Procès-verbaux cités, Ducrot, lome IV, p. S
Il la sollicitera de nouveau le lendemain, sans plus de succès*. Pourtant rien ne s'expliquerait mieux. Llnexpérience de notre représentant rendrait même indispensable cette double intervention.
Plusieurs membres du conseil ont témoigné le désir de voir Jules Favre traîner en longueur les négociations, contre notre intérêt évident. Aussi, au lieu de se rendre à Versailles le matin du 25, il assiste dans la journée à une nouvelle réunion (1 heure et demie), où il donne lecture d'un projet de convention émanant de lui. C'est, à peu près, celui qui sera adopté le 28 janvier, et on ne le discute guère que pour la forme, malgré l'extrême gravité du cas. Le général Trochu voudrait obtenir que l'armée ne rendît pas ses armes. Ce n'est pas qu'il se fasse des illusions sur son aptitude à combattre, bien au contraire*. Il demande tout au moins que trois divisions restent en armes afin d'assurer l'ordre, comme le voulait la veille Clément Thomas. Cette proposition si naturelle rencontre un contradicteur !
Jules Favre c trouverait plus grand et plus utile de dire à la garde nationale que le gouvernement se remet entre ses mains et il est persuadé qu'on n'aurait pointa s'en repentir ». Il n'est pas seul à penser ainsi. Comme le général exprime très vivement le regret qu'on n'ait point exigé la dissolution et l'épuration de la milice citoyenne qui, actuellement, rend le gouvernement impossible, le conseil est unanime « à repousser ce regret et cette appréciation^ ». Ses membres ne seront pas longs, sans doute, à déplorer leur aveuglement. La fin de cette séance est consacrée à une discussion
1. Enquête, rapport Daru; déposition J. Favre; Procès-verbaux ciiés, Ducrot, tome IV, p. 806 et 807. — Le 26, Jules Favre demande que Trochu et Ernest Picard se rendent avec lui à Versailles. Il ne paraît pas que sa demande ait eu môme l'honneur d'une discussion.
2. «M. Jules Favre indique que M. de Bismarck ne voudrait pas que la troupe rentrât dans Paris, dans la crainte qu'elle ne se saisit des armes de la garde nationale pour se jeter sur les forts.
« M. le général Truchu répond : Hélas! J'ai honte de le dire, l'armée, loin de saisir de nouvelles armes, abandonnera volontiers les siennes pour acclamer la paix. » {Procès^erbaux cités, Ducrot, tome IV, p. 310.)
s. Procès-verbaux cités, Ducrot, tome IV, p. 310.
oiseuse : Fera-t-on ratifier la future convention par la population? Garnier-Pagès et Arago le demandent encore, sans se soucier des heures qui s'écoulent et de la faim qui sévit. Leur proposition est rejetée sur la vive opposition du général Trochu : « Il ne s'agit point ici d'une question politique, il s'agit de la vie de femmes et d'enfants qu'on ne peut livrer à la famine ; il faudrait alors les consulter aussi \ » A 5 heures et demie, la séance est levée.