ProcèS'Verbavx cités, e décembre
LE BOUBGEt - VILLE-iVBART. 19
ont été constamment jusqulci son attitude etse^ résolutions. Sous le coup des exigences de l'opinion publique, plusieurs de ses collègues ne cessaient de lui crier dès le début: Agissez vite, vite. . . et il leur résistait en déclarant que, sans armée de secours, la défense de Paris était une héroïque folie , qu'il fallait savoir faire , en se ménageant autant de chances que possible. Quand une armée a été enfin constituée à grand'peine, cette même opinion publiquis s'est écriée : Vite, vite, réunissez -vous, percez les lignes, et tendez les mains à l'armée de la Loire. Ce qui est également insensé, car il faut user l'ennemi par des coups de boutoir, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. » — Pourtant ce n'a jamais été sa méthode.
« Le temps est donc venu, suivant lui, de laisser dire l'opinion publique et de ne plus faire qu'une guerre sérieuse basée sur les vraies données scientifiques. Il ne se dissimule pas que l'esprit des ofiGiciers supérieurs* est loin de valoir celui des soldats, et que leur action décourageante va se trouver fortifiée par les dernières nouvelles relatives à la reprise d'Orléans; mais la lettre de M. de Moltke est une impertinence à laquelle il serait honteux de répondre autrement que par le combat. — Si l'armée, énervée par certains de ses officiers , ne sait plus se résoudre aux grandes luttes, il répond, du moins, qu'elle saura défendre Paris, qui ne peut en finir honorablement sur une lettre de M. de Moltke, qui trahit bien plus les embarras de l'ennemi qu'elle ne révèle les revers essuyés de nouveau par nos armes. — Si l'on est obligé d'en venir à des négociations, ce qui est possible, que ce ne soit pas du moins à la suite d'une humiliation subie. . . »
Le général croit avec raison, contrairement à Ernest Picard, « que c'est dans la rue qu'on demandera la guerre, et que
1. Il serait plus juste de dire : des oflQciers généraux. Voir Procès-verbiux des séances du gouvernement de la Défense nationale, 18 décembre 1870, Ducrot, tome III, p. 3d6; 86 décembre, ibidem, p. S03; D^ Sarazio, p. 226. De général Ducrot, tome III, p. 117, conteste l'exactitude de cette assertion, sans songer qu'il donne lui-môme l'exemple du découragement.
20 BUZENVAL - LA CAÎPITULATION.
c^est déjà dans certains salons qu'on demande la paix ». Il sait qu'il faudra bien en venir à la capitulation, « mais le faire maintenant, ce serait imiter Bazaine, que chacun traite aujourd'hui de traître à son pays et d'infâme ». Il demande à Ernest Picard si, oui ou non, en capitulant, il est sûr de sauver la France. «Pour lui, en continuant à combattre, il n'est pas sûr de ne pas la sauver ; et c'est pour cela qu'il veut persévérer. . . Que ferait le gouvernement si la province venait lui dire ensuite : Huit jours encore de résistance de Paris et nous étions sauvés ! ... »
A travers le conflit de ces opinions contradictoires, souvent aventurées, on démêle que le conseil, dans sa grande majorité, croit à l'exactitude des faits annoncés par Moltke. Il n'a qu'une confiance limitée dans l'efficacité de la résistance et voit s'approcher rapidement le terme fatal de la capitulation. Mais il juge l'honneur de Paris et de la France engagé dans une défense à outrance. Quant à l'armée, le gouverneur ne dissimule pas combien elle est atteinte dans son moral. Ernest Picard et Jules Favre vont jusqu'à douter de la population. Vivant au milieu d'elle, ils n'ont pas su voir combien elle est unanime dans sa résolution de tenir jusqu'à la dernière bouchée de pain*. Ils lui imputent des faiblesses dont elle est incapable.
Quoi qu'il en soit, le conseil décide que le général Trochu répondra négativement à Moltke, et que le gouvernement publiera les deux lettres en y joignant une déclaration énergique. — L'énergie ne fait pas défaut aux paroles, mais bien aux actes*.
Le 9 décembre, on affiche dans Paris la lettre du général prussien, suivie de celle-ci, qui en est la paraphrasé :
1. Procès-verbaux cités, 6 décembre 1870. — Dans ses Œuvres posthumes » tome I«', p. 469, Trochu résume les mômes arguments sous une autre forme.
2. F. Sarcey, p. 199 ; Vitet, Lettres sur le siège de Paris, Revue des Deux- Mondes du 15 décembre. — Pourtant Jules Favre reconnaît cet état d'àme dans son livre (tome II, p. 162).
S. Procès 'Verbaux cités, 6 décembre 1870,
. Paris, le 7 décembre 1870.
« Mon général,
« Votre Excellence a pensé qu'il pourrait être utile de m'înformer que l'armée de la Loire a été défaite près d'Orléans et que cette ville est réoccupée par les troupes allemandes.
« J'ai l'honneur de vous accuser réception de cette communication que je ne crois pas devoir faire vérifier par les moyens que Votre Excellence m'indique.
« Agréez, mon général, l'expression de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
€ Le Gouverneur de Paru,
« Général Trochu*. »
Le commentaire suivant accompagne ces lettres : « Cette nouvelle qui nous vient par l'ennemi, en la supposant exacte, ne nous ôte pas le droit de compter sur le grand mouvement de la France, accourant à notre secours. Elle ne change rien à nos résolutions, ni à nos devoirs.
« Un seul mot les résume : Combattre. Vive la France !. . . Vive la République ! »
1. Trochu, Œuvres posthumes, lome I®', p. 470. — D'après Ducrot, tome III, p. 120, cette lettre devrait être datée du 6 décembre. Elle commencerait par ces mots : « Mon cher général i , que les circonstances rendent tout à fait invraisemblables. Le texte de Jules Favre, tome II, p. 170, concorde avec celui du général Trochu, sauf la date qui est du 6; ni l'un, ni l'autre ne sont précédés des mots c Mon général » , mais ce peut être par omission.