ÈOK DE PARIS. III
table*.» — «Les pneumonies, les angines, les diarrhées, outre les congélations » atteignent un grand nombre de soldats. Les désertions se multiplient, surtout pour les mobiles. INous perdons le tiers de nos effectifs. « Vers le 1*" janvier, plus de 20,000 soldats atteints d'anémie rentrèrent dans Paris. « Ils disparurent dans legouflfre, dit le général Trochu, « et je ne les revis pas*. » Dans le seul corps d'armée du général d'Exéa, reifectif présent tombe de 32,000 à 27,000 hommes».
Et quel est l'aspect de ceux qui restent ! « Pauvres soldats ! non, jamais ne sortira de ma mémoire l'aspect navrant de Totre misère. Je vous aperçois encore, mornes et pelotonnés autour d'un brasier fumeux, sales, défaits, couverts de lambeaux sans nom, ne répondant aux questions que par monosyllabes, n'entendant plus la voix de vos oflSciers, que j'aurais voulue, il est vrai, plus fraternelle dans ces inénarrables épreuves. Puis, à la pâle lueur de l'aurore d'hiver, demi-cadavres, vous vous leviez, les membres engourdis et couverts de givre, le visage sans éclair et ne reflétant que l'indifférence la plus absolue*. » — « C'était pitié de les voir, a dit un autre observateur. Ils s'entouraient la tête de foulards, pliaient et repliaient autour de leur corps la couverture. . . se garnissaient les jambes de tous les linges qu'ils pouvaient rencontrer, et ils s'en allaient ainsi, sordides, hideux, n'ayant plus formes de soldats^... » Ainsi l'excès de la souffrance a éteint tous les autres sentiments ; on ne songe plus qu'à éviter de son mieux le froid et la faim. Le reste est indifférent. On vit par habitude mécanique, mais le ressort moral est faussé. Pourtant le froid était plus vif en 1795, en 1807, en 1813 et en 1814. Avons-nous perdu, avec le bien-être grandissant, l'énergie physique de nos pères? La vérité