Voir plus haut, p
de risquer une attaque directe sur le saillant de la porte de Longboyau. C'est une fâcheuse inspiration, car les longs murs crénelés qui le dessinent sont précédés d'un terrain découvert, descendant en glacis vers nos positions.
Ordre est donné au général du génie Tripier d'ouvrir une brèche dans ces murs. Deux batteries de 12 prennent position sur le plateau au sud de La Malmaîson, près d'une carrière. Elles doivent écraser de leurs projectiles le Pavillon de chasse et ses abords. Après cette préparation, la brigade Miribel donnera l'assaut, tandis que le général Bocher fera un nouvel effort sur le mur intérieur du parc.
Pour accroître nos chances de succès, Ducrot porte en avant le 35® de ligne et le 19® régiment de Paris. Un bataillon (2* du 35*) marche vers le saillant par l'est. Deux autres (!•' et 3*) sont d'abord en réserve près du château de Buzenval; le 19* tiendra la droite, face à la porte de Longboyau \
L'ennemi a reçu quelques renforts : six compagnies du 37* qui se répartissent entre La Jonchère, la porte de Longboyau et le parc de Buzenval. Deux batteries accourues de Saint-Germain avec un bataillon renforcent celles qui combattent à Saint-Michel. Deux bataillons et une batterie se portent à Chatou, engagent le feu contre les wagons blindés qui circulent sur la ligne de Saint-Germain et les obligent à se retirer une première fois sur Nanten*e*. Quatre batteries du IV* corps venues de Montesson prennent position au nord de Chatou, le long du chemin de Carrières-Saint-Denis. Malgré le feu du Mont-Valérien, du moulin des Gibets, de la station de Bueil, elles couvrent de projectiles les masses visibles entre ce point et Nanterre. De nouveau elles forcent à la retraite nos wagons blindés*.
1. Ducrot, tome IV, p. 124; Hiêtorique de la division Faron, ibidem, p. 431.
2. État-major prussien, tome IV, p. 1163. — i compagnie du 37* se porte à La Jonchère, 5 au Pavillon de chasse, i au parc de Lonhboyau.
3. État-major prussien, tome IV, p. 1164; Ducrot, tome IV, p. 132 et 133; Dépêche du commandant Faverot de Kerbrech à Ducrot, 2i»66 du soir (Ducrot, tome rv, p. 423). — Le chef d'escadron Faverot de Kerbrech, avec 2 escadrons de dragons, les éclaireurs Franchetti et une section d*artillerie, observait la ligne Chotou-Bezons.
Cependant le général Tripier jette contre le mur de Lôngboyau onze sapeurs du génie commandés par le lieutenant Beau. Ils doivent y faire brèche à la dynamite. Mais ils ont à traverser un terrain nu c sous un feu d'enfer ». Tpus sont mortellement atteints, sans résultat. Nous dirigeons alors sur la muraille un feu vif d'infanterie et (d'artillerie. L'eimemi subit des pertes, mais il n'est pas ébranlé. Lorsque le colonel de Miribel juge le moment venu, trois bataillons, entraînés par le colonel de Montbrison, le lieutenant-colonel Fressinet de Bellanger, le commandant de Parseval, se jettent en avant, suivis do groupes de soldats de la ligne, de gardes nationaux^ de mobiles. Ils arrivent ainsi à deux cents mètres du fatal saillant. Mais le feu rapide des Prussiens, abrités derrière, leurs murailles, a encore une fois raison d'eux. Ils refluent en désordre. «Les gardes nationaux qui viennent en seconde ligne, aflfolés, terrifiés, courent à droite et à gauche, tii^ent dans tous les sens et font de nombreuses victimes dans nos propres rangs \ » Les colonels de Montbrison et de Rochebrune sont mortellement atteints, ce dernier, dit-on, par une balle française.
Les régiments de Miribel et de Boçlier « brisés, rompus », reviennent s'abriter dans le chemin creux d'où ils étaient partis. La confusion est « épouvantable». Brigades, régiments, compagnies sont pêle-mêle. Nombre de gardes nationaux s'en vont par groupes, sous prétexte qu'ils n'ont plus de cartouches, qu'ils sont blessés. Il faut les plus grands efforts pour empêcher la débandade de gagner les soldats et les mobiles, découragés eux aussi*. Visiblement une attaque de front n'a aucune chance de réussir contre le saillant de Longboyau.
1. Ducrot, tome IV, p. 126; État-major prussien, lomelV, p. 1164. — Il y a 13 compagnies prussiennes engagi^es sur ce point. VHiêlorique de la diviêion Paron porte que le 19® régiment de Paris « s'est porté en avant avec ordre, résolution et entrain. Plusieurs fois repoussé, il revient toujours à la charge, et ne s'arrête que devant un obstacle matériel infranchissable ». II est reporté en arrière vers 4 heures, après avoir épuisé ses munitions, et le 60» mobiles (Seine-et-Oise) entre en ligne (Ducrot, lome IV, p. 43 1).