportion gardée. Du 5 au 26 janvier, moins de quatre cents personnes seront atteintes parmi celles qui ne prennent pas une part active à la défense \
Les enfants et les femmes paient largement leur dette sanglante. Du 5 au 13 janvier, sur 51 morts, il y a 18 enfants et 12 femmes ; sur 138 blessés, 21 enfants et 45 femmes. Les journaux apportent chaque matin la douloureuse liste de victimes que leur faiblesse n'a pu sauver. Dans la nuit du 8 au 9 janvier, un obus atteint le pensionnat de Saint-Nicolas, des frères des Ecoles chrétiennes ; il tue cinq enfants de douze à quatorze ans et en blesse grièvement six autres*. Un autre mutile plusieurs jeunes filles et en frappe deux à mort. «Tout Paris frémit d'indignation en recevant ce billet de faire-part, qui fut répandu à profusion : « Monsieur et Madame Jules Legendre ont la douleur de vous faire part de la mort de leurs filles : Alice, âgée de trois ans et demi, et Clémence, âgée de huit ans, frappées toutes deux par un obus
. 1. F. Sarcey, loc. cit.
a. F. Sarcey, p. 266.
3. 97 tUiSs et 278 blessés, d*aprè3 Viooy, p. 380. Voir, à nos Annexes, la liste détaillée des pertes.
4. Lettre du D' Fournie, médecin de Saint-Nicolas, Journal du siège, par le Gatilois, p. 402 ; F. Sarcey, p. 268.
prussien ^ » Le 14 janvier, six femmes sont tuées par le même projectile, rue Lecourbe, au moment où elles faisaient queue à la porte d'une cantine municipale*.
Les obus allemands, on grand nombre, atteignent les hôpitaux, les ambulances de la rive gauche, que leur masse et leur hauteur désignent aux coups. Chaque nuit, le Val-de- Grâce, la Salpêtrière, la Pitié, Thospice de Bicêtre, les Enfants-Malades , les ambulances du Luxembourg sont frappés ; de même pour nos bibliothèques, nos églises. Vainement les protestations s'accumulent '. Le 10 janvier, le général Trochu déclare solennellement à Moltke « qu'aucun des hôpitaux de Paris n'a été distrait de sa destination ancienne pendant le siège ». Il demande que des ordres soient donnés pour qu'on les épargne.
Le chef d'état-major allemand répond le 15, en attestant «l'humanité avec laquelle les armées allemandes font la guerre. . . Dès que la transparence de l'air et les distances moins grandes permettront de reconnaître les coupoles et les bâtiments qui portent les drapeaux blancs à croix rouge, il deviendra possible d'éviter même des atteintes dues au hasard*? » Comment Moltke peut-il signer ces assurances mensongères ? « La pureté de l'air » permettra-t-elle aux artilleurs allemands de distinguer les croix de Genève, puisqu'ils tirent toutes les nuits sur Paris ?
1. F. Sarcey, p. 268; L. Larchey, p. 246; J. Favre, tome II, p. 322.
2. Journal du siège, pur le Gaulois, p. 402. — Un décret du ii janvier assimile tout Français atteint par les « bombes prussiennes » au soldat frappé par Tennemi. De même pour leurs veuves et orphelins.
3. 6 janvier, proclamations du gouvernement et des délégués des vingt arrondissements; 9 janvier, protestations des médecins des Enfants -Malades et de ceux de la Pitié; 10 janvier, déclaration de Trochu au général de Moltke; 11 janvier, protestations des médecins de la Salpêtrière et de la Charité; 13 janvier, protestations du corps diplomatique de Paris et des médecins de l'hôpital Nocker et des Jeunes-Âveugles ; 23 janvier, réponse de M. Kern, doyen du corps diplomatique, à M. de Bismarck, etc. (L. Larchoy, p. 227 à 244; Jules Favre, tome II, p. 477 à 484.)
L'asile Sainte-Anne reçoit 137 obus; le Val-de-Gràce, 76; la Pitié, 47; la Salpêtrière, 3i (Enquête, rapport Chaper, pièces justificatives, n» 199).
4. Trochu, Œuvres posthumes, tome !•', p. 6i0; Moltkes Korrespondenz, p. 617. — Les établissements hospitaliers de la rive gauche renfermaient alors 18,000 malades ou blessés (Trochu, loc. cit., p. 497).
Un fait certain, c'est que les prisonniers, leurs compatriotes, sont dirigés sur Thôpital de la Santé par le préfet de police, malgré Trochu et Jules Simon. A dater de ce moment, l'hospice, souvent atteint jusqu'alors, ne reçoit plus aucun obus*. Il est difficile de croire à une simple coïncidence.
La protestation du corps diplomatique de Paris reste plus inutile encore. Le 17 janvier, M. de Bismarck adresse au ministre de la Confédération suisse, M. Kern, une réponse hautaine. Elle peut se résumer en ce mot d'une énergie populaire: « Mêlez- vous de ce qui vous regarde*. » L'intention des Allemands n'est pas de détruire Paris, « ce qui serait pourtant admissible d'après le principe émis par Vattel, mais dé rendre intenable la position centrale et fortifiée où l'armée française prépare ses attaques. . . » Quant aux nationaux étrangers, le seul moyen de les mettre à l'abri des dangers inhérents à un siège est la reddition de Paris. M. Kern aura beau jeu pour répondre à ces assertions impudentes (23 janvier)'. Mais qu'importe à M. de Bismarck? Il a la force pour lui, et elle suffit à ses ambitions.
Le bombardement continue sans apporter un changement sérieux à la vie publique. Les théâtres ouvrent le dimanche, 8 janvier, comme à l'ordinaire ; à l'Opéra et aux Français, la salle est comble*. Rue Richelieu, on joue Bataille de Dames, cette médiocre comédie de Scribe, non sans provoquer la mordante indignation de Veuillot, qui voit «Paris assiégé laper ce café de portière servi froid'». Le 15, on célèbre le 249' anniversaire de Molière devant pareille affluence*. Le 17, a lieu une première à la Porte -Saint-Martin. Le 22, c'est le Mariage de Figaro qui attire une nombreuse
1. Ducrot, lome IV, p-^is, lettre du préfet de police, M. Cresson, à Ducrot, 10 mars 1877; Procès-verbaux cités, lO janvier, Ducrol, tome III, p. 288. — M. F. Sarcey, p. 868, écrit que le gouverneur en donna avis à Moltke, ce qui est inexact.