‹ Siège de Paris (volume 2)Chapitre 80 sur 326 · Kunz, p · texte numérisé non relu

Kunz, p

La 2® armée et le corps de Saint-Denis sont étroitement concentrés sur le front nord- est de Paris, en présence de forces numériques de beaucoup inférieures. Nous pouvons combattre à raison de trois contre un au moins ^ Dans ces conditions, il semble inexplicable que toute Faction doive pivoter autour de la prise d'un point de la ligne allemande^ attaqué par moins d'un dixième de nos forces. Sur presque tout notre front, nous restons inactifs, sans même tirer un coup de canon, attendant que Textrême gauche ait enlevé Le Bourget, ce village tant dédaigné par Trochu à la fin d'octobre et auquel il découvre maintenant d'importantes propriétés stratégiques*. N'est-il pas évident qu'une action offensive de la 2® armée faciliterait la prise de ce village? Pourquoi renoncer de prime abord au bénéfice qui en résulterait, bénéfice certain , quelles que soient les circonstances? Si Le Bourget possède une telle valeur que l'échec du corps de Saint-Denis rendrait toute l'opération impossible, pourquoi ne pas le faire attaquer plus énergiquement, pourquoi aussi ne pas faciliter la tâche de LaKoncière par une vigoureuse offensive sur tout le front de l'armée?

Ainsi la responsabilité du général Trochu n'est pas douteuse dans cette conception première. Il y rattache, nous l'avons vu, une singulière espérance : celle que l'ennemi, nous voyant déployer dans la plaine Saint-Denis de grosses masses d'infanterie, croira devoir répondre à cette provocation et engager aussi les siennes*. Une idée de cette ampleur n'a pas à être discutée.

Mais le gouverneur de Paris n'est point seul à porter la faute de la direction imprimée mal à propos au combat. A Châtillon, à Champigny, Ducrot a montré qu'il est homme d'initiative, nullement disposé à suivre servilement les instructions qui lui sont données : « Au cours de sa belle car-

1. Le mnjor Kunz, p. 49, évalue les trois brigades du corps de Sainf-Denis, engagés au Bourget, à 11,500 fusils et 6 pièces; la 2^ armée à 54,600 fusils et 264 pièces.

2. Voir Trochu, Œuvres posthumes, tome I«', p. 3i5 et 483 ; Ducrot, lomç II, p. 14, et tome III, p. 143.

Page 1