F. Sarcey, p
LE BOUBQET - VILLE-ÉVEART. 115
paraît être plutôt que, chez les Français, le moral est toutpuissant. Selon le mot du cardinal de Bichelieu, s'ils sont d'excellents soldats avec un bon commandement, ils deviennent la médiocrité même entre des mains malhabiles.
L'affaissement est grand, surtout parmi les mobiles. Ils souffrent de l'ennui, de la nostalgie. Ils en veulent aux Pari-, siens qu'ils sont venus défendre, sans bien comprendre le lien qui rattache Paris à leur province, au village cher et lointain. Leurs officiers, élus par eux, ne peuvent changer le cours de ces idées. Ils n'ont ni l'autorité, ni la volonté nécessaires. Les propos décourageants, les récriminations, les plaintes abondent sur leurs lèvres * . Aussi la démoralisation s'accentue. « Les mobiles de Seine-et-Marne, voyant passer un général, le saluent de ces cris: «La paix! la paix*! » Ailleurs des bandes de mobiles de la Seine et de soldats essaient de franchir les portes de Paris, au cri de : « Vive la paix ! » On reproche au commandement, non sans raison, de n'avoir pas fait une part égale, pour chaque corps, dans les dangers et les fatigues du siège. Tels bataillons de mobiles, ceux de la Somme ou de l'Aisne, par exemple, n'ont jamais été engagés. D'autres n'ont cessé de l'être depuis le premier jour du siège*. Nouvelle cause de mécontentement et d'affaissement.
Quant à la garde nationale, malgré les précautions prises pour lui éviter le contact de l'ennemi, elle rapporte dans Paris les impressions les moins consolantes. Elle a pu constater la démoralisation des mobiles ; déjà leur hostilité réciproque est grande*. Elle a le sentiment de son inutilité, que certains généraux prennent soin de souligner en la laissant errer à l'aventure, sans ordre, ou en l'accueillant par des
1. F. Sarcey, p. 209. — « La mobile est, pour ainsi dire, uq corps à reraire ; les oflQciers manquent ; les bons se sont tous fait tuer » (Déclarations de Trochu, Procét' verbaux cités, séance du 26 décembre; Enquête, rapport Chaper et piôces justificatives).
S. A. Ballue, les Zouaves à Paris pendant le siège, p. 106; Jules Simon, Souvenirs du QualreSeptembre, p. 294; D~ Sarnzin, p. 246.
S. F. Sarcey, p. 909; Histoire critique du siège de Paris, p. 168 et 164.
4. Déclarations de Trochu, Procès-verbaux cités, séance , du 26 décembre ; F. Sarcey, p. ao8.
propos grossiers \ «Tant de fatigues et de si dures Duits passées à la belle étoile, pour si peu de résultats ' ! »
L'attitude de certains bataillons, le 21 décembre, a été fort mauvaise*. D'autres donnent lieu à des plaintes sérieuses, par leur indiscipline, leurs habitudes de pillage*. Mais il faudrait se garder de les confondre tous dans la même appréciation, ainsi qu'on le fait trop volontiers. A Buzenval, la garde nationale parisienne montrera qu'elle sait mourir bravement, sinon combattre. Même à la iîn de décembre, plusieurs de nos commandants de troupes jugent sainement de sa bonne volonté et de ses efforts*. Avec de la volonté çt de la persévérance, on pourrait en tirer un parti beaucoup plus sérieux*. Les volontaires de la Révolution ne se sont-ils pas vigoureusement battus, après les premiers échecs provoqués par leur indiscipline ? Napoléon n'a-t-il pas mené au feu des milliers de gardes nationaux plus mal armés et encore moins instruits que les bataillons parisiens ? Mieux employés, ils contribueraient puissamment à la défense de Paris.
1. Procès ' verbaux cités, séance du 26 décembre, déclaration de Clément Thomas.