‹ Siège de Paris (volume 2)Chapitre 19 sur 326 · NOUVEAU PROJET DE DUCROT · texte numérisé non relu

NOUVEAU PROJET DE DUCROT

La sortie par la plaine Saint-Denis. — Motifs de Duorot et de Trochn. — Réunion de Vineennei. — Réorganiaation de l'armée.

Dès le 3 décembre, Ducrot a arrêté la pensée d'une nouvelle opération. A 9 heures du soir, il rejoint le gouverneur au château de Vincennes et lui expose son projet.

Les dernières nouvelles de Tariuée de la Loire * nous font un devoir de reprendre la lutte à tout prix. Il faut pouvoir lui tendre la main, si, comme l'annonce Gambetta dans sa dé* pêche du 30 novembre, elle va déboucher à proximité de Paris. On ne peut plus songer à sortir par le sud-est, mais bien dans une autre direction. Pour Ducrot, il est incontestable que, pendant les journées des 30 novembre et 2 décembre, l'action de notre artillerie a été particulièrement énergique et soutenue, tandis que l'infanterie, tout en faisant preuve de dévouement et d'élan, ne s'est montrée ni solide, ni manœuvrière.

De là le choix d'un champ de bataille où nos canons trouveront un emploi plus efficace et nos bataillons une tâche moins ardue. La plaine Saint-Denis paraît présenter tous ces avantages. Sur ce terrain plat, nos batteries ne seront plus dominées comme elles l'ont été sur la Marne ; elles pourront faire usage de leur supériorité numérique. Ducrot espère également attirer l'infanterie ennemie dans ce vaste espace sans obstacles. « Là, à découvert, hors de leurs bois, de leurs abris, les soldats allemands n'ayant pas l'entrain, l'élan de nos jeunes troupes, pourront avoir le dessous dans une lutte corps à corps.

« A tous ces avantages s'ajoutent Texcellence, la force

même de la position : en prenant comme front d'opération la ligne Saint-Denis-Bondy, nous sommes soutenus en arrière par le plateau de Romainville, hérissé de forts et de batteries. A gauche, nous avons comme point d'appui la place de Saint- Denis et, sur notre droite, nous pouvons tirer grand parti du plateau d'AvronV »

Ce nouveau projet reçoit aussitôt l'agrément du général Trochu: «Pourquoi ne pas tenter la fortune d'un choc en ligne avec l'armée allemande sur le seul terrain plan, trèa étendu, découvert, qui fût dans la banlieue de Paris, à portée de nos forts dont nous gardions la garantie contre un désastre, la plaine de Saint-Denis?

« Là nous pourrions former de vraies lignes de bataille et les présenter à l'ennemi, qui, attiré par cet appât et fort du sentiment de la supériorité de ses soldats, nous opposerait sans doute les siennes. Cette lutte d'armée contre armée aurait un autre caractère que les précédentes, marquées à peu près exclusivement pa^r des successions d'assauts meurtriers contre des troupes presque invisibles, postées derrière des obstacles '. »

On ne saurait dire combien cette conception est fausse, enfantine, combien elle est éloignée du système de guerre des Allemands. Le gouverneur s'imagine bonnement que la seule vue de nos lignes , correctement déployées dans la plaine Saint-Denis, décidera l'ennemi à un déploiement parallèle, à une sorte de combat en champ clos, de duel à la façon d'Homère. C'est mal connaître nos adversaires.

Quant au projet de Ducrot en lui-même, il n'a rien d'inadmissible. Seulement on doit se demander pourquoi tous le& motifs développés à l'appui n'ont pas conduit à l'adopter plus

1. Ducrot, tome III, p. 105 et suiv. — Bien que le général n*en dise rien, il est à croire que la dépêche suivante, reçue par le gouverneur pendant la bataille du 2 décembre, contribue à cette résolution : « Mes troupes sont prélesà marcher; j*ai avec moi de Tartillerie et de la cavalerie. Je suivrai les instructions. Pas de Prussiens entre Amiens, Beauvais, Chantilly et Gisors.

« BODRBAKI. N

(J. Favre, tome II, p. 114). Cette dépêche fut lancée vers le milieu de novembre (P. Lehautcourt, Campagne du Nord en 1S70-1871, a® édition, p. 52)^

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