‹ Siège de Paris (volume 2)Chapitre 45 sur 326 · Ces mots no sont pas soulignés dans le texte · texte numérisé non relu

Ces mots no sont pas soulignés dans le texte

44 BÙZENVAL-LA CAPITULATION,

cours. Je diffère en ceci avec quelques-uns de mes collègues, qui disent : Nous ferons une sortie en masse, et Paris trouvera toujours quelqu'un pour traiter. Je ne partage pas cet avis. Je comprends à la fin du siège un acte désespéré, et s'il m'est donné de m'y associer, j'en serai heureux ; mais à une condition : que cette noble et chère cité ne reste pas sans protection ofiicielle, sans autorité responsable. Grévy nous a souvent dit en nous montrant les bourgeois de Calais : Voilà votre avenir. Je l'accepte comme un suprême refuge, et je ne me plaindrai pas s'il m'est donné d'être humilié, de souffrir et de mourir pour racheter Paris ou diminuer son épreuve. Je suivrai donc sa volonté. Hors en un point : un traité au nom de la France ; je n'en ai ni la volonté ni le pouvoir. Pour mon humble part, je conduirai la résistance jusqu'à la limite de la famine. Arrivé là, je m'arrêterai \ . . » - L'intérêt de cette lettre est de montrer Jules Favre tel qu'il fut pendant le siège et au moment de la capitulation. On l'y retrouve avec sa noblesse incontestable de pensée, son habituelle tendance à se payer de mots, son défaut de sens pratique. A l'instant fatal, il ne saura pas discerner ce qu'il /awf obtenir de l'ennemi de ce qu'on peut lui demander; il sera sans défense entre les mains expertes de M. de Bismarck.

D'ailleurs, à peine cette dépêche envoyée, Jules Favre en recevait une autre, datée du 14 décembre, qui suffisait à raviver nos espérances. Gambetta montrait « l'armée de la Loire loin d'être anéantie selon les mensonges prussiens». #Elle était « séparée en deux armées d'égale force, l'une dans l'Est, sur les lignes de communication de l'ennemi pour les couper, l'autre, dans l'Ouest, pour marcher sur Paris » . Il ajoutait, il est vrai sous une forme dubitative, que Faidherbe avait repris La Fère. Le mouvement de retraite des « Prussiens » s'accentuait; ils paraissaient las de la guerre. « Mais il faut se résigner aux suprêmes sacrifices, ne pas se lamenter et lutter jusqu'à la mort. »

1, J. Favre, tome II, p. 187.

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LE BOUBGET - VILLE-ÉVRART. 45

Gambetta terminait ainsi : « A Tintérieur, Tordre le plus admirable règne partout. Le gouvernement de la Défense nationale est aimé, respecté, surtout obéi parce qu'il est le gouvernement de la défense nationale. Le jour où il cesserait de Têtre, les choses changeraient*. . . »

Sans doute, il y avait une part de vérité dans ces assurances, mais c'est tout. L'unanimité du pays n'était pas telle que la dépeignait Gambetta, et Pon devait bien le voir aux élections du 8 février. Toutefois, les illusions du grand orateur avaient leur noblesse en même temps que leur utilité. Mieux valaient sa foi ardente, son ardeur sans cesse renouvelée, que les « lamentations » de Jules Favre ou la clair voyance résignée de Trochu.

1. Journal officiel du 18 décembre 1870 ; J. Favre, tome II, p. 188 et suiv,

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