‹ Siège de Paris (volume 2)Chapitre 46 sur 326 · LES CLUBS ET LA PRESSE · texte numérisé non relu

LES CLUBS ET LA PRESSE

Les fausses nonvelles. — Les violences. — Trarail de désorganisation. — La liberté de la presse. — La Commune. — Les clnbs. — Effet snr les masses.

Pendant que s'opère, très lentement, la réorganisation de nos forces, l'attente inquiète de Paris se traduit, de la part des journaux et des clubs, par une recrudescence de fausses nouvelles, de déclamations plus folles que jamais. Le Combat annonce que « l'armée de la Loire opère victorieusement sa jonction avec celle de Bourbaki, à quelques kilomètres de Fontainebleau^ >. Le Siècle prétend extraire de la Kronika pohka la nouvelle d'un grand complot découvert parmi les soldats polonais servant dans l'armée prussienne. Ils ont l'intention «de déposer les armes en masses et de se faire prisonniers de la France contre laquelle ils ne veulent plus combattre». Le Réveil annonce qu'on vient de fusiller à Versailles dix-sept officiers polonais du duché de Posen qui conspiraient en faveur de la République et de la France. UÉlecieur libre reproduit une prétendue dépêche du 8 décembre, venue de Bruxelles par pigeon : il y a eu grande eflfervescence à Berlin dans la soirée du 5, par suite des résultats de la bataille de Champigny. « Des cris : X bas Guillaume ! ont même été entendus » ; la panique « était augmentée par une correspondance de Vienne du même jour,

1. Ducrot, lome III, p. 21 8; Journal du siège par un bourgeois de Paris, p. 483. — La Vérité publiait, au commencement de décembre, le compte rendu très élogieux d'un prétendu combat do nuit soutenu en avant de Créteil par les Tirailleurs de Belleville, ceux môme qui furent licenciés peu après pour lâcheté devant l'ennemi (L. Larchey, p, 1S9). Le Rappel du 16 décembre contient des détails circonstanciés sur une affaire au plateau d*Âvron. Jamais il n'y a rien eu d*approchanl (L. Larchey, p. 195).

2. G. de Molinari, les Clubs rouges au siège de Paris, p. 138 (au club des Batignolles, 9 décembre).

annonçant ces deux victoires et ajoutant qu'elles avaient été l'objet de grandes manifestations à la Bourse parmr l'armée et la population (sic) au cri de : Vive la République française ! la foule demandant l'alliance offensive et défensive et l'entrée immédiate en Prusse de l'armée autrichienne ^. > — Estil possible de pousser l'ineptie plus loin ?

Les 10 et 11 décembre, un journal des plus modérés, la Liberté, annonce « le départ de l'armée prussienne de Versailles, abandonné et incendié » ; il cherche à convaincre « quelques incrédules ».

La presse ne se borne pas à ces inventions ridicules. Une partie peut compter parmi les « auxiliaires les plus actifs de l'ennemi'*. La Patrie en danger confond dans les mêmes anathèmes « Gambetta, Favre, Picard, Trochu et toute la séquelle bourgeoise qui chantait l'avènement du régime nouveau. . . Nous avons je ne sais quel régime bâtard, hybride, destiné à consommer la honte et là ruine de notre pays. . . Le temps des grandes haines et des regrets poignants est revenu. » Le même journal écrivait le 2 novembre : «-Le gouvernement de la désertion nationale vient de donner au grand soleil la mesure de sa bonne foi. Incapables ou traîtres, peut-être l'un et l'autre, qu'ils descendent de ce pouvoir dont ils n'ont usé que pour. . . faciliter le triomphe des Prussiens mieux que de Moltke et Bismarck réunis. . . » Puis, dans un autre numéro : « . . . Guillaume règne et les parjures de l'Hôtel de Ville sont ses très humbles laquais. Ils livrent la Franco en attendant l'heure d'ouvrir les portes de Paris'. »

Le journal de Delescluze, le Réveil, est tout aussi violent: «Imbéciles ou traîtres, il n'y a pas d'autre alternative... Mais ce n'est pas le moment des phrases, il faut des actes. . . Que faut-il faire ? Destitution de Trochu et de son état-major.

1. Ducrot, lome III, p. 219 el 221; Histoire critique du siège de Paris, par un officier de marioe, p. 154

2. E. Rousse, Discours, Plaidoyers et Œuvres diverses, lome II, p. 240.

s. Ducrol, lome III, p. 227. — Voir Siège de Paris. Le Bjurgel-Champigny, p. 189.

leur envoi devant une cour martiale ; organisation de la Commune révolutionnaire, Dorian à la Guerre et au gouvernement de Paris; la levée en masse, défense à outrance, appel à tous les peuples. . . »

Félix Pyat écrit de même : « Pitoyable chef, admirable peuple, tout est brave dans ce peuple, moins ses chefs,... Ah ! si ce peuple avait des chefs ! Mais il y a un général en • chef, c'est le mal ! Plus de général en chef. . . changeons-le, remplaçons-le, partageons son commandement ! la première condition de tout bon travail, c'est la division \ . . »

Ainsi la presse accomplît un sourd travail de désagrégation, dont les eflfets ne se verront dans toute leur ampleur qu'au 18 mars. D'une part, elle énerve la défense par de fausses nouvelles constamment répandues; de l'autre, elle détruit lentement et sûrement l'autorité du gouverneur, des généraux, du gouvernement. De tout l'appareil de direction improvisé au 4 septembre, aucun rouage ne fonctionnera plus avec quelque régularité à la fin de l'armistice.

Ce n'est pas que des voix autorisées ne s'élèvent contre les licences laissées aux journaux. Dès le 29 novembre, Jules Favre propose de les supprimer tous jusqu'à la fin du siège ; il donnera sa démisssion si cette mesure n'est adoptée. Aussitôt vives protestations de Garni er-Pagès, d'Arago, de Pelletan. Ce dernier conjure ses collègues « de ne pas ternir. . . ce temps de courage admirable et de liberté » . Emmanuel Arago quitterait le ministère et même le gouvernement si la demande de Jules Favre était adoptée. Ernest Picard propose un moyen terme, la censure militaire préalable. On se borne à menacer de suspension tout journal donnant des nouvelles de guerre autres que celles du gouvernement*. Jamais ce décret ne sera exécuté.

Quant aux clubs, plus encore que les journaux, ils font assaut de violences, d'exagérations, de mensonges, d'outra-

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